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vendredi 4 novembre 2011

Les bûchers de Faaite


Quand le paradis devient un enfer


     Le 2 septembre 1987, l'atoll de Faaite (archipel des Tuamotu) entre dans l'histoire : des hommes brûlent six de leurs concitoyens pour des raisons religieuses.

Vu d’avion, le village de Faaite aujourd’hui

    Le 4 septembre 1987, le monde entier découvre l’existence du minuscule atoll de Faaite, dans l’archipel des Tuamotu, en Polynésie française.

    Cette découverte arrive suite à la révélation d’un drame qui fait la une de tous les grands médias internationaux et qui est baptisé: « Les bûchers de Faaite ».

      Que s’est-il donc passé dans ce petit atoll ignoré du Pacifique Sud ?

La carte de l’atoll de Faaite, archipel des Tuamotu

Ce qui s’est passé à Faaite le 4 septembre 1987

      Les faits bruts tels que rapportés par la presse de l’époque sont les suivants : le jeudi 3 septembre en fin d’après-midi, la goélette (cargo mixte local) censée ravitailler l’atoll ne peut joindre le seul poste de radio de l’île, ce qui rend impossible son entrée dans le lagon et qui est totalement anormal. Le capitaine du bateau prévient alors immédiatement la gendarmerie de Anaa.

     Très inquiets de cette situation, les gendarmes de Papeete, prévenus par leurs collègues de Anaa, envoient un hélicoptère qui se pose sur le motu du village de Hitianau, à quelques centaines de mètres de l’église, centre du village, le vendredi en début de matinée.

     Arrivant sur la place de l’église, ils découvrent trois femmes ligotées, arrosées d’essence et prisonnière de piles de pneus d’engins de chantier.

     Se fiant aux premières dépositions, les gendarmes creusent un grand trou récemment bouché et y découvrent six corps calcinés.

La scène de crime le lendemain du drame à Faaite  Crédit: Gendarmerie Nationale 

      Ce sont ceux de quatre hommes et de deux femmes. Parmi eux, un couple et le premier adjoint au maire délégué de l'atoll. Celui-ci ayant été le premier à être sacrifié et le couple les deux derniers.

      Commence alors l’enquête sur place diligentée par la gendarmerie nationale. Puis c’est au parquet de Papeete de faire son travail. Au bout d’un procès long et très douloureux, ce sont vingt et une condamnations qui seront prononcées s’étalant de 4 ans de prison avec sursis à celle de 14 années de réclusion criminelle pour celui qui a été considéré comme le chef d'orchestre de cette macabre affaire.

Pourquoi a-t-on brûlé des sorcières à Faaite ?

      Au moment du drame, Le maire délégué de l’île est en déplacement à Papeete ; le prêtre, qui réside à Anaa n’est pas sur l’île non plus ; la sécurité de l’atoll est assurée par le mutoi (policier municipal), lui-même natif du village ; il n’y a pas de téléphone et il n’existe qu’un seul poste de BLU (radio de marine) pour communiquer avec l’extérieur.

Dans la presse tahitienne à l'époque du procès…
     Moins de trois semaines auparavant sont arrivées à Faaite trois femmes, membres actifs du « renouveau charismatique » de Tahiti, missionnées par l’évêque de l’époque. Elles sont censées passer une semaine sur l’atoll. Elles y restent 15 jours pleins.

     Tous les témoignages sont concordants sur ce point : ce sont elles qui instillent dans l’esprit de certains membres de la communauté des idées de repentir et de châtiments extrêmes. Elles aussi qui parlent de chasse aux sorcières. Elles enfin qui forment un groupe d’hommes particulièrement exaltés par leur discours et qu’elles chargent de poursuivre leur mission au moment de leur départ. Ce qu’ils font au-delà de toute raison.

     Protégées par toute l’Eglise catholique de Polynésie et particulièrement par l’évêque, au point que ce dernier se portera personnellement garant de leur innocence devant la police, elles n’apparaissent nulle part. Elles ne sont même pas entendues comme témoins au motif qu’elles n’étaient pas sur l’atoll au moment des faits…

      La justice statue en dénonçant une folie collective passagère appuyée sur un délire mystique.

Les non-dits de l’affaire des « bûchers de Faaite »

     Bien des mystères entourent cependant cette sinistre affaire. Une chose est avérée : aucun de ceux ayant vécu ces journées d’horreur n’a accepté de témoigner publiquement à ce jour. Par contre, la quasi-totalité d’entre eux, victimes comme coupables, vivent aujourd’hui à Faaite, comme si rien ne s’était passé.

     Pourtant, d’autres thèses que celle retenue par la justice sont soulevées.

    Au premier rang d’entre elles, la responsabilité des trois femmes du « renouveau charismatique », étrangement protégées par l’Eglise catholique et ignorées totalement lors de l’enquête et du procès.

   Une autre piste, moins crédible et plus difficilement vérifiable, met en avant un mobile lié à de sombres affaires de propriété terrienne.

   Une autre encore évoque un profond malaise de certains jeunes hommes de l’atoll qui auraient trouvé là un exutoire à l’ennui…

Le livre de Bruno Saura dont la couverture est invisible sur Google…
     Dès 1990, l’ethnologue Bruno Saura publie un livre sur le sujet : « Les bûchers de Faaite ». Au moment où l’ouvrage est mis en librairie, le procès est terminé depuis moins d’un an. On peut donc considérer qu’il a été écrit à chaud. Sans recul. Pourtant, déjà à l’époque, Bruno Saura soulève ce genre de questions.

     Depuis peu, les « bûchers de Faaite » ont retrouvé les honneurs des médias. Ainsi la chaîne de télévision locale TNTV (Tahiti Nui Télévision) leur a consacré un documentaire de 52 minutes qui a beaucoup fait parler de lui en Polynésie. D’autant plus qu’il soulève certaines des thèses exposées plus haut.

      En fait, il ne fait qu’ajouter aux doutes qui pesaient déjà sur ce dossier.

L’église Sainte Marie-Madeleine, nouvelle église de Faaite,
inaugurée en juillet 2009
     Saura-t-on un jour la vérité à propos de ce qui s’est passé sur l’atoll de Faaite en ce mois de septembre 1987 ?

Un article de Julien Gué

En cliquant ici, découvrez l'incroyable témoignage d'une survivante des bûchers de Faaite

3 commentaires :

  1. o commentaire ...je suis donc la 1ère ... retenir d'autres thèses que celle retenue par la justice ... ça amène quoi ? on ne peut pas refaire le procès... Les personnes qui ont vécu ce drame sont marquées à vie, leur descendance aussi ! Ne vaut-il pas mieux parler d'autres choses ? C'est fait, c'est fait ... c'est un drame affreux ... qu'il vaut mieux oublier ... pour ceux qui le peuvent! Nathalie Bernier

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  2. Sans nier les indéniables progrès que le christianisme a pu apporter dans de nombreux domaines, il n'en reste pas moins que, vénérant un dieu du sacrifice de soi au bénéfice des autres, ils ont trop souvent tendance à sacrifier les autres à leur propre bénéfice (même si ce dernier n'est que "spirituel")

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