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mercredi 16 juillet 2014

Le Festival international du Film Océanien s’exporte



11ème FIFO à tire d’aile

Débobinée aux tous premiers jours de février à Tahiti, son île d’ancrage, la 11ème session du Festival International du Film Documentaire Océanien (FIFO), parcourt le monde. Juste pour goûter : un petit aperçu…

Du Festival fidjien  « Islands in the world 2 - OIFF » au « Wairoa Maori Film Festival » de Nouvelle-Zélande, sans oublier la section « Fenêtre sur le Pacifique » de Cabourg, Sydney et plus tard, «  Le Festival des Peuples » de Nouvelle-Calédonie, il sillonne 2014, ses océans, ses continents, du printemps à l’automne…

L’écran océanien voyage
Sous le signe de la 11ème, avec 11 étapes, le FIFO fait son cabotage inter-îles à travers le territoire éclaté de Polynésie française. Sa tournée « Hors-les-murs dans les îles », diffuse gracieusement aux insulaires la manne cinématographique grâce à ses ambassadrices attitrées  (Michèle de Chazeaux et Miriama Bono).

Qu’est –ce qui fait courir le FIFO ?
Si les îliens des cinq archipels polynésiens bénéficient de cette initiative indispensable, reste à saluer l’effort des organisateurs. Malgré des traversées ou des vols onéreux, les îles inaccessibles se côtoient par écrans interposés ; lointaines, peu peuplées elles ne disposent pas forcément de l’infrastructure adaptée. Ce n’est pas sans ténacité que s’effectue cette programmation, soumise aux aléas de la mer et des coups de vent.

Le FIFO, aidé de ses partenaires et de ses sponsors (associatifs, municipaux, logistiques ou éducatifs), maintient cette opération essentielle en faveur des populations les plus démunies. Les thèmes abordés par les films  ne montrent qu’elles -elles : les populations excentrées, en marge de… ou aux prises avec les bouleversements du monde moderne-. Elles : leurs cultures résiduelles, leurs ancêtres, leurs attaches, la perte de leurs repères, les monopoles qui les écrasent, leur combat pour que survivent leurs valeurs, tout ce qu’on a oublié d’eux…

Un film, un auteur invité au jury, Witi Ihimaera (N-Zélande)
Ce sont eux, le public des îles, les sujets vivants que le festival a fixés, sur les écrans du monde… Et le retour d’images est capital, pour eux, comme pour la continuité du film documentaire océanien.

Il est juste à regretter que ces prises de consciences réciproques ne s’effectuent qu’hors contexte du brassage démographique, de l’accueil indéniable dont les « insulaires du bout du monde » auraient été gratifiés en plein festival de février.

L’image miroir en tournée
Ce qui manque aussi aux habitants des îles périphériques de Tahiti, c’est la totalité des films du FIFO.  Par contre, la programmation « Hors les Murs » pioche dans les deux catégories  "en compétition" et "hors compétition" et par le fait, en propose les primés : entre autres, « Ananahi, demain » (Prix du Public), « La Compagnie du Pacifique » (Prix du Jury) et « I’m going to mum’s » (Prix du meilleur court-métrage, dans le OFF). Le reste continue à se dispatcher.


« Peuple marquisien… on existe » clame le Groupe TAKANINI
Pour exemple, voilà donc le FIFO en tournée, face à son public originel des Marquises et des Tuamotu avec deux films primés. Ils sont représentatifs  du vécu polynésien : un abrégé en quelque sorte. D’abord, la relation à l’héritage culturel dans les dires du jeune Groupe musical marquisien TAKANINI : « …notre culture est effacée… le bitume a coulé dans nos cervelles… colonisation, conversions (religion), CEP, société de consommation. ». Ensuite, le laborieux ajustement entre insularité et contraintes administratives abordé ainsi par le script dactylographié de la bande annonce (du 2nd film) : « ces lieux improbables (!!!) que constituent ces quelques atolls isolés, disséminés sur les 500 000km2 de l’Archipel des Tuamotu ».

L’humour véhiculé à propos de l’inadéquation entre les lois de la République et l’autarcie insulaire, n’escamote pas le point de non-retour de l’autogestion coutumière en fenua paumotu. D’autres portes sont ouvertes par la similitude avec les civilisations autochtones de Nouvelle-Guinée (Des œufs dans la cendre), la déchirure du retour aux rites ancestraux (Papous entre deux mondes), la quête des mythes originaires (Take me to Pitcairn), les préoccupations de l’écosystème (The valley of the sharks), la réappropriation  des modes de vie (Inside the monster, Queen of the desert, Le truck polynésien).  

Maeva !
Les Polynésiens s’y reconnaissent-ils ?  Tentons de le savoir dans le cadre même du FIFO à Papeete. Autant qu’ils en ont les moyens et ils sont rares, les cinéphiles des îles périphériques, font tout pour s’y rendre. Pour les privilégiés, la convivialité, la dimension humaine qui s’en dégagent, ne sont pas qu’une impression. Le microcosme qui y évolue, dans la réalité comme à l’écran (sous-titré ou doublé en anglais ou en français) est avant tout maoh’i ou maori.

Un public venu de partout
Pendant six jours, du 03 au 09 février,  j’ai été nourrie au lait océanien : une nouvelle naissance, en quelque sorte ! L’image cinématographique me livrait les clés de ce que je ressentais au quotidien : véritable décodeur, elle m’a servi de lien direct entre la manière d’être et de vivre des Polynésiens contemporains et leurs principes ancestraux. Théorie et pratique en toute adéquation !

Ce n’est pas que tout soit parfait (vu l’absence des moyens de transport, tard le soir) ! Mais ce qui m’a été transmis, par le contenu des films, par ce qui se vivait au festival, est de l’ordre des valeurs humaines. C’est de cette surabondance dont je veux vous faire part. Bien sûr, je ne suis pas dupe : certains festivaliers peuvent ne rien avoir ressenti, être imperméables. Il faut dire que la fréquentation des coulisses du festival, du point-presse et de l’administration m’ont permis de m’en imprégner davantage.

Le FIFO qu’est-ce ?
Un régal au quotidien. Des images qui se vivent  à fleur de peau : une empathie sans détour, sans protocole. Sans que tu aies besoin de demander quelque chose, les Polynésiens te donnent tout. « Le prêt à l’accueil », c’est comme « le prêt à porter », tu l’endosses direct ! Il se situe à tous les niveaux. De la balayeuse sous la pluie aux informateurs à badge et T-shirt noir. Chacun te réoriente dans les courelles et passages en labyrinthe où tu t’es égaré, te propose de fixer ton passage en photo… C’est le cadeau permanent.

…dans les couloirs du FIFO : Bella
Même s’il faut tenir compte des fluctuations de rendez-vous, des contraintes de disponibilités du jury, des réalisateurs, des président et directeur ou d’une rare modification de programme au terminus du festival, le point-communication est performant ; se mettant en quatre pour satisfaire nos velléités de journaliste.

Les abords du chapiteau de conférence constitue l’un des pôles de rencontres, qu’elles soient officielles ou non. Il est central, adossé à la Maison de la culture ou Te fare tauhiti nui et séparé du podium, des stands sous tente et autres spots médiatiques, par le « paepae  Henri Hiro » : petite esplanade sous banians, propice à la pause et rythmée par des quartets kaina.

Un cinéma dont l’histoire est à écrire…
Mitoyenne d’étals artisanaux au calme laborieux, des « Ateliers » de pitch, de  tournage, de montage, de scénario, elle mène aux deux salles de projection. Et si à l’édition-librairie « Au vent des îles », ne figure aucun volume sur l’histoire du cinéma océanien, ni polynésien, ni tahitien… l’éclairage est donné sur « l’aborigène »…

Un public en constant débat
Autochtones, insulaires, Océaniens, installés dans le Pacifique depuis plus de 35 000 ans, appartenance territoriale, colonisation, indépendance, mutation et hiatus entre communautarisme et modernisme, telle se perçoit de façon globale la thématique qui alimentera la plupart des débats entre public et réalisateurs. Car la méconnaissance est grande entre le continent insulaire et le reste du monde.

Les débats en salle révèlent parfois que le public attend des réalisateurs qu’ils résolvent la vraie question posée par leur film ! Exigeant avec ça ! Et parfois aussi qu’ils se positionnent davantage, voire qu’ils prédisent l’avenir ! Ceci étant dit pour l’anecdote, le dialogue prouve aussi la curiosité insatiable du spectateur et son réel intérêt pour les constats  sociétaux de fond. De notre côté, nous avons prospecté hors micros, les avis croisés d’un public international ou local. Avec ou sans photos, car les spectateurs tiennent parfois à garder l’anonymat, je vous livre leurs propos, librement glanés entre deux séances :

Un public qui débat
« Les films documentaires de cette session proposent une véritable immersion culturelle : il te permettent de déconstruire tes approches venues d’ailleurs et d’intégrer avec davantage de finesse la mentalité que tu côtoies tous les jours. Au bout du compte, tu as changé ! La métamorphose est définitive, parce c’est par le ressenti que la pensée, l’enseignement océaniens te sont parvenus. Et là ! La force des témoignages a été puissante : bravo !»

« Le FIFO est l’occasion de se remplir les yeux et la tête. Depuis sa création, je n’ai manqué aucune session. Avant, je me prenais une semaine de congés, maintenant je suis à la retraite. Et à chaque fois, je trouve que la qualité est meilleure d’une année sur l’autre. »

« Ce qui m’interroge, c’est l’absence de réalisateurs autochtones et de productions totalement locales tahitiennes… Pas de nouveaux noms ! Les anciens, les mêmes…» « Bien sûr, nous savons que la médiatisation doit s’assurer de fortes structures internationales, mais… »


Points de vue et apartés…
«  Dans "La Compagnie des Archipels", nous ne contestons pas le rôle de la gendarmerie : son rôle social, son travail de médiateur entre la pénalisation et la loi ; pas plus que le fait qu’il soit axé sur la délinquance : nos travers sont là. Mais nous nous sentons "transparents en tant que Polynésiens" derrière la mission qu’ils mènent. » ; « Les voix paumotu ne s’entendent que pour servir d’écho. Le dialogue n’est pas vraiment établi, il est circonstancié. » ;  « La vision est édulcorée. La réalité est plus hard » ; « Le point de vue est métropolitain et il ne s’oppose en rien à un autre avis : le nôtre. » me confie un groupe d’étudiants.

Le Documentaire Océanien  peut-il être porté exclusivement par les natifs ou  se partager avec des réalisateurs ou des productions étrangères ? Telle est la question qui revient souvent.

Passagère du rêve polynésien !
De tous les festivals du monde que j’ai pu fréquenter sur trois autres continents (Afrique, Amérique, Europe), il est indéniable, culturellement d’abord et professionnellement ensuite, que l’accueil polynésien est à nul autre pareil. Tous les services vous traitent au Monoï !

L’ambiance, toujours…
Alors, c’est quoi le FIFO ?  Des figures entre anonymat et légende captés sur  écrans, des mondes burinés dans la pierre, dans les gestes,  graffés dans la peau, l’effort, la sueur, les corps décharnés, dans le rythme lent de la parole et de l’accomplissement.  Un  bain culturel océanien, un panorama extrêmement vivant avec ses facettes innombrables : de l’origine du temps océanien, des temps préhistoriques, des temps de tous les possibles au resserrement de l’histoire, du temps qui achoppe avec l’Occident et des temps qui s’emballent et défigurent l’horizon.

L’image y est fréquemment soignée, souvent peaufinée, pour la plupart des réalisateurs qui ne lésinent pas sur l’approfondissement de leur sujet. Elle atteint une personnalisation, peut-être assez inattendue dans le domaine du documentaire. On ne sait plus ce qui les rend si colossales, si riches d’émotion : la focalisation de l’objectif, la densité  du propos, l’intensité humaine de cultures aussi diverses ? 

Est-ce la démesure de ce continent, isolé par tant de masses marines, qui imprègne les réalisateurs de ses tsunamis visuels ?  Et qui nous le rende si proche, intime même !

Banians, paepae et ukulele
Dépaysée ? non !  "Océanisée", oui !  Sur ce Continent dont on ne comptabilise que les surfaces émergées. Où les terres s’éparpillent dans le lit d’un Pacifique Sud étiré sur près d’une centaine de millions de km2.  J’ai inversé mes balises. La rumeur de l’image, la vérité de l’humain.


Un article de  Monak

NB - Paris après les îles, le FIFO continue son périple…
Voir aussi sur le blog :

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