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jeudi 20 septembre 2012

La guillotine de Tahiti


Une bien morbide saga

Il n'y a pas qu'en place de Grève que la Veuve a rempli son office. L'invention du Dr Antoine Louis a aussi tranché bien des têtes Outre-mer...

Par la Veuve, la Bécane, la Lucarne, bref : par la guillotine… On ne saura sans doute jamais combien de personnes eurent la tête tranchée par décollation en France. Toutefois, à titre indicatif, le nombre de guillotines est fixé par décret du 25 prairial an I (13 juin 1793) : ce sera une machine à trancher par département...

L’exécution de Louis XVI
Pour la seule période dite de la terreur (1793 / 1794) et sans les chiffres de Paris, certaines estimations donnent jusqu'à 42.000 victimes de la Veuve…

C'est le 17 juin 1939 qu'eut lieu la dernière exécution publique en France. Mais la dernière tête à être tombée sous le couperet de la justice fut celle de Hamida Djandoubi, le 10 septembre 1977, à la prison des Baumettes à Marseille.

Le 30/09/1981, Robert Badinter, défend l’abolition de la peine de mort à l’Assemblée
C'est au socialiste Robert Badinter que l'on doit l'abolition de la peine de mort en France et la mise au rancart de la guillotine.

Juste pour ne pas oublier. Ames sensibles s’abstenir…
Ce que l'on sait moins, c'est qu'elle fut aussi utilisée, de manière plus ou moins intensive, dans les colonies. En Afrique du Nord bien sûr, en Asie et en Afrique noire, mais aussi et surtout dans les bagnes lointains : que ce soit en Guyane, en Nouvelle Calédonie ou en Polynésie française.

 

La guillotine à Tahiti

C'est en 1869 que la guillotine fut utilisée pour la première fois dans la colonie française de Tahiti pour mettre à mort un des coolies travaillant sur la plantation de coton d’Atimaono (côte Ouest de Tahiti). Chim Soo Kung était accusé d’avoir participé à une rixe sanglante entre clans rivaux. Pourtant, aujourd'hui encore, sa culpabilité dans cette affaire reste sujette à débats. Ce même jour, un autre chinois fut exécuté dont l'histoire n'a pas retenu le nom.

Chim Soo Kung, peu avant son exécution
Cependant, il est intéressant de noter que la peine de mort avait été institutionnalisée à Tahiti par le code Pomare en 1819.

La guillotine qui fut utilisée ce 11 août 1864 à Papeete avait été construite sur place, et c'est là que la saga de cette machine commence…

 

Qu'est devenue la veuve de Tahiti ?

A-t-elle été vendue, volée ou détruite ? Est-elle toujours en Polynésie ? Si l'on sait exactement comment son histoire a commencé, tout et son contraire a été raconté sur le sort de la guillotine de Tahiti après qu'elle fut mise au placard.

Le Dr Antoine Louis, inventeur de la guillotine
Une grande partie du mystère est levée par Fernand Meyssonnier dans son livre Paroles de bourreau, témoignage unique d'un exécuteur des arrêts criminels (éditions Imago, 2002). Meyssonnier vécut en Polynésie française de 1961 à 1990. Puis il s'est retiré à Fontaine, dans le Vaucluse, où il a créé un Musée historique de la Justice et des Châtiments et où il est décédé en 2008.

L'ancien bourreau, ayant connaissance de l'existence d'une guillotine à Tahiti, fit des recherches et la retrouva. Elle était en ruine et certaines pièces en avaient déjà été dérobées. Il décide alors de s'en porter acquéreur pour la "sauver". Mais ce projet ne put voir le jour, la justice française ne le souhaitant pas.

Le Dr Joseph-Ignace Guillotin, promoteur de la Veuve
Un jour, le maire de Papeete (M. Juventin) le contacte et lui demande s'il peut remettre la machine en état car il souhaite l'exposer dans le cadre d'une manifestation sur le vieux Tahiti. Il voulait la dresser devant la mairie !

Avec un artisan de Moorea, Meyssonnier entame donc la restauration de la guillotine, jusqu'à l'intervention de la communauté chinoise de Tahiti qui fait pression sur le maire… Le projet est donc abandonné.

Mais l'ancien bourreau décide de finir la restauration. Et surtout d'en profiter pour faire une copie à l'identique qu'il compte bien conserver pour son musée personnel.

F. Meyssonnier, le bourreau devant la guillotine
Cette copie a bien été réalisée. Elle a même été construite avec certaines pièces de l'originale. Ce qui nous laisse deux veuves pouvant prétendre au titre de monument historique !

C'est là que le mystère commence.

 

Le mystère de la guillotine de Tahiti

Si l'on en croit Meyssonnier, ce serait la copie qui aurait été renvoyée aux autorités. L'original, lui, aurait été envoyé, par un associé douteux de l'ancien bourreau vers les Etats Unis, dans une caisse censée contenir du "bois de Tahiti"… La caisse se serait perdue aux USA.

La tombe de Chim Soo Kung au cimetière de Arue
Pourtant, malgré de nombreuses sources (plus ou moins fiables) prétendant qu'elle avait disparu, il y a bien une guillotine à Tahiti. Elle a été confiée, après sa restauration, au Musée de Tahiti et ses îles (aujourd'hui Te Fare Manaha). Elle serait, sous réserve de vérification car la direction de l'établissement (qui vient de changer) n'a pu être formelle sur ce point, dans les réserves du musée avec son panier.

Quelques minutes pour ne jamais oublier…
Seulement voilà : les collections du Musée historique de la Justice et des Châtiments, qui, pour la petite histoire, est aujourd'hui fermé car personne ne voulait le visiter, contiennent aussi une guillotine en tout point semblable à celle du Musée de Tahiti. Est-ce celle dont Meyssonnier prétendait qu'elle s'était perdue aux Etats Unis ? Et si oui, est-ce l'original ou la copie qui se trouve dans les collections du Musée de Tahiti et ses îles ?

La question reste posée et il y a bien peu de chances, hélas, que le mystère soit jamais résolu.

Tous mes remerciements à la direction du Musée de Tahiti et ses Îles – Te Fare Manaha
Lire également l'article de Tahiti Pacific Magazine n°152 de décembre 2003


Un article de Julien Gué


1 commentaire :

  1. Bonjour Julien,

    Très bien cet article sur la guillotine de Tahiti dont je parle souvent aux touristes étrangers que j'accompagne dans mes visites de Tahiti.

    Il faudrait que je te procure enfin ces photos des pièces de théâtre jouées par les scolaires que tu attends depuis si longtemps.

    Bertrand Devaux

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