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samedi 29 septembre 2012

Hatiheu la paisible


La baie du bonheur

Dans un écrin de falaises, le village d'Hatiheu semble immuablement ancré dans la sérénité, en équilibre entre océan et montagne, entre présent et passé...

Nous sommes à Nuku Hiva, aux îles Marquises.

Il faut deux heures de voiture pour aller de Taiohae à Hatiheu. Après un détour par la baie magique de Taipivai, la route serpente dans la montagne comme si elle se cachait de quelque chose. Serait-ce pour ne point dénaturer la majesté du décor ?

Depuis la route traversière, la baie de Hatiheu
Comme une perle dans son écrin, Hatiheu se dévoile au sortir d’un virage…
La route est encore longue, qui descend en lacets jusqu’à la plage de sable doré, propre comme dans un rêve de marin.

 

Hatiheu, un village marquisien de carte postale

La seule rue du village, en terre battue, longe le rivage sans rien lui enlever de sa beauté, avec respect.

Il est midi passé et, à cette heure tardive, les Marquisiens sont à table depuis longtemps. Ce qui explique que le village soit désert.


Hatiheu la paisible, comme un rêve hors du temps…
Comme tous les visiteurs, nous allons donc nous restaurer chez Yvonne, le seul restaurant de Nuku Hiva en dehors de Taiohae. L’endroit est réputé comme étant l'une des meilleures tables de l’île et l’hôtesse, personnage haut en couleurs, est incontournable pour quiconque s’intéresse aux gens.

Si vous la conviez à s’asseoir avec vous et que vous vous donnez la peine de l’écouter, sa voix chaude et douce vous fera découvrir un monde surprenant, sans mesure aucune avec celui qui est le vôtre.

Merveilleuse Yvonne Katupa, un peu l’âme du village de Hatiheu
Un monde qu’elle s’acharne à protéger, à sauvegarder depuis des décennies. En fait, depuis que son maire de mari lui en avait transmis la charge sur son lit de mort, chose que les habitants confirmèrent par les urnes peu de temps après.

 

Yvonne Katupa, maire de Hatiheu depuis plus de vingt ans

C’est cette femme exceptionnelle qui, s’appuyant sur la solidarité et le sens de la communauté des villageois, a pu rendre au tohua* Kamuihei le visage qui est le sien aujourd’hui.

Ce fut un travail énorme pour une aussi petite collectivité (348 habitants !). Mais le jeu en valait la chandelle.


Le tohua Kamuihei de Hatiheu, l’œuvre de Yvonne Katupa

D’abord parce que le site est magique et somptueux. Ensuite parce qu’il est impossible de ne pas succomber au charme évocateur de ces pierres enchâssées dans une exubérante nature. Enfin parce que votre guide vous fait plonger dans un univers insoupçonnable où se mêlent histoire et légendes. Un voyage entre mythe et réalité.

L’entrée du site du tohua* Kamuihei
Le combat d’Yvonne était loin d’être gagné d’avance car, s’il est vrai que, chez certains, le village de Hatiheu exerce un attrait, voire une fascination incontestable, il en va différemment pour les jeunes gens du village.

On peut aisément comprendre que, pour nombre d’entre eux, les lumières de Tahiti, la foule, les activités multiples de la société urbaine fortement occidentalisée de Papeete exercent un très fort attrait.

La goélette Aranui :  le lien avec le reste du monde
Comment faire alors pour les garder au village ? Pour qu’ils ne commettent pas les mêmes erreurs que leurs parents, partis un jour vers un Eldorado qu’ils n’ont bien sûr pas trouvé et qui, depuis, tentent de revenir sur leur île ?

En leur racontant l’histoire de leur vallée et en leur demandant de l’aider à restaurer tous les sites archéologiques et historiques… Ce qu’ils ont fait et ce dont ils sont tellement fiers aujourd’hui.

 

Hatiheu, presque une réserve naturelle

Yvonne vous parle aussi des oiseaux. Des espèces endémiques en grand danger de disparition très prochaine et pour lesquelles se bat la société ornithologique Manu.

Le carpophage des marquises  peut atteindre plus de un mètre d’envergure
Elle s’est battue avec les jeunes du village aux côtés de l’association Manu pour pour sauver, entre autres, le upe, pigeon géant des Marquises, dont il reste moins d’une dizaine de couples.

Un combat aujourd’hui gagné.

Pour peu que vous en exprimiez le désir, Yvonne Katupa peut vous parler de bien d’autres choses encore. Alors ne passez pas à côté de cette chance : cette mémoire n’est pas éternelle et Yvonne est une vieille dame.

C’est aussi et surtout une très grande dame. Personne à Nuku Hiva ne vous dira le contraire.

Le village de Hatiheu vu du ciel
Grâce à elle et aux habitants du village, Hatiheu semble être une survivance du 19ème siècle par son calme et par sa beauté. Mais ne vous y trompez pas : il en faut de l’énergie, de la volonté et du courage pour sauver de la ruine un village ancien complet, des marae, entretenir la forêt et accueillir les visiteurs avec le sourire pour leur offrir toutes ces merveilles, comme si cela n’était rien que très normal.


Ce qui est exceptionnel ici, c’est la simplicité. Quelques pas en longeant la plage de sable blanc par la seule rue du village devrait suffire à vous en convaincre…

*Tohua : lieu sacré destiné aux festivités



Un article de Julien Gué


lundi 24 septembre 2012

Nuku Hiva, au cœur des Marquises


La terre des hommes

Nuku Hiva est la plus grande des îles Marquises. Après Tahiti, elle est aussi la deuxième plus grande île de Polynésie française.

Majestueuse, fantastique, vertigineuse, sauvage, bucolique… Nuku Hiva est l’île de tous les superlatifs.

A 1 500 km au Nord-Est de Tahiti, Nuku Hiva c’est 330 km² de falaises abruptes, d’aiguilles basaltiques impressionnantes, de luxuriantes vallées encaissées, de cascades, de rivières, de merveilleuses plages souvent inaccessibles. Mais c’est aussi un plateau d’une incroyable beauté, un canyon hallucinant, un désert de rochers…

Nuku Hiva : un château-fort perdu en plein Pacifique Sud
Nuku Hiva c’est surtout, et avant tout, une histoire, une culture et un peuple toujours vivants.

 

Nuku Hiva, une île jeune et belle

Les îles Marquises sont, géologiquement parlant, l’archipel le plus jeune de Polynésie française, ce qui y explique à la fois l’absence de lagon et la présence d'impressionnantes montagnes aux flancs abruptes.

La carte d’une île pas comme les autres
Nuku Hiva, la plus grande d’entre elles, n’échappe pas à la règle. Elle en pousse même les caractéristiques à l’extrême.

Arriver à Nuku Hiva en avion, c’est atterrir à Terre Déserte la bien nommée. Occupant une grande partie de la côte ouest de l’île, et surplombant l’océan de quelques dizaines de mètres, la zone est un plateau aride et sec balayé par les vents. Sur toute cette partie de la côte, un seul village niché au fond de la baie de Haahopu.

L’aérogare de Terre Déserte la bien nommée
Afin de rejoindre l’agglomération principale, Taiohae, il faut traverser toute l’île. Pour cela, deux possibilités : le 4x4 ou l’hélicoptère.

Depuis peu, la route traversière est bétonnée sur la quasi-totalité du trajet. Première étape, gravir la chaîne de montagne qui surplombe Terre Déserte pour franchir un col près du plus haut sommet de l’île, le mont Tekao, qui culmine à 1 227 m.

Depuis le col la descente vers le plateau de Toovi
Là, changement de décor : une descente vertigineuse conduit sur le plateau de Toovi qui accueille l’essentiel de l’agriculture et de l’élevage de l’île. Après la sécheresse de Terre Déserte, le contraste est saisissant.

La baie de Taiohae telle qu’elle se dévoile
Un nouveau col à franchir, et s’amorce la descente vers la merveilleuse baie de Taiohae où l’on arrive après deux heures de voiture.

 

Nuku Hiva et l’histoire

Le nom marquisien des îles Marquises est "henua enana", ce qui signifie "Terre des hommes".


Nuku Hiva aux temps anciens
Les premières traces humaines retrouvées à Nuku Hiva le furent sur la plage de Haatuatua par Robert Suggs en 1957. Elles permettent de situer le premier peuplement de l’île environ 150 ans avant J.C.

D’origine polynésienne, ces marins hors normes apportent avec eux cochons, chiens, poules et rats (à leur insu). Ils transportent également des noix de coco, du taro, des ignames et des arbres à pain.

La vie s’écoule tranquille et sereine, ce qui permet la colonisation de l’ensemble de l’île et une augmentation sensible de la population.


La légende de la création des Marquises par Joseph Kahia
Vers 1 100 après J.C., cette population atteint un niveau de densité trop important et des luttes intestines meurtrières opposent les différentes communautés de l’île.

Une partie de la population choisit l’exil et c'est à cette époque que les petites îles de Motane et Eiao sont habitées.

Le Britannique Joseph Ingraham aborde l’île en 1791, suivi deux mois plus tard par Etienne Marchand qui prend possession de l’île (et du reste de l’archipel) au nom de la France.

Malgré la résistance violente de certains dignitaires, et particulièrement du chef Pakoko qui ordonne le massacre de cinq soldats français, le peuple marquisien doit faire fi de sa fierté naturelle et courber l’échine devant l’occupant.

Le capitaine français Etienne Marchand
Au début du 20ème siècle, il reste à Nuku Hiva moins de 400 habitants. Sa population décimée par les maladies importées, l’alcool et une baisse terrible de la fécondité, il s’en est fallu de bien peu pour que Nuku Hiva ne redevienne une île déserte.

Lors du recensement de 2007, ils étaient 2 798 résidant sur l’île, ce chiffre ne tenant pas compte de l’importante diaspora installée à Tahiti.

 

Nuku Hiva, l’île aux mille richesses

Bien sûr, il y a sur cette île des paysages somptueux. Bien sûr, la cascade de Vaipo (la 3ème plus haute du monde avec ses 350 mètres). Bien sûr, les chevaux en liberté dans la montagne, comme les vaches et les chèvres. Bien sûr, la chasse au cochon sauvage lors de fabuleuses randonnées…

L'impressionnante cascade de Vaipo 
Mais il y a aussi une multitude de sites archéologiques, de marae parfaitement restaurés comme à Taiohae ou le village ancien reconstitué de Hatiheu…

Il y a enfin et surtout les gens. Comment ne pas être fasciné par la noblesse de ce peuple qui, aujourd’hui encore, bien avant d’être Polynésien ou Français, est Marquisien jusque dans les plus petits détails du quotidien ?

Nuku Hiva, l’envoutement…
Si vous avez la chance de sympathiser avec l’un ou l’autre des habitants de Nuku Hiva et qu’il décide de vous faire découvrir son île, alors vous n’oublierez jamais votre séjour et conserverez à jamais le désir de retourner sur la Terre des hommes…


Un article de Julien Gué

jeudi 20 septembre 2012

La guillotine de Tahiti


Une bien morbide saga

Il n'y a pas qu'en place de Grève que la Veuve a rempli son office. L'invention du Dr Antoine Louis a aussi tranché bien des têtes Outre-mer...

Par la Veuve, la Bécane, la Lucarne, bref : par la guillotine… On ne saura sans doute jamais combien de personnes eurent la tête tranchée par décollation en France. Toutefois, à titre indicatif, le nombre de guillotines est fixé par décret du 25 prairial an I (13 juin 1793) : ce sera une machine à trancher par département...

L’exécution de Louis XVI
Pour la seule période dite de la terreur (1793 / 1794) et sans les chiffres de Paris, certaines estimations donnent jusqu'à 42.000 victimes de la Veuve…

C'est le 17 juin 1939 qu'eut lieu la dernière exécution publique en France. Mais la dernière tête à être tombée sous le couperet de la justice fut celle de Hamida Djandoubi, le 10 septembre 1977, à la prison des Baumettes à Marseille.

Le 30/09/1981, Robert Badinter, défend l’abolition de la peine de mort à l’Assemblée
C'est au socialiste Robert Badinter que l'on doit l'abolition de la peine de mort en France et la mise au rancart de la guillotine.

Juste pour ne pas oublier. Ames sensibles s’abstenir…
Ce que l'on sait moins, c'est qu'elle fut aussi utilisée, de manière plus ou moins intensive, dans les colonies. En Afrique du Nord bien sûr, en Asie et en Afrique noire, mais aussi et surtout dans les bagnes lointains : que ce soit en Guyane, en Nouvelle Calédonie ou en Polynésie française.

 

La guillotine à Tahiti

C'est en 1869 que la guillotine fut utilisée pour la première fois dans la colonie française de Tahiti pour mettre à mort un des coolies travaillant sur la plantation de coton d’Atimaono (côte Ouest de Tahiti). Chim Soo Kung était accusé d’avoir participé à une rixe sanglante entre clans rivaux. Pourtant, aujourd'hui encore, sa culpabilité dans cette affaire reste sujette à débats. Ce même jour, un autre chinois fut exécuté dont l'histoire n'a pas retenu le nom.

Chim Soo Kung, peu avant son exécution
Cependant, il est intéressant de noter que la peine de mort avait été institutionnalisée à Tahiti par le code Pomare en 1819.

La guillotine qui fut utilisée ce 11 août 1864 à Papeete avait été construite sur place, et c'est là que la saga de cette machine commence…

 

Qu'est devenue la veuve de Tahiti ?

A-t-elle été vendue, volée ou détruite ? Est-elle toujours en Polynésie ? Si l'on sait exactement comment son histoire a commencé, tout et son contraire a été raconté sur le sort de la guillotine de Tahiti après qu'elle fut mise au placard.

Le Dr Antoine Louis, inventeur de la guillotine
Une grande partie du mystère est levée par Fernand Meyssonnier dans son livre Paroles de bourreau, témoignage unique d'un exécuteur des arrêts criminels (éditions Imago, 2002). Meyssonnier vécut en Polynésie française de 1961 à 1990. Puis il s'est retiré à Fontaine, dans le Vaucluse, où il a créé un Musée historique de la Justice et des Châtiments et où il est décédé en 2008.

L'ancien bourreau, ayant connaissance de l'existence d'une guillotine à Tahiti, fit des recherches et la retrouva. Elle était en ruine et certaines pièces en avaient déjà été dérobées. Il décide alors de s'en porter acquéreur pour la "sauver". Mais ce projet ne put voir le jour, la justice française ne le souhaitant pas.

Le Dr Joseph-Ignace Guillotin, promoteur de la Veuve
Un jour, le maire de Papeete (M. Juventin) le contacte et lui demande s'il peut remettre la machine en état car il souhaite l'exposer dans le cadre d'une manifestation sur le vieux Tahiti. Il voulait la dresser devant la mairie !

Avec un artisan de Moorea, Meyssonnier entame donc la restauration de la guillotine, jusqu'à l'intervention de la communauté chinoise de Tahiti qui fait pression sur le maire… Le projet est donc abandonné.

Mais l'ancien bourreau décide de finir la restauration. Et surtout d'en profiter pour faire une copie à l'identique qu'il compte bien conserver pour son musée personnel.

F. Meyssonnier, le bourreau devant la guillotine
Cette copie a bien été réalisée. Elle a même été construite avec certaines pièces de l'originale. Ce qui nous laisse deux veuves pouvant prétendre au titre de monument historique !

C'est là que le mystère commence.

 

Le mystère de la guillotine de Tahiti

Si l'on en croit Meyssonnier, ce serait la copie qui aurait été renvoyée aux autorités. L'original, lui, aurait été envoyé, par un associé douteux de l'ancien bourreau vers les Etats Unis, dans une caisse censée contenir du "bois de Tahiti"… La caisse se serait perdue aux USA.

La tombe de Chim Soo Kung au cimetière de Arue
Pourtant, malgré de nombreuses sources (plus ou moins fiables) prétendant qu'elle avait disparu, il y a bien une guillotine à Tahiti. Elle a été confiée, après sa restauration, au Musée de Tahiti et ses îles (aujourd'hui Te Fare Manaha). Elle serait, sous réserve de vérification car la direction de l'établissement (qui vient de changer) n'a pu être formelle sur ce point, dans les réserves du musée avec son panier.

Quelques minutes pour ne jamais oublier…
Seulement voilà : les collections du Musée historique de la Justice et des Châtiments, qui, pour la petite histoire, est aujourd'hui fermé car personne ne voulait le visiter, contiennent aussi une guillotine en tout point semblable à celle du Musée de Tahiti. Est-ce celle dont Meyssonnier prétendait qu'elle s'était perdue aux Etats Unis ? Et si oui, est-ce l'original ou la copie qui se trouve dans les collections du Musée de Tahiti et ses îles ?

La question reste posée et il y a bien peu de chances, hélas, que le mystère soit jamais résolu.

Tous mes remerciements à la direction du Musée de Tahiti et ses Îles – Te Fare Manaha
Lire également l'article de Tahiti Pacific Magazine n°152 de décembre 2003


Un article de Julien Gué


mardi 18 septembre 2012

Les lagons de Polynésie


Le paradis sous l’eau

Sous la magique beauté bleue des lagons polynésiens se cache un univers aquatique merveilleux et accessible à tous. Nul besoin d'être plongeur.

Si certaines îles de Polynésiefrançaise, comme l’atoll de Rangiroa dans l’archipel des Tuamotu, recèlent parmi les plus beaux spots de plongée de la planète, sans matériel particulier et sans brevet de plongeur, il est possible de découvrir des merveilles sous-marines dans tous les lagons polynésiens.

Les premiers pas d’une exploratrice lagonaire…
Découvrons aujourd’hui le jardin de corail de Taha’a

 

Le jardin de corail de Taha’a

Un "hoa" est un passage non navigable, car très peu profond, qui permet, en dehors des passes, les échanges d’eau entre le lagon et l’océan.

Le hoa du jardin de corail vu du motu Tautau
Celui qui abrite le jardin de corail de Taha’a forme une sorte de chenal entre les motu* Tautau et Tutae, juste en face de la baie de Tapuamu.

Découvrir cet endroit magique nécessite donc trois choses: un bateau pour traverser le lagon jusqu’au motu, un bon guide pour vous éclairer sur toutes les merveilles qui vont vous être offertes, et du matériel de plongée.

L’équipement type de l’explorateur lagonaire…
Attention! Pas n’importe quel matériel: il vous faut impérativement vous munir d’un masque, d’un tuba et d’une paire de sandales en caoutchouc… Ajoutez-y une serviette de bain ainsi qu’une huile solaire et vous serez parés.

En effet, l’exploration du jardin de corail et de ses merveilles se fait en se laissant porter par le courant venant de l’océan, à la surface d’une eau chaude et particulièrement claire, en survolant un univers aquatique dont la profondeur n’excède jamais les deux ou trois mètres…

L’épuisante activité du plongeur lagonaire
Une fois le bateau à l’ancre (après une traversée d’une vingtaine de minutes) et rejointe la plage, quelques minutes de marche à pieds sur le motu Tautau seront nécessaires pour rejoindre le point de départ de la grande aventure lagonaire…

 

Magie du lagon

Arrivés aux confins du motu, séparés de l’océan Pacifique par la seule barrière de corail, un dernier regard vers lamythique Bora Bora qui se découpe à quelques kilomètres et il est temps d’aller rencontrer nos amis les poissons…

Coraux et bénitiers : les couleurs du paradis…
Si quelques ailerons de petits requins "pointe noire" aperçus lors de notre brève randonnée refroidissent les ardeurs de certains, il ne faut avoir aucune crainte: ces animaux ne s’attaquent pas à l’homme et ont en général bien plus peur que lui. D’autant que ceux qui se promènent par-là sont des petits et ne dépassent guère les trente ou quarante centimètres.

Il est donc temps de se mettre à l’eau. Pas de panique: sa température avoisine les 28°C ou 29°C et le courant est juste suffisant pour permettre de dériver sans avoir à se fatiguer.

Masques et tubas bien en place, les sandales en caoutchouc pour protéger nos pieds d’éventuelles blessures dues aux coraux, il ne reste plus qu’à se jeter à l’eau et suivre le guide…

Étrange magie des formes et des couleurs
La technique est simple: se laisser porter par le courant en évitant de buter sur les patates de corail. La plupart du temps, pour s’arrêter, il suffit de poser les pieds sur le fond, voire d’y poser la main tant l’eau est peu profonde dans ce hoa. Parfois il faut y ajouter quelques mouvements des bras: un colossal effort!

Dès les premiers mètres, la magie est là, offrant tout le spectre des couleurs et des formes imaginables, tandis que l’on découvre coquillages, plantes aquatiques, coraux, poissons et autres animaux étranges.

 

Quelques merveilles lagonaires

Comment, en quelques lignes, décrire l’enchantement total que représente cette rencontre avec un univers habituellement prisonnier de nos petits écrans de télévision?

Au cœur du lagon, la diversité
La transparence de l’eau, d’abord, qui relève de l’incroyable tant il arrive qu’on oublie jusqu’à l’existence de l’élément qui nous entoure.

Les couleurs, ensuite, qui semblent couvrir la gamme chromatique la plus incroyable, soutenue par une lumière d’une telle densité que plus rien ne semble réel. Pourtant, seul le soleil nous éclaire.

La variété impossible, enfin, des espèces rencontrées.

De la majestueuse et indolente raie…
Algues et plantes aquatiques de toutes formes et toutes couleurs qui dansent dans le courant léger qui nous porte.

Coraux multicolores aux improbables apparences qui servent d’abris à une multitude de poissons tout aussi improbables.

… à l’inquiétante murène pouvant dépasser les deux mètres…
Coquillages enchâssés dans le corail comme ces bénitiers aux lèvres éclatantes, enfouis dans le sable ou reposant simplement entre les algues, eux aussi éclaboussés de couleurs inattendues.

Crustacés de toutes sortes, du plus gros au plus petit, se réfugiant dans la moindre anfractuosité de rocher ou de corail.


Trente-cinq minutes de bonheur…
Et les poissons…

Une multitude de poissons de toutes formes, de toutes couleurs et de toutes tailles.

Des minuscules tâches de couleurs qui vivent en symbiose avec les algues ou les méduses aux noires murènes de presque deux mètres de long en passant par les poissons aiguilles, les raies, les poissons pierre ou les poissons papillons, la visite du jardin de corail laisse une telle quantité de merveilles dans les yeux qu’une deuxième s’impose aussitôt.

Mes plus chaleureux remerciements à René et Florence Combeau de la pension « Au Phil du temps » pour leur accueil, leur gentillesse, la découverte du jardin de corail de Taha’a ainsi que pour bien des photos qui illustrent cet article.

Lexique :
*motu : mot polynésien signifiant "îlet" ou "îlot" à l’intérieur du lagon, faisant en général partie de la barrière de corail.

Un article de Julien Gué

dimanche 16 septembre 2012

Makatea aujourd’hui


L’île qui redevient déserte

Le film « Makatea, l'oubli » de Jacques Navarro Rovira dresse un portrait saisissant d'une île agonisant d'avoir trop donné d'elle-même aux hommes.

Ignorée des tour-opérateurs comme des autorités polynésiennes l’île de Makatea, dans l’archipel des Tuamotu, a pourtant été le premier moteur du développement économique de la Polynésie française durant plus de cinq longues décennies grâce au phosphate qui se cachait derrière ses surprenantes falaises blanches.

Dans la cocoteraie abandonnée…
Ainsi, jusqu’au début des années 60, l’exploitation du précieux minerai a fait de Makatea un lieu de vie totalement hors normes dans l’ensemble des petites communautés insulaires du Pacifique sud.

Makatea, l’île d’exception

Au plus fort de l’activité minière, il y eut plus de 3000 habitants sur l’île.

On y exploita le seul train qui ait jamais roulé en Polynésie française et, pour occuper les ouvriers pendant leurs moments de loisir, on y créa le premier cinéma du territoire.

A cette époque, il se passait plus de choses à Makatea qu’à Papeete, pourtant la capitale de la Polynésie, et toute l’économie du territoire reposait sur la richesse produite par cette petite île des Tuamotu.

Dans la gare de Falaise, au temps « béni » du phosphate
Les choses changèrent brutalement en 1962, lorsque fut prise la décision de fermer la mine. Cette année-là, il y avait encore 2273 habitants permanents sur l’île. Cinq ans plus tard, lors du recensement de 1967, ils n’étaient plus que 60 propriétaires et pêcheurs à vivre à Makatea.

En ce début de 21ème siècle, la question qui se pose est : sera-t-il encore possible de vivre à Makatea dans 10 ans ?

 

An 2009, « Makatea, l’oubli »

C’est de cela dont nous parle le film « Makatea, l’oubli » réalisé par Jacques Navarro-Rovira et produit par Bleu Lagon Productions. Et il le fait merveilleusement bien.

Inga Pan, 100 m au-dessus du Pacifique Sud
Ce moyen métrage, réalisé en 2009, a été diffusé pour la première fois le 15 septembre 2010 par la chaîne Télé Polynésie. Il s’agit d’un docu-fiction de 52 minutes relatant l’improbable séjour d’une violoniste (remarquablement interprétée par Inga Pan) sur une île au destin tout aussi improbable.

Dans le ventre végétal de Makatea…
Le choc de cette rencontre entre une artiste occidentale et la population délaissée et totalement isolée du monde d’une île exsangue est remarquablement rendu par les superbes images de Jacques Navarro-Rovira.

La détresse et les inquiétudes de cette population (des français, faut-il le rappeler ?) face à un avenir pour le moins compromis sont parfaitement mises en avant par le film, tout comme le sont la beauté majestueuse et le mystère qui se dégagent de la terre meurtrie de Makatea.

Pas de dialogue dans ce film : la violoniste voyageuse ne s’exprime qu’en voix off. Les habitants de l’île, que ce soit, le maire, l’instituteur ou l’épicier, lorsqu’ils prennent la parole, le font soit en monologue face à la caméra, soit en voix off lorsqu’ils sont à l’image, occupés à chasser les monstrueux crabes de cocotier par exemple.

Et dans le ventre minéral de l’île phosphate
Ainsi, quand à l'écran défilent des images d’une beauté parfois à couper le souffle, des voix d’une étonnante douceur égrènent le terrifiant constat d’une mort lente programmée.

 

Makatea, chronique d’une désertification annoncée

En novembre 2009, après la première session du tournage, il y avait encore 49 habitants permanents sur l’atoll. Un an plus tard, ils ne sont plus que 39…

Lors du tournage, la classe unique de l’école primaire comptait huit élèves. Lors de la rentrée scolaire 2010, l’instituteur ne fait plus la classe que pour quatre enfants… Combien de temps les pouvoirs publics vont-ils maintenir un poste d’enseignant pour quatre élèves ?

Les vestiges de l’âge d’or d’une île à l’agonie
Il existe plusieurs projets pour tenter de relancer l’économie de l’atoll moribond, mais aucun qui recueille l’approbation de la population. Il est pourtant plus qu’urgent d’agir. En effet, dès lors que l’administration centrale décidera qu’il n’est plus justifié de maintenir le poste d’enseignant, les derniers jeunes quitteront l’île définitivement.

En dessous de combien d’habitants la direction de la santé décidera-t-elle de fermer le petit dispensaire, pourtant vital à une population pour l’essentiel composée de retraités ?

 

« Makatea, l’oubli », le film

Avec ce film de Jacques Navarro-Rovira, le cinéma documentaire polynésien vient de franchir un cap décisif.

En quittant les sentiers battus, tant par le choix du sujet que par la manière de le traiter, ce film montre à quel point la production audiovisuelle polynésienne a été, jusqu’ici, conventionnelle et sans saveur.


Quand Jacques Navarro Rovira parle de son film
Du scénario à l’interprétation de Inga Pan en passant par la qualité de la prise de vue et l’efficace sobriété de la réalisation et du montage, il n’y a là rien à jeter. Jusqu’à la musique, anachronique et inattendue, qui nous prend par la main pour nous entraîner dans les méandres d’une désertification annoncée.

Et je voudrais saluer ici avec un infini respect l’extrême pudeur avec laquelle les habitants de Makatea expriment leur profonde inquiétude quant à ce que l’avenir peut bien réserver à leur île et à leur petite communauté.

« Makatea, l’oubli » a été présenté en compétition lors du FIFO 2011 (Festival International du Film Océanien) à Papeete. Le public comme le jury en ont été profondément marqués.

Il reste à souhaiter qu’il soit très vite diffusé sur les antennes d’une chaîne de télévision nationale afin que tout un chacun puisse découvrir ce film étonnant comme le destin qui attend le peuple de Makatea.


Makatea, l’oubli : la bande annonce
En guise de conclusion, cette petite perle cinématographique nous prouve, s’il en était besoin, que la Polynésie peut offrir au cinéma bien plus que de simples décors de lagons aux bleus fascinants.

Mes plus sincères remerciements à Jacques Navarro-Rovira et Bleu Lagon Productions pour m’avoir autorisé à publier ces quelques photos de tournage signée par le talentueux Lucien Pesquié.

Un article de Julien Gué


lundi 10 septembre 2012

Falaise, la gare de Makatea


Terminus ferroviaire de la ligne phosphate

C'est en 1904 que le destin de Makatea bascule avec la confirmation d'un gisement de l'un des phosphates les plus purs du monde.

Les premières rumeurs faisant état de la présence de phosphate sur l’île de Makatea remontent à 1884. Mais c’est le capitaine Bonnet, en 1890, qui, le premier, y signale officiellement la présence de ce précieux engrais.

Le village de Temao à Makatea en 1910
Il faut toutefois attendre 1904 pour que le professeur Agassiz ramène à Papeete des échantillons pour analyse. La confirmation d’une possible et valable exploitation d’un phosphate tricalcite d’une teneur de 80 % à 85 % de minerai pur, l’une des plus élevée au monde, est enfin donnée.

Dès lors, le sort de l’île de Makatea est scellé.

 

Naissance d’une aventure industrielle hors normes

Dès 1905 arrive le chef de travaux public Touzé. En trois brèves années, il va changer fondamentalement le cours des choses.

Le Fare du directeur de la mine
En collaboration avec Maître Goupil, notaire influent de l’époque, il prend immédiatement contact avec la "Pacific Phosphate Company" qui exploite les gisements de Nauru et de l’océan Indien.

Et en 1907, avec la famille Goupil d’une part et la "Pacific Phosphate de Nauru" d’autre part, il crée la "Société française des îles du Pacifique".

Avant le train, le transport du minerai par brouettes
Dernière étape administrative et juridique, le 4 décembre 1908, naît la toute nouvelle "Compagnie française des phosphates de l’Océanie", la CFPO, société qui compte 52 actionnaires. Aussitôt M. Touzé abandonne son poste de fonctionnaire pour prendre la direction de la société.

 

Phosphates, environnement et patrimoine culturel

Si le respect de l’environnement et des sites archéologiques est signalé dans les écrits officiels, malheureusement, l’archéologie, à cette époque, n’en est qu’à ses balbutiements et l’extraction du phosphate est prioritaire. Donc, ni fouilles, ni étude...

La grotte funéraire de la princesse espagnole
Heureusement, les grottes funéraires d’époque pré-européenne se situaient souvent hors d’atteinte. La plupart d’entre elles échapperont donc à la destruction. En 1930, on recense l’existence de huit marae. Seul celui de "Ra Inpu" est préservé.

Quant aux nombreuses cavernes contenant de limpides nappes d’eau qui auraient pu satisfaire une population assez importante, elles ne serviront que tout au début au ravitaillement des nouveaux arrivants. Ensuite, l’exploitation sera toujours prioritaire.

L’eau douce et cristalline de la grotte Vairoa
La nappe phréatique ne sera atteinte qu’en 1933 et ne fournira jamais plus de 150 m3 d’eau par jour. L’approvisionnement se fera donc par des citernes de récupération et par voie maritime.

 

Phosphates et retombées humaines et économiques pour la Polynésie française

Dès le départ, la nouvelle compagnie rencontre d’énormes difficultés de recrutement local. Ainsi, en 1908, sur les 300 personnes nécessaires, seuls 25 Polynésiens assurent le travail industriel qui est demandé.

Hormis les Vietnamiens qui ne retournent chez eux qu’en 1946 pour cause de guerre, l’ensemble des travailleurs asiatiques quittent Makatea au plus tard en 1934. Ils sont remplacés par des ressortissants des îles Cook.


Les années phosphates à Makatea
Il faut attendre 1956 pour que près de 100 % des employés de la mine soient Polynésiens.

De 1908 à 1966, des milliers d’hommes de tous horizons et de toutes ethnies ont travaillé à l’extraction du phosphate polynésien, participant ainsi de manière primordiale au développement économique de la Polynésie française.

 

Le train mythique de Makatea

Initialement, si des engins mécaniques apparaissent, le minerai continue d’être acheminé par brouettes sur des planches faisant fonction de chemins et même de ponts, jusqu’aux tapis roulants qui rejoignent les hangars de la CFPO.

Dans la gare de Falaise, le train de Makatea
Ce n’est que bien plus tard que sera créé le réseau ferré de Makatea. Dessinant une patte d’oie et d’une longueur de 7 km, il possède même une gare au nom évocateur de "Falaise".

C’est en 1927 qu’est construite la première jetée métallique au port de Temao. Longue de 50 m, elle prolonge le quai au-delà du récif afin de permettre le chargement du phosphate sur les cargos.

La sauterelle du port de Temao
Puis, entre 1953 et 1955, est installée une sauterelle, gigantesque passerelle mobile de 300 m de portée pouvant déverser directement 550 tonnes de minerai à l’heure dans les cargos.

De nombreux vestiges de ces installations sont toujours visibles à Makatea.

 

Du phosphate de Makatea au nucléaire de Moruroa

De 1908 à 1966, environ 11 280 000 tonnes de minerai d’excellente qualité sont extraites des entrailles de Makatea.

Il y eut jusqu’à 3 000 personnes vivant à Makatea, réparties entre les villages de Moumu et Vaitapaua.


Makatea, une fois le phosphate épuisé…
Mais l’âge d’or devait prendre fin. En 1962, il y a encore 2 273 habitants permanents sur l’île. En 1967, il ne reste que 60 personnes, propriétaires et pêcheurs.

Les travailleurs polynésiens de Makatea ont rejoint leurs îles respectives. Avec leur savoir-faire, leur savoir-être, leur sens de la discipline et leurs qualifications diverses, ces ouvriers deviennent un atout sérieux pour l’économie de la Polynésie française.

Ils participent notamment aux grands travaux des installations toutes neuves du Centre d’expérimentation du Pacifique.

Ce qu’il reste de la passerelle de chargement aujourd'hui
L’ère des phosphates est achevée, commence celle du nucléaire…

Les photos qui illustrent cet article, proviennent de la collection Michel Fayadat et des recherches de Vahineitaria Silvia que nous remercions chaleureusement.
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Un article de Julien Gué