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samedi 12 octobre 2013

Bourguiba face à De Gaulle


L’évacuation de Bizerte

La fête nationale de l’Evacuation, instaurée dès le départ des troupes françaises, le 15 octobre 1963, signait l’affranchissement total du territoire des résidus de sa période coloniale. Même si la Tunisie était indépendante depuis 1956, même s’il s’agissait d’un protectorat…

…Habib Bourguiba avait dû batailler diplomatiquement pendant toutes ces années contre la surdité de la France. Et ce n’est qu’après cette « Bataille de Bizerte », entamée depuis le  19 juillet 1961, et à l’issue de deux années explosives que s’achève ce qui sera nommé « crise de Bizerte ».


Les dessous de l’affaire, à écouter absolument  
Curieusement, la commémoration ayant disparu du calendrier du successeur de Bourguiba, sa réinstauration survient suite à la révolution tunisienne de 2011 qui a démis la précédente dictature. Après quelques vingt-trois ans d’abrogation par Ben Ali, elle réapparaît sous le terme de remémoration de L’Evacuation.

Une restauration cahotante
D’abord, la restauration de l’anniversaire passe inaperçu dans le contexte de l’automne 2011 en Tunisie. A huit jours des élections présidentielles, les festivités des 15-16 octobre à Bizerte passent à l’arrière-plan de l’actualité.

La préoccupation essentielle de la Tunisie se situant d’une part au niveau des acquis politiques, il lui fallait réaliser impérativement l’alliance des partis et pôles égalitaires sous le même «Front Démocratique».   

Le départ des soldats français
Dans le même laps de temps et dans l’urgence, la Tunisie a dû faire face aux dérives sectaires des islamistes. Le 15 octobre la critique des médias et des blogueurs contre le salafisme occupait le Web ; le 16, la manifestation unanime -appelée « Lâche-moi »– ciblant la «dictature intégriste» et prônant les libertés d’opinion, d’expression et de croyance, a mobilisé tout le territoire tunisien.

La Bizerte oubliée
Ce n’est pas la première fois que l’événement daté du siècle dernier est passé aux oubliettes des épisodes douloureux, quels que soient les maîtres, officieux ou officiels, du moment. « Bizerte était selon le terme de Bourguiba : la dernière séquelle de l'ère coloniale » (Ridha Kéfi, « Les Tunisiens récupèrent Bizerte », Jeune Afrique, 13 octobre 2003 [archive])

En effet, à l’indépendance de la Tunisie (1956), restent encore deux zones occupées par la France : la frontière sud-ouest algérienne et la base navale de Bizerte. Elles sont cependant revendiquées très ouvertement et légitimement par le Président Bourguiba.

Un conflit militaire
Dans le contexte de la guerre d’Algérie, au lendemain du bombardement du village tunisien de Sakiet Sidi Youssef (1958), la France est obligée par le conseil de sécurité de l’ONU de retirer ses troupes du sud de la Tunisie. Les négociations successives échouent entre  Paris et Tunis à propos de Bizerte.

Sans issue, elles débouchent, trois ans plus tard, sur une véritable crise. Elle est occasionnée par le démarrage d’un chantier français d’agrandissement  de l’aérodrome (été 1961), sur le site même de Bizerte. De diplomatique, le conflit devient belliqueux jusqu’au cessez-le-feu du 23 juillet.

Deux années de « crise » et l’Evacuation
Malgré la condamnation par l’Assemblée générale des Nations Unies, la France fera traîner jusqu’au 15 octobre 1963. Le bilan des victimes oscille suivant les estimations (entre morts et disparus, l’écart est de 630 à 5000).

Sur le terrain 
L’Evacuation est fêtée immédiatement par la population  tunisienne à 15 heures, au moment où le dernier soldat français embarque.

Vingt-quatre ans de commémoration de l’Evacuation sous le leader de l’Indépendance tunisienne, Bourguiba : de 1963 à 1987.

En effet, l’affrontement entre les deux pays avait été vécu comme un duel personnel, ponctué de défis, entre les deux figures de proue exceptionnelles que sont De Gaulle et Bourguiba.

Un anniversaire  gommé  discrètement
Contrairement à son prédécesseur et unique président depuis l’Indépendance, le dictateur Ben Ali semble s’être commis d’un acte d’allégeance vis-à-vis de la France en supprimant une fête nationale.

Bizerte sous pression 
Vingt-trois ans de silence pour un anniversaire disparu (1987-2011).

Pas d’arrêté, pas de déclaration : la fête nationale s’éteint tout doucement, grâce aux rouages bien graissés du parti unique Tunisien. Sinon que les événements resurgissent en 2010, dans le film d’Abdellatif Ben Ammar : Les Palmiers Blessés (co-production algéro-tunisienne). Les Tunisiens n’ont pas oublié.

Une « remémoration »
La révolution tunisienne de janvier, procède très vite à la  « réinstauration » de la fête nationale de l’Evacuation, par un décret-loi du  26 mars 2011.

Bizerte reconquise
Le 15 octobre 2011 est donc « férié pour les agents de l’État, des collectivités locales et des établissements publics à caractère administratif », ainsi que l’a paraphé le Président de la République par intérim.

La population de Bizerte, les jeunes en tête, reprenant en l’adaptant à la prononciation actuelle l’antique nom de la cité romaine (Hippo Diaritus devenu Hippo Dirutus pour les organisateurs du réseau facebook), prépare et organise les festivités du 48ème anniversaire de la Fête de l’Evacuation.

Deux jours de « remémoration » avec, comme il est dit sur le programme : conférences d’universitaires, ventes de livres et, le long des remparts de la médina, expositions de photos et de documents relatant la bataille de 61, ateliers pour enfants, concerts, hommages aux familles des martyrs de Bizerte. Au niveau du gouvernement provisoire, rien.

Oppression et anniversaire en sourdine
Au niveau de la population : la prise de conscience de la majorité, à la veille des élections, la  pousse à organiser des manifestations monstres sous le signe de ralliement de la démocratie et de l’égalité menacées par le totalitarisme religieux. Les citoyens font donc passer Bizerte au second rang.


Une page d’histoire en vidéo
La lutte contre « l’extrémisme, la pensée unique, etc. » a rassemblé des citoyens de tous milieux et surtout de tous âges. Comme pour démontrer que l’histoire s’édifie au présent et pas seulement au passé.

La Marche pro Libertaire Lâche-moi (Aâtaqni), suivie par un nombre imposant de participants dans les différentes grandes villes de Tunisie, refuse la violence perpétrée par les intégristes à propos de la diffusion du film de Marjane Satrapi (Persépolis). Elle aboutit encore une fois à la Place des Droits de l’Homme. Une continuité dans l’histoire de la Tunisie, contre toute forme d’oppression militaire, religieuse ou politique.

Sous le ciel de Bizerte
Toujours pour une question de politique, la remémoration de 2013 s’annonce comme un conflit où l’enjeu est la récupération des événements autant que des électeurs potentiels… en cette période où le provisoire (de la Constituante) n’est toujours pas réglé.


Pour garder espoir et nous conforter dans l'idée que les mentalités peuvent évoluer, saluons au passage, le succès de la "marche des Beurs" qui a mobilisé la France le 15 octobre 1983.



Un article de  Monak

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