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vendredi 21 octobre 2011

De Gaulle, Chirac, la bombe et la Polynésie


Heurs et malheurs du nucléaire
dans le Pacifique Sud

     La Polynésie française n'est pas un paradis pour tout le monde. La décision de Paris d'y faire ses essais nucléaires jusqu'en 1996 a eu des conséquences douloureuses.

Souvenez-vous de Moruroa et Fangataufa...
     A la fin des années 1950, la France est entrée de plein pied dans l’ère de la décolonisation. Le torchon brûle entre Paris et l’Algérie. Visionnaire, Charles de Gaulle a bien compris que le processus était irréversible et il va même l’accompagner. Seulement voilà : où aller pour tester la bombe H ? Le Sahara, c’est terminé. L’Afrique noire est un brûlot et il n’y a plus de colonie en Asie… la solution idéale, c’est la Polynésie française.

Comment la Polynésie est-elle devenue

un terrain de jeux militaire ?

     A cette époque, l’ensemble des 118 îles polynésiennes abritaient à peine un peu plus de 80 000 habitants. Population insignifiante et ignorée en plein cœur du plus grand des océans, les Polynésiens vivaient encore comme au début du vingtième siècle. L’endroit idéal pour y installer l'arme chère au Général. 

 


4 Septembre 1966 : Charles De Gaulle vient en Polynésie rassurer les autochtones...

   Y construire un aéroport, inexistant à l’époque, n’était qu’une question d’argent sans réelle importance au cœur des « trente glorieuses ». Même chose pour les installations portuaires, militaires et techniques indispensables. Restait à choisir l’endroit idéal : le sort tomba sur Moruroa et Fangataufa, dans les Tuamotu de l’Est.

     En Septembre 1966, lors de sa visite en Polynésie, Charles de Gaulle assistait à un tir aérien à Moruroa. Pour des raisons mystérieuses, YouTube refuse l'intégration de ces images exceptionnelles et édifiantes. Pour les voir, je ne puis donc que vous inviter à cliquer ici : De Gaulle à Moruroa en septembre 1966...


    Pour passer à l’action il ne restait plus qu’à déporter, purement et simplement, les quelques dizaines d’habitants de ces deux atolls. Ce qui fut fait sans autre forme de procès et sans état d’âme aucun.


Naissance d’une république bananière

    Afin de faire taire toute velléité de contestation de la part des Polynésiens, le gouvernement français fit deux choses très simples. La première : choisir quelques « tavana » (chefs respectés), leur donner un peu de pouvoir et beaucoup d’argent, à charge pour eux de faire taire les grincheux et de maintenir le calme. La deuxième : injecter des sommes colossales pour faire de Tahiti un endroit « développé » sur le modèle occidental. Ce qui fut fait sans discontinuer jusqu’au 27 janvier 1996, date du dernier essai nucléaire français sur l’atoll de Moruroa.

L'infirmerie-Hôpital de Moruroa en 1974

     A l’époque, c’est Jacques Chirac qui est président de la République. En Polynésie, l’homme fort s’appelle Gaston Flosse. Aux affaires depuis déjà de longues années, il présente la particularité d’être un intime du président français qui le couvre et le soutient dans toutes ses actions, quelles qu’elles soient.

     Cette relation très particulière qui unit les deux hommes, ajoutée au silence que la France souhaite imposer sur tout ce qui se passe en Polynésie française et à l’ambition mégalomane de Gaston Flosse, vont amener le pays dans la situation qu’il connait aujourd’hui. Une élite ultra minoritaire qui a construit des fortunes colossales en détournant de son objet la « rente du nucléaire » avec la bénédiction de Paris ; une caste privilégiée et surprotégée de fonctionnaires et assimilés aux salaires indexés ; et enfin, les autres.


Quelques-uns des tirs nucléaires aériens français à Moruroa
     Les autres, ce sont ceux qui sont sans emploi, dont le chiffre réel est impossible à établir puisque il n'y a pas d’indemnité de chômage en Polynésie. Les autres, ce sont les 50 % de la population qui dépendent du RST (Régime de solidarité territorial). Ce RST a été créé afin que ceux qui ne peuvent payer de cotisation sociale puissent bénéficier d’une couverture maladie. Pour bénéficier de ce régime, il faut justifier d’un revenu inférieur à celui retenu comme étant le seuil de pauvreté.

...et celle de Fangataufa en 1975

     Autrement dit, la moitié de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté. Il est bon, ici, de se rappeler que la Polynésie est un territoire français.

Corruption et manipulation

    Gaston Flosse, impliqué dans une multitude d’affaires politico-judiciaires, a perdu le pouvoir en 2004. Mais il l'a retrouvé en 2013... Depuis, la Polynésie subit les manipulations permanentes d’une classe politique toute aussi corrompue que son "leader". Neuf renversements de majorité en six ans ! Toutes dues à des retournements de veste d’élus désireux d’obtenir un ministère ou un autre avantage du même ordre et sans jamais passer par les urnes.

La présidence de la Polynésie façon Gaston Flosse...
     Dans l’actuel gouvernement, installé depuis moins de trois mois, le président, le vice-président et plus de la moitié des ministres sont mis en examen dans des affaires politico-financières. La plupart impliquent Gaston Flosse (déjà condamné dans certaines) qui est pourtant toujours représentant à l’Assemblée de Polynésie et sénateur de la République. Le deuxième sénateur polynésien, avocat de son état, vient d’être sanctionné par son ordre et interdit d’exercer pour quelques temps.

... et l'habitat de bien des Polynésiens

Misère et désespoir

     Pendant que la classe politique locale joue, à coups de milliards de l'État, à se chiper le pouvoir tous les six mois, les bidonvilles se multiplient, la misère gagne du terrain et le désespoir tend à devenir le sentiment le plus répandu en Polynésie. Toute l’économie s’effondre, aucun emploi n’est créé et les prix flambent dans tous les secteurs.

N'oublions jamais...
     La relève politique existe en dehors du sérail corrompu. Aura-telle les moyens financiers de se faire entendre lors des prochaines échéances électorales ? Rien n’est hélas moins sûr.

Un article de Julien Gué


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