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mercredi 13 juin 2012

Les trucks de Polynésie

Un bonheur de transport en commun

Condamnés à disparaître, les trucks de Polynésie restent pourtant l'un des meilleurs moyens de visiter les îles avec les Polynésiens.

Dans les années 50, un truck Citroën à Moorea
L’automobile n’a commencé à vraiment se démocratiser à Tahiti qu'à la fin des années 1990, avec une explosion entre 2000 et 2010. Jusque là, et aujourd’hui encore ailleurs dans les autres îles de Polynésie française, il n’y avait d’alternative à la marche à pied que le vélo, les taxis (rares et chers) et les trucks.

Un truck, qu’est-ce que c’est ?

Si la recette a connu un succès phénoménal en Polynésie française, elle est pourtant toute simple: prenez le châssis, la cabine et le moteur d’un petit camion de 3,5 tonnes, confiez-les à un préparateur polynésien quelques semaines et le miracle a lieu ! Une superbe cabine en bois peinte aux couleurs de votre choix occupe maintenant toute la longueur de votre châssis, débordant très largement au-delà de l’essieu arrière, permettant d’accueillir jusqu’à 40 personnes. Curieusement, elle est toujours agrémentée, sur ses flancs, d’ailerons rappelant étrangement les ailes arrières des Simca Chambord et Versailles de la fin des années cinquante. Le toit, dans son entier, est une galerie permettant de transporter toutes sortes de colis volumineux, des cages à poules jusqu’aux vélos…

Années 60, un truck au marché de Papeete
Pour pénétrer à l’intérieur de l’espace dévolu aux passagers, deux possibilités: une porte est ouverte dans l’arrière de cette cabine et deux autres sur le côté droit: une sur l’avant pour monter et une autre à l’arrière pour descendre. Cette cabine est entièrement vitrée sur la moitié supérieure de sa hauteur. En réalité, des panneaux de plexiglas, en général ouverts en grand, sauf lors des averses tropicales, évidemment. La principale caractéristique de l’aménagement intérieur réside dans la disposition des sièges. En effet, Deux banquettes sont installées face à face le long des parois et une autre, beaucoup plus large, va de l’avant à l’arrière. Cette disposition, si elle va à l’encontre de toutes les règles de la sécurité routière moderne, permet aux passagers de se faire face. Ce qui, vous en conviendrez, est bien plus agréable pour faire la conversation!

Comment se déplacer en truck ?

Voyageurs qui montez dans un truck, laissez au bord de la route tout ce que vous croyez savoir des transports en commun.

Les trucks, spartiates mais tellement conviviaux
Si les choses ont été largement normalisées dans la zone urbaine de Tahiti, les trucks n’étaient soumis à aucun horaire ni itinéraire. Et c’est toujours le cas dans bien des îles. Les chauffeurs sont propriétaires de leur véhicule et leur propre patron. Dès lors, l’heure du départ et le trajet précis restent soumis à l’humeur du jour, voire du moment. Et il en va de même pour les arrêts: les trucks s’arrêtent à la demande pour prendre ou laisser descendre les passagers. Ces derniers annoncent leur destination au chauffeur en montant et, le plus souvent, règlent la course avant de descendre. Il arrive que, pour rendre service à un passager, le chauffeur fasse un détour totalement imprévu. Il arrive aussi qu'il s'arrête pour parler avec un ami ou pour faire quelques courses. Depuis toujours, beaucoup de chauffeurs de trucks sont des femmes.

Irremplaçable ambiance des trucks de Tahiti
Tous sonorisés, il est bien rare aujourd’hui de voyager en silence. D’autant que, dans le passé et toujours aujourd’hui lorsque la sono est en panne, il n’est pas rare que l’un ou l’autre des passagers fasse chanter son ukulele, entraînant les chants de nombre d’autres voyageurs. Hélas, les boom-blasters diffuseurs de méga-basses ont tendance à remplacer trop souvent ces formations improvisées.

Il est par contre bien rare de voyager en truck sans qu’une conversation ne s’engage avec d’autres passagers.

Le truck, outil idéal de la découverte

Même si, à Tahiti, ils sont peu à peu remplacés par d’énormes engins modernes et climatisés qui encombrent les routes, s’arrêtent aux arrêts officiels et sont censés respecter des horaires, il reste encore beaucoup de trucks en service, notamment en dehors de la ville de Papeete. Si l’on n’est pas pressé et que l’on accepte l’idée de changer de truck au minimum une fois, on peut ainsi faire, tout seul, un tour de l’île plein de magie et de surprises.

Un truck et son remplaçant moderne
D’autre part, divers opérateurs organisent régulièrement des « tours de l’île » en truck, avec un petit orchestre traditionnel et bringue à bord, des arrêts dans divers sites culturels, historiques ou archéologiques et, bien évidemment, une longue pause au bord du lagon pour savourer un bon ma’a tahiti (repas traditionnel polynésien).

Enfin, il est bon de savoir que le prix d’un billet de truck reste encore très modeste : 150 Cfp (environ 1,26 €) pour un trajet d’une dizaine de kilomètres en zone urbaine. Il faut quand même savoir qu’en dehors de Tahiti et de Moorea, les services de trucks sont extrêmement aléatoires. Mais ils existent dans les plus importantes des îles de l’archipel de la Société.

Les trucks condamnés par la modernisation

Ce moyen de transport convivial et si particulier est pourtant destiné à totalement disparaître dans les quelques années qui viennent. « Progrès » oblige, les trucks sont peu à peu remplacés par des autocars ultramodernes aux vitres teintées, climatisés, équipés de ceintures de sécurité sur tous les sièges alignés dans le sens de la marche et pouvant transporter plus de 60 passagers. Au-delà des conséquences sociales de cette évolution imposée sans concertation par les pouvoirs publics au début des années 2000, c’est un des aspects particulièrement charmants et originaux de la Polynésie qui va disparaître.

Autre déclinaison du concept du truck
Cependant, aujourd’hui encore, la quasi-totalité des transports scolaires sont effectués par des trucks. Il en va de même pour les déplacements de la plupart des associations sportives et culturelles se rendant à un événement ou un autre. Enfin, certains opérateurs locaux se battent contre les pouvoirs publics pour conserver la possibilité d’offrir ce plaisir unique à leurs clients. Avec succès, pour l’instant…

Les derniers trucks racontés par Lili Oop dans l’émission Ta’ata
Bien que d’un autre temps, ce moyen de transport manquera terriblement dans le paysage et la vie quotidienne des Polynésiens qui y sont, comme moi, très attachés.

Un article de Julien Gué

1 commentaire :

  1. Trop de modernisme tue la beauté de ce que TAHITI fut autrefois quand j'ai connu ce paradis.

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