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samedi 30 juin 2012

Tarzoon, la honte de la jungle



Les artistes et l’autocensure

En une époque bien triste au cours de laquelle quelques minorités extrémistes imposent leurs aberrantes et insupportables exigences à l’écrasante majorité des autres, réduisant du même coup les notions de liberté de pensée et liberté d’expression à peau de chagrin, il nous est apparu salutaire de faire un petit exercice de mémoire.

Je vous parle d’un temps…
Si l’économie européenne connut, de 1945 à 1975, ce qu’il est convenu d’appeler les « trente glorieuses », la liberté d’expression et de création connurent leur apogée de 1968 à 1995 : le fruit incontestable des grands mouvements hippies, libertaires et pacifistes qui secouèrent la poussière des sociétés occidentales dès le début des sixties.

La complainte du progrès de Boris Vian (1956)
Pourtant, à l’instar de Boris Vian, dès les années 50, de nombreux artistes et intellectuels avaient tiré la sonnette d’alarme et mis en évidence les dangers d’une société de consommation débridée.

Il faut pourtant attendre, en Europe tout au moins, la fin des années 60 et le début des années 70 pour que des mouvements contestataires fassent effectivement pression sur les gouvernements et obtiennent enfin les premières réelles avancées sociales et politiques.

Vous avez dit égalité des sexes ?...
Les plus emblématiques de ces avancées concernent l’égalité des sexes : droit à la contraception, droit à l’avortement, égalité des salaires, etc… Plus tard vinrent la majorité à 18 ans, l’abolition de la peine de mort, etc… et : les radios libres !

Il est particulièrement intéressant de noter que depuis le milieu du deuxième septennat de François Mitterrand (1992), l’Assemblée Nationale française n’a plus voté aucune loi créatrice de liberté nouvelle mais uniquement des textes restrictifs de ces libertés. Si la loi autorisant le mariage entre personnes du même sexe devait être votée, elle serait la première depuis deux décennies à ouvrir un nouvel espace de liberté dans notre pays !

La parole est un droit !
Cette période faste pour la liberté de parole en France a vu l’éclosion d’une multitude d’organes de presse indépendants ou associatifs dont les plus célèbres restent Libération, Charlie Hebdo, Actuel ou encore La Gueule Ouverte. Hélas, ceux d’entre eux qui existent encore aujourd’hui ont perdu l’essentiel de leur mordant…

Qui, aujourd’hui, oserait une Une pareille ?
La même frénésie de liberté et d’audace a porté les créateurs de l’époque, que ce soient les plasticiens, les musiciens, les écrivains, les théâtreux et les gens de cinéma. Ce souffle de liberté s’est, hélas, considérablement tari sous l’insupportable pression de la dynamique libérale. Au point, aujourd’hui, que journaux, radios et télévisions n’osent plus rien qui pourrait déranger qui que ce soit, et tout particulièrement les gens au pouvoir, les intégristes de tous bords… et surtout les annonceurs.

Ou quand les écolos osaient dire et agir…
Qui, en effet, en ce début de millénaire, a repris le flambeau pourtant porté si haut par les Pierre Desproges, Coluche et autres Professeur Choron ?

La honte de la République
Ce phénomène de normalisation et d’aseptisation de la pensée et de la création n’a, hélas, pas atteint que les médias et le monde de la presse.

Une affiche pour le moins évocatrice…
Ainsi qui, en ce début de millénaire en France, oserait réaliser et diffuser un film grand public aussi iconoclaste que le « Tarzoon, la honte de la jungle » de Picha et Boris Szulzinger sorti en 1975 ? Un film qui se place directement dans la lignée du célébrissime « Fritz the Cat », l'irrévérencieux personnage créé par Robert Crumb et adapté au cinéma par Ralph Bakshi.

Quelle télévision française oserait, aujourd’hui, diffuser ces films en prime-time ? En son temps, pourtant, ce fut le cas pour « Fritz the Cat ». Et l’on voudrait nous faire croire à une société plus libre et plus tolérante ?

Nous étions en 1972…
Bien plus grave qu’une censure officielle, ce sont les artistes, les journalistes, et bien sûr les diffuseurs eux-mêmes qui pratiquent cette autocensure au nom d’un soi-disant respect des autres.
           
            Pour l’anecdote, il est intéressant de noter que dans la version américaine du film, la voix de Tarzoon est celle du propre fils de Johnny Weissmuller, l'athlétique interprète de Tarzan dans les années 1930 et 1940.

M’appuyant sur le principe élémentaire qui veut que toute vérité soit bonne à dire, je vous invite aujourd’hui à prendre le temps de visionner l’intégralité du film de Picha et Szulzinger et avec son titre original avant censure : « Tarzoon, la honte de la jungle ».

Prenez le temps de visionner ce film, vous ne le regretterez pas !
En effet les ayant droit de Edgar Rice Burroughs, l’inventeur du personnage de Tarzan, avaient intenté et gagné un procès et donc obtenu que la référence à Tarzan disparaisse du titre. Le film fut donc diffusé sous le titre de « La honte de la jungle ».

Pour conclure, et après avoir vu le film bien sûr, je vous invite à méditer cette pensée du grand philosophe français Pierre Desproges : « On peut rire de tout… mais pas avec n’importe qui. »…

Hélas...

Et donc je dis, écris, persiste et signe : Je revendique le droit de me moquer de tout, en commençant bien sûr par moi-même. Mais aussi de Dieu. De tous les dieux, et surtout de leurs prophètes. De tous leurs prophètes.

Et vous ?


Un article de Julien Gué



mercredi 27 juin 2012

Visiter les îles polynésiennes


Comment faire ?
Visiter une île inconnue du bout du monde nécessite de se mouvoir une fois sur place. Voyons donc quelles solutions s'offrent à vous, à Tahiti ou dans ses îles.

Si les agences de voyages, tour-opérateurs et autres offices de tourisme ne présentent à leurs clients pas grand-chose d’autre que l’incontournable (mais bien réelle) trilogie vahine-lagon-cocotier, découvrir Tahiti et ses îles ne saurait se concevoir sans pénétrer à l’intérieur de ces terres inconnues.

Pour accéder à l’île de vos rêves : la goélette bien sûr !
Donc, une fois installés dans le fare de vos rêves sur une plage idyllique au bord d’un lagon aux bleus improbables, reste à organiser votre découverte de cette île tant rêvée.

Toutes les îles ne se ressemblent pas

Avant toute chose, il faut être bien conscient que, suivant l’archipel et l’île de Polynésie où vous vous trouvez, les problèmes de transports ne se posent pas du tout de la même manière.

Ainsi, dans l’archipel des Tuamotu, la configuration même d’un atoll, ses dimensions et les conditions météorologiques qui y règnent font que le bateau et le vélo y sont les modes de transport les plus adaptés et les plus agréables.

Il n’y aura que vos pieds pour vous offrir ce paysage !
Aux Marquises, la quasi absence de routes bitumées et les reliefs particulièrement accidentés font du 4x4 ou du cheval des modes de locomotion incontournables. Le vélo nécessitant ici un entraînement de vrai champion de la montagne!

Dans les archipels des Australes et de la Société, tout comme à Mangareva (aux îles Gambier), ce sont les dimensions de l’île et le genre de ballade projetées qui vous imposeront le moyen de transport idéal. Plus l’île est grande et le réseau routier développé, comme à Tahiti ou Raiatea par exemple, plus la voiture de location s’impose en raison même des distances à parcourir et des reliefs montagneux.

Visiter la Polynésie en vélo

Comme nous l’avons dit plus haut, le vélo est merveilleusement adapté aux îles basses et atolls.

Dans les îles les plus visitées, il y a toujours un ou plusieurs loueurs de vélos, en général installé(s) à proximité des grands hôtels. Ces derniers ne proposant que très rarement cette prestation directement à leurs clients.

Par contre, les pensions de familles disposent en général de bicyclettes, soit en prêt, soit en location.

Cependant, n’espérez pas trouver en location des VTT dernier cri. Ce sont quasiment toujours des engins lourds, sans dérailleur et dans un état très moyen.

Votre serviteur à Tikehau, sur un vélo prêté par la pension
Ceci ne pose aucun problème sur un atoll des Tuamotu où le col le plus élevé que vous aurez à franchir culmine au maximum à deux mètres au-dessus du niveau du lagon. Dans des îles comme Tahiti ou Nuku Hiva en revanche, des mollets de champions de la montagne vous seront indispensables!

En moyenne, la location d’une bicyclette en Polynésie revient à environ 1.400 Cfp (soit 12 €). Mais sans tenir compte des pensions qui vous les prêtent, les prix peuvent aller du simple au double suivant les endroits.

Par contre, ne jamais oublier que les routes polynésiennes sont infiniment plus dangereuses que leurs homologues européennes…

Les îles polynésiennes en deux-roues motorisés

S’il paraît évident qu’il s’agit là du moyen de transport idéal pour visiter les îles de Polynésie française, c’est également celui qu’il est le plus difficile d’utiliser.

Sur le Solex exactement...
En effet depuis une quinzaine d’années, face à un nombre très important d’accidents graves avec les scooters et autres motos de location, cette prestation a presque totalement disparu de Polynésie sous la pression tarifaire prohibitive des assureurs.

Si les solex ont disparu, les scooters sont toujours là…
Aujourd’hui, sur l’ensemble des cinq archipels, nous n’avons pu recenser qu’un seul loueur de deux-roues motorisés. Il propose quelques scooters à Tahiti et à Moorea.

Par contre, on trouve de plus en plus souvent à la location des voiturettes découvertes équipées de moteur 125 cm3 pouvant embarquer deux personnes.

Le scooter : la Ta’atamobile de Paskua et Lili Oop
Exit donc le plaisir de la moto, mais votre sécurité y gagne considérablement, ce qui n’est pas à négliger.

Louer une voiture en Polynésie française

Dans toutes les îles desservies par une ligne aérienne régulière et où existent un ou plusieurs grands hôtels, il y a toujours au moins une agence de location de voiture.

Le plus souvent situés à proximité immédiate de l’aéroport, ces loueurs vous livreront en général sans difficultés la voiture à la porte de votre hôtel où à la descente de l’avion, si vous le désirez.

Cette activité économique étant maîtrisée par les franchisés de deux ou trois enseignes mondialement implantées, les tarifs de location (bien qu’élevés) sont assez homogènes sur l’ensemble des cinq archipels polynésiens.

Il est même possible, à Tahiti, de louer une Rolls Royce et une Cadillac avec chauffeur!

Se faire conduire, c’est mieux…

Dans la quasi-totalité des îles et atolls polynésiens exercent de nombreuses personnes qui vous proposent de vous faire faire le tour de l’île, ou des balades plus ciblées sur les plus grandes des îles, à bord de véhicules 4x4 équipés pour transporter de 6 à 10 personnes.

Pas de ballades possibles aux îles Marquises sans un bon 4x4
Certaines d’entre elles sont, en plus, d’excellents guides et offrent des prestations en tous points remarquables.

C’est incontestablement la méthode que plébiscitent la plupart des touristes qui visitent la Polynésie. Il est vrai que, compte tenu de la durée en général assez brève des séjours, elle permet de voir l’essentiel en un minimum de temps.

Elle présente par contre l’inconvénient des activités de groupes et ne laisse aucune place à l’improvisation.

A Raiatea, le tour de l’île en 4x4 avec un guide
Les routes polynésiennes sont très mal entretenues et dangereuses. Elles sont aussi peu nombreuses et permettent rarement, à part aux Marquises et dans les îles hautes les plus grandes, de faire plus que le tour de l’île.

Tour de l’île qu’il est impossible de ne pas faire au moins une fois sur chacune de celles que vous visitez.

Découvrez Tahiti et Moorea à bord d'un de ces merveilleux trucks
Evidemment, au moins sur les deux îles de Tahiti et de Moorea, il faut absolument profiter de ce qu’il en reste encore quelques-uns pour faire le tour de l’île en utilisant les trucks, ces bus ouverts hélas condamnés par un soi-disant progrès.

Mais nos îles sont souvent bien petites et le vélo, tellement plus agréable, est largement suffisant pour en découvrir tous les charmes… et sans les polluer davantage qui plus est.

Que de courage pour gagner le cœur de Tahiti…
Sans oublier, bien sûr, que bien des endroits sont inaccessibles autrement qu'en bateau puis à pieds…

A consulter :
http://www.tahiti-tourisme.pf/home.php?etabid=6
Lire également notre article "Comment voyager entre Tahiti et ses îles ?"
Et un immense merci à Vahineitaria Silvia pour ses merveilleuses archives photographiques !
Un article de Julien Gué

lundi 25 juin 2012

La Fête de la Musique 2012


Des deux rives de la Méditerranée

Toujours vivace, la Fête de la Musique ! Si elle a fait des petits dans le monde, elle a su aussi vivre sa vie, même si les accommodements ne sont pas toujours des plus heureux.  Cette année, en toute quiétude, s’est-elle déroulée en Tunisie sur le parvis du Théâtre, avenue Bourguiba à Tunis,  à Sfax, à La Marsa, au Kef (pendant plusieurs jours), etc.

La fête de la Musique à Tunis
La fête a été conçue pour raviver le sens musical de tout un chacun, la pratique libre en famille et en groupes d’amis, le partage. Mais les grandes villes de la métropole la commémorent comme une célébration : déballage de grands podiums à l’appui. Marseille n’échappe pas à la règle avec le grand orchestre de l’Opéra.

« La Musique est ma religion »
L’heure n’est pas à la rétrospective. Initiative signée Jacques Lang, elle date de 1982. J’ai horreur des réveils du passé ! Surtout dans ce cas où la voix présente est celle de l’harmonie et du rythme : du vivant, tout simplement.

Des influences hybrides
Plongeons dans les origines Vosgiennes d’un concepteur nourri aux «façonneurs de violons» et autres corporations de luthiers : les générations Vuillaume. Entre Mirecourt et Marainville, de l’instrument au compositeur, l’aura de Chopin

Vincent Scotto en sa gerbe de scooters
Pour les racines, elles se plantent un peu partout. Marseille se réapproprie un engouement, un peu perdu ces dernières années. Il est vrai que Scotto, l’enfant de la musique marseillaise, berçant de variétés et d’opérettes nos ancêtres du siècle dernier, ne s‘est reçu que la gerbe des scoots phocéens.

Aux oubliettes de ce 21 juin : J’ai deux amours, Prosper, La Trompette en bois, Marinella, Sous les ponts de Paris… ? Mais avec Le Plus Beau Tango du monde. Pas si sûr !

Du brouillon de 17 heures au golpe gitan

Souventes fois, l’espace public « cacophone » ! Des années que la fête, mise en place, omet de prévoir une étanchéité entre les différents champs acoustiques. Volonté politique d’en dévoyer la signification ? Elite équivaut à pondération, masse s’assimile à tohu-bohu. Que le fatras commence ! Que le spectacle continue !

Les essais, les balances, la circulation du quotidien de ce jeudi soir, non férié, en pleine semaine : un fracas assourdissant. Les groupes pros ou amateurs s’installent. Trop tôt pour les Marseillais, qui se distinguent ordinairement en deux faunes : celle de la norme et celle des noctambules non-stop.


De ruissellements de fontaine en golpe gitan
La fête bredouille, les écoles l’ont fêtée ou la fêteront « in muros ». Les badauds commencent à s’installer aux terrasses. « Les chanteurs des rues » poursuivent leurs pérégrinations habituelles. Le Lacydon égrène encore ses notes d’eau à la Fontaine Thiars que la guitare lance ses accents gitans. Le petit monde de la survie.


Le Jeune homme et le feeling
A l’heure, où  la peau se pare des salinités marines du crépuscule, le Muddy Washers Trio swingue les Blues Rockabilly aux dernières lueurs du couchant.

L’avenant Muddy Washers Trio
Les dialogues s’engagent entre passants, musiciens et serveurs : la symbiose est au top. Vers la pointe du Pharo, les quais du vieux port semblent cueillir les mélomanes : la musique entretient la convivialité.

Le jeune homme au violon
Jusqu’aux musiciens esseulés qui viennent s’essayer à l’impro ! Le groupe leur accorde une attention et une écoute particulières, leur réservant une place privilégiée. Au feeling, la musique s’ébauche, se mêle et ondoie.

Planète Musique
Sur les pavés lissés de l’Opéra, les couples de tango se font leur cinéma. L’orchestre ayant déserté pour les gradins de l’Esplanade place de la mairie, il rassemble une foule de milliers d’auditeurs. L’heure est aux grands classiques.

De l’opéra rassembleur
Au débouché de la rue de Paradis, bien entendu, une petite formation «alléluia». Des jeunes, leur attirail sonore et leurs tubes : un bric-à-brac. Le long des rues, tables sorties, les bars essaiment leur devanture. Car au quotidien, le Marseillais prend la fraîche devant la porte des immeubles.

Alleluias in the streets
Des petits groupes d’amis ou de musiciens recyclés : le métier ne rapporte que grâce aux feux des médias. Tous styles : des percus au Rap. Du Pub s’échappe une musique irlandaise. Les trottoirs généreux ce soir. Et la sono branchée au café ou au snack du coin, attire la clientèle. Echange standard !


"Quand la Musique donne", il est 1 heure du matin
La nouvelle tendance, celle qui attire la foule des petites gens : ce sont ces DJ de bals populaires et leur mini formation foraine. On y invite au micro, tout amateur donnant de la voix. On y fait chanter les foules.

           
Quand la musique danse : il est 3 heures du matin
La rue, le bal du pauvre. De ceux qui ne se montreront pas en plein jour. Qui connaît, rue Saint-Saëns, le compositeur qui finit ses jours à Alger, où il résidait ?

Et bien sûr, le sempiternel attrait du gadget pour vendeurs à la sauvette et clients d’occasion. Cette année donc, le zinzin lumineux et sonore. De la musique ? Il n’en a pas le goût, juste le balbutiement.

Le gadget musicaloïde
En contrebas des quais, des familles. Des groupes informels de chanteurs de toutes nations, se créent leur ambiance. Une fête bien hétéroclite !

Un article de MonaK


jeudi 21 juin 2012

Bobby Holcomb

Un artiste néo-Polynésien d’exception

Bien que Polynésien d'adoption, Bobby Holcomb a profondément marqué l'histoire et la culture polynésiennes.

Vingt ans déjà que Bobby Holcomb a délicatement tiré sa révérence, emporté par une longue maladie comme il est d'usage de dire pudiquement.

Bobby, tel qu'en lui-même toujours il chante…
C'était le 15 février 1991, dans sa maison de Huahine, l'île qu'il avait choisie pour s'installer en 1976, dans le village de Maeva.

Bobby Holcomb, l'enfant de la guerre

Si l'on sait à peu près tout de sa vie à partir de son adolescence, sa naissance et sa petite enfance restent quelque peu nébuleuses.

Il est né en 1947, sans autre précision quant au jour ou au mois, à Honolulu, sur l'île de Oahu, dans l'archipel de Hawaï.

Une enfance mystérieuse, puis la danse et LA musique…
L'essentiel de son enfance, il va le danser dans le décor surréaliste des décombres de Pearl Harbor.

Jusqu'au jour où, à onze ans, il entre à la School of Music and Danse de Los Angeles, aux portes du ghetto noir de Watts.

Les années glorieuses

Très vite, il se fait remarquer comme un artiste éclectique et de grand talent tant il pratique avec autant de bonheur la musique et la peinture.

Personnalité hors du commun, il est également doué pour la danse, le chant et la composition musicale. Ses talents multiples, qu'il utilise avec autant de bonheur les uns que les autres, lui font rapidement gravir les marches de la notoriété. Au point qu'il va évoluer avec des artistes aussi célèbres que Frank Zappa qu'il va accompagner à travers tous les États-Unis.

                       Une oeuvre picturale très particulière
En Europe, il va longtemps côtoyer Salvador Dali et tous les peintres de son entourage. Il va également y exercer ses talents de musiciens avec des groupes comme Zig Zag Community et Johane of Arch (groupe qu'il avait créé).

Bobby et la Polynésie française

C'est en 1976, lors d'un voyage d'agrément, que Bobby Holcomb découvre Tahiti et ses îles. Le coup de foudre est immédiat et il décide de s'installer sur l'île de Huahine.

Très vite, en plus d'une très forte implication dans la vie de la petite communauté de Maeva, il noue des liens très forts avec les principaux artistes et intellectuels de l'époque.

Ces rencontres le confortent dans ses convictions et vont être déterminantes dans ses engagements et ses actions à venir.

O'oe to'oe rima, Bobby dans un clip de Henri Hiro

Ainsi, avec Henri Hiro, Rigobert Temanupaiura, John Mairai, Coco Hotahota, Vaihere et Heipua Bordes et pour permettre la renaissance de la culture Ma'ohi, il va créer le mouvement Pupu Arioi.

Inspiré par l'esprit des troubadours, Pupu Arioi est composé d'intellectuels polynésiens portés par les grands idéaux de mai 68. Ce mouvement identitaire est une véritable révolution culturelle.

... et la musique, toujours !
En effet, alors que la Polynésie française ferme les yeux et se gave des retombées financières des essais nucléaires français à Moruroa, Pupu Arioi, afin de valoriser la culture Ma'ohi, dénonce pêle-mêle les effets de la colonisation française, des essais nucléaires et de l'évangélisation.

La renaissance artistique de Bobby Holcomb

Curieusement, il lui faut attendre 1985 pour obtenir la reconnaissance du public polynésien après avoir remporté un concours de chant local avec "Orio".

Pourtant, son premier album en Polynésie est bien antérieur. Il y reprenait, accompagné par la Tahitienne Maire Tavaearii la célébrissime chanson de Joséphine Baker "J'ai deux amours : mon pays et Paris" en en faisant "J'ai deux amours : mon pays et la Polynésie".

C'est ce prix remporté avec le titre "Orio " qui lui valut un contrat avec la plus grosse société de production locale, "Océane Production", maison de disques aujourd'hui disparue.

Bobby et Angelo, la formation mythique d’une époque effervescente

Si son succès auprès du public polynésien s'explique par le fait qu'il s'exprime en langue Ma'ohi et qu'il a su, le premier, mêler le reggae à la musique traditionnelle, on ne peut occulter l'importance du contenu fortement identitaire de ses textes louant l'amour du prochain, le savoir-être ma'ohi ou encore le respect de dieux originels et le combat pour la protection de l'environnement.

Bobby et les politiques polynésiens

Porté par une popularité croissante, il fut même élu "homme de l'année 1990" par les auditeurs de RFO Polynésie et les lecteurs de La Dépêche de Tahiti.

Mais ce titre ne fut pas du goût de tout le monde. Au point qu'un certain nombre d'élus et de ministres locaux tenteront de le faire expulser du territoire. On peut se réjouir qu'ils n'aient jamais obtenu la majorité au sein du conseil des ministres.

Paroles, musique, voix et peintures de Bobby Holcomb
En fait, pour protester contre les essais nucléaires et le colonialisme français en Polynésie, il ne demandera jamais sa naturalisation et restera citoyen américain jusqu'à sa mort.

Bobby, une icône culturelle polynésienne

Vingt ans après sa disparition, Bobby Holcomb occupe plus que jamais une place de choix au panthéon des stars de la musique polynésienne. Place qui n'est certes pas usurpée.

Il est toutefois intéressant de noter que, pour les Polynésiens, la vie et la carrière de cet homme hors du commun débute en 1976. Autrement dit lorsqu'il s'installe en Polynésie.

Tout ce qu'il a pu réaliser ou vivre avant, et qui n'est pourtant ni anodin ni négligeable, est totalement ignoré de la majorité du public de son pays d'adoption : la Polynésie française.

L'éternel sourire de Bobby Holcomb
Selon son vœu, Bobby Holcomb repose à Huahine, au pied de la montagne sacrée Mou'a Tapu.

Un article de Julien Gué


mardi 19 juin 2012

Le bât de la misère


Des hommes, des carrosses et des ânes

Autant le paysage urbain s’est doté d’un maillage gigantesque d’échangeurs, de voies express à quatre files et davantage, autant certains des véhicules qui y circulent semblent remonter à 3500 avant J-C. : date approximative de l’apparition de la roue.

L’éboueur : la récupération ingénieuse.
La fin de l’ère mégalomane, celle des grands travaux, de la monumentale Cité de la Culture à Tunis, en chantier lors de la chute du dictateur, reste encore inachevée. La Tunisie de la gouvernance provisoire stagne, encore orpheline de sa culture, de ses arts, de son tourisme, de ses infrastructures. Tous ces secteurs se sont figés.

Bien avant le dromadaire
Face aux palabres interminables d’un gouvernement qui ne se décide à rien, comme l’évoque, parmi tant d’autres, Hatem Bourial dans son billet intitulé Les jaracandas de la discorde, la population s’organise comme elle peut. Pour survivre.

Elle raboute, rafistole, récupère, bricole : rien n’est trop délabré qui ne serve encore. Désormais, le bas de l’échelle est soumis au bât, des bêtes de somme. La force animale cède la place à l’épuisement humain. Et tout comme dans ces multiples cités de l’Europe de la crise, la poubelle est un trésor : rien n’est trop avarié pour se nourrir.

Restent encore quelques survivances de ces animaux de traits comme le dromadaire attaché à la noria, soutirant l’eau pour l’irrigation des oasis, ou les puits familiaux. Quant aux fontaines, elles restent l’apanage des femmes et des enfants, à la campagne. 

Mais, bien avant le dromadaire, nommé en certaines régions du Moyen-Orient « âne de mer » et ailleurs « vaisseau du désert », l’âne était le véhicule du désert. Il aurait été domestiqué, il y a 6 ou 8 000 ans, à partir de deux espèces sauvages : l’âne de Nubie et l’âne de Somalie.

Où sont passés les ânes ?
Animal de bât solide, maniable (pas toujours !), adapté aux ruelles tortueuses, il semble avoir complètement disparu de la médina de Tunis. Patrimoine de valeur, aurait-il été mis à l’abri, par crainte des émeutes ? Ou tout bêtement consommé, faute de subsides ?

August Macke : Cavalier sur un âne
Les petits métiers se sous-prolétarisent. Toujours voués au bon vouloir d’une embauche rarissime. Les enfants désertent l’école, soit par manque du nécessaire scolaire, soit de la blouse (hors de prix). Ils mendient ou vendent toutes sortes d’incongruités : de la boîte d’allumettes aux livres de prières lilliputiens, proposés même aux touristes.

Le tourisme ne carrosse plus ?
Les marchands ambulants, faute de fonds, abandonnent leurs étals de quatre-saisons, leur roulotte à beignets, à kaftéjis (beignets de viande), à pains et autres pâtisseries.

Sous les jacarandas de l'avenue de la Liberté à Tunis
Les petits trains sur pneus, périclitent, sur toutes les zones, en plein chômage touristique. Les seuls véhicules, qui connaissent la prospérité, sont les taxis collectifs (de 9 à 11 places). Urbains ou d’agglomérations proches, ils se substituent aux « louages », à seule destination lointaine. Au prix de risques encourus par les chauffeurs : la rentabilité se chiffre au nombre d’aller-retour.

Jusqu’aux calèches qui abandonnent leur monture. Remplacées par des engins à pédales, dotés d’une carrosserie en fer forgé, ils alimentent maintenant le marché des petites annonces.

A vendre : « calèche » en fer forgé
Peu de débouchés quant au tourisme à rayonnement diversifié : il semble s’orienter exclusivement vers le Moyen-Orient. Déjà un an et demi postrévolutionnaire, et les bruits les plus contradictoires circulent à propos du choix sociétal. L’art de la débrouille ne suffit pas à compenser la faillite des pouvoirs publics.

Les nids-de-poule meurtrissent routes, ruelles et trottoirs, de plus en plus empiétés par des commerces de tous types étalés à même le sol, et débordent sur les caniveaux : batteries de cuisine, petit électro-ménager, sous-vêtements, couvre-chefs artisanaux ou importés, schlakas (claquettes), et les fameux gants noirs à la mode niqab. Un attirail bon marché et peu fiable.

Le marché Moyen-Oriental
Le circuit du costume, style golfe (d’Arabie) ou autres curiosités vestimentaires (made in Pakistan), transite par les émirats. Il semble, lui, le seul florissant. Il est vrai, que dans cette foule de marché, accents bigarrés s’y font entendre. Les cartons ne trompent guère sur leur provenance (Dubaï, par exemple).

Une blessure toute humaine
Tout serait-il en train de changer, jusqu’à l’environnement familier ? L’énigme n’est souvent pas résolue, quand il s’agit d’Histoire ! On émet encore des hypothèses sur la destruction de la cité carthaginoise de Kerkouane !

L’auteur du Voyage au pays de l’Autre, Jean Fontaine, longtemps administrateur de la bibliothèque de l’Institut des Belles Lettres Arabes (IBLA) à Tunis, nous pose un véritable rébus dans cet ouvrage qui fut malmené : La Blessure de l’Âne.

Un âne, un livre, un monde…
 Ainsi que le révèle l’initiateur de l’histoire de la littérature contemporaine tunisienne  et un regard tout particulier sur la littérature féminine, l’image qu’il emploie à dessein, plonge à plein dans le quotidien de la Tunisie. La blessure de l’âne représente cette difficile domestication de l’animal.

J. Fontaine, tout aussi entêté que l’âne bâté dont la blessure se rouvre s’il ne  se conforme à son joug, évoque l’apprivoisement qui s’est opéré entre les Tunisiens et lui : long, mais jamais définitif, de par sa fonction sacerdotale.

Fardeau : la blessure de l’identité
Quinze ans plus tard, une autre souffrance scinde en deux la communauté tunisienne : pour plus de clarté, nommons-la «blessure de l’identité». Un fardeau bien lourd à porter ! Les reconnaîtra-t-on dans l’évolution qu’ils assument, avant et après l’indépendance ? Ou, leur imposera-t-on une image rétrograde venue d’ailleurs ?

La blessure émerge toujours de cet écart entre image de soi et apparence. La réalité vient s’abattre et écraser le vivant : comme ce jeune homme, portefaix de son état, croulant sous le poids de la charge, et dont les genoux ploient. En toute inhumanité !

Le bât de la misère : la démesure
               Il est là, ce bât de la misère ! Dans la démesure !

Un article de MonaK