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dimanche 16 septembre 2012

Makatea aujourd’hui


L’île qui redevient déserte

Le film « Makatea, l'oubli » de Jacques Navarro Rovira dresse un portrait saisissant d'une île agonisant d'avoir trop donné d'elle-même aux hommes.

Ignorée des tour-opérateurs comme des autorités polynésiennes l’île de Makatea, dans l’archipel des Tuamotu, a pourtant été le premier moteur du développement économique de la Polynésie française durant plus de cinq longues décennies grâce au phosphate qui se cachait derrière ses surprenantes falaises blanches.

Dans la cocoteraie abandonnée…
Ainsi, jusqu’au début des années 60, l’exploitation du précieux minerai a fait de Makatea un lieu de vie totalement hors normes dans l’ensemble des petites communautés insulaires du Pacifique sud.

Makatea, l’île d’exception

Au plus fort de l’activité minière, il y eut plus de 3000 habitants sur l’île.

On y exploita le seul train qui ait jamais roulé en Polynésie française et, pour occuper les ouvriers pendant leurs moments de loisir, on y créa le premier cinéma du territoire.

A cette époque, il se passait plus de choses à Makatea qu’à Papeete, pourtant la capitale de la Polynésie, et toute l’économie du territoire reposait sur la richesse produite par cette petite île des Tuamotu.

Dans la gare de Falaise, au temps « béni » du phosphate
Les choses changèrent brutalement en 1962, lorsque fut prise la décision de fermer la mine. Cette année-là, il y avait encore 2273 habitants permanents sur l’île. Cinq ans plus tard, lors du recensement de 1967, ils n’étaient plus que 60 propriétaires et pêcheurs à vivre à Makatea.

En ce début de 21ème siècle, la question qui se pose est : sera-t-il encore possible de vivre à Makatea dans 10 ans ?

 

An 2009, « Makatea, l’oubli »

C’est de cela dont nous parle le film « Makatea, l’oubli » réalisé par Jacques Navarro-Rovira et produit par Bleu Lagon Productions. Et il le fait merveilleusement bien.

Inga Pan, 100 m au-dessus du Pacifique Sud
Ce moyen métrage, réalisé en 2009, a été diffusé pour la première fois le 15 septembre 2010 par la chaîne Télé Polynésie. Il s’agit d’un docu-fiction de 52 minutes relatant l’improbable séjour d’une violoniste (remarquablement interprétée par Inga Pan) sur une île au destin tout aussi improbable.

Dans le ventre végétal de Makatea…
Le choc de cette rencontre entre une artiste occidentale et la population délaissée et totalement isolée du monde d’une île exsangue est remarquablement rendu par les superbes images de Jacques Navarro-Rovira.

La détresse et les inquiétudes de cette population (des français, faut-il le rappeler ?) face à un avenir pour le moins compromis sont parfaitement mises en avant par le film, tout comme le sont la beauté majestueuse et le mystère qui se dégagent de la terre meurtrie de Makatea.

Pas de dialogue dans ce film : la violoniste voyageuse ne s’exprime qu’en voix off. Les habitants de l’île, que ce soit, le maire, l’instituteur ou l’épicier, lorsqu’ils prennent la parole, le font soit en monologue face à la caméra, soit en voix off lorsqu’ils sont à l’image, occupés à chasser les monstrueux crabes de cocotier par exemple.

Et dans le ventre minéral de l’île phosphate
Ainsi, quand à l'écran défilent des images d’une beauté parfois à couper le souffle, des voix d’une étonnante douceur égrènent le terrifiant constat d’une mort lente programmée.

 

Makatea, chronique d’une désertification annoncée

En novembre 2009, après la première session du tournage, il y avait encore 49 habitants permanents sur l’atoll. Un an plus tard, ils ne sont plus que 39…

Lors du tournage, la classe unique de l’école primaire comptait huit élèves. Lors de la rentrée scolaire 2010, l’instituteur ne fait plus la classe que pour quatre enfants… Combien de temps les pouvoirs publics vont-ils maintenir un poste d’enseignant pour quatre élèves ?

Les vestiges de l’âge d’or d’une île à l’agonie
Il existe plusieurs projets pour tenter de relancer l’économie de l’atoll moribond, mais aucun qui recueille l’approbation de la population. Il est pourtant plus qu’urgent d’agir. En effet, dès lors que l’administration centrale décidera qu’il n’est plus justifié de maintenir le poste d’enseignant, les derniers jeunes quitteront l’île définitivement.

En dessous de combien d’habitants la direction de la santé décidera-t-elle de fermer le petit dispensaire, pourtant vital à une population pour l’essentiel composée de retraités ?

 

« Makatea, l’oubli », le film

Avec ce film de Jacques Navarro-Rovira, le cinéma documentaire polynésien vient de franchir un cap décisif.

En quittant les sentiers battus, tant par le choix du sujet que par la manière de le traiter, ce film montre à quel point la production audiovisuelle polynésienne a été, jusqu’ici, conventionnelle et sans saveur.


Quand Jacques Navarro Rovira parle de son film
Du scénario à l’interprétation de Inga Pan en passant par la qualité de la prise de vue et l’efficace sobriété de la réalisation et du montage, il n’y a là rien à jeter. Jusqu’à la musique, anachronique et inattendue, qui nous prend par la main pour nous entraîner dans les méandres d’une désertification annoncée.

Et je voudrais saluer ici avec un infini respect l’extrême pudeur avec laquelle les habitants de Makatea expriment leur profonde inquiétude quant à ce que l’avenir peut bien réserver à leur île et à leur petite communauté.

« Makatea, l’oubli » a été présenté en compétition lors du FIFO 2011 (Festival International du Film Océanien) à Papeete. Le public comme le jury en ont été profondément marqués.

Il reste à souhaiter qu’il soit très vite diffusé sur les antennes d’une chaîne de télévision nationale afin que tout un chacun puisse découvrir ce film étonnant comme le destin qui attend le peuple de Makatea.


Makatea, l’oubli : la bande annonce
En guise de conclusion, cette petite perle cinématographique nous prouve, s’il en était besoin, que la Polynésie peut offrir au cinéma bien plus que de simples décors de lagons aux bleus fascinants.

Mes plus sincères remerciements à Jacques Navarro-Rovira et Bleu Lagon Productions pour m’avoir autorisé à publier ces quelques photos de tournage signée par le talentueux Lucien Pesquié.

Un article de Julien Gué


1 commentaire :

  1. Bonjour,
    Est-il possible de trouver à Makatea un mouillage pratiquable par un voilier de croisière ?
    dominique.merlino@wanadoo.fr

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