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dimanche 19 février 2012

Léa Véra Tahar la Tunisienne


Au firmament des femmes artistes


Elle se dénomme Alevare Safira Tahar (Léa-Véra Safira Tahar) sur sa page fb, depuis que son journal y avait été piraté. Alevare : l’anagramme de ses prénoms. Son nom d’artiste, Léa-Vera Tahar, elle l’emprunte à son père Tahar, militant qui s’était engagé pour l’indépendance de la Tunisie.

Léa et son double
Elle a été aussi prénommée Leila, par la famille, à son mariage. D’origine juive tunisienne, elle épouse un musulman : c’est dire combien les liens entre les deux communautés se scellent d’amour, depuis toujours.

Combien, aussi, Léa témoigne de cette double appartenance, mais aussi de bien d’autres dualités.

Léa et son double

Mère, cuisinière émérite, elle est, plus que vestale, l’âme du foyer. Celle du conte inventé le soir pour les endormir, celle de la pâte à sel avec les gosses du quartier, celle de l’éveil de l’enfance. Sa fille, ainsi que la fratrie, l’atteste avec ferveur : « J’ai eu beaucoup de chance de t’avoir dans ma vie !! ».

 Mère et créatrice : mère remarquable, tout en reprenant des études, en participant à des Ateliers d’écriture, tout en fréquentant l’intelligentzia tunisoise. Ses bribes de comptines improvisées la feront déboucher tout naturellement sur l’écriture.

Une signature happening à Sophonisbe
Ecrivaine tardive et grand-mère précoce, le destin de Léa ne cesse de suivre des voies à bifurcation. Coup sur coup, elle remporte le concours international de la nouvelle au Forum Femmes Méditerranée, à Marseille, pour La Rumeur, puis Ecritages, ravaudage au pays du Ménage est édité par Noir sur Blanc.

Comme il semble évident, cet ouvrage est à double entrée ! Une sorte d’essai, des nouvelles, des poèmes. L’écriture de Léa prend la couleur vernissée des légumes de printemps qu’elle épluche. A la lecture, les sent-on dans la bouche : une chantre réhabilite  le déshabillage du fruit (pas l’épluchage barbare), mais sa nudité pimpante.

Parmi des nouvelles acérées, s’épanchent quelques poèmes, d’une sensualité vibrante. La signature du livre à l’Espace Sophonisbe s’est soldée entre commentaires sérieux et un happening délirant (Os-cultation d’un écritoire), en toute créativité.

Nouvelles couleurs pour la Tunisie
Elle entame la rédaction d’une biographie de son père, qui reste encore inachevée. Puis laisse l’écriture en points de suspension, projette d’autres recueils, en attente eux aussi. Elle collabore au recueil Effemmeride (Printemps des Poètes 2010, Couleur Femme - Vosges) avec une nouvelle : Dernière Nuit (27.12.2009). Nouvelle touchante, empreinte de passion.

Une Safira de plus

Parallèlement, comme à son habitude, elle met en chantier ses premiers dessins : « plus évocateurs », se plaisait-elle à railler, « parce qu’on y lit ce qu’on veut ! ». Et, de toute évidence pour elle, passe-t-elle du support plat à la sculpture.

Papiétages, papier mâché et autres ingrédients viennent peupler son monde de statuettes : elle ne manque pas de nous tenir au courant des événements que tissent entre eux, les nouveaux habitants  de son atelier. Car elle les dote d’une histoire. Une calligraphie à la manière des faïences anciennes y fait quelques intrusions.

Avec la révolution de jasmin, c’est dans la rue et avec un collectif artistique, qu’elle tient à manifester pour la parité, comme pour la liberté de l’Art. Elle est de toutes les opérations qui repeignent les couleurs des temps dans le cimetière des voitures du Kram.

À coups d’art dans la rue : la parité (29.01.2011)
Avec la menace de la dégradation des acquis démocratiques, avec ces incitations à la haine des partis obscurantistes, Léa se prend des coups de sang. L’excision fait déborder le vase. C’est si précieux, la vie d’un enfant !

Pas de voile imposé. Au diktat soi-disant moral de l’éradication de la féminitude, elle oppose celui des « têtes nues » - Safira -,  qui parfume la Tunisie depuis des générations. Un surnom qu’elle revendique, Safira ! Car ce terme, utilisé volontairement à mauvais escient, est une insulte (dévergondée).

Madame Sarfati

 Les portraits de femmes du siècle dernier, réalisés par Férid Boughedir dans Un été à la Goulette, en sont une vivante image. C’est dans le rôle de Madame Sarfati, qu’elle participe au film. Avec la chanson de la bande annonce (à écouter sur le lien précédent), ce n’est pas une époque mais la continuité de cet esprit de tolérance, propre à la majorité des Tunisiens, qui se perpétue. Vive, enjouée, exubérante, le cœur gros comme le monde, une figure qu’elle incarne dans son quotidien.

De la scène, elle en a éprouvé les affres, mais surtout le plaisir débordant. De sa nouvelle, Rumeur, primée en 1994 au Forum Femmes Méditerranée, adaptée pour la scène, nous avons monté un spectacle, joué à Tahar Haddad et à l’Ambassade d’Algérie en 1995. Léa y est surprenante : subtile, astucieuse, dynamique, ingénieuse, elle continue à féconder le rôle en représentations ; lui donne une chair éclatante.

Un coup de pied au ciel
Il était prémonitoire à bien des égards, son texte ! Léa ne manque pas d’intuition. Elle n’avait pas encore mis la main à la pâte de l’Art, mais jouait ce personnage symbolique qui s’échappe de sa place exclusivement domestique. Condition de femme non-conformiste, condamnée aux gémonies par qui vous savez. L’Algérie était aux mains des intégristes et cette pièce leur fut dédicacée au salut final.

Léa, une légende ? Déjà, les amis se mobilisent et préparent une exposition de ses divers talents. Déjà, mille et un messages de sympathie envahissent son journal. C’est qu’elle a mis les voiles, Léa…

Sans prévenir, elle s’est éteinte.

Au firmament de Léa Véra Tahar
Et les artistes entretiennent la flamme : déjà, Fatima Maaouia, bouleversée, a embrasé les premières étincelles de La Belle Saga à Léa :

« Rien que pour Te demander...
Léa
De nous cueillir illico
Une étoile ! »


Un article de MonaK

Découvrez Dazibao, le groupe dont la musique accompagne le montage photo « Au firmament de Léa Véra Tahar » en lisant cet article : Dazibao, la musique autrement et en visitant leur site officiel Dazibao Music.


8 commentaires :

  1. Merci Julien de nous faire connaitre cette artiste,
    j'aime beaucoup son travail, en le regardant j'avais
    le gout des pâtisseries dans la bouche, les senteurs du Maghreb qui envahissaient mon nez et j'ai été touché par la douceur de son trait très enfantin

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    1. Je crois que le trait plastique, que je définirai comme appartenant au courant "naïf" (bien que Léah n'y ait jamais fait vraiment référence), répond à une nécessité de renaître avec son art.
      De plus, ses portraits ne correspondent à aucune tradition de Tunisie, sont réellement parlants et Léah initie un nouveau style.Monak

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  2. magnifique texte. il décrit si bien lea et nous la fait encore découvrir !

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    1. Merci
      Mais modestement, je n'ai fait que suivre pas à pas les parcours vers lequels elle m'entraîne. Ceci explique cela ! Monak

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  3. Elle s'occupait aussi de la rubrique Littérature du site de Dar El Ddhekra, depuis début novembre 2011, Je lui avais fait une formation web, brillante tbarkalah ! la dernière fois que je l'ai eue au bout du fil, c'était mi-fevrier, elle nous reprochait, Jacob et moi de ne pas être assez actif sur le site...
    Repose en paix, Grand'Âme !

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  4. Merci à Touria de m'avoir fait connaître une Artiste sans pareille...partie beaucoup trop tôt...Paix à ton âme...Nous ne t oublierons pas de si tôt!

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  5. merci Monique pour ce bel article que je viens de découvrir
    maman t'aimais beaucoup et tu le sais certainement
    fais moi signe à ton prochain passage à Tunis
    bises

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    1. "Entre Léah & moi: c'étaient des longueurs d'onde... à grands éclats de fureur et de rire...
      une confiance sans réticence à nous embarquer vers n'importe quelle Cythère entre Charybde et Scylla...


      L'amitié à donfff jusqu'à la gémellité inventée...

      un projet de bouquin à écrire ensemble, comble de notre passion explosive pour la création : "120 ans et l'Eupholie (en plus)"...

      on n'en a tramé que les noeuds sur la toile du temps... ??? ou du vent ?" MONAK

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