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jeudi 1 mars 2012

Mangareva aux Gambier


Berceau de
l’évangélisation polynésienne

Les conséquences de l'évangélisation des îles Gambier ne furent pas toutes bénéfiques. Les faits, hélas, contredisent trop souvent l'histoire officielle de l'Église.
 
     C’est en 1834 qu’est fondée, aux îles Gambier, la première mission catholique du Pacifique Sud par les pères Honoré Laval et François d'Assise Caret, accompagnés du frère Colomban Murphy.

L'imposante cathédrale Saint Michel avant sa restauration
Ils construisent la première église de tout le Pacifique Sud sur l’île d'Akamaru : elle est en branchages…

En 1836 arrive le frère Soulié qui entreprendra un extraordinaire travail de bâtisseur, comme reconstruire en dur l’église Notre-Dame-de-la-Paix d’Akamaru.

Le très controversé Père Honoré Laval

Si l’on se réfère aux textes officiels, et notamment ceux de la Congrégation des Sacrés-Cœurs (les frères de Picpus), le père Laval a sauvé le peuple mangarévien de l’ignorance et de la barbarie. Voici ce qu’écrivit Laval lui-même à leur propos :

« Nos insulaires se levaient autrefois vers trois heures du matin ; ils mangeaient, se promenaient au frais jusqu'à onze heures et se remettaient à dormir jusqu'à quatre heures du soir ; ils se levaient alors pour dîner et passaient la soirée à courir çà et là, jusqu'à minuit, pourvu que le clair de Lune succédât immédiatement au jour. Lorsque cela n'avait pas lieu, ils dormaient de nouveau, après avoir dîné, jusqu'au lever de la lune (…). C'était une vie purement animale. Aujourd'hui, ils se lèvent au point du jour, récitent leurs prières, prennent leur popoï, assistent à la messe et à l'instruction, et se mettent au travail. »

Le très controversé père Honoré Laval
S’ils vivaient réellement ainsi, on est en droit de se demander qui s’occupait de chasser, de pêcher, de cultiver fruits et légumes, qui préparait les repas et construisait les "fare", qui construisait les "marae" ?...

Après un séjour à Tahiti puis au Tuamotu, le père Honoré Laval préside à la destinée de l’archipel des Gambier et de sa population de 1855 (date du départ du père Liausu) jusqu’au 4 avril 1871.

A cette date, il est rappelé d’autorité par sa hiérarchie de Tahiti. De nombreuses plaintes s’expriment à son encontre et les faits ne plaident guère en sa faveur : il ne reviendra jamais aux Gambier.

 

L'agonie du peuple mangarévien

A l’arrivée du trio de missionnaires le 7 août 1834, la population de l’archipel est estimée à environ 5 000 âmes. Au départ du père Laval (1871) elle est à peine supérieure à 500 individus et continue de chuter, puisqu’en 1887 il ne reste plus que 463 Mangaréviens.
En 1956, ils sont à peine 580. Et ce chiffre diminue encore puisque l’on n’en dénombre plus que 560 en 1983.

Fermes perlières à Mangareva
C’est l’explosion de la perliculture qui va sauver l’archipel : le recensement d'août 2007 fait état de 1 337 habitants (source : Institut de la statistique de la Polynésie française).
Les raisons de cet effondrement de la densité de population sont multiples. Les Mangaréviens tombent comme des mouches : tuberculose, maladies infantiles, épidémies à répétition, mais aussi dépérissement moral.

Il faut également tenir compte des actes de pirateries et des rapts de jeunes gens destinés au marché de l’esclavage.

Les ruines du collège Re’e de Aukena
Certains historiens pensent que beaucoup sont morts de désespoir.

En effet, la principale raison de cette dramatique baisse démographique semble bien être la méthode évangélisatrice du père Laval, qui pourrait avoir provoqué l’exode des Mangaréviens refusant la vie que les missionnaires catholiques leur imposaient par la force, et tout particulièrement le père Laval. Certains témoignages parlent même de châtiments corporels infligés en public dans l’église.

L'une des tours de guet des missionnaires
Voici ce que l’on peut lire dans le «Rapport du commissaire impérial La Roncière», cité par Philippe Mazelier dans le tome III de son incontournable «Mémorial Polynésien» :

          « …Ces missionnaires sont des commerçants… ça ne peut être au nom de la civilisation que l’on flagelle les hommes, qu’on rase la tête des femmes, etc. » Plus loin, citant nommément Laval : « Il est pour les moyens violents, les flagellations infligées le prouvent. Un jour, en pleine église, vêtu de ses habits sacerdotaux, il a donné un soufflet à un jeune homme au motif qu’il l’avait vu sourire… »

Les jeunes cherchent par tous les moyens à quitter l'atoll de Mangareva devenu un enfer pour eux. Ils embarquent à n’importe quelles conditions sur n’importe quel navire, fusse-t-il négrier. Ils volent toute embarcation non surveillée, de la pirogue à la chaloupe pour fuir les règles d’une foi qui les opprime, pour fuir les mauvais traitements infligés par Honoré Laval.

 

Les vestiges de l’évangélisation

De ce passé douloureux, il reste que les Gambier sont les seules îles de Polynésie où subsistent des vestiges architecturaux.

               Les Gambier, un archipel pas comme les autres

           Mais ils sont exclusivement ceux des œuvres des missionnaires. En effet, pour être sûr d’éradiquer les anciennes croyances, les églises et chapelles furent construites par-dessus les marae, et avec les pierres de ceux-ci.

Aujourd’hui, Il ne reste donc quasiment rien de ce qui précéda l’évangélisation de l’archipel des Gambier.

Un article de Julien Gué


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