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lundi 29 avril 2013

Droit à l’homosexualité



Un parfum de liberté 

Que notre siècle en soit venu à ajouter « pour tous » à « égalité » c’est le comble ! Le comble de la tautologie, du bégaiement de notre culture. Reste que depuis le vote de la loi Taubira souffle comme un vent de liberté. A fêter, sans nul conteste.

Ce soir c’est la fête au Kim Ba, tout comme dans trois arrondissements contigus de Marseille qui comptent d’autres bars Gays, Lesbiens et Trans : « Apéro de l’égalité », ça ne s’invente pas. La pression de ces dernières semaines vient de tomber. Reste la suite, qui ne sera pas plus simple à gérer.

Au quartier des artistes
Sophie Roques, responsable du groupe HeS (Homosexualités et Socialisme) Marseille, en collaboration avec la LGBT (Lesbiennes Gays Bi Trans) joue la DJ au patio et l’hôtesse entre rue et comptoir. Car il faut bien le reconnaître, l’accueil est convivial. Chacun vient à la rencontre de l’inconnu. Serait-on en terre de fraternité ?

 

Flânerie nocturne

J’aime les villes, la nuit… (Ce n’est pas de moi, si, enfin, bien sûr*, avec les réminiscences d’un ailleurs)… cet air léger, cette haleine chaude du sud flottant du sol au crépuscule. Cet après-midi, c’était t-shirt plein soleil, comme pour marquer une nouvelle ère. Une saison imprévisible, fragile : le couple homo passe la grande porte des droits.

 

Même s’il y a eu bousculade à l’entrée, ce soir on se lâche. On badine, on s’égaie.  Entre préjugés et clin d’œil, on caricature, on « galège » ! Ce n’est pas tant le « cérémonial, ni l’institution, sa musique et ses flonflons… mais ce qu’elle représente : la grande maison de la mairie qui vous reluquait de travers. Le gars à l’écharpe tricolore… » (me souffle A), il martèlera d’un grand coup de tampon encreur, les « noms paraphés au bas du parchemin* ».



 

 Marianne fête l’égalité

Ce n’est pas non plus que l’homosexualité se sente obligée d’abandonner l’amour libre… mais l’important c’est « d’avoir le choix », comme tout un chacun. « C’est aussi qu’en cas de séparation, on arrête de nous faire le coup de l’humiliation condescendante… comme si c’était une dégradation que de passer d’un mariage hétéro à un PACS homo… Beaucoup se sont vu sucrer la responsabilité (des gosses)… » confient Al et Ph. Condamnés pour non-délit, c’est comme si on accusait Marianne* de ne pas aller à la messe !

 

Impressions d’un promeneur solitaire

Du vieux port, j’ai remonté la Canebière, grimpé par le quartier Noailles vers Notre-Dame-du-Mont, accédé au Cours Julien. Un climat artiste, bohème, entre Beaux-Arts et Musique, terrasses sous les arbres, ouvertes à la nuit. Depuis hier, mais n’est-ce qu’une impression ? On aurait dit que la « clandestinité »  de ces derniers mois s’est enfin dissipée.  La tension de la haine a enfin lâché prise… juste pour une nuit ? Les voix se font à nouveau entendre, sans crainte de représailles.

 

Je les entends, un peu plus audibles dans les magasins, depuis cette fin de matinée où tout a été joué, se programmant une grande bouffée festive. C’est fou tous ces couples homosexuels que je viens de croiser… sur le chemin de « chacun sa fête ». En cette soirée historique, quelles que soient les annonces UMP  2017 de tentatives d’abrogation.

 

«Apéro de l’égalité», la coolitude…

Ce soir, Marianne accepte d’embrasser la République à pleine bouche et ce ne sera plus indécent. Ce soir, on jouera la parodie du saccage des bars Gays métropolitains de ces dernières semaines. Sans trop y croire, car Marseille, plutôt bonhomme, n’a pas connu le déferlement homophobe de ses voisines à l’Est. « Des incidents, oui, qui ne sont pas pilotés par des ligues déclarées ». Mais tout le monde connaît la dangerosité des phénomènes de groupe, surtout en matière d’agression ; combien le collectif déresponsabilise l’individu, caché derrière l’anonymat, et annihile tout sursaut de conscience.

 

L’école de la république  

Marianne s’est remise à l’école de la république où l’intégrité de la personne constitue l’un des principes fondamentaux : « L'égalité ce sont les mêmes droits pour tous, quels que soient son sexe et son orientation sexuelle, tel est le sens du 31ème des 60 engagements pour la France présentés par François Hollande. »

 

Eventail de sympathisants plutôt éclectique au Kim Ba : à l’instar de l’Association promotrice de l’événement, composés d’hétéro et d’homo. « Eh oui ! Preuve qu’on n’est pas à côté de la plaque ! », « On fait même excellent ménage ! », galège-t-on. Les membres Hes sont des individus (d’appartenances politiques ou associatives différentes ; 40 Hes Marseille / 800 pour la France). Coordonnés avec les associations homologues européennes, ils se réunissent pour résilier les discriminations. Ils y planchent depuis 1983, date de la fondation de l’association.



 

L’émotion du 23 avril avec « Hes Marseille »

« La tâche n’est pas facile. On a beaucoup galéré. A chaque fois qu’un gouvernement de gauche soulève des questions de société ou d’éducation, c’est le tollé à droite. Qu’on se souvienne des manifs pour l’école sous Mitterrand ! » explique un militant.


Echos de comptoir

Du zinc au trottoir, le courant passe. La blague du moment, c’est de lancer à la cantonade : « A quand le mariage ? », « Vive les mariés ! »… Et chacun de pouffer de rire. Car rien ne sera vraiment mis en place avant juillet. Il est long le parcours d’une loi ! Et si l’atmosphère est à la réjouissance, pour l’instant Marianne n’a que des prétendants.

 

Elle ne s’en plaint pas d’ailleurs. Toute curieuse de savoir comment vont évoluer les regards. Quelques trente ans depuis sa dépénalisation et l’Homosexualité n’a pas essuyé que de l’innocence ! Certains ne le découvraient que cette année ! Plus pesant que les mentalités, il faut vraiment chercher. « La culpabilité qu’on voudrait nous coller est vraiment tenace !», «Sans parler de la honte ! »

On admet que « ça » n’arrive pas qu’aux autres. Mais le dialogue avec les parents reste souvent impossible. « En fait, on ne le dit pas, on l’avoue ! » Et le baiser est encore entaché de répulsion : « Quand on n’a pas la beauté des dieux ou le look d’un top model on est taxé de grand dégoûtant ! »

Impressions d’égalité

« On y est venu en famille, déclare N., exprimant par-là, la reconnaissance des tendances de son jeune fils adolescent. Il n’y a pas d’âge pour se définir comme citoyen à part entière. C’est à lui de se déterminer par la suite. En toute connaissance de cause ! » « C’est tout de même plus sain que de faire semblant », déclarent-ils de concert. « Moi, je veux vivre, c’est tout ! Vivre, ça veut dire au grand jour ! »                                           


Dernier regard sous la lune  

Ma pérégrination s’achève sur les sentes d’une ville presqu’endormie posant un regard lunaire et froid sur les soubresauts d’un monde irrationnellement et inutilement divisé. Un clan appuyé par des institutions qui sacrifierait la moindre parcelle de sentiments. Une minorité soumise à leur bon vouloir. Un chaos où seraient tués ceux qui s’aiment. Un monde où ce qui est humain deviendrait étrange et étranger*. Et l’amour m’est plus qu’humain et si proche !

Peut-être avait-elle fait l’école buissonnière, Marianne, depuis 1791… Est-elle à ce point inattentive qu’il ait fallu redéfinir le mot égalité et les droits qu’il recouvre ? Quant à ses devoirs vis-à-vis de tout citoyen, soit elle les avait bâclés, soit elle avait fraudé. Corriger ses erreurs, n’est-ce pas la remédiation ?

…nuit câline « pour tous »
Au retour de ma déambulation nocturne, la ronde de nuit d’une voiture de sécurité. J’ai flashé des camionneurs en goguette, cinq SDF squattant les marches d’un édifice, trois mineurs chantant dans un bout de square, une ombre en kamis, un dromadaire en paréo. Marianne, encore longue d’inégalités, ta traversée du désert !

  

Un article de Monak

*C’est beau une ville, la nuit : livre (1988) et film (2005) de Richard Bohringer
*Brassens : La non-demande en mariage(1966) : « J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main, Ne gravons pas nos noms au bas d’un parchemin »
*Marianne : allégorie de la république

* « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » Térence Afer de Numidie


Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet ou dans la presse traditionnelle.

samedi 27 avril 2013

L’homosexualité, la norme et la loi



La marche égalitaire

Ce qui est cocasse et inconcevable à la fois, dans une république -française en l’occurrence- qui avait aboli l’ingérence et les privilèges du religieux dans les affaires de l’Etat, c’est le retour du refoulé sceptre et goupillon de notre monarchie abolie ! L’invraisemblable, c’est qu’une caste de hors-la-loi (loi n°82-683 du 4 août 1982) revendique le non-droit d’évincer du principe constitutionnel, une frange de la population, pour ses pratiques sexuelles !

Droit à l’homosexualité pleine et entière : le mot est lâché et ce n’est pas un « gros mot » ! Fort heureusement, nous avons appris à affiner notre perception, à penser autrement. Tant pis si les mots sont caducs et inadéquats! L’homosexualité, ne se réduit pas à l’intimité des relations : ce qui ne regarde personne. Il ne s’agit pas de sexe mais de genre. Elle est d’abord un statut. L’inacceptable est que la France, pour des questions de préjugés, compte parmi ses membres des sous-citoyens !

La Marianne phrygienne : un cœur à prendre…
Selon le principe de réalité, la nation se trouve donc assujettie à réajuster son droit en matière d’homosexualité : régime politique destiné à tous, il se doit de l’exercer en toute parité ; de combler le vide juridique s’appliquant à 150 000 couples homosexuels ; d’en décréter les nouvelles applications conformes à la  norme.

 

Les préjugés et la norme

Le grand débat qui agite la France depuis la campagne présidentielle de François Hollande, et en sourdine depuis 31 ans que l’homosexualité n’est plus un délit (27 ans qu’elle n’est plus une maladie), a fait surgir bien des aberrations. Dès 1994, la Cour Européenne réclamait « l’égalité pour tous », comme le souligne la Ligue des Droits de l’Homme.

 

 Pour ne pas tomber dans le piège des idées sans fondement, référons-nous aux spécialistes de la pensée, qu’ils soient philosophes, ethnologues ou anthropologues. L’opinion publique a oublié que la civilisation évolue par bonds. Ce qui a perturbé pas mal de citoyens.

 

La « nature » a été le premier argument des détracteurs du « mariage pour tous » : mais ce qui nous distingue de la bête, c’est une différence de nature. « L’animal s’identifie à sa fonction vitale ». La nature humaine est « sociale et culturelle, en ce qu’il (l’homme) s’impose des règles et des valeurs ». Réduire l’homosexuel(le) à sa fonction biologique (de procréation) c’est, pour le moins, l’enfermer dans un bestiaire.

 

…et si les normes étaient repensées…
La seconde objection portait sur un réflexe d’anthropocentrisme : nous sommes le centre du monde et n’est admis comme « valeur ou vérité que ce qui nous ressemble ». Sauf que : « une société qui prive certains de ses individus de ses besoins humains (amour, travail, liberté) les réifie (les réduit à une chose) ».

La troisième objection concerne la norme. Si le modèle « identitaire se constitue par des groupes de substitution (race, religion, région), l’autisme social peut en être l’écueil. Soit tu appartiens au groupe, soit l’autre en est exclu et donc se trouve être un criminel en puissance ».

Enfin, l’opposition au mariage gay ne tient que sur un vrai délire : « la seule prohibition qui soit universelle (conclut Lévy-Strauss), c’est l’inceste », parce que « le mariage est un échange ; il doit donc s’effectuer hors de la famille ».

 

Le droit à l’égalité

La dépénalisation de l’homosexualité aurait dû être suivie, dans la foulée, d’un train de lois en assurant la viabilité. Le PACS de 1994 ne garantit pas les droits des enfants, ni le droit de visite des parents séparés. Les législateurs n’ont fait que répondre aux requêtes soulevées par les associations homosexuelles.

 

Un héritage de la Bastille

Pourtant la révolution française avait montré le chemin : « La disparition de la sodomie du Code pénal de 1791 est à replacer dans une œuvre de laïcisation du droit, car le crime de sodomie est d'essence religieuse : il prend sa source dans les textes bibliques. Au cours du XIXe siècle l'apparition de l'homosexualité dans le domaine public se fait par les notions d'attentat à la pudeur, d'outrage aux bonnes mœurs et de débauche de la jeunesse. Il s'agit des articles 330 à 334 du Code pénal de 1810. Les bonnes mœurs sont celles en conformité avec la nature de l'homme et les mauvaises mœurs sont celles qui y sont contraires » (Thierry Pastorello)

 

Quelle que soit la société ou la civilisation, « le corps » a toujours été, « instrument de l’oppression religieuse et traditionnelle. » déclare Martine Gozlan, dans un autre contexte. Mais il est similaire, dans la mesure où il s’agit de minorités ou de personnes qui, bien qu’adultes, sont considérées comme mineures puisqu’elles ne disposent pas de tous leurs droits dans un contexte universellement machiste.

 

 « Le risque vital » dont elle parle s’applique tout autant aux homosexuel(le)s. S’affirmer en tant que tel dans une culture où se prône plus que jamais le mythe de la virilité (Roland Barthes) n’est pas sans danger.

 

Homosexuel(le), c’est risquer sa vie ?
L’homosexualité est une autre façon de se reconnaître et de concevoir son identité. Même si le gouvernement actuel ne se penche pas sur les questions, toutes les questions liées aux différents genres, faudra-t-il attendre le prochain gouvernement socialiste pour que la question des Transgenres soit réglée ? A savoir, une trentaine d’année, puisque la trans-identité vient tout juste d’être reconnue en France.

 

Qui a peur de l’égalité ?

Bien que l’homosexualité soit licite depuis plus d’un quart de siècle, « casser du pédé » fait partie du loisir des homophobes violents ou « Eddy» (dans le jargon homosexuel) en mal d’idéaux offensifs et guerriers. La Ligue des Droits de l’Homme condamne fermement ces exactions : « violences, ainsi que propos et actes homophobes, qui accompagnent les manifestations des opposants au mariage pour tous ».

 

Le malentendu le plus répandu vient d’une confusion lexicale : le tout-venant associant pédérastie à pédophilie. Il faut dire que la langue française n’est pas si limpide ! Larousse le montre avec évidence : pourquoi avoir tiré du grec antique paiderastês qui signifie « amoureux de jeune garçon » le second sens d’homosexualité ? Alors que son premier sens se confond avec son équivalent latin pédophilie qui sous-tend, le passage à l’acte d’un adulte sur un(e) enfant : acte répréhensible, bien entendu. Va-t-il falloir passer maintenant à  l’actualisation du dictionnaire ?

 

La traque homophobe, un relent de barbarie…

L’une des conséquences, et pas des moindres, se solde par la réappropriation langagière de toutes les insultes dont est affublée l’homosexualité : pédé, gouine et gay. Car la majorité des appellations manquent de neutralité dans la mesure où elles ont été créées à une époque où l’homosexualité était considérée comme scélérate. Les idéologies négatives ont la vie dure !

 

Au lesbianisme ou lesbisme (saphisme, uranisme, homosexualité féminine), répondent les appellations argotiques de butch et fem, androgynes, camionneuses, lipstick, jules et nanas, trans, queer, etc. Au palmarès des lazzis homosexuels s’en référer à la longue liste des homos, folles, daddy et autres termes issus du milieu carcéral.

 

Dans toute société, l’éducation a tendance à forger des modèles conformes à ses besoins. Tel apparaît le modèle dépassé traditionnel. L’homme au travail, la femme au foyer génère un clivage qui stigmatise la virulence masculine et la faiblesse féminine. L’égalité de droits n’est pas un copié/collé et tient compte des différences psychosomatiques.

 

A contrario, la notion d’unisexe, apparue fin des années 60, signifiait liberté de comportement indifféremment du sexe. Mais cette « utopie sociale » ne pouvait tenir longtemps, face aux affirmations de soi, au besoin d’épanouissement, aux différentes prises de conscience de soi. L’homosexualité est plus qu’une expérience de libération, plus que l’appropriation du plaisir, qu’une transgression des tabous (hippie). Elle est identité assumée. D’où, dans les mêmes années émerge la première Gay Pride à New-York.

 

Peine capitale sous certains cieux

La crise de la famille (qui se poursuit depuis la fin des années 70), ses échecs, ses ruptures et la dérive des enfants implique que la parentalité ne peut plus s’identifier comme une partition de rôles (liés au sexe : autorité/affect) mais comme une « répartition de savoir-faire, un consensus de négociation à deux : entre construction relationnelle (intégration du tiers) et révélation de soi, entre autorégulation et sensibilité, entre autonomie et interaction sociale. » En ce sens, le couple homosexuel correspond à l’image de cette évolution de la famille.


Des relents d’étoile rose

Pourquoi tant de haine, alors ? Le XXème siècle, prometteur de tolérance homosexuelle en ses débuts, se durcit avec la crise de 29. Les sanctions se multiplient sous le mandat de Pétain (dès 42), jusqu’aux camps de la mort nazis. Et à la « Libération », les survivants, de retour de déportation, sont incarcérés sous prétexte de  débauche !

Lois sur lois ont véritablement traqué l’homosexualité durant les années 60. En 68, la France classe l’homosexualité au titre de « maladie mentale » suivant la déclaration de l’OMS. Plus de prison à partir de sa réhabilitation en 1982 (R. Badinter sous Mitterrand) mais l’asile psychiatrique jusqu’en 1985 (officieusement en 92) !!!

Et maintenant ? Cible du clergé intégriste catholique exhortant ses brebis à se garder des nouveaux Satan et rameutant ses alter-ego en bigoterie dans les péristyles des imams « embarbés » et des rabbins « empapillotés », elle essuie une véritable campagne médiévale d’exorcisme. Dans les rangs d’une hostilité politique (qui nie la loi de 82) comme l’UMP, comme au sein des associations initiatrices « bien-pensantes », on piaffe et on décoche injures, admonestations et bousculades en plein hémicycle !

Les hors-la-loi de la « famille-patrie »
Plus acerbes encore, les groupuscules d’extrême-droite (GUD : Groupe union défense) et les bandes de « petites-frappes » inorganisées ressortent le triangle rose de l’Allemagne nazie pour embrigader leurs militants dans de brutaux coups de main, pendant ou hors des « manifestations pour tous ». La dérive à la violence sera identique avec les autres associations anti-mariage gay, dites plus modérées.

Une loi tachée de pourpre…

Bilan ? Si la loi « autorisant le mariage homosexuel et l’adoption » est passée le 23 avril 2013, après de longs mois de vives controverses, elle est à l’image d’une France qui s’est toujours scindée en deux pour toutes les questions de culture et de fondement national. (Le score se solde à l’Assemblée nationale par 331 oui contre 225 non et 10 abstentions ; soit une proportion de 58,48 contre 39,75 %).

Elle a fait resurgir tous les vieux cauchemars de plus d’un siècle de débordements discriminatoires sur des minorités... (ségrégations raciales, ethniques, sexistes, à l’amour, etc…). Contre tout respect des droits de l’homme, de la loi même, contre toute dignité politique… s’empoignant sous la coupole…  les clans homophobes se sont défoulés sur ce nouveau « bouc émissaire » qu’est  l’homosexualité.


Taubira : «Pour les enfants», pour aujourd’hui et demain
Trop de souffrances inutiles pour une loi qui n’est qu’une étape et positionne la France en 9ème place des pays Européens, et en 14ème place mondiale, dans cette voie égalitaire.

23 avril ? Date anniversaire de la libération du camp de concentration de Ravensbruck, 1945. Dans ce camp de femmes, encore une page, sur l’homosexualité forcée

Mardi 23 avril ? « Quand il pleut à la Saint-Georges, sur cent cerises l’en a quatorze » (Proverbe). Hasard d’un dicton populaire qui m’a renvoyée, petit pincement au cœur, au « temps des cerises ». « Christiane Taubira, ton lyrisme, ta qualité d’être nous a émus au plus profond ! Que tu sois remerciée pour ta chaleur humaine et ta clairvoyance. »

Une évolution goût cerise…
Avec le « Rassemblement contre la haine » du 21 avril à Paris, l’atmosphère était lourde, les mines graves, le « Génie de la Bastille », les ailes plombées du sang des victimes terrassées par la bassesse de leurs semblables.

« C’est de ce temps-là que je garde au cœur
Une plaie ouverte. »
(J-B Clément/A Renard)

 

 

Un article de Monak


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Voir aussi :

-*Députés UMP, s’étant battus (le 22.04.2013) à l’Assemblée Nationale et pénalisés  d’«un rappel à l’ordre» : Yves Albarello, Daniel Fasquelle et Marc Le Fur

-La déportation de milliers d'homosexuels par les nazis :
« Entre femmes
La question de l’homosexualité féminine dans un camp comme celui de Ravensbrück est complexe, parce que taboue. Des lesbiennes y sont détenues parce que lesbiennes et à ce titre considérées comme asociales : dans le langage du camp, les deux lettres LL renvoient à «Lesbiche Liebe» («amour lesbien»), dont on ne sait pas si elles ont effectivement figuré sur des triangles noirs, alors que les hommes au contraire sont singularisés par le triangle rose. Si les homosexuelles allemandes ne sont pas concernées par le paragraphe 175 interdisant les relations sexuelles entre hommes, il n’en est pas de même par exemple pour les Autrichiennes visées par une répression homophobe ne faisant pas de distinction de sexe. Parmi les droits communs figurent aussi des lesbiennes, sans doute nombreuses parmi les prostituées. Enfin, parmi les milliers de résistantes figurent (forcément) des lesbiennes, qui ne sont pas identifiées comme telles. La caractérisation de certaines détenues comme lesbiennes peut découler de l’histoire et des circonstances de leur déportation, ainsi que de signes extérieurs (l’allure masculine) qui jouent un rôle très important. Dans le Verfügbar, «les julots», «gras» et «chics», ont des «cheveux plaqués» avec une coupe «garçonnière», «des chaussures civiles éclatantes de cirage», une ceinture très serrée, la cigarette aux lèvres… Le naturaliste de l’opérette ne peut que constater «des velléités de virilisation dans la variété des triangles noirs germaniconus»…

jeudi 25 avril 2013

Le 9 avril en Tunisie


Des martyrs à l’indépendance

La « fête des martyrs » commémore les héros de la cause indépendantiste tunisienne, victimes de la fusillade par les forces françaises installées en Tunisie sous le régime du protectorat. Mais bien davantage encore : car ce jour du 9 avril 1938 à Tunis inaugurait le véritable engagement du mouvement national tunisien.   

Alors pourquoi le gouvernement provisoire actuel cherche-t-il à l’oblitérer depuis deux ans ? Pourquoi réprime-t-il ce symbole de la libération d’un peuple ? Justement au lendemain de la révolution de jasmin qui le délivrait du joug de la dictature ?

2013 : le cérémonial tabou
Il est des signes qui ne trompent pas sur la santé d’une nation. Amnesty International ainsi que la Ligue Tunisienne des Droits de l’Homme (LTDH) le notifient en en appelant à l’opinion mondiale pour dénoncer les abus d’un pouvoir qui en bafoue les principes légitimes. Le jour férié décrété national depuis 57 ans de constitution républicaine ne semble pas du goût des nouveaux potentats.

 

L’émergence d’une nation

Ces « événements » (sic) font des morts sous le Protectorat français. Le régime imposé à la Tunisie par la France depuis 1881 se caractérise par son impérialisme. Le Front Populaire « évoque en 1937 la possibilité d’accorder aux Tunisiens une certaine forme d’autonomie interne ». Sa chute verra les espoirs du Néo-Destour déchanter face à une Résidence générale devenue intransigeante. 

 

Suite à la grève générale du 8 avril 1938 et à la sommation à comparaître du militant Belhouane, la manifestation du lendemain, bastonnée dans un premier temps, se soldera par des émeutes réprimées à l’automitrailleuse au sortir de la médina de Tunis. 

 

Grève générale 38, devant la cathédrale  

Sont dénombrés officiellement 22 morts et 150 blessés face aux forces coloniales : gendarmes, policiers, zouaves (dont un poignardé). L’état de siège, décrété à Tunis, à Sousse et au Cap Bon s’accompagne de trois mille arrestations. Cinq ans de prison pour Bourguiba, à la tête du Néo-Destour, qui entre en clandestinité et radicalise sa lutte pour l’indépendance.

 

Une question de nationalisme

L’idée de modernisme n’est pas neuve en Tunisie. Elle flottait déjà chez les intellectuels avant la colonisation. Le Néo-Destour s’inscrivait dans cette mouvance ; ce n’est pas un hasard si l’identité tunisienne se démarquait du reste du monde arabe ; et  la dictature Ben Ali n’aurait jamais touché aux bases de la Constitution.

En cette treizième année du 21ème siècle, la société civile, les partis d’opposition ne cessent de rappeler cette identité nationale, promue par Bourguiba dès 1956. Elle devient dérangeante. En veut-on des preuves ? L’actuelle Assemblée Nationale Constituante (ANC) voudrait en effacer l’existence, jusqu’à celle  de son promoteur. Et les signes sont grossiers. Sa dernière statue, celle de son retour triomphal a subrepticement et récemment disparu.  Plus d’image du « Leader », plus de constitution républicaine ?
  
La Tunisie démocratique de Gauche

Que craint donc Ennadha, suite aux élections réfutées d’octobre 2011 qui l’asseyent au pouvoir ? Que la date symbolique du 9 avril ne soit l’occasion pour le peuple de désavouer le manque de considération dont sont l’objet les « martyrs » de la révolution de Jasmin ?  Que ne leur soit contestée l’exclusivité des principes rétrogrades renvoyant à la chariâa ; ainsi que leur alliance avec les états intégristes ou les groupuscules terroristes du Proche-Orient qui financent et appuient son intronisation et son maintien ?

Le crime politique et la négation de la démocratie

Dès le début de son exercice du pouvoir, Ennadha n’a cessé d’accumuler les erreurs tragiques. S’attaquant d’abord à l’intégrité corporelle, civique et sociale des femmes en voulant instituer la pratique de l’excision, comme du tutorat féminin : ce qui équivaudrait à la suppression du Code du Statut Personnel (ou code du droit des femmes : 1956).

Face au tollé général, n’a-t-il pas tenté de faire main basse par la force de ses milices armées sur les Universités, la presse et les Arts, les banques et les mosquées, n’hésitant pas ouvertement à faire des victimes ? Optant pour une stratégie plus discrète, s’adressant aux moins cultivés, n’a-t-il pas quadrillé des quartiers entiers, comme des villages excentrés, pour imposer un endoctrinement coranique relayé par des imams poussant à la haine et au jihad ?


La marche du Front populaire tunisien
N’a-t-il pas infiltré les différents ministères, comme les administrations de pions à sa solde ?  S’octroyant le luxe de prolonger leur mandat en toute illégalité ? N’a-t-il pas nommé des décideurs ignares et incompétents ? N’a-t-il pas établi une répression et une censure sans conteste ?

Enfin, n’en est-il pas parvenu à l’enlèvement, à l’incarcération, à la torture et à l’assassinat des opposants (Chokri Belaïd et d’autres encore… moins connus) ? S’arrogeant même le privilège de continuer à menacer la population de châtiments exemplaires !

Une cible à l’obscurantisme ?

N’est-il pas insidieux, voire humiliant, que ces soi-disant épris d’éthique se mettent à étaler sur les bancs de l’ANC les dessous de ces dames, et pas dans un style des « plus chics » (Cf. Gainsbourg-Birkin) ! C’était bien par-là qu’il fallait les dégrader, leur dénier tout soupçon d’intelligence et de suavité, en taxant l’intimité féminine de puanteur et en jouant les éboueurs !

Faire de la femme un objet d’abjection, c’était détourner toute une moitié de population (les hommes : chômeurs) des vrais problèmes de crise et jouer sur leur frustration ! Compte tenu du taux de réussite des jeunes filles, après la politique prioritaire de scolarisation entamée par Bourguiba, dans un contexte où, par coutume, les filles, sortant moins, réussissent mieux que les garçons !

La résistance artistique féminine
Car il faut bien dire qu’une association gouvernementale féminine avait été créée (dès 1956), ainsi qu’une fête officielle nationale (le 13 août). Il faut dire aussi que l’âge de la majorité avait été abaissé, alors que les imams islamistes veulent faire des femmes d’éternelles mineures.

Vers un cumul du non-droit ?

Pour toutes ces fausses raisons, au premier anniversaire de la fête des martyrs, suivant la révolution, les salafistes ciblent en priorité femmes, journalistes tunisiennes ou étrangères, dans le cortège de commémoration ! Traumatismes crâniens à la clé, les martyrs 2012 sont des sacrifiés à la cruauté et à la répression gratuites.

 « Cette année, la Tunisie s’apprête à commémorer un 9 avril singulier, où l’on commémore désormais, en sus de la Fête des martyrs, la dramatique répression violente du 9 avril 2012. Cette mise en abîme est aussi le résultat de l’immobilisme d’une commission d’enquête parlementaire impuissante et d’un ministère de l’Intérieur cultivant le secret ».

Les martyrs du saccage 2012

La Commission d’enquête sur les violences infondées reste systématiquement muette : les « ligues de protection de la révolution », labellisées salafistes, totalement hors-la-loi et totalement coupables et parfaitement « intouchables », sous la protection d’Ennadha.


La surenchère ou Ennadha discrédité

Le gouvernement Ennadha instaure la discrimination, dénoncée par l’actuel Front Populaire tunisien :  « Alors qu’il est censé, par sa fonction, représenter tous les tunisiens, le président provisoire de la République Tunisienne, Moncef Marzouki a déclaré à la chaîne Al-Jazeera, le 25 mars 2013 : «S’il vient à l’idée des extrémistes laïques de chercher à s’emparer du pouvoir, on dressera des potences et des guillotines et il n’y aura pas de sages, comme Moncef Marzouki, Mustapha Ben Jaafar ou Rached Ghannouchi pour prôner la modération, le dialogue ou la réconciliation nationale ».

Le pouvoir s’en prend au droit d’expression le plus basique, constate Hassiba Hadj Sahraoui, directrice adjointe du programme Moyen-Orient et Afrique du Nord d'Amnesty International : « Prononcer une interdiction générale des manifestations pour éviter d'avoir à faire aux manifestants est une infraction flagrante au droit international. Les agissements des forces de sécurité montrent bien qu'il est urgent de mettre en place une nouvelle législation qui protège le droit de manifester pacifiquement en Tunisie. »

La Tunisie du jihad
Le terrorisme intégriste est commandité par le gouvernement, souligne la LTDH : « La Tunisie a connu le lundi 9 avril 2012, journée de la fête nationale des martyrs, une journée noire pour les libertés, la démocratie et le respect des droits de l’Homme… Les forces de police, aidées par des milices, tenant les mêmes propos que des courants extrémistes et armées de barres de fer et de pierres, ont violemment chargé des manifestants pacifiques venus commémorer la fête des martyrs. Des journalistes bousculés, leurs matériels détruits, des députés de la Constituante, des représentants des partis et de la société civile, des vieux, des femmes, des jeunes ont été gazés par des lacrymogènes, souvent envoyés par des tirs tendus, et sauvagement agressés et copieusement insultés, certains par des groupes de miliciens sous le regard complaisant des forces de l’ordre. »


L’éradication des héros
Les conseils municipaux sont privés de leurs prérogatives. Menacés manu militari par le Ministère de l’Intérieur, ils doivent se soumettre au diktat de la théocratie. L’avenue « Chokri Belaïd », récent martyr politique pour ses idées de gauche, sera inaugurée « virtuellement » à Sidi Bou Saïd. Pas de plaque, mais un rassemblement témoigne de l’attachement de la Tunisie à ce grand humaniste politique. En présence de son épouse Besma Belaïd qui énoncera un discours poignant et militant.

L’indépendance, c’est pour demain ?

Malgré la discrimination communautariste que veut imposer le parti intégriste, la scission sociale que veut imposer Ennadha entre les partis hallal (autorisés parce qu’islamistes) et haram (interdits parce que laïques), la commémoration du 9 avril 2013 s’est effectuée dans une ville coupée en deux : la plus grande avenue de la capitale devient tabou pour le citoyen.

La jeune création cinématographique, elle, choisit son camp. Elle sort, après les événements du 9 avril 2012, un court métrage, intitulé « Bousculades, 9 avril 1938 », réalisé par Saoussen Saya et Tarek Khalladi. Il est diffusé aux Journées Cinématographiques de Carthage en novembre 2012.

« Bousculades » : les jeunes cinéastes s’engagent !
La résistance, l’indépendance est autant artistique que politique et juridique : la Tunisie a entamé sa révolte libertaire sur tous les fronts de la société… A l’avenir de lui donner raison.

 

Un article de Monak


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