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dimanche 19 mai 2013

Jean Cocteau joué à Tahiti


« Le Bel Indifférent »

façon Julien Gué

 

Image rajeunie du « gigolo » des années 40, le « Bel Indifférent » fait son entrée au Morrison’s Café à Papeete. Tango, fitness, glamour, le jeune premier  de l’affiche « prend son pied à tourmenter ces dames, à les rendre folles, à les malmener » ! Le mal d’amour pleins feux !

C’est là que l’audace du metteur en scène gère la crise et la piste. Fallait quand même oser, dans la même représentation, jeter en pâture deux versions du même monologue sans en changer un iota ! Julien Gué inaugure : en toute liberté de metteur en scène ! Toute modification étant visuelle il est conseillé au public d’y venir goûter les atmosphères ! Du spectacle, il y en a !

Le déclic de la scène !
Jean Cocteau est cet étonnant auteur qui porte au théâtre des personnages en quête d’interlocuteur. Pièce de théâtre courte, celle-ci s’autorise les paroxysmes. Alors, pas l’ombre d’un ennui à l’horizon. L’association Horo’a, donne, partage, échange ce moment fulgurant. Trois acteurs pour deux rôles ? Deux couples et un acteur qui se dédouble : avec Léonore Caneri – Rai Tevaearai et Hélène Boyancé – Rai Tevaearai (encore !).

 

Plus flatteur, tu meurs !

En plein dans son élément « bars et boîtes de nuit », empruntant deux facettes, le personnage inaccessible, « hautain », draine dans son sillage « deux hystériques de la vie ». L’acteur Rai Tevaearai « se fait violence pour assumer une autre personnalité » car : « chacune de mes partenaires dégage tellement d’émotion, de rage et d’amour en même temps que j’ai du mal des fois à rester de marbre ».

 

Un rôle muet, pivot de la pièce, c’est déjà un challenge pour un « hyperactif » que de « rester passif » ! Mais quand il doit passer d’un rôle à l’autre, du « danseur de tango argentin au boxeur, « c’est assez bizarre », il s’efforce de ne pas « se perdre » en jouant sur les « mimiques et les non-dits »  

 

Rai Tevaearai : L’acteur et son double !

Il pourrait devenir « schizo» mais Julien lui offre l’occasion de jouer différemment dans chacune des versions : « la condescendance du premier » évolue vers « l’insouciance du second ». Leur tenue, leur posture, leurs attitudes permettent de les distinguer. Flatteur, le rôle-titre ? A n’en pas douter : Rai ne se lasse pas de ce plaisir ludique.

 

Dans les secrets de Julien Gué

Ce n’est pas Exercices de Style à la Queneau, mais ce drame de la vie tire de son traitement exacerbé des antagonismes un humour décapant ! Florence Guettaa, le traduit bien dans la conception de l’affiche. Souffleuse de ces dernières semaines, elle insiste sur la « valorisation des acteurs par le metteur en scène » : des morceaux de bravoure. Ce n’est pas seulement le mutisme de l’Emile qui donne le rythme, mais comment Julien l’a conçu. « Mutité ne signifie pas absence et c'est le paradoxe de ce rôle », souligne Hélène. Emile devient imprévisible.

 

Julien Gué axe le spectacle sur des performances d’acteur. Les trois interprètes se surprennent d’abord eux-mêmes car leur rôle les mène à l’opposé de ce qu’ils sont dans la vie. De l’originalité ? Oui. Julien Gué se retranche derrière « un pari d’acteur ». « On aurait pu choisir un autre parti de mise en scène. On peut toujours faire autrement. Mais son choix me convainc et me convient », ajoute Hélène.

  

Julien Gué : un défi permanent !

« Les cassures de rythme dans le monologue sont essentielles et une grande partie du travail repose dessus. Après, garder des trouvailles au millimètre près relève de l'exploit. Je suis épatée ! », commente Flo. « Les deux ambiances rétro-tango / contemporain », avec ce clin d’œil au Cerdan d’Edith Piaf, « montrent combien ce texte reste d'actualité »

 

Léonore et le déni de soi 

Léonore en vient à soupeser le degré d’inhumain dans des relations si humaines ! Sous totale emprise, entre névrose et hystérie, « l’abnégation de cette femme qui la mène au bord de la folie est terrifiante. » Voilà, tout est dit : Léo admire la lucidité de Cocteau, se fascine et rejette à la fois ce rôle de « femmes qui croient qu’elles n’ont pas le choix, qui s’accrochent à la destruction comme une raison de vivre… à cette folie autodestructrice au nom de l’amour ».


Le détachement, l’insensibilité inébranlable de son partenaire masculin « provoquent une colère rageuse, font exploser toutes tes émotions, te font sortir de toi-même, te rendent borderline. » On s’y éclate, mais le thème, tel qu’il est abordé est sujet à réflexions.

 

Léonore Caneri et l’addiction à l’Amour

La conception du metteur en scène sur ce personnage l'a étonnée et aidée à la fois. « Surprise parce que ses valeurs à lui ne sont pas les miennes », parce qu’il est difficile de se couler dans le moule conçu par un autre (et qu’on s’en défend), « et aidée parce qu’on patauge dans la semoule avec un texte pareil : cette femme me fait pitié, j’ai envie de la secouer comme un prunier, elle n’existe pas, elle est perpétuellement dans le déni, elle n’existe que par lui et ça… »

 

Hélène et « l’innommé »

Hélène semble vivre autrement l’expérience de la scène. « Si je me suis lancée dans cette aventure, c'est qu'elle m’implique avec mes amis : Julien, Léonore, Rai. Avec d'autres j'aurais sans doute renoncé. Ces coïncidences de personnes, de lieux, et de temps, ne sont pas si fréquentes qu'on le croit. »

« J'ai une grande confiance dans les qualités de Julien en tant qu'homme de théâtre, pas seulement du fait de son expérience, mais parce qu'il a de cette activité humaine, il dirait art, une vision qui me correspond. Il s'attache à l'essentiel, il ne fait pas de concessions. Nous jouons, mais ne faisons jamais semblant. Nous proposons, il dispose. Il attend la justesse, que l'innommé jaillisse. Il a une grande intelligence du texte et de l'acteur. »

 

Hélène Boyancé et une « présence » qui déhotte

Le rôle de l’équipe est prépondérant : « Si Rai ne m'écoute pas je le sais, comme il sait que je suis dans le rôle ou non. Et je dois également sentir son indifférence : paradoxe du comédien comme dit l'autre (Diderot)… éprouver sans éprouver tout en éprouvant ». Son personnage « décide d'essayer de le sortir de son mutisme méprisant et de le faire réagir. Elle décide de "vider son sac". Mais elle n'arrive pas à le faire bouger d'un pouce et continue à l'aimer, vaincue à la fin du monologue. Pendant tout le trajet logorrhéique qu'elle suit, elle passe par toute une série de sentiments, de regards qui font la richesse et la difficulté du texte. Amour, haine, colère, ironie, moquerie, énervement, détresse, supplique, car l'attente toujours insatisfaite qu'elle a de lui » l’aliène (la rend autre et dépendante à la fois).


Je t’aime, moi non plus !

La même soirée, deux versions du même texte vous induisent vers le huis clos des couples. Mais au-delà de la vérité psychique, c’est d’images coups de poing dont il s’agit. Un spectacle en feu d’artifice et le bouquet !


Machisme et dérision !

Le bouquet final, ce retournement qu’évoque Léo : « Ses contradictions sont pénibles, son chantage affectif insupportable et donne envie d’apprécier cet Emile qui la bafoue ouvertement. Et cette dernière phrase résume à elle seule l’esprit du spectacle : « Emile je t’en conjure c’est trop atroce, Emile reste ! Emile regarde moi, j’accepte. Tu peux mentir mentir mentir et me faire attendre, j’attendrais Emile, j’attendrais autant que tu voudras… ». Le « autant que TU voudras », est abominable ! Il eût été moins dur à dire si Jean Cocteau avait écrit : « autant qu’il le faudra »…

 

Bon spectacle à tous !

 

 

Un article de Monak

PS : Les photos qui accompagnent cet article ont été réalisées pendant les répétitions, donc sans décor ni costume.

          Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet ou dans la presse traditionnelle.

vendredi 10 mai 2013

1er Mai 2013 à Martigues



Quel avenir pour les chômeurs ?

 

Entre Méditerranée et « Mer de Berre », ses deux îles en son centre, son « miroir aux oiseaux », polders, marais salins, ruisseaux, canal, la « Venise provençale » ne s’endort pas sur sa « Côte Bleue ». Martigues s’engage plus que jamais dans la défense d’un fleuron industriel qui lui a assuré prospérité.

A quoi d’autre pourrait servir le défilé du 1er Mai, sinon à déclarer publiquement que la population, ici à majorité ouvrière, ne peut survivre sans être assurée de la décence d’un emploi ? 2013 ne s’annonçant pas dans les meilleures perspectives, la manifestation prend toute sa valeur revendicative. N’est-ce pas là le sens du 1er Mai, fête des travailleurs ?


Genre humain : un programme !
Place Jean Jaurès ! Les Martégaux s’y sont rassemblés nombreux pour clamer le respect de leur droit au travail. Puis ils ont déambulé par les rues de la ville, de l’île aux collines, achevant leur périple au soleil des jardins du prieuré.

 

Tristes mines

Ce n’est pas la grisaille du matin qui plombait les expressions en cette journée de congé légal, mais les différents grains qui se profilent à l’horizon. Ils ont pour nom « métropole », taxes à la retraite, licenciement, austérité. Martigues a des raisons de craindre la spoliation.

 

La ville, riante d’aspect, le doit à une politique de qualité de vie et d’environnement menée depuis plus de 50 ans. Assainissement des sites industriels, préservation des territoires naturels terrestres et marins de la pollution autant que de la spéculation : maintenir la localité dans sa fonction d’unité de vie. La sauvegarder de l’anonymat des villes-dortoirs et entretenir une dynamique d’échanges solidaires.

 

Gaby Charroux : l’enjeu culturel

Tout l’effort culturel prodigué ces dernières années tend vers ce même but. Animer la ville d’un élan instructif et formateur passe par les pôles de l’éducation, de l’ouverture d’esprit partagée, de la pratique des activités du patrimoine provençal vivant (implantation de lycées, de centres de formation, de musées, de théâtre ; soutien des associations de loisirs à vocation spécifiquement traditionnelle : veillée félibriges, festivals, joutes provençales aquatiques, rameurs vénitiens en barque martégale, chant et danses, etc.)

 

 

Métropole et proximité

Toute cette gestion de la ville passe par les services de proximité : privilégier l’humain, ménager entre la ville et ses administrés des relations personnalisées qui ne les rende ni anonymes, ni exclus. Quatrième ville du département des Bouches-du-Rhône, Martigues se voit ramenée à une période antérieure de son histoire, dans sa concurrence avec Marseille. C’est Colbert qui avait choisi, mais en démocratie tout se négocie autrement.

 


Contrecoups de la précarité

En cas d’englobement de la Communauté d’Agglomérations du Pays Martégal (CAPM) par la capitale marseillaise, nombre d’institutions administratives et sociales seraient appelées à disparaître. Sans parler des dérives d’investissements qui dénatureraient l’équilibre de « L’étang des rochers » (nom originel de Martigues : Marticum), nous voilà donc à plein dans la politique d’austérité à l’œuvre avec le gouvernement actuel.

 

Toni Brest : des rives pour tous

Ne parlons même pas de la paupérisation culturelle qui s’en suivrait, ni même de la politique sociale de Martigues en matière de logements (pour les salariés, comme pour les retraités), destinée à sécuriser les salaires ouvriers. Ne parlons pas non plus des actions menées pour éviter la flexibilité de l’emploi, ni même des actions de solidarité face aux menaces de licenciement. Ils en ont parlé, ils l’ont même inscrit sur les banderoles du 1er Mai !

 

Echantillon de générations

Au rendez-vous du 1er Mai, l’échantillonnage est parlant. La population active, les chômeurs et leur famille en galère, les travailleurs en instance de licenciement, les retraités, les enfants. A la question : « Pourquoi êtes-vous là ? », la réponse de certains jeunes collégiens nous en apprend sur leur conscience. « C’est important de connaître les soucis des adultes et c’est l’occasion de se retrouver ensemble pour le savoir. Même si on ne comprend pas tout ! »

 

Un autre, plus jeune, ne sachant pas trop quel métier exerce son père, semblera établir le lien entre « plus de vacances depuis l’an dernier » et « peut-être que ses parents ne veulent pas le mettre au courant de peur de l’inquiéter ». Quant aux plus jeunes encore, ils profitent de l’aubaine de cette journée où « on rencontre les enfants des amis de nos parents » et l’espace de jeux aménagé bénévolement, pour les tout-petits, sous le marabout.

 


« L’étang des rochers » et de la pétrochimie

« Heureusement qu’on a la mer ! » rajoute le jeune fils du licencié. Toni Brest, conseiller municipal de la Couronne-Carro insiste dans l’entretien impromptu que nous avons eu, sur l’importance « du libre accès à la mer pour tous, la préservation du « littoral sauvage », la complexité de la gestion d’une population aux maigres revenus, le maintien de l’intégrité publique des terrains communaux, et la nécessité d’y accueillir des entreprises. »


Echos des anciens

S’ils opinaient du chef aux différentes allocutions, dont celle du maire, Gaby Charroux, les commentaires restent amers. « A quoi ont servi nos luttes pour passer plus ou moins au travers des difficultés, si nos enfants sont radiés de leur emploi du jour au lendemain ! J’étais déléguée syndicale, mais c’était dans le secteur public. Tous les secteurs sont touchés maintenant, mais dans le privé, on ne fait pas de quartier ! »

 

« Demain ! », prononce le maire, comme un maître-mot. « Aujourd’hui ! » répondent les slogans. Et les participants interviewés d’insister : « pas dans un avenir proche, là, quand on se réveille après les cauchemars de la nuit ; parce plus rien ne tient, même pas les droits que nous avons acquis ! ». Puis la Marseillaise a envahi le pays des olives et elle a pris tout son sens brutal : qui sont ces ennemis qui arrachent la vie ? Les profiteurs du labeur humain ?


Qui sont ces ennemis ?

Cette année encore, le 1er Mai se justifie sur ce bassin de la pétrochimie, l’un des trois plus grands sites européens. Les dégazements intempestifs et toxiques des torchères. Mais pas seulement, la ville en mutation s’appuie sur un secteur plus vaste, lui aussi en retrait, semble-t-il. Un sexagénaire se déclare inutile, trop tôt mis à la retraite, pour malversation du patron dans le bâtiment.

 

Trop de débordements d’une part, le laminage individuel d’autre part. Un père fait la grève de la faim, jusqu’à ce qu’on retrouve le corps de son fils disparu dans la dernière tempête du printemps. Tant d’incertitudes conduisent-elles à tant de désespoir ?


Quel avenir pour eux ?

Aux accents occitans du groupe engagé Massilia Sound System, le couple de pêcheurs et leur capouliero (filet de pêche typique), sis sur le canal Caronte, se demande en regardant la foule si la nouvelle pêche « est aux droits » ?

 

Un article de Monak

Les années se suivent mais ne se ressemblent pas. Lire aussi :

Voir « Les filles de la CGT » : http://youtu.be/NEa8nwvykfM

Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet ou dans la presse traditionnelle.

jeudi 9 mai 2013

2012 : le 1er Mai de l’espoir



Le Creusot festif

 

Dans cinq jours de cette année-là va sonner la fin de la Sarkozie* et des dérives d’un régime bling-bling voué à l’empire de l’argent. Mais nul ne le sait encore.

Comment l’aspect revendicatif se coule-t-il dans une manifestation essentiellement culturelle ? C’est ainsi que cet événement s’inscrit dans le mouvement ouvrier.

Le Creusot, ville segmentée en deux par ce qui subsiste du vaste fief industriel Schneider, se redistribue entre Areva, Arcelor Mittal, Snecma et quelques autres. Un immense et long couloir (de quelques 30 lieues, une vraie légende !) en a fait sa prospérité. Mais aussi son mutisme, sous la tutelle d’un paternalisme politique avant les premières crises de la sidérurgie.

Les sentinelles des cheminées sur le parc de la Verrerie

De part et d’autre des murs d’enceinte, encore alimentés par la rumeur des machines, les Creusotins s’égaient ce 1er Mai 2012. Il n’est jamais de silence sur les congés, même au Parc de la Verrerie maintenant légué à la ville : le vrombissement lancinant dans les graves accompagne le chant des oiseaux. On s’y habitue, on ne s’y fait pas.

Est-ce la raison pour laquelle, depuis 40 ans, le 1er mai se déporte à la périphérie ?

 

Le festif à la clé… des champs
Pourrait s’argumenter encore autrement cette balade aux champs.

Elargir les horizons au-delà du marteau-pilon géant (datant de 1876) emblème de la ville, délogé des fabriques et exposé au rond-point. Mais peut-on s’affranchir vraiment de la devise bi séculaire et injonctive de la cité : « Fac ferrum, fer spem » (« Travaille le fer, porte espoir ») ?

Fuir le patrimoine Creusot-Loire de l’économique, de l’immobilier, du quotidien, depuis que la municipalité s’est détachée de l’emprise politique des mythiques capitaines d’industrie et rassembler, au grand air, dans la commune limitrophe du Breuil, la population disséminée sur les villes dortoirs et agricoles de la région.

1er Mai festif au parc du Morambeau

La fête des travailleurs s’ébat au parc du Morambeau : cadre forestier, environnement naturel et affluence assurée.

La communauté des travailleurs, bien ancrée pendant plus de deux siècles, ne manquerait pas l’occasion de célébrer cette journée chômée. Surtout en cette période décisive suspendue  aux votes prochains.

Fête des consciences
Festivités ne signifie pas abrutissement : depuis que cette fête existe, il s’agit bien de manifestations de prise de conscience. L’année 2012 s’inscrit totalement dans cette continuité.

D’abord, faut-il signaler que la population du Creusot a diminué de moitié depuis les temps prestigieux de sa gloire ? Le Creusot ne compte plus que 26 280 habitants. Les responsables ? La récession, les problèmes de reconversion ou de réhabilitation des friches industrielles, Areva sur la sellette, la politique sanitaire autour du rachat de l’Hôtel Dieu…

Information, débat et revendication

Au programme de la journée, organisée par l’union locale de la CGT, l’évocation au podium des questions particulières aux entreprises de la région. Bizarre que soit encore apostrophé l’auditoire (depuis le code du travail de 1884) sur les irrégularités ou l’absence de procédure légale quant aux licenciements des représentants, délégués syndicaux ou employés mandatés…

Ce qui tendrait à prouver que la fête n’est pas pour tout le monde.

Des stands de dialogue
Au palmarès de la fête, des stands variés et conçus avec un projet –dirait-on– de respect de l’individu. On ne s’adresse pas à des « demeurés ». Se mêlent divertissements, retours aux jeux ancestraux et culture.

Pas de consommation à outrance dans la distribution de ces stands.

Nous l’avons éprouvé : à n’importe quel stand, le dialogue est ouvert. Même si vous insistez sur la contradiction.

 

Animation et dialogue
Chaque entreprise est représentée par un stand. Et la teneur du dialogue ne figure pas au fronton du stand : il reste au choix du public, qui peut s’exprimer même sans jouer. Ainsi une mini-discussion sur « les dangers du nucléaire », abordée du côté d’EDF, a attiré d’autres participants et s’est étendue sur cette après-midi débonnaire.

Ainsi avons-nous pu retracer, avec les témoins vivants, l’historique des familles de la région, les mutations migratoires depuis les Alsaciens, les lointains Polonais et Portugais,  jusqu’à l’Est de la Méditerranée ; entrevoir le parcours des générations attachées à la même entreprise et contraintes de se recycler autrement ; retracer les protestations et l’aboutissement des acquis.

La fête accueille des associations de solidarité ou d’éducation populaire. La fête cogiterait-elle ? Des invitations à s’interroger, avec « Femmes Solidaires », par exemple sur « le respect entre filles et garçons dans les établissements scolaires »… par des enquêtes sur le terrain, des « observatoires ».

Fête des cogitations
L’évidence est là et le dénigrement profondément ancré dans les mentalités nationales. Associer irrémédiablement et cantonner Gauche et travailleurs, PC et manuels.

La saga des foyers creusotins, nous démontre ce mixage entre générations d’intellectuels de gauche et réalité ouvrière. Le statut ancien d’élite (intellectuelle et économique) des générations d’instituteurs(trices), devenus édiles de communes avant la seconde guerre mondiale, montre combien réflexion et savoir se conjuguent.

Des livres…
Comme par hasard, ce brassage est porteur de socialisation. Et nous ne le voyons que trop dans cette perte des valeurs de reconnaissance mutuelle et de connaissance qui a caractérisé le dernier scrutin.

Au stand de l’énergie, on gagne des livres… documentaires, historiques, scientifiques. L’histoire des déportés du Creusot y figure en bonne place. Là encore les chroniques ne sont pas lisses : elles sont émaillées de drames, de véritables insultes à la civilisation.

L’art plus que nécessaire
En effet, qui pourrait affirmer que le talent ne se révèle qu’à la jeunesse ? Que la place des créateurs n’est réservée qu’aux pistonnés ? Parmi les stands, celui des artisans et ceux des artistes locaux.

…et des arts
Ainsi, M. Bouillet, bien modeste, s’applique à terminer un paysage face au public qui déambule. Depuis trois ans à la retraite, précise-t-il, et que l’effort se fait sentir, là, pour parvenir à montrer un tableau. Son parcours est à l’exemple de nombre des habitants de Saône-et-Loire. Il commence par des études en techniques des métaux. Ce qui ne l’inspire pas beaucoup mais le conduit naturellement aux usines SFAX (Schneider, prédécesseur de Creusot-Loire). Mutation de l’usine, le voilà contraint de se recycler. Fort heureusement ! Car l’atelier lui fait l’effet d’un enfermement sans issue. Et en admire-t-il force de ses confrères et conscrits.

Il réussit à entrer dans une entreprise de transports et y restera jusqu’à la fin de sa carrière : d’abord heureux de fonctionner dans la branche touristique, puis coincé dans le réseau urbain. La peinture ? Il n’en avait aucune idée. Il n’aurait jamais supposé s’y adonner. Il suit un atelier de modelage, puis se lance tout doucement : encore tout honteux de ses premières productions.

De la patience, une progression pas à pas. Et le voilà face au chevalet de ce jour de fête, et rêvant d’Afrique sur toile. Les tribus primitives l’attirent. Pourquoi ?

Une manière de voyager ? De rêver sa vie ? Ne me dîtes pas que cet engouement pour l’art est exceptionnel. Pour lui, semble-t-il, heureux de partager son expérience, l’interprète-t-il comme un retour au naturel, aux sources de la vie. Un bonheur tout simple de vivre et de le réaliser concrètement.

Au détour de la musique
Un besoin de couper avec la musique des machines et des ateliers. Qui pourrait supporter d’en être encore escorté, jusqu’à l’obsession ?

Combien cette fête des travailleurs, trimant jusqu’à l’extinction de la chaîne ou de la vie, est une bouffée d’air pur, sur la grisaille quotidienne ! Et le Creusot sait de quels brouillards il est imprégné ! Entre les contreforts du Massif Central et la pollution ! Une fête à la bonne franquette, calme, conviviale : un véritable espace de rencontre.

A la différence d’une fête foraine, tonitruante, au vacarme insupportable, forçant les gens à se taire et à subir : là, les décibels sont muselés… les ambiances de chaque stand ne se chevauchent pas. Avec un orchestre, battant et entraînant comme le Joe Moon Beams, encore un plaisir des sens au rendez-vous des travailleurs.

Ce 1er Mai, un peu frileux sans nul doute, se réserve-t-il en prévision d’espoirs annoncés ?

 

 

Un article de Monak

*Lire aussi et d’abord :

Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet ou dans la presse traditionnelle.

mardi 7 mai 2013

Tatau, Polynesian tattooing


Body frill or identity sign…

Reproved during more than 160 years, tatau was almost going to disappear forever. Nowadays, it finds back its place in Polynesian society. Here is the story of its revival.

In Polynesian society, before its evangelization, tattoo had reached a complexity and an unequalled wealth. 
 
Tattooed backs at the Tatoonesia festival
Well beyond a simple adornment it constituted a social benchmark. It indicates the membership of a country, a tribe, a family and the rank in the social scale. It marked the fulfillment of social rites such as the transition from childhood to puberty, the wedding, etc. It represented remarkable facts of the life of one who wore it: acts of bravery in war, prowess of hunter or fisherman…

Role and meaning of the tatau
In the vast extent of all its thinkable meanings was also the depiction of brands of type “guard-symbol” or “taura” appropriate to a given family. Finally, it could be purely ornamental.

A complete Marquesan traditional tattoo reproduced by Karl Von den Steinen 
 If almost all Polynesians were tattooed, this ritual practice was very expensive, essentially because of the festivities accompanying its realization. The more the family had properties, the more the tattoos of his members were many and important. 

Disappearance of the art of Polynesian tattoo
 By a brutal reversal the tattoo was going to pass, in a few decades, from the status of essential practice to a shameful custom.

In the trail of the earliest “discoverers” of Polynesian islands, the first missionaries came to fight against Polynesian “paganism”. They unload from the end of the 18th century. Converted to the Catholicism in 1812, king Pomare II doesn’t hesitate to establish a very sever code directly inspired by the rules of the religion which he has just embraced.

The death sentence of the tattoo is signed in 1823, at the beginning of the institution of this code, which explains: “Nobody will have to be tattooed; this practice must be completely abolished (…).  The man or the woman, who is tattoos engraved, if the fact is obvious, will be judged and punished. (…) Man’s punishment is the following one: he will have to work on a portion of road of ten toises (or 60fts) for the first tattoo, twenty toises (or 120fts) for the second. (…) Woman’s punishment will be the following one: she will have to make two big coats, the one for king and the other for governor.”

The drawing of the tattoo
 It’s not so much the practice of the tattoo that the missionaries want to delete but the festivities which accompany its accomplishment and which give rise to all the overflowing;  In particular sexual intercourse debaucheries.

There are indeed some noble persons who refuse this diktat. If the fact of skin marking isn’t considered as an act of rebellion itself, they are severely condemned. This is how the tatau practice disappeared totally in the space which will become French Polynesia.

Karl Von den Steinen’s saving work and the revival
            In 1897 in Marquesas Islands, the German anthropologist doesn’t count more than around thirty tattooed individuals, all very old, but mainly no more a single tattooist. He realizes then accurate raised of Marquesan tattoos. Without this work, all the knowledge bound to this art would have doubtless disappeared for ever.

In the 1970s, the only visible tattoos in Polynesia were the ones worn by the servicemen and the former prisoners. The designs had nothing to do with the traditional tatau and the tattoo was often privilege of dropouts who wants to post their break with the established order.

…The inking of the tattoo
At the end of the 70s, a festival of the Oceania arts is held in Tahiti. For the majority of the population, the shock is enormous: in the streets of Papeete, men are walking in their traditional clothes and they are tattooed. Their skin doesn’t wear arrow pierced hearts but   black and white strange drawings… these men are essentially Samoan. In Samoa Islands, the tradition of the tattoo never went out.

Immediately, some rare Polynesians are going to understand all the importance of what they saw; they undertook to be tattooed with Polynesian inspiration motives. Above all, they are going to dash into the practice of the tattoo. Since 1980, the tatau knows a spectacular development. More and more young adults and teenagers are tattooed. The motives are in traditional inspirations. Only by inspiration, so much it’s difficult, more than two century later, to go back up to the sources of the traditional tatau.

Tattooed Tattooer
Today, very rare are the Polynesians, men and women, who don’t wear at least a tattoo. We can’t speak any more about a latest fad but about privileged average of a Polynesian identity assertion. Of course, the religious and social aspects bound to the traditional society disappeared. However strong functions which crossed the centuries remain: to signal in one’s flesh the important personal events, to confront with a real physical trial, even if the modern tools considerably eased it and to mean ones membership in a group.

At present, Polynesian tattoo is all over the world considered as one of the summits of this art.

Thanks to Richard Allouch for his photos and his invaluable collaboration:

An article of Julien Gué
Translated from French by Monak


Copyright Julien Gué. Ask for the author’s agreement before any reproduction of the text or the images on Internet or traditional press.