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samedi 11 février 2017

À propos du 14ème FIFO



Un panorama éclectique

Les thèmes qui inspirent les films documentaires du FIFO n’ont pas fini de tourner autour des questions cruciales. Elles récidivent à chaque session du Festival océanien, car elles sont vitales.

Loin d’être résolues, elles semblent même élargir leur champ de vision. Combien encore de petites îles, de petites communautés éparpillées dans le Pacifique Sud démasqueront encore la mainmise de l’étranger ou des monopoles financiers sur leurs terres ou leurs valeurs culturelles ? Que l’histoire en soit ancienne ou contemporaine, elle reste d’une actualité brûlante, avec souvent des séquelles irréversibles et la quête d’une réappropriation de soi.

L’injustice au pouvoir…
Entre documentaires sur des tranches de vie, lutte pour la reconquête, projets de mobilisation culturelle et vagabondage en spiritualité, l’édition 2017 est prolixe. Quelques exemples glanés dans les salles obscures suffiront peut-être à vous en convaincre.

L’arbitraire
Avec son film, War For Guam, Frances Negron Mutaner, retrace l’histoire d’un état, dont le statut politique est mitigé. Avec un gouvernement local totalement indépendant du Congrès américain, il pouvait aspirer à l’autonomie. Du moins, pour services rendus. En fait, nulle reconnaissance. La population Chamorro, qui a fait preuve de résistance contre l’invasion japonaise, a été spoliée de ses terres, transformées en base américaine stratégique.

Un jeu de piste malicieux
Envolées les espérances. Malgré les réseaux clandestins, les massacres, les exécutions perpétrées par les Japonais, aucune trace de la moindre gratitude. L’île hospitalière, minuscule, engagée dans la survie du seul militaire rescapé, devient quantité négligeable, n’a pas voix au chapitre. Des images d’archives, une réalité tout aussi cruelle. Des revendications qui se noient dans l’océan.

Le projet identitaire
À peu près sur le même parallèle, Hawaï. Encore l’un de ces états américains dits ″organisés″, au statut bâtard. Le film de Tadashi Nakamura, Mele Murals, relate le parcours d’une fondation qui, mobilisant ses jeunes, développe un mouvement d’intégration et de renouveau culturel.

S’appuyant sur la communauté autochtone polynésienne, l’objectif est de conduire les participants à entrer dans une démarche approfondie qui lui permette de se redéfinir et de l’exprimer. Les enjeux du projet artistique étant déterminés, c’est par le graff et la musique que se développe une expérience innovante, ressourcée de l’intérieur aux mythes originels.

Mon pays, mon âme…
Le film, dont la teneur est optimiste, dont l’atmosphère est jubilatoire et émouvante, joue avec les fondus-enchainés de formes et de couleurs, sur une mosaïque de chants et de méditations.

Des racines et des genres
Tout aussi primesautière, La Tribu de l’Invisible d’Emmanuel Desbouiges et Dorothée Tromparent siffle un air de fantaisie sur les écrans du festival. Entre images dupliquées en miroir et incrustations animées, vient batifoler toute une faune d’esprits sylvestres, s’ébattent monstres arboricoles, de mousse et de roche. Nous sommes en Nouvelle-Calédonie et le végétal est roi : alors la feuille mâchée est un ersatz prophylactique contre les elfes malintentionnés. Une bien belle manière, image et scénario, pour nous apprivoiser à ce monde mythique, ancré dans les comportements quotidiens.

Les Fleurs, un genre…
Quant à nos Raerae, exilées à Marseille, pour vivre pleinement le genre féminin qui les habite depuis qu’elles sont enfants, rien n’est vraiment simple. Ce n’est pas tant leur choix que les contraintes qui en découlent. Le reniement paternel ou l’hostilité familiale reste un poids douloureux. Véronique Kanor, leur proche, leur semblable, pose sa caméra en témoin empathique, filmant leurs émois dans Les Femmes viennent aussi de Mars.

Pas de mélo, pas de tape-à-l’œil. Juste se dire qu’être en accord avec soi-même, ce n’est pas le faire admettre par les autres. Même par un partenaire. Qu’être différente ce n’est ni un handicap, ni une maladie mentale, ni une damnation vis-à-vis de laquelle on se rachète en faisant le bien. Que l’opération, elle aussi, ça se discute. Et qu’elles ne se perçoivent pas autrement qu’en tant que femme.

Les outsiders
Les thèmes généraux étant posés, rares sont ceux qui y dérogent. Le documentaire hilarant a fait son entrée cette année. Mais ceci est une autre histoire. Il fera l’objet d’un prochain rendez-vous.




Un article de  Monak
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