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vendredi 2 décembre 2011

Une capitale, un nom


Tunis, entre mer et désert


    Depuis la nuit des temps, les Tunisiens expérimentent l’imbrication des mondes… Et ils s’accommodent de cette confrontation incessante à d’autres cultures. Au paléolithique, leurs ancêtres préhistoriques franchissaient le détroit de Sicile à pied.

    C’est presque exclusivement dans la partie nord du pays que s’implantent les différentes cités souveraines qui assureront la notoriété de la Tunisie, c’est aussi là que s’effectuent les échanges. Une petite entorse avec cette ville centrale de Kairouan qui fut capitale pendant deux siècles, juste après la conquête arabe au 7ème siècle.

Terrasses nocturnes de la Medina de Tunis
Bab El Bahr : la porte de la Mer

   La  région, quelles que soient les variations de son étendue – de territoire nomade fluctuant à Empire circonscrivant la  Méditerranée -  reste résolument tournée vers la mer.

     La tribu autochtone numide des Maxitani va attribuer son nom originaire à la future capitale de la Tunisie. "Ténès" signifierait, en berbère, «campement de nuit», «bivouac» ou «halte». Elle n’est au début, qu’une simple étape avant de se voir annexée à Carthage, au cours du VIIIe  siècle av. J-C.

    La toponymie antique lui associerait différentes localités berbères aux noms similaires et disséminées sur les grandes voies de communication de l’Afrique romaine. Totalement détruite, comme Carthage, à l’issue de la 3ème guerre punique (146 av. J-C),  rebâtie sous l’Empire Romain d’Auguste, elle assura l’évêché de l’Eglise d’Afrique. Vandales, Byzance, le Patrice Grégoire, des périodes alternativement sereines puis troublées.

    Devenue 2nde ville de l’Ifriqiya à la conquête et sous l’instauration des califats aghlabides (VII-IXe siècle), le terme évoluera en arabe en "Tounes", -"Tounes el Khadhra – Tunis la Verte". 

Arcade arabe au Dar Ben Abdallah
    Avec les dynasties berbères des Almohades, elle passe au rang de capitale en 1160 et le reste sous l’hafside jusqu’en 1574. Une période d’incursions maritimes face aux croisades suivies de paix et de prospérité.

Tunis : un nom, des échos  

    Ouverte vers le port, à Bab El Bhar –Porte de la Mer-, la vieille médina s’entoure d’une enceinte, englobe les faubourgs de Bab Souiqa et Bab El Jazira et dote sa capitale de la Kasbah, le centre gouvernemental.

     La capitale, la tête dans les rivages italiens… excentrée vers le nord du pays, devient le premier centre commercial du Maghreb, va jusqu’à cosigner des traités de cohabitation confessionnelle avec la France entre autres (1270).

     En conséquence, objet de convoitise pour L’Espagne et la Turquie, soumise finalement par la «Sublime Porte» que chevauchera le protectorat français à partir de 1881, elle sera le théâtre de l’Occupation allemande (1942), puis de la libération britannique (1943).

Statue équestre du retour triomphal de Bourguiba le 1er juin 1955
    Le mouvement de libération nationale secoue la capitale entre guérilla, répression, émeutes, grèves, sabotage et exécutions, jusqu’au 20 mars 1956, jour de l’Indépendance (qui ne se résoudra vraiment qu’une dizaine d’années plus tard).
    
     C’est la grande avenue, avenue du « Leader » ou « Combattant Suprême » et  premier Président de la République, Habib Bourguiba, qui semble tirer un trait entre passé et futur, entre  vieille ville et modernité, entre ville médiévale et ouverture vers le lac qui conduit au port.

      Parmi les nombreuses personnalités artistiques ou renommées depuis l’Antiquité, rares sont les Tunisois. Aux deux extrémités de l’Avenue qui parcourt la ville moderne, deux figures se font face.

Tunis, des notoriétés

     Le sociologue, philosophe, diplomate et historien de la fin du moyen-âge, Ibn Khaldoun, le dos tourné à la médina, est bien l’un des seuls nés (1332-1406) et représentés à Tunis. Comme pour signifier que les figures notoires sont issues d’horizons variés ou achèvent leur destin dans des contrées qui peuvent être lointaines : Hannibal meurt en Bithynie (Turquie), Ibn Khaldoun au Caire.

     A l’autre bout, la statue équestre du retour triomphal de Bourguiba (1903-2000), après son incarcération politique à l’île de Groix, débarquant du port de La Goulette, se réapproprie sa Cité.

Un sociologue médiéval moderniste : Ibn Khaldoun
    Bourguiba semble avoir subi quatre « escamotages » successifs. Le premier, dû à un l’emprisonnement pour raison d’Etat, par la France. Le second, pure et simple destitution par son successeur qui lui confisque le pouvoir. Le troisième, déboulonnage de la majorité des statues souvent équestres qui le représentaient moins d’un an après le coup d’Etat du 7 novembre 1987. Le summum aurait été la diffusion à la télévision nationale « d’intermèdes animaliers et de couchers de soleil », le jour du décès de Bourguiba. 

   Peut se constater en effet, quel que soient l’investissement et l’importance de leur rôle national et international, que les deux derniers présidents de la république tunisienne ont cultivé le culte de la personnalité. Pas une échoppe qui ne fut placardée de l’effigie de chacun des chefs d’Etat. Par contre, Ibn Khaldoun ne figure que sur les billets de 20 Dinars Tunisiens.

Tunis : une cité maritime contemporaine
     Si le gouvernement provisoire a évoqué, au cours du printemps 2011,  le retour de la statue à l’avenue Bourguiba, il n’en est toujours rien. L’emplacement a été occupé par une horloge – unique au monde - qui marquait le 7 à la place du 6, puis qui a été remplacée par une horloge obélisque.

            
Tunis à l’heure de la révolution

     Quel que soit l’arrondissement, sur les quinze que compte la capitale, qu’il soit situé dans les plus anciens quartiers de la Medina ou appartienne aux nouvelles cités, tous ont participé à la révolution qui a abouti au départ du dictateur le 14 janvier. 

      Si une période de renouvellement des perspectives politiques, d’analyse et de doléances a été menée par de simples citoyens concernés par les différents secteurs  de la vie du pays, elle a occasionné une vague de création artistique et culturelle envahissant le pays, comme pour l'inciter à se reconstruire… Elle a tenu malgré et face aux véritables pressions et menaces exercées à l’encontre de la liberté d’opinion, d’expression, sanctionné par le verdict partiel des urnes en vue de la Constituante.

      Si, presque une année d’exercice de la liberté s’est petit à petit installée dans le quotidien, il semble que la population de la capitale, se retrouve dans une situation de surveillance réciproque et de censures de tous genres au nom d’une morale rétrograde.

Une ruelle de la médina de Tunis
     Les droits fondamentaux semblent menacés : celui de l’égalité des sexes dans tous les domaines de la vie quotidienne, tout comme le bien-être des enfants qui deviendraient in-adoptables, des femmes qui n’auraient plus le choix du célibat, pas plus que de la mode vestimentaire. A Zine El Abidine Ben Ali qui avait tenté de saper le « code du statut personnel » attribué aux femmes depuis l’indépendance, semble succéder une mentalité qui voudrait rétablir des valeurs datant de la 1ère moitié du moyen-âge.

    Ce travail de l’ombre, tout en se référant à une loi archaïque, se substitue à une totale incompétence juridique des élus.


Un article de MonaK



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