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lundi 31 octobre 2011

Jeux de planches


Un spectacle mis en scène
par Julien Gué

     Le deuxième spectacle né de ma collaboration avec la Compagnie Aliné@ s'intitulait "Jeux de Planches". Il s'agissait d'une succession de saynètes dues à la plume de Jean-Paul Alègre et parlant toutes du monde du théâtre et de ceux qui le composent.

L'affiche



     Pour ce spectacle, outre les piliers de la Compagnie Aliné@ qu'étaient Aline Nollet, François Jounot et Yann Parenthoën, je m'étais assuré la participation des comédien(ne)s Yvonne Girard, Marie Le Guen, Stéphanie Moreau, Hervé Barbeau et Christophe Joie.

La distribution


 

     Chacun des acteurs jouant de nombreux personnages différents, la performance se situait autant sur scène que dans les coulisses car les changements de costumes et de maquillages devaient parfois se faire en un temps record.

Quelques images du spectacle


     Habitués à un travail théâtral beaucoup plus conventionnel, pour les acteurs (tous amateurs) de Jeux de planches, l'expérience fut parfois fort déstabilisante. Je puis pourtant affirmer que tous se sont dépassés bien plus que je ne pouvais l'espérer et que le résultat fut bien plus que satisfaisant.

La bande annonce


     Le principe des stores vénitiens peints (manipulés par les acteurs eux-mêmes) permettant de changer de décor à volonté donnait une dimension un peu surréaliste au spectacle et ouvrait les portes (ou devrais-je dire les fenêtres ?) sur des espaces inattendus dans lesquels les acteurs évoluaient d'une manière étrange.

Sur le plateau de RFO Polynésie


     Cette incursion dans le monde de la comédie (pas vraiment mon univers habituel, il faut bien l'avouer) reste un fantastique souvenir, et j'ai la faiblesse de penser que Jeux de planches fut un excellent petit spectacle sans autre ambition que de faire rire en se moquant de ce monde très particulier qu'est celui du théâtre et des acteurs.

Un article de Julien Gué



dimanche 30 octobre 2011

Alain Colinmaire, plasticien


Un voyage en impressions

     Mèche au vent, même en cette tiédeur d’été indien qui arbore des teintes d’automne : l’artiste «guette» -comme il se dit par ici-, l’heure de Réhabilitation, son exposition d’octobre. La fenêtre est ouverte sur une Place des Vosges (celle d'Epinal !) tranquille. Un coucher de soleil, rose indien aussi… se reflète sur les carreaux de la Maison du Bailli.

Alain Colinmaire et un modelé féminin sur sa toile
Coloriste, mais surtout compositeur et interprète des chatoiements qu’il induit, le plasticien spinalien se prépare à livrer ses dernières productions. Le vernissage, c’est toujours le trac de la rencontre ou du rendez-vous manqué.

   La galerie, plein centre ville d’Epinal, redécouvre Alain Colinmaire le prolifique. Elle foisonne d’œuvres accrochées ou sur pied.




Coloriste ou croqueur ? 

  Dans la galerie pas très large, en dédale, au plafond bas (caractéristiques d’une galerie !), les représentations semblent vous happer. Ce n’est pas tant leur proximité que l’énergie qui s’en dégage. Secret d’artiste.

   Un jeu permanent de couleurs : même si elles semblent éliminer les teintes solaires. L’artiste explore d’autres gammes. Et il dispose les réalisations aux masses colorées imposantes, aux extrémités du boyau.

     L’essentiel des couleurs, celles qui donnent sa consistance à l’ensemble de l’oeuvre, se résume souvent à une unité de 2 tons majeurs. Comme en un bouquet serré, elles oscillent autour d’une sorte de mélange entre rose et cochenille, une dizaine de gris et leurs dégradés. Ce qui est déjà énorme. Et puis elles se trouvent rehaussées par le cadre.

« Cible »
    Allez savoir pourquoi : vous ne distinguez rien au départ, rien ne se détache vraiment, mais le tout vous attire, vous retient. La magie des expos : soit elles égratignent votre sensibilité, soit elles touchent votre jardin secret, soit elles établissent une connivence.

   Certains peuvent tout expliquer. Mais la plupart du temps, comme la musique qui berce les fœtus, les couleurs nous accrochent, nous emplissent de sensations. Voilà notre regard apprivoisé par la technique d’un pinceau, d’un couteau.



Des émergences bouillonnantes

    Dans ces espèces de formes nuages, posées sur toile, fond de bois, tentures ou civières, si la patience vous habite, l’effet opère : émergent alors les traits connus de corps, dans leur complétude ou leur morcellement.

    Voilà le talent. Le spectateur ne distinguait pas ce que son œil captait : des silhouettes, des visages aux expressions intenses vous fixant, des corps entremêlés. Le trait est fin, imperceptible.

    Il fallait le trouver. Mais chacun sait que la palette des peintres est inépuisable : non seulement créent-ils des tons incroyables, mais encore osent-ils !

     Et ce qui leur est demandé, aux artistes, c’est de nous faire voyager : que ce soit en nous renvoyant dans les méandres de notre imaginaire ou en nous invitant dans l’univers qu’ils nous proposent.

« EXTASE »
   Le monde présenté par Alain Colinmaire est à l’image de l’actualité : remuante, incandescente, impétueuse et violente.

    Des « installations » montrent ces moments d’intensité que sont les conflits et autres exploitations de la misère humaine : les images sont cruelles, en brèves allusions.



Les hiérarchies du chaos

    L’artiste ne s’appesantit pas vraiment. Même si ses productions ne sont pas neutres, il semble toujours qu’une partie du moment ait été gommée. Comme pour laisser de la place à autre chose. Pour adoucir l’impression ? Pour casser le saisissement qui s’emparerait de nous ?

     Deux étapes se distinguent dans la création de l’Artiste. Celle du geste, de l’acte producteur, vigoureux, effilé, pointu, copieux, mordant. Et celle de la reconstruction en vue de la présenter au public.

      Implicitement les plages de couleurs grisées atténuent les mutilations, les isolent, les noient.

    En fait, le peintre semble en perpétuel duel avec les idées qui le parcourent et s’imposent à lui : leur multiplicité, leur impulsion. Il tient à garder leurs imbrications. Leur concrétisation est complexe.

« le voyeur et l’origine », un clin d’œil à Courbet
    Deux solutions s’offrent à lui : les classer à plat sur la toile ou les empiler en épaisseur, les traiter en profondeur. Pour simplifier, nous pouvons aborder une toile de 2 mètres de haut, où les saynètes bouleversantes, leurs effets, semblent obéir à une logique d’organisation : les cases les encadrent, les trient, les rangent. «Le chaos est structuré» explique l’artiste.

     Dans d’autres tableaux, la succession des thèmes s’effectue par couches : en surface, un transparent qui porte déjà des empreintes parfois brutales ; puis une série de strates, de collages, jusqu’au fond.

    L’impression de vitrail se renforce avec le système lumineux qui l’éclaire de l’intérieur. Dans ce cas l’ordonnancement se trouve moins visible. L’impression d’amalgame, de mouvement fusionnel s’y montre davantage.


Théâtralisation


    Ce qui mobilise l’artiste c’est de construire l’œuvre, en s’y plongeant, c’est d’y pénétrer comme s’il s’agissait d’une inconnue. A le voir, on sent qu’il ne triche pas : que c’est un acte physique, qu’il s’y accomplit en même temps que son œuvre.

     Le résultat surprend l’artiste qui avait entrepris le feuilletage d’origine. L’inattendu se trouve à la clé : votre perception n’est pas la sienne, ni celle de votre voisin. Ne cherchez pas de réponses. Certaines surgissent sans crier gare ou sans vous attendre.

     D’autres surviennent à partir d’un détail, d’un titre, d’une légende, d’une référence à une composition réputée et connue. C’est la disposition des éléments qui en assure l’effet spectaculaire, leur théâtralité. Leur existence de personnage.

« à la recherche de Vénus »
     Si je vous dis que l’artiste vit dans l’une de ces maisonnettes, coincée entre deux et qui grimpent sur plusieurs niveaux (pas moins de cinq) ? Que chacun de ses ateliers successifs est voué à une technique ? Que le plasticien peut commencer par un modelage, qu’il est sculpteur aussi. Qu’il redessine, colle, photographie, modifie, détourne, agence.

     Que la mise en situation de ses représentations vous saisit… déclenche de l’émotion ? L’art, ce langage de l’inconscient.

Un article de MonaK




samedi 29 octobre 2011

Un atoll de rêve pour des vacances de rêves


Faaite, archipel des Tuamotu


     En Polynésie française, il y a des îles où la réalité dépasse le mythe. L'atoll de Faaite, dans l'archipel des Tuamotu, est de ceux-là.

 L’arrivée en avion sur l’atoll de Faaite    
    16°43’ Sud et 145°19’ Ouest. Ces coordonnées ne vous disent forcément rien : ce sont celles de l’atoll de Faaite !

   Situé dans l'archipel des Tuamotu, en Polynésie française, l’atoll de Faaite est à 1h10 de vol de Tahiti… Mais il n’y a qu’un vol par semaine, le mercredi. La durée du séjour est donc imposée par les rotations de la compagnie Air Tahiti !

     Une semaine entière pour s’immerger dans l’univers magique d’un atoll des Tuamotu…

L’atoll de Faaite et l’histoire


    L’atoll de Faaite est mondialement connu pour le drame atroce qui s’y déroula en septembre 1987 que les médias nommèrent « les bûchers de Faaite ». Cette année-là, en trois jours, six personnes furent mises au bûcher et brûlées parce qu’elles refusaient d’adorer la vierge Marie. (Ce massacre inouï fait l’objet d’un autre article)

L’atoll de Faaite vu du large

   Le premier Occidental à avoir posé le pied sur Faaite fut John Turnbull, en 1803, un marchand anglais qui écumait le Pacifique Sud et ouvrit la voie de Hawaï à Tahiti. C’est à la recherche de perles noires qu’il s’était aventuré dans les Tuamotu.

    Ce n’est que le 16 juillet 1820 que Fabian Gottlieb Thaddeus Von Bellingshausen y aborda à son tour, au nom de la Russie d’Alexandre 1er.

    Ensuite, Faaite retomba dans l’oubli, ce qui permit à ses habitants de continuer à vivre loin des bruits et de la fureur du monde jusqu’en ce funeste mois de septembre 1987.

L’atoll de Faaite et la géographie


    Situé presque plein nord par rapport à l’île de Tahiti, l’atoll de Faaite fait partie de ce qu’il est convenu d’appeler les Tuamotu du Nord. L’atoll dispose d’une mairie annexe dépendant de la commune de Anaa.

     En 2007, le recensement fait état d’une population de 367 habitants contre 313 lors du précédent décompte. Ces chiffres sont à comparer avec ceux de 1997 qui faisaient état d’une population de 180 âmes seulement. Ces chiffres montrent d’une part que le drame de 1987 s’estompe dans les mémoires, et d’autre part que la crise économique dramatique que connaît la Polynésie pousse les Paumotu (habitants des Tuamotu) à retourner dans leurs îles.

 La carte de l’atoll de Faaite
     Il est à noter que c’est également à la suite des événements de 1987 que fut décidée la construction de l’aéroport, afin de rompre l’isolement des habitants.

   La passe de Teporioha (la seule du lagon de Faaite) très étroite et son lagon peu profond empêchent les goélettes (cargos mixtes polynésiens) d’approcher le village de Hitianau et rendent difficile et dangereux l’approvisionnement de la population.
L’économie de Faaite repose quasi exclusivement sur la pêche et la culture du coprah. Cependant, ces dernières années le tourisme se développe peu à peu, même s’il reste à la dimension de l’atoll.

Les tortues de Faaite


    La tortue était un animal sacré à Faaite et nombre d’entre elles "flottaient" sur le lagon jusqu’aux années 1980.

     Auparavant, la chasse des tortues y était très codifiée.

   Quand les anciens décidaient un tifai (chasse à la tortue), une couronne de fleurs et un coco étaient déposés sur une pierre du marae Nimo Oteruga. Deux ou trois hommes étaient choisis parmi les meilleurs pour mener la chasse. Ce jour là, il ne fallait pas allumer de feux au village.

    Au retour de la chasse, les hommes annonçaient leur prise à distance en déclamant un toinoino qui relatait la prise de la bête. Les anciens, restés au village, guettaient ce signe qui leur faisait savoir si la chasse avait été bonne.

   Les chasseurs revenaient en poussant trois cris. Un homme disait d'abord s’il s’agissait d’une tortue mâle ou femelle. Si c'était un mâle, il disait takero, et une femelle, matariki. ensuite il donnait le nom de celui qui avait attrapé la tortue puis celui de l'endroit où elle avait été prise.

   Aujourd’hui, l’animal est totalement protégé et sa chasse strictement interdite… Mais comment contrôler un atoll aussi isolé ?

Séjourner à Faaite


    Là est le vrai défi, mais aussi la vraie récompense. En effet, à Faaite, la durée minimum du séjour est d’une semaine (rotation aérienne oblige). Or, à ce jour, il n’existe sur l’atoll ni hôtel, ni camping, ni pension de famille ! L’hébergement le plus proche se trouve sur l’atoll de Fakarava, à un peu moins de 20 km au Nord-ouest de Faaite.

     Quelle solution alors pour découvrir cette merveille paumotu ?

Le port de Hitianau, le seul de l’atoll de Faaite
    Une seule : prendre l’annuaire des téléphones et contacter la mairie, ou les gens directement afin de décrocher un hébergement chez l’habitant. Moins facile que d’acheter un séjour clefs en main dans un village de vacances, c’est vrai. Mais une fois ce point réglé, vous aurez l’infini bonheur de découvrir la gentillesse des Paumotu, la richesse de leur culture, la réalité de leur vie quotidienne et l’intime beauté d’un atoll des Tuamotu : celle qui se cache dans le cœur de ses habitants.

    Dès lors, la magie de la carte postale passera au second plan de vos souvenirs de voyage et aucune photo ne vous rendra cette richesse là.

Que faire lors d’un séjour à Faaite ?


     Au-delà de la vie quotidienne d’un atoll, la pêche et le travail du coprah pour l’essentiel, vous aurez aussi la possibilité d’admirer le plus beau koko des Tuamotu.

Le koko de Faaite, le plus beau des Tuamotu
     Un koko est un conduit naturel karstique qui communique avec l'océan et d'où l'eau sort avec une grande force lors de chaque marée montante puis s'évacue en un fort siphon à marée descendante. Lorsqu’il y a de la houle, le phénomène est spectaculaire.

     Et si vous aimez les sports de glisse, Faaite recèle un spot de surf que les plus grands champions apprécient particulièrement. Une vague de récif, certes dangereuse et réservée à des surfeurs expérimentés, mais de qualité exceptionnelle si l’on en croit certains grands champions.

     Si vous faites le voyage, nul doute que vos arrières petits enfants se souviendront longtemps de la manière que vous aurez de leur raconter ce séjour unique…

Un article de Julien Gué


vendredi 28 octobre 2011

Tour d’horizon tunisien


Tunisie : l’aujourd’hui et l’histoire


        La Tunisie, petit pays de la Méditerranée du Sud (au 90e rang mondial pour sa superficie), semble avoir étayé son destin sur la dynamique constante du melting pot.
    
          Promontoire maghrébin de l’Afrique, à 200 kms des côtes européennes, elle semble avoir adopté l’esprit de ce poisson fétiche qui dessine ses contours : l’hippocampe.

      Fluidité de l’animal marin qui prend son temps pour intégrer les diverses influences qui le traversent, mais aussi emblème du cheval associé à la mer, sa liberté, son audace, sa vigueur.

La tradition de la culture

          L’un des phénomènes qui semble le plus avoir marqué la Tunisie au lendemain de la libération du 14 janvier 2011 s'exprime, dans une majorité de gouvernorats, par un  bouillonnement créatif, l'exercice de la festivité inventive.

Laissez-nous écrire Notre  Histoire    
           L’une des associations artistiques tout juste réalisées au sud du pays, en plein désert, dans la ville même du poète national Aboul-Qacem Chebbi, représente plus qu’un symbole.

          Le doit-elle au jeune poète qui a tant bouleversé les mentalités en Tunisie ? Originaire de Tozeur, contestant à Tunis la sclérose de l’enseignement scolastique de la Zitouna, il parlait déjà de réforme et de modernisme. Des dates phares dans sa vie, tel le boycott de sa conférence le 13 janvier 1931. Il y critique la «médiocre vision que les Anciens poètes arabes accordent à la Femme  qui ne la chantent qu’en tant qu’objet de leur désir et de leur convoitise charnelle»

           Novateur, attaqué violemment de son vivant au Moyen-Orient, surtout par les salafistes (déjà ou encore eux), il meurt le 9 octobre 1934, âgé de 25 ans. Dès lors, le poète révolté de la « Liberté, de l’Amour et de la Résistance », commente Abderrazak Cheraït (dans le livre cité ci-dessus), est, aujourd'hui encore, considéré comme le plus grand poète arabe du XXe siècle.

Une oasis culturelle

           C’est dans cette même oasis de Tozeur que naît en 2011 Hippocampe, Art et Citoyenneté, l’association qui veut dynamiser un tourisme culturel.

           La création artistique s’abreuverait aux sources d’entre les sables, comme jadis, il y a très longtemps, à l’ère préhistorique, quand le Jerid était une zone tropicale humide.

Nadia Ghrab, ingénieure et à l’Hippocampe 
               La fondatrice, Nadia Ghrab, souhaite « contribuer à reconstruire une Tunisie nouvelle » parce que « nous sommes dans un moment, affirme-t-elle, où nous avons l’impression que tous les futurs sont possibles. »

           L’Hippocampe, un sigle choisi pour « ce petit poisson très raffiné, mystérieux, qui a un cheval… navigue librement dans toute la Méditerranée, sans visa, sans frontières. » ; mais aussi pour « cette zone du cerveau responsable de la mémoire (donc, du patrimoine et des émotions), donc de la créativité artistique. »

             Il semble s’avérer depuis l’Antiquité que le pays n’ait cessé d’évoluer sur les lignes originales de bases nouvelles.

La Constituante 2011 
         C’est ainsi que se nomme la Cité d’Alyssa, fondatrice en  814  de Kart Hadash -la ville nouvelle- Carthage : pays que s’édifiaient les Phéniciens, sur le fond berbère d’origine. Déjà une intégration pacifique mutuelle, sur un troc de peau de vache (Byrsa).

            Carthage, terre des Arts et des Lettres. Territoire du syncrétisme : une reine, une déesse, Tanit. Le savoir, la poésie et la danse en partage et sans conteste entre les jeunes gens des deux sexes.

A la croisée des métissages

           La Tunisie est cet espace qui fait fusionner trois pôles : L’Afrique, l’Orient et l’Occident. En constante ouverture sur l’Orient de la Méditerranée, avec la Grèce, venue asseoir ces légendes des Lotophages et les premières communautés juives  sur l’île de Djerba.

Ma Tunisie...
           Puissance maritime punique qui a conduit les navigateurs du Golfe de Guinée aux portes de Rome. Mais qu’on se rassure, si les manuels scolaires français ne consacrent pas de pages à l’Empire Carthaginois, les sites des deux rives en portent encore les empreintes, quelles qu’en soient leurs ruines.

           Carthage détruite –Delenda Cartago– en 146 av-JC, une seconde Carthage est rebâtie sous Jules César. Une civilisation romano-africaine s’y développe pendant VI siècles, avec ses particularités.

            Christianisée comme le reste de l’empire romain,  un épisode d’invasions Vandale, puis son rattachement à Byzance avant la conquête arabe en 647. La Kahena, guerrière berbère s’y oppose et meurt, encerclée dans l’amphithéâtre d’El Jem, la porte du Sahel.

            Le prénom fleurira dans les milieux féministes des années 80, tout comme ces revues (Nissa) qui revendiquent cette égalité perdue.

Une mosaïque d’influences

             Et dans cette forme cinématographique du road movie qui s’est développé tout au long de ces derniers mois, comme pour témoigner, mais aussi interroger et se poser des questions, la même attitude de l’« œuvre ouverte ».

          La production artistique qui ouvre les vannes de la sensation, des impressions, de la soif de vivre : sans censure.

             Mais aussi celle qui ne prend  pas parti et laisse la réponse au spectateur.
            Il s’est développé comme un jeu pour explorer les impressions les plus à fleur de peau. La série Post révolution (1 à 6) de Mahmoud Chalbi, tantôt avec incrustations de vidéo, tantôt en montage de photos comme : De Fedele au Pôle, un film de Mach ! [HQ]. Cette période commence quelques mois avant la révolution, s’intensifie avec le portable amateur et le film professionnel de TUNIS MIX.

          La production est prolifique en quelques mois avec les courts-métrages de Nadia El Fani, relayés par celui de Mourad Ben Cheikh.

           Lotfi Dziri, auteur, comédien et réalisateur du documentaire Tunisien : Pourquoi et Comment, tourné pendant l’été 2011 et sorti fin septembre, résume un peu son travail ainsi : « Tunisien, pour quelle identité, pour quel projet ? »

Un tournage à la cow-boy...
         Il  déclare au lendemain des élections constituantes tunisiennes : «Trois mille ans partis en fumée. Messieurs de la nomenklatura, avides de pouvoir et en extase devant votre ego surdimensionné, vous avez réussi ce que César lui-même ne parvint pas à faire de son temps : Effacer de la carte du monde un pays exemplaire en tout point. Attendez-vous, camarades justes et braves aux plus affreux des ténèbres. Les héritiers du RCD et les assoiffés de pouvoir ont livré notre histoire à un autodafé dont on ne se relèvera plus jamais.»

           Une page d’histoire contemporaine que les Tunisiens de tous bords écrivent, brouillonnent, raturent et commentent en même temps. L’histoire en direct ?

Un article de MonaK




jeudi 27 octobre 2011

A la Toussaint en Polynésie


Les cimetières sont en fête


   Pour le jour des morts, en Polynésie française, les tombes couvertes de sable blanc s'illuminent d'une myriade de bougies...

Une tombe dans le cimetière chinois de Pirae à Tahiti     
     En Polynésie française, le 1er novembre n’est vraiment pas un jour comme les autres.

    Il suffit, pour s’en convaincre, de s’offrir une ballade de cimetières en lieux de mémoire : pas un seul qui n’échappe à l’effervescence générale!

   Quelle que soit la religion affichée par les uns et les autres, catholiques, protestants, mormons, adventistes, sanitos, témoins de Jéhovah, bouddhistes, bahaïstes et juifs, personne en Polynésie n’échappe à la ferveur de ce jour de mémoire.

     L’évènement fait la une de tous les médias et occupe les pensées de tous les Polynésiens.

    Sur les marchés, le quartier des fleuristes voit sa surface tripler en quelques jours, débordant sur les trottoirs et envahissant tous les espaces disponibles.

   Au bord des routes, et bien sûr tout particulièrement aux abords des cimetières, apparaissent d’étranges tas de sacs en toile beige… Ce sont des sacs de ce sable blanc indispensable à la décoration des tombes.

Préparatifs d’un jour pas comme les autres

    Durant la semaine qui précède le jour des morts, tous les cimetières et leurs abords vibrent d’une activité étonnante.

Sur le sable, une bougie pour la mémoire
     Les premiers à investir les lieux sont les maçons et les peintres. Rien ne doit être laissé au hasard et chaque famille se doit de présenter le monument funéraire le plus pimpant possible.
Ainsi, dès que les petits (ou gros) travaux de remise en état sont terminés, les peintres s’emploient à blanchir tout ce qui peut l’être sur chaque monument funéraire.

   Ce travail achevé, ce sont les jardiniers qui entrent en action. Sarclant, binant, arrachant les mauvaises herbes et ratissant les allées, ils sont bientôt rejoints par ceux qui, dans chaque famille, ont été chargés de la corvée de sable.

    Car pour ce jour important entre tous, chaque tombe se doit d’être recouverte d’une couche de sable blanc parfaitement propre. Et puis, à Tahiti comme dans toutes les îles hautes de Polynésie, hormis pour le sable de la plupart des plages, le noir n’est pas de mise. Nous sommes ici au royaume de la couleur.

   Une fois le sable étalé, soigneusement ratissé et débarrassé de la moindre impureté, feuille, gravillon, brindille ou autre, arrivent les familles au grand complet, les bras chargés de fleurs coupées, de fleurs en pots, et d’étranges petits paquets rectangulaires, tous identiques…

Ici, les enfants aussi ont leur place près des défunts
     Alors que les jeux des enfants emplissent les allées de cris, de rires et de mouvement, les femmes se concentrent sur la décoration des lieux. D’abord, placer les fleurs aux meilleurs endroits, les arranger, les débarrasser des feuilles inutiles ou abimées. Rien ne doit être laissé au hasard…

     Lentement, le soleil s’apprête à se glisser entre les draps de l’océan tout proche. C’est le moment où la magie va s’emparer discrètement des cimetières.

    Avant qu’il ne fasse nuit, chacun s’empresse d’ouvrir les étranges paquets de carton… et de placer délicatement les innombrables bougies de ménage qu’ils contiennent un peu partout sur les tombes.

La Toussaint, une nuit de ferveur et de recueillement

    Alors que la douceur de la nuit tropicale enveloppe délicatement les îles, de cimetière en cimetière, de tombe en tombe (car nombreux sont les Polynésiens qui sont enterrés sur leurs terres, dans leur jardin, voire parfois au sein même de leur maison) la multitude des lucioles de cire illumine progressivement la demeure des ancêtres, où qu’ils reposent.

Durant l’office les enfants dansent sur les tombes
     Commence alors une longue nuit de prières, de recueillement, et de lutte acharnée contre le vent (et parfois la pluie) afin de conserver les flammes de la mémoire.

    Tout au long de cette nuit particulière, on se relaie près des tombes afin qu’elles ne soient jamais seules et que les bougies soient toujours allumées et remplacées dès que cela s’avère nécessaire.

Le jour des morts : une fête pour les vivants

    Non, décidément, en Polynésie française, le 1er novembre n’est vraiment pas un jour comme les autres.

     Dès le matin, après le culte, quel qu’il soit, les cimetières se remplissent d’une foule endimanchée, bariolée et pleine de vie.

     Bien des gens ne se voient qu’une fois par an à cette occasion.

    Au milieu de la cohue bon enfant, entre les jeux des enfants, les embrassades des retrouvailles, ceux qui mangent un morceau et ceux qui entretiennent la flamme des bougies, il y a ceux qui se recueillent, totalement insensibles à l’animation et le bruit qui les entourent, ils sont en communion profonde avec leur passé. Rien ne saurait les distraire de ces instants privilégiés où ils retrouvent leurs chers disparus dans des échanges dont eux seuls connaissent la teneur.

     Ainsi va se passer cette journée sans que jamais les lieux ne se dépeuplent et sans que jamais ne s’éteignent les bougies, malgré le vent et la pluie qui souvent s’invitent à ces cérémonies.
Quelques instants avant le coucher du soleil, une procession d’hommes et de femmes tout de blanc vêtus pénètre dans les cimetières. Le silence se fait comme par magie et tous se regroupent autour des nouveaux arrivants…

L’office, au milieu des fleurs et des morts
   Commence alors une longue et fervente cérémonie au cours de laquelle chaque tombe, sans exception aucune, est bénie par le prêtre ou le pasteur suivis de leurs officiants et entourés par la foule des vivants en prière.

     La longue procession s’achève dans l’un des rares espaces dégagés du cimetière, souvent à l'abri d’un arbre majestueux, pour une messe œcuménique à laquelle chacun participe à sa manière, souvent en restant près de la tombe que l’on est venu honorer.

    La cérémonie du culte achevée, le cimetière se vide très lentement, chacun rejoignant son foyer heureux d’avoir, une fois encore, été là pour se souvenir de ceux qui ne le sont plus.
Peu à peu la nuit, le vent et l’humidité font en sorte que s’éteignent une a une les bougies de la mémoire.

     Jusqu’à l’année prochaine…

A lire aussi :

Un article de Julien Gué




mardi 25 octobre 2011

Le film de Kassovitz interdit à Nouméa !


Vous avez dit ordre et morale ?


            C'est le 16 novembre 2011 que le film de Mathieu Kassovitz, "L'ordre et la morale" sortira sur les écrans français.

            Outre que chacun des films de l'enfant terrible du cinéma français est toujours un événement porteur de polémique, cet opus-là provoque la tempête bien avant sa sortie sur les écrans.


            En effet, ce jour là tous les français pourront se faire leur propre avis sur la valeur artistique, historique et politique du film. Tous ?... Non : Les Néo-Calédoniens eux seront interdits de projection !

            Que le réalisateur ait été obligé d'aller tourner son film en Polynésie française pour ne pas provoquer d'émeutes sur le caillou était déjà choquant en soi. Que toute la population calédonienne se voit interdire le film alors qu'elle est la première concernée l'est encore plus.

Petit rappel des faits

            En avril 1988, quatre gendarmes sont tués dans la gendarmerie de l'île d'Ouvéa puis une trentaine d'autres sont retenus en otages dans la grotte de Gossanah par un comando d'indépendantistes Kanaks.

            Le film retrace la tentative de médiation avortée d'un capitaine de gendarmerie, Philippe Legorjus. Le 5 mai, soit trois jours avant le second tour de l'élection présidentielle française, l'armée donne l'assaut à la grotte, y laissant deux soldats et tuant dix neufs Kanaks dont cinq, au moins, sont décédés après l'assaut lui-même…


Le 26 juin, Jacques Lafleur (droite anti-indépendantiste) et Jean-Marie Djibaou, leader charismatique du mouvement indépendantiste FLNKS (Front de Libération Nationale Kanak Socialiste) signent les fameux "accords de Matignon" grâce au travail de Michel Rocard. Mais tous les indépendantistes n'étaient pas favorables à ces accords, et un an plus tard, le 4 mai 1989, Jean-Marie Djibaou et son bras droit Yeweiné Yeweiné était assassinés à Ouvéa par un Kanak radical.

"L'ordre et la morale" censuré !

            Dans mon article "Le film de Kassovitz tourné en Polynésie", je vous narrais les difficultés et péripéties qui avaient obligé le réalisateur à tourner en Polynésie française. Les raisons en étaient assez claires et, toutes proportions gardées, relativement compréhensibles.

            Le problème qui se pose aujourd'hui est beaucoup moins clair et laisse remonter des odeurs bien nauséabondes de censure, de pression morale et de chantage particulièrement odieuses.


            Si l'on s'en tient aux faits, voici ce que l'on peut, en résumé, dire de cette affaire : En Nouvelle-Calédonie, il n'y a qu'un seul exploitant de salles de cinéma. La société Cinécity dirigée par un certain Douglas Hickson. C'est ce dernier qui aurait décidé, seul affirme-t-il, de ne pas programmer le film par souci de "préserver la paix sociale sur le territoire" (sic) !

            Voici un court extrait de la manière dont il justifie sa décision : "(...) Ce film très caricatural rouvre des plaies qui s'étaient cicatrisées (...) Nous sommes une entreprise de divertissement alors que ce film est un film polémique. Nos salles ne sont pas le lieu approprié pour le présenter (...)"

            Face à de telles déclarations, on est en droit de se poser un certain nombre de questions. Par exemple : Si les cinémas ne sont pas les bons endroits pour projeter des films de qualité et porteurs de sens, qu'est-ce qu'un cinéma ? Où et comment doit-on projeter ces films-là ? Et, enfin et surtout : Qui est habilité à décider quels films sont projetables et lesquels ne le sont pas ?


Nous sommes un certain nombre à nous demander : la censure n'avait-elle pas été abolie dans la République française ?

Qui sont les censeurs ?

            Officiellement, Douglas Hickson aurait pris seul, en son âme et conscience, cette délicate et pour le moins discutable décision. Il semble bien pourtant que les choses ne soient pas aussi simples que cela.


            En effet, lors des longs séjours que Mathieu Kassovitz fit en Nouvelle Calédonie, un groupe de personnes réunies autour de l'un des descendants des acteurs du drame d'Ouvéa avait exprimé (parfois violemment) leur refus de voir ce film se faire. Arguant que le réalisateur français ne saurait en aucun être objectif, voire serait incapable de comprendre les tenants et aboutissants de ce douloureux dossier.

            Il faut également se souvenir qu'en Aout 2010, le député UMP calédonien Pierre Frogier avait écrit en personne au Président de la République pour protester contre l'aide financière apportée par l'Etat à ce projet cinématographique.


            On pourrait multiplier le rapport des pressions et menaces effectuées sur les uns ou les autres par les uns et les autres pour que ce film ne voie pas le jour. Mais il y a eu aussi, en Nouvelle Calédonie, beaucoup de gens pour se battre aux côtés de Kassovitz afin que le film voie le jour.

La démocratie en danger ?

Dans la presse calédonienne, comme polynésienne d'ailleurs, l'affaire fait grand bruit et soulève l'indignation. Mais c'est sur les réseaux sociaux que les réactions sont les plus virulentes. Ainsi, on peut voir passer en très grand nombre des réflexions comme : "Censure au pays des non-dits" ou "gravissime atteinte à la liberté d'expression", cette dernière étant en général accompagnée de qualificatifs du genre : "consternante, scandaleuse, atterrante, dictatoriale…"

Pour l'heure, le FLNKS n'a pas encore réagi officiellement, même si l'un de ses responsables a déclaré à l'AFP : "On souhaite que le film soit vu, même si c'est douloureux. Bien sûr, on peut craindre la réaction de jeunes se sentant marginalisés…" Dans cette affaire, sont-ce vraiment les jeunes qui sont le plus à craindre, eux qui n'ont pas vécu ces évènements ?


Alors, y a-t-il eu des pressions politiques sur le gérant des salles ? Si oui, de qui sont-elles le fait ? Et, dans tous les cas de figure, quand bien même il s'agirait réellement d'une décision personnelle dictée par la peur ou une pseudo morale (on y revient) de Douglas Hickson, qu'en est-il du droit du public de se faire son propre avis ?

Pendant que les médias nationaux se posent en témoins impartiaux et défenseurs de la démocratie dans les pays qui se battent pour retrouver leur liberté, on est en droit de se demander pourquoi ils ne disent rien face à un évident recul de la démocratie et de la liberté d'expression en France.

Car, ne l'oublions pas, la Nouvelle-Calédonie (comme la Polynésie) est encore un territoire français protégé par notre constitution. Alors, plutôt que de stigmatiser à longueur de pages les extrémistes de tous bords qui ensanglantent nombre de pays dans le monde, on ferait bien de s'inquiéter aussi de ces pressions inadmissibles qui rognent lentement mais sûrement nos libertés à nous…

Allons-nous accepter que quelques individus aux idées et aux comportements fascisants interdisent à toute une population de voir un film qui la concerne au premier chef ?


Et Tahiti dans tout ça ?
           
            Bien que l'exploitant des salles en Polynésie française, la société Pacific Films, soit une filiale de Cinécity, elle s'est désolidarisée de sa maison mère dans cette affaire et son gérant à Tahiti, M. Frédéric Mourgeon déclare à nos confrères de Tahiti Infos : « Le film doit sortir en salle au Fenua le 30 novembre, soit deux semaines après la métropole, un délai normal ici ».

            Ainsi, seuls les premiers concernés par le film, les seuls aussi qui auraient pu le critiquer de manière objective, seront privés de projection à cause de la volonté d'un seul (?) homme : les Calédoniens !


            En réalité, la résistance s'organise et il semble bien que certains défenseurs de la liberté d'expression en Nouvelle-Calédonie s'organisent pour que le film soit quand même projeté. Et parmi ceux-là, l'équipe de l'irremplaçable et très remarquable Centre Culturel Jean-Marie Djibaou.

Toutes les photos qui illustrent cet article sont des pictogrammes du film "L'ordre et la morale" de Mathieu Kassovitz.

Pour en savoir plus sur l'aventure de ce film : cliquez ici !

Un article de Julien Gué