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mercredi 1 février 2012

Arts et histoire aux Marquises


Le festival des Arts 2011


Avec le Festival International du Film documentaire Océanien (FIFO) et le Heiva i Tahiti, le Festival des Arts des Marquises est l’une des trois manifestations culturelles polynésiennes les plus connues dans le monde.

L’affiche du Festival des arts des Marquises, édition 2012
Elle est incontestablement la plus authentique des trois, mais aussi la moins accessible et donc la plus convoitée par un public venu du monde entier.
           

Un peu d’histoire

La manifestation a été initiée en 1986 par l'association culturelle Motu Haka o te Fenua Enata, sous l’impulsion d’un homme aujourd’hui vénéré par tous les Marquisiens : Lucien Kimitete, dit Ro’o, disparu bien trop prématurément dans le même « accident » d’avion qui emporta le prometteur homme politique Boris Léontieff le 23 mai 2002, en pleine campagne électorale.

Lucien Kimitete, inventeur et fondateur du Festival
Le but initial poursuivi par les inventeurs du Festival des Arts des Marquises était très simple et très ambitieux à la fois : il s’agissait de célébrer la culture marquisienne sous toutes ses formes, mais aussi et surtout de la maintenir en vie pour la transmettre aux jeunes générations.

A l’origine, il était prévu que le festival se tienne tous les deux ans sur une île différente de l’archipel. La première édition ayant eu lieu à Ua Pou en 1987 sous le nom de Matavaa o te Henua Enana (L’éveil des îles Marquises).

Pour des raisons évidentes de facilités d’accès et surtout de capacités d’accueil, il a depuis été décidé de cantonner le festival sur les trois îles les plus accessibles de l’archipel : Ua Pou, Nuku Hiva et Hiva Oa.

Ua Pou, l’île de la première édition du festival
C’est, par contre, pour des raisons financières qu’il a été décidé d’abandonner la fréquence bisannuelle pour adopter un rythme d’une fois tous les quatre ans. Cependant, intercalé entre ces éditions quadriennales, a été mise en place une édition moins importante du festival qui, elle, se tient alternativement dans toutes les autres îles habitées de l’archipel : Tahuata, Fatuiva (Fatu Hiva) et Ua Huka.

En raison de ces changements de périodicité, il n’y a donc eu, depuis la première édition en 1987 à Ua Pou, que neuf éditions du Festival des Arts des Marquises : 1989 à Nuku Hiva, 1991 à Hiva Oa, 1995 à Ua Pou, 1999 à Nuku Hiva, 2003 à Hiva Oa, 2006 à Tahuata, 2007 à Ua Pou et enfin 2011 à Nuku Hiva.

 

Un festival qui se mérite

Si le Festival des Arts des Marquises est une manifestation exceptionnelle, pouvoir y assister n’est pas chose donnée à tout le monde, et ce pour bien des raisons.

Le public de Nuku Hiva pour le festival 2011
La première est due à l’éloignement et l’isolement de l’Archipel des Marquises. Ainsi, l’île de Nuku Hiva (la plus importante et la plus habitée des Marquises) se trouve à 1600 km de Tahiti, seul aéroport international de Polynésie française. Ce sont les ATR 42 et 45 de la compagnie intérieure locale Air Tahiti qui assurent la liaison à raison de 1 vol quotidien en temps normal. Bien sûr il y a des vols supplémentaires pendant le festival, mais il faut s’y prendre très longtemps à l’avance si l’on veut y obtenir une place. A cela il faut ajouter le prix prohibitif des billets dû à la position de monopole de la compagnie polynésienne. Ainsi, il coûte aussi cher, voire plus, d’aller de Tahiti à Nuku Hiva (1 600 km) que de Tahiti à Los Angeles (6 600 km)

La deuxième raison est le manque cruel d’infrastructures hôtelières et d’accueil sur l’archipel. Essentiellement en raison du coût des transports, de l’éloignement géographique, mais aussi d’une volonté délibérée du gouvernement central à Tahiti durant de très longues années, le tourisme est en effet peu développé aux Marquises. On n’y trouve donc quasiment pas d’hôtels et très peu de pensions de familles.

La troisième raison est une conséquence directe de l’importance du festival pour les Marquisiens eux-mêmes. Il n’est en effet pas une île, pas une vallée, pas un village de l’archipel qui supporterait de ne pas être présent au festival. Il faut donc, avant toute chose, assurer l’accueil et l’hébergement des artistes eux-mêmes et de leurs accompagnateurs.

Jour et nuit, la foule des spectateurs…
Ensuite, et en cela l’objectif premier des fondateurs du festival est largement atteint, le public marquisien se déplace lui aussi en masse pour participer aux festivités et assister aux nombreux spectacles. Et notamment les très nombreux Marquisiens vivant à Tahiti ou dans d’autres archipels polynésiens. Il faut en effet savoir que la diaspora marquisienne représente au moins deux à trois fois la population vivant aux Marquises…

Il reste donc peu de possibilités d’hébergement, et elles sont prises d’assaut de longs mois à l’avance.

Le festival : l’affaire de tous
Au-delà de la participation de tous les Marquisiens, d’où qu’ils soient, le Festival des Arts est aussi et avant tout l’affaire de toutes les générations.

Ainsi, lors de l’édition 2011, Heetoua un jeune Marquisien de Ua Pou haranguait ainsi la foule des spectateurs : « Garder notre culture unique au monde, la fierté que nous portons en nous, nous la partageons avec les autres peuples. Les six éléments qui composent les six îles de l'archipel sont réunis aujourd'hui. Nous sommes vivants et nous posons toujours les questions fondamentales : Qui sommes-nous? D'où venons-nous? Où allons-nous? Ce festival est déjà une réponse. Nous sommes fiers de notre passé, de notre langue et de nos danses. Les sites sacrés revivent et nous les avons toujours respectés. Ils nous transmettent toujours des messages que nous donnerons aux nouvelles générations. »

Le festival n’est pas une affaire d’âge !...
A chaque nouvelle édition, les groupes de danse, les musiciens, mais aussi tous les artistes plasticiens (sculpteurs, bijoutiers, tatoueurs, etc.), sortant d’une démarche strictement traditionnelle, sont de plus en plus nombreux à proposer des créations originales, bien sûr directement inspirées de la tradition, mais tournées vers l’avenir. Et cela est peut-être la plus grande réussite des fondateurs.


Les impressionnants danseurs de Oparo (île de Rapa)
D’autre part, à chaque édition depuis quelques années, les Marquises s’ouvrent aux autres cultures insulaires du Pacifique Sud. Ainsi a-t-on pu découvrir, au fil des ans, des délégations des autres archipels de Polynésie française, mais aussi de Hawaii, des Samoa, de Nouvelle-Zélande.

Pour l’édition 2011, ce sont les cousins de Rapa Nui (l’île de Pâques) qui ont ébloui spectateurs et participants par leurs danses très particulières, et surtout par leurs incroyables peintures corporelles.

Le Festival des Arts des Îles Marquises 2011 s’est achevé dans une apothéose que nul de ceux qui ont eu la chance d’y assister n’oubliera jamais.

 
Quelques images du Festival des Arts 2011

          Il ne me reste plus maintenant qu’à souhaiter une très longue vie à cette manifestation exceptionnelle et tellement représentative de la créativité du peuple marquisien et de sa volonté de survivre, au-delà de toutes les pressions de la mondialisation…

Quant à vous, n’oubliez pas : si vous souhaitez vivre cet évènement hors du commun, commencez déjà à vous y préparer et à vous organiser, il n’y aura pas de place pour tout le monde non plus en 2015 à Hiva Oa !


Un article de Julien Gué



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