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mercredi 21 décembre 2011

Les bûchers de Faaite… épilogue


La fin du cauchemar


A la fin du deuxième volet du témoignage de Monette Tetavahi, six personnes sont déjà mortes sur les bûchers de Faaite, il faut encore de longues heures avant que la gendarmerie ne sauve Monette et trois autres femmes.

Le livre de Bruno Fouchereau
Vers deux heures du matin, dans la nuit du 3 au 4 septembre 1987, Monette Tetavahi, de l’intérieur de son fare, entend les hurlements de Cyrenia Teata sur le bûcher, devant l’église de Faaite…

Elle est effrayée mais ne peut le montrer : elle doit rassurer ses quatre enfants terrorisés. Et son mari n’est pas là : il fait partie du groupe des illuminés

En attendant le matin du 4 septembre 1987


« (…) J’étais dans la maison avec mes enfants qui pleuraient. J’avais peur. Je ne savais pas comment faire pour les rassurer. J’entendais Cyrenia Teata qui hurlait parce qu’elle souffrait dans le feu, Un jeune la regardait en lui criant "Demande pardon à la vierge ! Demande pardon à Marie !"(…)

Douloureusement, Monette se souvient...
Je me demandais où était mon mari et ce qu’il faisait. Je savais qu’il était allé chercher tout le bois pour les feux. Que c’est lui qui avait amené ceux qu’on avait brûlés, et lui aussi qui avait aidé à construire les bûchers (…).

Comment il avait pu changer comme ça ? Il ne m’avait jamais battue, il n’avait même jamais crié sur moi. Et là, les rares moments où je le voyais, il était dur avec moi. Il ne faisait que me crier après pour que je prie encore, pour que je cesse de lui dire d’arrêter tout ça. Il m’a même frappée. Je n’ai presque pas dormi cette nuit là (…).

L’espoir déçu du passage de la goélette


Le matin, quand les gens ont commencé à se réveiller, ils ont vu l’horreur qui s’était passée pendant la nuit, mais ils n’ont pas compris. Ils avaient peur. Tout le monde avait peur. Alors il y en a qui ont voulu appeler les secours de la gendarmerie, et c’est seulement là qu’ils ont vu que la CB était cassée.

Heureusement, on savait que cette semaine là la goélette devait venir, alors certains sont allés au récif pour surveiller. Ce sont des enfants qui l’on entendue les premiers. Ils ont crié et on a fait des signes, mais ça n’a servi à rien.

Quelques notes de Monette à mon intention
Après on a su : les gens du bateau avaient seulement vu un énorme nuage de fumée noire, ils avaient essayé de nous contacter avec la CB et, comme nous ne répondions pas, ils ont averti les gendarmes en prévenant Mahina Radio (le poste centralisant tous les appels radio des bateaux dans la zone Polynésie française).

Ils voulaient entrer dans le lagon pour savoir ce qui se passait, mais ils ont dit qu’il y avait tellement de fumée qu’ils ne voyaient même pas la passe. Nous, on ne savait pas s’ils nous avaient vus. On a seulement entendu le bateau s’éloigner (…).

Le supplice de Monette Tetavahi


J’étais enfermée à la maison avec les enfants. J’avais peur. J’entendais les gens crier dehors, mais je n’osais pas sortir (…).

Après, ils sont venus nous chercher. On était quatre femmes, les quatre épouses des meurtriers. Ils nous ont emmenées sur la place, nous ont attachées et ils nous ont mises chacune au milieu d’une pile de pneus de Case (engins de chantier) pour qu’on ne puisse pas partir. Et là, ils nous ont arrosées d’essence.

Moi, ils m’avaient attachée avec mes quatre enfants serrés sur mon ventre. Ils étaient là, sur mon ventre et arrosés d’essence, comme moi. Tous les cinq ensemble.

C’est mon mari qui est venu nous chercher. C’est lui qui nous a attachés et qui nous a mis là. Il était très en colère et il disait que c’était de ma faute parce que je ne voulais pas adorer la Vierge Marie dans mes prières. Je ne reconnaissais pas mon époux (…).

Le mémorial à l'emplacement du bûcher de Faaite
Nous sommes restés comme ça presque deux heures, moi, mes enfants et les trois autres femmes, pleins d’essence et en plein soleil.

Juste quand ils allaient nous brûler, on a entendu l’hélicoptère (…).

Les miraculés des « Bûchers de Faaite »


L’hélicoptère, on l’a entendu longtemps avant qu’il atterrisse. Il ne pouvait pas se poser dans le village : il est allé de l’autre côté du motu (…).

De ce moment là, ils ne se sont plus occupés de nous. Il y en a un qui est allé chercher le Case. Il a commencé à creuser un grand trou juste en face de nous, de l’autre côté de la place. Les autres ont fait le tour pour récupérer les corps des six qui étaient morts, ils les ont mis dans le trou et ils ont remis la terre par-dessus (…).

C’est seulement là que les gendarmes sont arrivés sur la place de l’église, qu’ils les ont attrapés et puis emmenés. Et c’est après seulement qu’ils nous ont délivrés (…).

Plus tard, il y a un juge, ou je ne sais pas ce qu’il était, qui est venu me voir et qui m’a dit: « Il faudra avoir le courage de dire la vérité, même si c’est votre mari ». Mais jamais personne ne m’a interrogée.

La nouvelle église Sainte Marie-Madeleine de Faaite
Pourtant j’étais tout le temps là, mais on ne m’a jamais rien demandé. Ni les gendarmes pendant qu’ils faisaient l’enquête à Faaite, ni après pour le procès : ils ne m’ont pas demandé de venir parler au tribunal. Pourtant moi je voulais parler, dire ce que j’avais vécu.

Jusqu’à aujourd’hui, j’ai toujours voulu dire parce qu’il y a des choses fausses qui ont été racontées, et les vraies coupables on ne leur a rien demandé, et ça ce n’est pas juste.

Aujourd’hui, je vis heureuse ici, mais j’ai besoin de raconter tout ça pour que les gens connaissent la vérité sur ce qui s’est passé à Faaite.

Moi j’ai failli mourir là-bas."

Remerciements à Monette Tetavahi pour sa confiance et sa sincérité. Mais aussi pour avoir eu le courage de se replonger dans l’horreur de ses souvenirs afin que le plus grand nombre sache ce qui s’est passé à Faaite en ce mois de septembre 1987.



Un article de Julien Gué



7 commentaires :

  1. il est difficile de lire ce témoignage sans frisonner, sans être terrorisé et ému tour a tour.De prime abord un fait divers parmi d'autres..et puis chacun y rencontre ses propres peurs, ses questionnements sur la manipulation, les manipulations , politique, religieuse, émotionnelles et tant d'autres encore, terriblement d'actualité ce témoignage dérangent nos consciences. a l'heure ou chacun cultive la haine, la rancœur et le nombrilisme, une femme,Monette nous donne une formidable leçon d'espoir et d'amour.

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  2. Maururu Monette, tu as eu le courage d'en parler, de dire la vérité. C'est bien ça la justice!!!!Merci Julien pour ton soutien l'écoute apporter à Monette. Que Dieu vous bénisse.

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  3. Salut à tous, juste une précision concernant la situation de la maison de Monette TETAVAHI. Il me semble à ma connaissance que la maison ne se trouve pas du tout à l'endroit ou elle indiquait. A moins qu'elle parlait de la maison des parents de son ex mari, Léonard TUFAUNUI? Je serais curieux de savoir ce qu'elle dirait à cette question. Je ne remets pas en cause son vécu et même, je suis ravi d'en entendre parler, mais croyez moi, cette histoire est aussi mon histoire.

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    1. Il s'agit effectivement de la maison des parents de son ex mari. Je suis heureux de voir que vous avez lu cet article avec beaucoup d'attention et je vous remercie de votre intervention.

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    2. J'ai effectivement lu le livre " Les bûchers de FAAITE" plus d'une fois et votre article est très explicite, néanmoins, j'ai aussi vécu à FAAITE ou j'ai mené mon enquête de mon côté. L'histoire est en effet, très difficile à savoir. Etant donné que le sujet est: TABU. J'ai aussi une autre version de l'histoire.

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    3. Cher "anonyme",
      Je suis très touché de la lecture attentive que vous faites de mes articles ainsi que par vos commentaires.
      Sachez que je serais vraiment heureux que vous preniez contact avec moi afin que nous puissions échanger nos informations et avis sur cette affaire. N'hésitez donc pas à m'écrire par email : bahnhan@mail.pf

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    4. bonjour,

      effectivement on peut tomber des nues si l'on ne connaît pas certains ordres satanistes,
      vous en apprendrez beaucoup en lisant notamment le témoignage de "slavi" sur le site pédopolis (cherchez dans les pages MK à gauche sur la page d'accueil ou par "qui ose en parler" menu à gauche), il y est fait explicitement le lien entre les charismatiques et l'organisation qu'elle a réussi à fuir, ou mieux, lisez son livre (en anglais)

      mais attention vous risquer de décrocher du paradis ..

      anonyme 2

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