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samedi 22 octobre 2011

Tatau, le tatouage polynésien

Ornement ou signe identitaire ?


     Réprouvé pendant plus de 160 ans, le tatau a failli disparaître à jamais. Aujourd'hui, il a retrouvé sa place dans la société polynésienne. Histoire d'une renaissance.

Des dos Tatoués au Festival Tatoonesia,

© Richard Allouch

     Dans la société polynésienne, avant l’évangélisation, le tatouage avait atteint une complexité et une richesse inégalée. Bien au delà d’un simple ornement il constituait un repère social, indiquant l’appartenance à un territoire, une tribu, une famille et le rang dans l’échelle sociale. Il marquait l’accomplissement de rites sociaux tels le passage de l’enfance à la puberté, le mariage, etc. Il représentait des faits remarquables de la vie de celui qui le portait : actes de bravoures à la guerre, prouesses de chasseur ou de pêcheur…

Rôle et signification du tatau


     Dans la vaste étendue de ses possibles significations se trouvait aussi la représentation de marques de type « symbole - gardien » ou «taura» propre à une famille donnée. Enfin, il pouvait être purement décoratif.

Un tatouage traditionnel marquisien complet reproduit par Karl Von den Steinen
    Si la presque totalité des Polynésiens étaient tatoués, cette pratique rituelle coûtait très cher, essentiellement en raison des festivités accompagnant sa réalisation. Plus la famille avait de biens, plus les tatouages de ses membres étaient nombreux et importants.

Disparition de l’art du tatouage polynésien


     Par un brutal retournement le tatouage va passer, en quelques dizaines d’années, du statut de pratique indispensable à celui d’habitude honteuse. Dans le sillage des tous premiers «découvreurs» des îles polynésiennes débarquent, dès la fin du 18ème siècle, les premiers missionnaires venus lutter contre le «paganisme» des Polynésiens. Converti au catholicisme en 1812, le roi Pomare II n’hésite pas à établir un code très sévère directement inspiré des préceptes de la religion qu’il vient d’embrasser.

   L’arrêt de mort du tatouage est signé dès 1823 par l’instauration de ce code qui explique : « Personne ne devra se faire tatouer, cette pratique doit être abolie entièrement (…) L’homme ou la femme qui se fait graver des tatouages, si la chose est manifeste, sera jugé et puni. (…) La punition de l’homme sera la suivante : il devra travailler sur une portion de route de dix toises pour le premier tatouage, vingt toises pour le second. (…) La punition de la femme sera la suivante : elle devra faire deux grands manteaux, l’un pour le roi et l’autre pour le gouverneur.»

Le dessin du tatouage...

© Richard Allouch

     Ce n’est pas tant la pratique du tatouage que les missionnaires veulent supprimer mais les festivités qui en accompagnent la réalisation et qui donnent lieu à tous les débordements, Notamment des débauches de rapports sexuels.

     Il y a bien quelques nobles qui refusent ce diktat. Si le fait de se marquer la peau n’est pas considéré comme un acte de rébellion en soi, ils sont sévèrement condamnés. C’est ainsi qu’a disparue totalement la pratique du tatau dans l’espace qui deviendra la Polynésie française.

Le travail salvateur de Karl Von den Steinen et la renaissance


     En 1897 aux Marquises, l’anthropologue allemand ne dénombre plus qu’une trentaine d’individus tatoués, tous très âgés, mais surtout plus un seul tatoueur. Il réalise alors un méticuleux relevé des tatouages marquisiens. Sans ce travail, tout le savoir lié à cet art aurait sans doute disparu à jamais.

     Dans les années 1970, les seuls tatouages visibles en Polynésie étaient ceux portés par les militaires et les anciens détenus. Les motifs n’avaient rien à voir avec les tatau traditionnels et le tatouage était souvent l’apanage de «marginaux» voulant afficher leur rupture avec l’ordre établi.

... puis l'encrage du tatouage

© Richard Allouch

     A la fin des années 70, un festival des arts océaniens se tient à Tahiti. Pour la majorité de la population, le choc est énorme : dans les rues de Papeete, des hommes se promènent dans leurs vêtements traditionnels, et ils sont tatoués. Leur peau ne porte pas de cœurs transpercés d’une flèche mais d’étranges dessins en noir et blanc… Ces hommes sont essentiellement Samoans. Aux îles Samoa, la tradition du tatouage ne s’est jamais éteinte.

     Tout de suite, quelques rares Polynésiens vont comprendre toute l’importance de ce qu’ils ont vu, entreprenant de se faire tatouer avec des motifs d’inspiration polynésienne. Surtout, ils vont se lancer dans la pratique du tatouage. À partir de 1980, le tatau connaît un spectaculaire essor. De plus en plus de jeunes adultes et d’adolescents se font tatouer. Les motifs sont d’inspirations traditionnelles. D’inspiration seulement tant il est difficile, plus de deux siècle après, de remonter aux sources du tatau traditionnel.

 Le Taoueur tatoué 

© Richard Allouch

     Aujourd’hui, bien rares sont les Polynésiens, hommes et femmes, qui ne portent pas au moins un tatouage. On ne peut plus parler d’un phénomène de mode mais bien d’un moyen privilégié d’une affirmation identitaire polynésienne. Bien sur, les aspects religieux et sociaux lié à la société traditionnelle ont disparus. Demeurent cependant des fonctions fortes qui ont traversées les siècles : marquer dans sa chair des événements personnels importants, se confronter à une réelle épreuve physique, même si les outils modernes l’ont considérablement atténuée et signifier son appartenance à un groupe.

     Actuellement, le tatouage polynésien est mondialement considéré comme un des sommets de cet art.

  Remerciements à Richard Allouch pour ses photos et sa précieuse collaboration : http://www.fenualivre.com/


Un article de Julien Gué


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