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dimanche 21 octobre 2012

Les marae de Polynésie



De la Terre aux Hommes puis des Hommes aux Dieux

 

Présents sur toutes les îles de Polynésie française, les marae étaient la base du fonctionnement social, politique et religieux des sociétés polynésiennes

Il n’y a pas si longtemps, ces "tas de cailloux" n’avaient plus guère de sens pour grand monde, et certainement pas pour les touristes qui visitaient les îles de Polynésie française.

Pourtant, jusqu’à la fin du 18e siècle, avant l’établissement des premiers évangélisateurs européens, les marae avaient un rôle fondamental dans la société polynésienne traditionnelle.

Une cérémonie sur un marae par Bobby Holcomb

Bien plus qu’un simple lieu de culte, le marae était le pilier fondamental du fonctionnement social, politique et religieux. C’est en son sein que se prenaient toutes les décisions.

Il a fallu attendre le 20ème siècle pour que des fouilles archéologiques fassent ressurgir ces vestiges d’un autre temps, d’un monde disparu par la volonté des évangélisateurs. C’est grâce à ces fouilles que les "ti’i" ("tiki" en marquisien), les pétroglyphes et les marae ont trouvé une place nouvelle dans la société polynésienne.

 

Les Polynésiens, les dieux et les marae

La société polynésienne traditionnelle était polythéiste. Il y existait des dieux pour chaque île, chaque chefferie, chaque famille et chaque corps de métier.

Chacun de ses dieux avait une fonction bien définie. Ils étaient tous différents mais pourtant tous complémentaires et indissociables les uns des autres.


Une cérémonie sur le seul marae re-sacralisé de Polynésie
Dans la relation entre les dieux et les hommes, le marae jouait un rôle fondamental. C’était en effet le seul lieu où les "atua"(les dieux) pouvaient être invoqués par les prêtres. Là, des rituels très complexes leur permettaient de s’incarner dans des idoles sculptées en bois ou en pierre.

C’est la venue des dieux sur un marae qui permettait aux hommes d’obtenir du "mana": la force divine génératrice de santé, d’équilibre, de fertilité, de force, etc… Une absence prolongée des dieux faisait faiblir le "mana" des hommes, les rendant donc vulnérables.. Toute réussite était due au "mana", et tout échec à sa faiblesse ou à son absence.

Le marae permettait donc d’assurer la communication entre le monde des hommes et celui des dieux.

 

Le "mana", fruit d’un échange avec les dieux

Seuls les "tahu’a", les prêtres, pouvaient accomplir ces rituels. Mais pour voir leurs requêtes aboutir, ils devaient faire des offrandes aux dieux.

Un des aspects du marae de Maeva à Huahine

En effet, ces derniers ne donnaient rien sans rien. Pour obtenir du "mana", il fallait leur offrir une contrepartie. Plus celle-ci était prestigieuse, plus les dieux se montraient généreux envers les hommes, d’où les sacrifices humains…

Cependant, ces sacrifices humains, dans les îles de la Société répondaient à des circonstances et des règles très particulières. Ainsi, ils ne pouvaient être pratiqués que sur les marae des chefferies.

 

Architecture des marae

Pour le visiteur, un marae ressemble à une cour rectangulaire pavée avec, en son sein, un "ahu" (autel) en pierres dressées. Cet "ahu" pouvait avoir un ou plusieurs étages et faisait penser à une sorte de petite pyramide. Il était réservé aux "tahu’a" et aux "ari’i", les chefs.

Plan légendé d’un marae des Îles de la Société

Au centre du parvis se trouvaient des pierres sur lesquelles "tahu’a" et "ari’i" s’installaient pour prier.

Dans les îles de la Société, les marae étaient faits de blocs de basalte ou de dalles de corail dont certains pouvaient peser plusieurs centaines de kilos. Le parvis, lui, était constitué de galets grossièrement façonnés.

Sur le marae se trouvaient également des "unu", sculptures en bois représentant des hommes ou des animaux. Ces "unu" symbolisaient les familles propriétaires du marae.

Les unu du marae de Taputapuatea, à Raiatea

Chaque marae était entouré de diverses constructions comme le "fare ia mahana"(la maison des trésors sacrés), le "fare va’a" (maison des pirogues), le "fare atua" (maison des dieux) ou le "fare tupapa’u" (la maison des morts).

 

La hiérarchie des marae

Dans son incontournable ouvrage de référence, Tahiti aux temps anciens, Teuira Henry a établit la hiérarchie suivante entre les différents marae des Îles de la Société :

Sur le marae international Taputapuatea à Raiatea

·       Le marae international, comme celui de Taputapuatea à Raiatea. Sa renommée et son importance sont reconnues sur l’ensemble du triangle polynésien. Il est considéré comme le siège du pouvoir spirituel et temporel.

·       La marae national. C’est le marae le plus important d’une île. Il représente les pouvoirs des liens tissés autour de l’"ari’i nui", chef culturel et cérémoniel de l’île.

·       Le marae local ou de district, dit "marae mata’eina’a". il est la copie des marae nationaux en réduction. Lui sont rattachés les titres et les généalogies d’une famille de chefs. Y étaient célébrés les événements liés à cet "ari’i" et à sa famille.

·       Le marae familial ou ancestral ou encore "marae tupuna". Il exprime la solidarité d’une famille. Les noms attachés à ce marae faisaient office de titre de propriété. Chaque dalle du mur d’enceinte du marae représente le membre de la famille qui s’agenouillait dessus pour prier. Y étaient célébrés les événements marquants de la vie du clan comme les naissances et les décès.

Sur le marae familial re-sacralisé à Tahiti

·       Le marae social ou "marae o te va’a matauna’a" était le marae du clan. Il avait une importance considérable car c’est lui qui faisait des populations éparses une communauté. Il exprimait la solidarité généalogique interinsulaire.

·       Les marae des spécialistes sont les plus petits. Ils ne comptent parfois qu’une seule pierre à prière. Ils étaient réservés à une profession particulière et à elle seule (constructeurs de pirogues, pêcheurs, docteurs, etc…) qui y demandaient aux dieux de bien vouloir l’aider dans telle ou telle entreprise.

Malgré leur nombre incalculable et leur incroyable diversité, bien peu de ces marae sont aujourd’hui accessibles et en bon état.

L’évangélisation et une végétation luxuriante et dévorante sont responsables, pour l’essentiel, de leur disparition du paysage. Ainsi, les pierres de nombre d’entre eux ont servi à bâtir des temples ou des églises et la plupart des autres sont envahis par toutes sortes d’arbres aux racines plus ou moins dévastatrices.


Un extrait du film « Marae » de Henri Hiro
Toutefois, un peu partout en Polynésie française, des sites remarquables ont été sauvés et sont aujourd’hui accessibles au visiteur curieux de l’incroyable richesse des sociétés polynésiennes pré-évangéliques.

 

 

Un article de Julien Gué


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