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samedi 11 février 2012

Les emblèmes tunisiens


Un mode de vie ?


Faut-il s’en tenir aux archétypes, aux images véhiculées par la tradition depuis un peu plus d’un millénaire pour caractériser la Tunisie d'aujourd'hui ? Ou bien faut-il tenir compte des nouvelles représentations ancrées depuis le siècle dernier ?

Harkous et henné, un rite de bonheur
La problématique semble être résumée dans le film de Jamel Mokni sorti sur les écrans tunisiens le 27 octobre 2011 : Hymen National - Malaise dans l'islam. Sur l’affiche, le visage estompé d’ombre de la future épouse, conforme à la pudeur (hechma) ; les mains teintées au henné et décorées au harkous ; et la fleur rouge, symbole de la virginité.

Déjà, sous la Présidence de Bourguiba, le comique Lamine Nahdi abordait les problèmes de société sous couvert de jeux de mots (par exemple entre Carthage et curetage) et l’évolution comportementale sous d’autres jeux de scène.

En fait, depuis que les filles sont scolarisées, depuis les premières générations de femmes préparant et manifestant pour l’indépendance sous le protectorat, définissent-elles les attributs de leur féminitude. Et depuis, elles ont investi l’espace public.

Carte de visite, l’hospitalité
La campagne publicitaire touristique des années 80 s’était appuyée sur la série magnifiquement illustrée par le photographe tunisien Jacques Pérez : Tunisie, une terre des hommes. Sur fond de vues paisibles, elle était marquée par une série de portraits d’hôtes avenants.

Délices du thé aux pignons !
De par l’héritage nomade, l’accueil reste un trait proverbial du Tunisien. L’eau est un bien si précieux qu’aucune maison, aucun lieu public ne refuse au voyageur sa coupelle d’argile - el haleb - qui la maintient bien fraîche. A l’arrivée, comme au départ, le don est accompagné du célèbre souhait : « bichfé ! », « à ta santé ! ». Mais le délice l’emporte avec ce verre de thé compact aromatisé de pignons.

Le tutoiement est un trait de la langue, pas un manque de respect. Le Tunisien est exubérant et la luminosité du ciel semble activer sa faconde. La litanie des vœux concernant la famille vous accompagnent autant que les effluves de bkhour (encens en grains parfumés) qui s’échappent du kannoun.

Jasmin et chicha, le goût de vivre
En gros bouquet de fell (variété de jasmin), le machmoum se réserve pour les cérémonies. Plus fin, le jasmin porté à l’oreille fleure le quotidien des hommes. Les boutons de jasmin, enfilés sur des fibres de palme, s’ouvrent d’un geste délicat ou à la nuit.


Le carpe diem - la douceur de vivre -, autour de tables basses, en terrasses ou dans la pénombre des petits cafés, se rehausse du rituel de la chicha - narguilé - et maints jeux de cartes ou de dames à forte majorité masculine.

Ces jasmins au parfum si subtil
La pratique de la chicha ne se réserve plus seulement aux Anciens, elle semble avoir touché les jeunes générations avec ses nouveaux tabacs fruités à la pomme.

Et si les senteurs participent de l’ordinaire du pays il vient asperger en fines gouttelettes d’aiguière les mains de l’invité, en fragrance d’atarchia (sorte de géranium), de rose (warda) et d’oranger (zahr).

L’oiseau et ses sortilèges
Sur la main des femmes, le poète ne tarit pas : elle arbore ces fins colliers de jasmin qui ne se portent pas au cou, mais se balancent légèrement du bout des doigts. Par contre, la main de Fatma - khamsa pour ses 5 doigts stylisés - se porte en pendentif. Bijou mais aussi fétiche accroché au plafonnier des voitures. Elle protège du mauvais œil, chuchote-t-on. 

Quant à la chechia, rouge, masculine, elle ne coiffe plus que les hommes d’un certain âge. Les jeunes sont passés au bonnet, plus pratique, quand ils ne sont pas tête nue. La mode et le dynamisme artisanal en ont paré les femmes : encore elles.  Depuis une trentaine d’années, les couleurs se sont multipliées, les formes s’en sont féminisées. Et ce ne sont qu’arc-en-ciel de coiffes de sortie.

Une cage symbolique
Ne reste plus, dans le paysage des traditions, que ce symbole des patios et des fenêtres : la cage à oiseaux. Elle n’est pas toujours ronde, ni blanche comme celle de Sidi Bou Saïd. Mais elle fait partie intégrante du foyer.

Bien des légendes sont attachées à son origine lointaine ; elle voyageait avec les caravanes, comme un rendez-vous d’étape ou les aubades des oiseaux chanteurs venaient rompre le silence de l’immensité du désert. Il faut dire que les oasis pullulent de variétés sifflotantes.

Et pour lors, nul ne sait si elle perdurera… depuis que ses portes se sont ouvertes en tête des cortèges saluant la liberté.

Horria, un air de liberté
Il semblerait, avec l’explosion de la jeunesse au cours de la révolution tunisienne, qu’une nouvelle valeur se soit inscrite dans les mœurs : la liberté. Elle se fredonne, elle se chante à la suite de la prestation touchante d’Amel Mathlouthi au lendemain du 14 janvier 2011 : Kelmti Horra  (Ma parole est libre)

Cliquez ici pour écouter Amel Mathlouthi chanter « Kelmti horra »
Et si j’ai choisi cet enregistrement public, réalisé à la Bastille (vestige d’une autre liberté) c’est qu’il témoigne de l’histoire, la nouvelle histoire de la Tunisie, bien sûr. Mais c’est surtout pour sa force émotionnelle, sa vérité, la fatigue à bout de nerfs d’un mois d’angoisse et d’incertitude, la délivrance et l’exaltation qui s’en dégagent.

Véritable cri de la parole libérée, avec ses sanglots dans la voix, un timbre aux limites de la détresse rentrée et de l’extase.

Diffusé sur toute la toile, le concert continue à enthousiasmer les internautes. Les auditeurs en préféreront-ils  la version  plus clean, plus apaisée, en studio ?

D’autres talents ont émergé, se sont fait entendre ou se sont confirmés avec les espoirs d’une nouvelle ère. La sérénité gagnera-t-elle sur l’incertitude ? La Tunisie n’est pas qu’une carte postale, elle se vit et tente de vivre ses nouveaux symboles.


Un article de MonaK

2 commentaires :

  1. quel pays magnifique !..et les traditions si riches..et les odeurs de Jasmin.
    merci pour cet article

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    1. un pays trop méconnu... qu'il faut visiter et soutenir... dans l'esprit de tolérance et le syncrétisme qu'il avait su concrétiser... mais qui en fait une cible vivante pour les dictatures religieuses... Monak

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