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mercredi 20 février 2013

Le FIFO 2013



Quoi de neuf sur nos écrans ?

 

Du 11 au 17 février 2013, Tahiti a vécu au rythme de la 10ème édition du Festival International du Film documentaire Océanien. Un événement majeur de la vie culturelle du fenua.

Le FIFO 2013, ce sont quinze films en compétitions, dix-neuf hors compétitions, des ateliers, des rencontres, des forums, un colloque, des formations, une soirée spéciale dédiée au Festival du Film Romantique de Cabourg, une Nuit du Court Métrage Océanien, et même une avant première mondiale….

Le FIFO 2013 : un festival à maturité ?
Si l’on n’a aucun doute quant au succès populaire (grandissant d’année en année) de la manifestation, l’enjeu, pour les organisateurs, est de susciter un véritable intérêt de la jeunesse polynésienne. Pour ce faire, bien des choses sont mises en place. Ce pari là semble être gagné.

Tout savoir sur le FIFO 2013
Pour cette dixième édition, la manifestation bénéficie d’un soutien sans faille de tous les médias polynésiens, qu’ils soient presse écrite, audio-visuel ou numérique. Et l’on ne peut que s’en féliciter. Même si l’on apprécierait un minimum d’objectivité et de sens critique...

Il est intéressant (et réjouissant) de noter que l’audience du festival dépasse maintenant largement les frontières des 118 îles polynésiennes. Ainsi, de plus en plus de grands médias internationaux s’en font l’écho et le relaient. Par exemple, l’hebdomadaire Télérama lui consacre un long article et, surtout, dans sa version en ligne y a même ajouté la possibilité de visionner quatre des films primés en 2012.

Incontournable : le site officiel du FIFO 2013
Très complet et tenu à jour de bien meilleure façon que les années précédentes, le site officiel du FIFO quant à lui relaie toutes les informations utiles et indispensables pour celles et ceux qui souhaitent ne rien omettre de la manifestation.

2013 : une édition bien lisse

            Contrairement aux années précédentes, la sélection officielle de ce 10ème FIFO ne propose aucun film au contenu vraiment novateur ou provocateur. Hormis peut-être le film australien « Coniston » et le français « Les forçats du Pacifique ».

 


Les fims de la sélectionn officielle du FIFO 2013

            L’autre aspect un peu inquiétant de cette sélection est la présence plus que symbolique des petits états insulaires du Pacifique. En effet, s’il est logique que l’Australie (grande nation du cinéma mondial) et la Nouvelle-Zélande soient fortement représentées (huit films sélectionnés à elles deux), la Polynésie voit deux de ses productions en compétition. Le reste est réparti comme suit : un film pour la Papouasie-Nouvelle Guinée et quatre pour… la France !

En hommage à la merveilleuse et inoxydable Michèle de Chazeaux
            Ce constat oblige à se poser plusieurs questions. La première a déjà été soulevée, en d'autres termes, dans la presse quotidienne polynésienne par Chantal Spitz : Pourquoi faut-il que ce soient des métropolitains, ou des étrangers, qui parlent de nous ? Nous serions donc incapables de le faire par nous-même ?

            La deuxième question posée avec inquiétude étant : pourquoi aucun autre état insulaire du Pacifique n’a-t-il été sélectionné ? De l’aveu même du comité de sélection, ce ne sont pourtant pas les films candidats qui ont manqué…

Quand bien même, à cause d’un manque de moyens techniques et financiers évident, la qualité du produit fini aurait du mal à rivaliser avec les très gros budgets des productions australiennes ou françaises, c’est le cinéma du Pacifique que le public veut voir, pas un cinéma parlant du Pacifique du point de vue des autres : ceux venus d’ailleurs pour le temps d’un tournage.

Un palmarès bien lisse
            Sans aucune surprise, et sans prendre aucun risque, le Grand Prix du Jury 2013 est allé à un énième film traitant du sempiternel et récurrent sujet du nucléaire français en Polynésie : « Aux enfants de la bombe ».


Aux enfants de la bombe : Grand prix du jury 2013
            Si les images inédites de ce film sont passionnantes, justement car inédites, le film lui ne nous apprend ni ne nous apporte rien de nouveau. D’autant que le traitement du sujet est pour le moins conventionnel et sans surprise. Vous l’aurez compris, à nos yeux, cette récompense est tout sauf méritée.

            Avec le premier « Prix spécial du jury » octroyé au film papou « Canning Paradise », l’honneur du palmarès officiel est sauf.


Canning Paradise : 1er Prix Spécial du Jury
            Il y a là un vrai sujet original, et il est traité par les premiers concernés : les Papous. Même si l’on peut regretter que souvent les choses ne soient qu’effleurées, il n’en reste pas moins que les vraies questions sont posées. Et puis, l’ensemble n’est pas dénué d’émotions vraies, sans oublier quelques magnifiques séquences.

            Les deux autres prix spéciaux du jury ont été attribués au même producteur Néo-Zélandais… ce qui montre bien que le travail de sélection a dangereusement manqué d’ouverture et de diversité…


Allan Baldwin in frame, 2ème prix spécial du jury
            Si les photos sont fort belles, « Allan Baldwin in frame » ne méritait certes pas, à notre sens, de se trouver propulsé en aussi bonne place. Nous sommes loin ici du cinéma, quand bien même il serait documentaire…

            « The road to the globe » propose un sujet bien plus en adéquation avec notre conception du film documentaire.


The road to the globe, 3ème prix spécial du jury
            Ce film laisse toutefois un petit arrière goût amer sur nos théâtreuses papilles. En effet, nous aurions aimé au moins un petit questionnement à propos de l’existence (ou de la non existence) d’un théâtre océanien vivant…

            Heureusement, le public était là pour sauver ce palmarès, même si « Scarlet road » nous laisse un peu perplexe…


Scarlet road : grand prix du public 2013
            Avec ce film, nous pénétrons un univers parallèle honteusement dissimulé par nos sociétés bien pensantes et, pour le moins, aussi mal à l’aise avec le handicap qu’avec la sexualité. Et même si l’on peut reprocher à la réalisatrice un certain angélisme dans son traitement du sujet, on y apprend beaucoup de choses passionnantes. Par exemple que l’un des lands australiens est l’un des très rares endroits du monde où la prostitution est légalement considérée comme une profession tout a fait normale et respectable. De là à présenter l’activité de notre travailleuse du sexe quasiment comme un sacerdoce et une œuvre de bienfaisance sans aucun aspect négatif…

Notre grand prix à nous…
            Parmi les films sélectionnés qui n’ont retenu l’attention ni du public, ni du jury, il en est un qui nous a passionné : « Les forçats du Pacifique ».


Les forçats du Pacifique : aucune récompense et pourtant…
            Saviez-vous que parmi les bagnards qui ont fondé la colonie calédonienne, il y avait un certain nombre d’Algériens ? Que ces Algériens (ceux qui survécurent, du moins) ont eu des descendants ? Et que ces descendants forment une communauté très particulière au sein du melting pot qu'est la population calédonienne contemporaine ? Ils portent des noms arabes et pourtant ne savent absolument rien du pays et de la culture dont ils sont issus. Pourtant, ils subissent deux formes  d’ostracisme : l’un parce qu'ils portent un nom arabe, l’autre parce qu’ils sont descendants de forçats.

            C’est de cela que parle ce film étonnant et poignant construit à partir d’images d’archives et de témoignages de ces « arabo-calédoniens ». Et il en parle remarquablement bien.

En attendant le FIFO 2014
            Comme vous l’aurez compris, cette dixième édition nous a un peu laissé sur notre faim. Il n’en reste pas moins que nous l’avons vécue comme une bouffée d’oxygène dans l’indigence culturelle générale qui est celle de la Polynésie française le reste de l’année.

Creg Germain, président du Jury, en direct à la radio
            Nous attendons donc le 11ème opus du Festival International du Film Océanien avec impatience. Avec un souhait en direction des techniciens de l’organisation : serait-il possible de rendre leurs voix réelles à tous les acteurs des films que nous regardons en supprimant ces insupportables basses qui, si elles sont parfois les bienvenues dans une boite de nuit, dénaturent complètement le travail des cinéastes et rendent fort désagréables le séjour des spectateurs durant les projections dans les salles obscures…

            A l’année prochaine, donc…


Un article de Julien Gué

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