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lundi 7 octobre 2013

Tahiti et les livres


Naissance de la littérature polynésienne

En cinq décennies, l'écrit a pris place dans la société polynésienne. En ce début de troisième millénaire est née une littérature spécifiquement insulaire.

C’est pour des raisons climatiques et environnementales que les Polynésiens n’ont pu développer d’écriture. En Polynésie française, aucun végétal ne permet la fabrication d’un papier qui survive à l’extrême humidité du climat, et la roche volcanique, trop tendre, ne résiste pas à l’érosion.

Premiers écrits sur la Polynésie

Jusqu’à la fin des années 1960, la « littérature polynésienne », de Bougainville à Bernard Moitessier, se compose presque exclusivement d’écrits des voyageurs, de scientifiques et de missionnaires.

Historiquement, le livre le plus ancien portant la signature d’un Polynésien est la traduction de la Bible en reo Tahiti* (1838) par le missionnaire Britannique Henry Nott et Tuahine, originaire lui de Raiatea.

Ernest Albert Teriinavahoroa Salmon
A notre connaissance, la toute première œuvre due à la plume d’un Polynésien est « L’île parfumée », le recueil de poèmes d’Ernest Albert Teriinavahoroa Salmon dont le manuscrit a été découvert tout récemment chez un bouquiniste parisien et publié en 2013 par la revue littéraire polynésienne Littérama’ohi.

1962 : l’installation du Centre d’essais du Pacifique provoque un courant d’intérêt qui va se traduire par une augmentation sensible des publications parlant de la Polynésie, mais rigoureusement rien d’écrit par des Polynésiens…

Sous les pavés : la plage !

1968 : reviennent au fenua** de jeunes gens ayant terminé leurs études en France et s’étant imprégnés de l’ambiance d’un célèbre mois de mai… Ils ramènent dans leurs bagages une énergie folle et des idées qui vont changer la société polynésienne.

C’est dans cette effervescence que sont publiés les premiers auteurs locaux. Il s’agit de poèmes. Si Henri Hiro (dans toutes les mémoires polynésiennes) est considéré comme un précurseur et une référence, les deux premiers Polynésiens à avoir été édités ont été oubliés. Ils s’appelaient Charles Manu-Tahi et René Shan Sei Fan. Leurs œuvres poétiques, publiées dans les années soixante, sont hélas aujourd’hui introuvables.

Henri Hiro : le poète guerrier polynésien
Henri Hiro est incontestablement l’un des principaux moteurs de l’appropriation de l’écrit par les Polynésiens. Il répétait avec obstination : « Que tu le fasses en tahitien, en Marquisien, en Paumotu*** ou en Chinois n’a pas d’importance. Ce qui compte, c’est que tu écrives avec tes mots ce que tu as à dire. »

Mais la première œuvre littéraire de fiction signée par un auteur polynésien n’est publiée qu’au début des années 1980. Il s’agit du recueil de nouvelles Vai de Rai Chaze.

Les années charnières

Les années 1980 érigent deux pans fondamentaux de l’univers littéraire polynésien. D’abord, la naissance de maisons d’éditions locales qui vont s’attacher à publier des œuvres écrites en Polynésie pour un public polynésien. Les deux principales ayant survécu sont : Au Vent des Îles et la maison Haere Po.

Au cours de cette période, bien rares sont les ouvrages portant une signature polynésienne. Cependant, quelques auteurs autochtones commencent à montrer le bout de leur plume.

Jean-Marc Pambrun : l’écriturien
Ce n’est que dans la deuxième moitié des années 1990 que paraissent des ouvrages importants signés par des auteurs locaux. Celui qui fait le plus parler de lui est L’île des rêves écrasés de Chantal Spitz, une œuvre de fiction fortement autobiographique et porteuse d’un discours identitaire revendicatif très puissant. Le lyrisme violent et langoureux de cette écriture surprenante, pour ne pas dire dérangeante, annonce quelque chose d’essentiel qui ne laisse personne indifférent.

Dans le même temps, des auteurs importants et prolifiques, tel Jean-Marc Pambrun, sont obligés de publier leurs œuvres à compte d’auteur.

L’avènement du troisième millénaire

Les années 2000 voient l’avènement d’une littérature spécifiquement polynésienne. Plusieurs événements majeurs se produisent, mettant en avant la richesse du potentiel littéraire polynésien.

2001 : sous l’impulsion d’éditeurs polynésiens menés par Christian Robert naît le premier salon du livre « Lire en Polynésie ».

Le vingtième opus de la revue Littérama’ohi
Dans la foulée de ce salon, en 2002, un collectif d’écrivains locaux crée une revue littéraire semestrielle consacrée aux auteurs polynésiens afin qu’ils trouvent un espace de parole et qu’ils soient enfin publiés : la revue Litterama’ohi qui en est aujourd’hui à son vingtième numéro. Sans parler des hors-séries comme l’ouvrage déjà cité d’Ernest Salmon.

2003 : les Éditions Haere Po publient le premier roman d’une jeune Tahitienne, Titaua Peu. Le grand petit livre, Mutismesva marquer profondément les esprits, au point qu’il sera réédité trois fois en un an ! C’est le premier roman de totale fiction publié par un écrivain polynésien.

Un salon de lecture à la maison de la culture Te Fare Tauhiti Nui
Dès lors, la machine s’emballe. Les Polynésiens n’ont plus honte de leurs mots, et les manuscrits sortent des tiroirs.

2007 : paraît le fantastique roman de Moetai Brotherson, Le roi absent. Avec lui, la fiction polynésienne acquiert ses lettres de noblesses et s’ouvre les portes de l’exportation.

Ce panorama ne serait pas complet sans citer la magnifique pièce de théâtre de Jean-Marc Pambrun, Les parfums du silence, primée au Salon du livre insulaire d’Ouessant, ni sans les pièces écrites en reo Tahiti et en français par Valérie Gobrait.

De jeunes acteurs polynésiens au service de la littérature
Pleine de richesses et de promesses, la littérature polynésienne est la plus merveilleuse des fenêtres pour découvrir la Polynésie française.

Un article de  Julien Gué


Glossaire :
* Reo Tahiti : langue tahitienne
** Fenua : le pays, la terre (au sens de patrie et mère nourricière)
*** Paumotu : adjectif, originaire de l’archipel des Tuamotu



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