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samedi 17 mars 2012

Noureddine Ouerghi

Un Tunisien « La Plume au clair »

Son sabre langagier, il y a beau temps que Noureddine Ouerghi l’a tiré du fourreau pour le brandir sur les scènes du Nord-Ouest, et de la capitale tunisienne, ensuite.

Ses traits de plume, il les décoche depuis toujours : sur papier, sur le web, au creux des foyers, sur la glèbe du Théâtre de la Terre, aux cafés des petits matins et des fêtes nocturnes.

Noureddine Ouerghi : un verbe haut d’empathie
Ainsi écrit-il le 1er mars 2012 :
La plus honnête des putes!!

" S'il n'en reste qu'un
Je serais celui-là " !!
La plume au clair (…)
Fils de putes !!
Comme ils disent
Oui, nous le sommes
Apollon, fier, le phallus en l’air
Adore nos mères (…)
Vagues déferlantes
Farouches Berbères !!

Tango , hymne de la terre ..
Fils de putes!!
Comme ils disent
Oui , nous le sommes
Apollon, fier , le phallus en l'air
Adore nos mères
Tango , hymne de la terre ..
Fils de putes!!
Comme ils disent
Oui , nous le sommes
Apollon, fier , le phallus en l'air
Adore nos mères
Tango , hymne de la terre ..
Fils de putes!!
Comme ils disent
Oui , nous le sommes
Apollon, fier , le phallus en l'air
Adore nos mères
Le couteau est tiré car la guerre est déclarée entre les rouleaux compresseurs de la guerre sainte et les artistes tunisiens. Sous couvert de bonne morale orthodoxe et surannée, a contrario de la culture tunisienne, les envahisseurs de l’automne tunisien insultent femmes et mères, approuvés par les majoritaires (bien relatifs !) de la Constituante actuelle.

Théâtreux : les rebelles de la faim
Mais elle est plus ancienne sa lutte pour la survie de ses frères en guenilles. De bric et de broc, à l’instar des populations excentrées de cette région frontalière du Nord-Ouest de la Tunisie, Noureddine et son théâtre contestent depuis qu’ils tentent d’exister.

Car, à l’Indépendance, la culture de création a été accaparée par les citadins. Parallèlement au phénomène d’exode rural, l’image du paysan est véhiculée par les medias, de façon caricaturale.

Pourtant au Kef, comme à Jendouba, un foyer théâtral contestataire s’était mobilisé. La région l’a payé très cher sous les précédentes dictatures : quasiment occultée après des coups de semonce. Noureddine est de Jendouba, revendique son origine paysanne, et son théâtre ne se nourrit que des fruits des applaudissements, plus que d’un budget inconfortable.

Le théâtre : porte de tous les possibles
De ces montagnards berbères – véritables autochtones khroumirs -, endurants et tenaces, il ne lâche rien de leur pugnacité. Il voulait bâtir de tourbe, en Khroumirie, une « Cité Théâtrale », un lieu où le théâtre s’instaurerait dans les rues d’un village-décor… où l’artistique vivrait au rythme de la Terre.

L’idée d’une sorte de théâtre participatif où les rôles se distribueraient avec les habitants. Le projet a avorté dans les années 70, faute de subsides. Imaginez quelques trente-six ans plus tard, la verve enragée d’un « indigène » face à l’implantation - grassement payée -, dans la basilique historique du Kef, des tortionnaires salafistes (oct. 2011) !

Des Sans Théâtre Fixe aux endettés  de la culture
Et depuis cette date des élections d’octobre l’artiste, que la poésie et une formation de sociologue ont mené vers la dramaturgie, ne cesse de lancer ses déclarations d’amour : à l’humain, à la vie, au vin, à la Femme, à la Terre. Car ce terroir a toujours été imprégné d’Amour, pour s’être fondé sur le site de la ville numide Sicca (Le Kef), devenue Sicca Veneria (sous l’occupation romaine) : la ville de Vénus !

Et il clame son indignation et sa désillusion croissante :

Ils tenteront de la prostituer, la Révolution...
au nom de la prostitution sacrée...
Mais qu'est-ce que cet hymen,
qu'ils veulent sacraliser
tout en le déchirant ?
Elle s'est donnée, la Révolution
Elle s'est donnée à la Liberté
Est-ce une putain ?
Eux, ils le volent, ils le saccagent
Eux,  Ils la spolient de sa dignité
Ce sont sont eux qui l'ont vendue ...
Et ils veulent la traîner à leurs pieds (23 déc. 2011)

Musicalité de la scène et du verbe dans Rhapsodie des comédiens (2008)
Pas moins d’une quarantaine de pièces écrites, montées, et une bonne dose de projets avortés : elles portent sur scène le combat des insoumis, les résistances, le labeur qui paupérise. Le théâtre tunisien est majoritairement engagé, mais l’isolement de Noureddine l’a conduit, pendant près de trente ans, à un nomadisme souvent sans issue.

Ce n’est qu’en 2005, qu’il se pose à Tunis, dans un espace délabré. Il s’endette à l’aménager sous le nom de Théâtre d’Art Ben Abdallah.

La « décensure » à l’ère de la décadence
La récente révolution tunisienne a supprimé la Commission d’Orientation qui octroyait ou non le visa d’exploitation des productions théâtrales. Elle lui a donc accordé l’opportunité de re-présenter, en janvier dernier, Khira, pièce censurée précédemment parce que dédiée aux émeutes du pain de 1984.

« C’est l’écriture ardente de Nouredine Ouerghi, un travail d’orfèvre sur les mots qu’il martèle, scande, embrase, illumine, leur donne souffle et vie, les fait couler comme un torrent de lave ou comme un ruisseau béni. », commente Tounès THABET dans un article de presse.

Nahla, la relève dans : Khira (2012)
En cette période où le dogme prévaut sur la loi, où l’interdit condamne le droit de vivre, Noureddine se bat pour l’intégrité de la personne face à une décadence annoncée. Et même si le retour à la norme s’annonce difficile, se risque-t-il à lancer les « J’accuse ».

Ses poèmes ou manifestes poétiques ne cessent de réaffirmer le mode de vie à la tunisienne dont les obscurantistes cherchent à les dépouiller.

Sa page Facebook est devenue un cercle de poètes et d’opinion. Et les voix, de plus en plus nombreuses s’y font lire et déguster. La bataille de la plume ne semble pas totalement perdue, quoi qu’en disent les malveillants et tenants des médias.  
Une poétique bucolique
Presque tous les titres de ses pièces portent une empreinte agreste : Graines de Grenade, Sabots des Epis, Fleurs d’Eucalyptus. Il n’y aurait que les derniers qui soient marqués par les remous de la société tunisienne ; ils correspondent à sa période tunisoise : Dérision, Déflagrations.

Au panthéon du poète, avec le petit peuple de la paysannerie, la mère patrie - la terrienne Gaïa -, figurent ses égéries, Nejia – son actrice fétiche - et la relève avec Nahla. Cycle chatoyant coché d’un marque-page ; mais pour lors, sa loquacité se teinte de ténèbres mais aussi de proclamations intempestives sur la libre féminité.

Les dédales du Théâtre d’Art Ben Abdallah, Tunis
Ainsi les images de ses récents poèmes sont beaucoup plus sombres et évoquent l’agonie et la mort de la Terre : ténébreuse, aride, ridée, morbide, muette. Il brosse des paysages dantesques et livides, des panoramas démantelés : la neige frissonne, moisissure du soleil, Vénus frigide ; des disparitions irréversibles sous l’orage, la lave, les cataclysmes, etc.

Sa parole ne fait plus de concessions : à l’injure, à la violence déclarée des porteurs d’anathèmes, répond-il et témoigne-t-il de manière plus acerbe. Et réplique-t-il à la trivialité et à la cruauté, par la crudité et l’indécence :

TeXticules
Goutte à goutte
Les mots tombent
Paresseusement dans l'outre
Des palabres
Et remplissent les vessies
Des barbes fielleuses !!
Il pleut
Une pluie porcine
Le tonnerre mugit
Sous des hijabs pudibonds !!
L'arc tendu
Bande mou!!
La flèche brisée
Suinte de dépit !!

Nejia Ouerghi « Moi la femme Tunisienne » de Moncef Dhouib »

Cet article ne visant pas la rétrospective, mais la geste du poète-dramaturge en pleine actualité, nous nous en tiendrons à l’inspiration « enragée » - au sens révolutionnaire et de l’étymologie grecque du génie - de ses poèmes caustiques.


Un article de MonaK

3 commentaires :

  1. superbe article solide et solidaire de notre grand ami noureddine, bravo Monak et Julien.ridha boukhobza

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    Réponses
    1. Merci Ridha.
      Cet article a juste l'honêteté d'expliquer la situation politique actuelle que certains s'acharnent à "voiler" (dans tous les sens du terme).
      Aujourd'hui, à Tunis, sur environ un millier de personnes croisées : une seule portait la burqâ et n'est pas tunisienne.

      Il permet de mettre en exergue que Noureddine, artiste issu du milieu agricole, représente et est en adéquation avec la voix de ce petit peuple. D'autre part, qu'il existe en Tunisie un Théâtre populaire qui défend ce droit à la culture des plus pauvres.
      Enfin, il dénonce la manipulation à laquelle le pouvoir de l'argent (venu d'ailleurs) veut les soumettre. Il ne s'agit pas de convictions confessionnelles, l'enjeu est bien la déstabilisation du Maghreb et s'attaque au mode de vie spécifique d'un pays qui défend le statut d'Indépendance qu'il a obtenu après une trentaine d'années de luttes. Monak

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