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vendredi 5 février 2016

FIFO 2016, premier épisode




Identité et métissage

Le FIFO 2016 s’assurant exceptionnellement des journées ensoleillées en pleine saison des pluies, la chaleur émotionnelle s’en va croissant à mesure que palpitent les écrans des différentes salles de la Maison de la Culture à Papeete.

Il commence pour la seconde année consécutive par une après-midi appelée « Carte Blanche ». Elle est animée par Anûû-rû âboro, à partir  du Festival International du Cinéma des Peuples de Nouvelle-Calédonie, avec un quartet sélectionné par René Boutin.  Il se poursuit en soirée par la 7ème Nuit du court océanien. Mais nous n’en sommes qu’au Off.

Un Président de jury, venu du désert mauritanien
Cette 13ème édition du Festival International du Film Documentaire Océanien (FIFO) ne manque pas, comme à l’accoutumée, d’honorer la production du Président du jury. Une manière de nous présenter Abderrahmane Sissako avec, pour la première fois, la projection d’un film, tout juste césarisé sept fois au festival de Cannes 2015. Timbuktu (2014), c’est d’abord une approche visuelle sensible, un talent de cinéaste, une détermination très courageuse aussi. L’univers mythique du désert africain démantelé par l’aberration d’un extrémisme religieux venu d’ailleurs : une véritable dénonciation menée point à point.

Le « In » débute dès le 3ème jour une semaine abondamment chargée. Il se partage entre 11 films en compétition, 23 films « hors compétition » et une section de 8 films, qui balayant les Îles du Pacifique, est « ouverte au vote du public ». 


 L’insularité au vent du FIFO
Maintenant, si votre soif de cinéma actif tient à se réaliser concrètement, des ateliers vous sont ouverts : avec le « 1er marathon d’écriture », l’écriture de scénario, la prise de vue et le montage Ipad-Iphone – très fréquenté-, la réalisation d’un jeu vidéo, le « cinémagraph ». Quant aux professionnels, ils trouveront leur content entre studios et colloques.

Sous le banian
Qui dit banian au Fifo, évoque rencontres avec acteurs, réalisateurs ou producteurs sous l’arbre tutélaire ombrageant le parvis de plein-air ou paepae, trônant au cœur du Village-FIFO… Mais vous pouvez préférer les débats immédiats suivant les projections du Grand Théâtre.  Sans problème de traduction : le multilinguisme fait partie de l’ordinaire.

Qui dit Tahiti aussi, ne peut l’imaginer sans ses parfums floraux embaumant chaque recoin. Il n’est pas que les rendez-vous sur le paepae qui puissent être impromptus. Chacun peut aborder au pied levé les grandes figures de ce festival... Les Polynésiens le font avec tellement de gentillesse ! Mais chaque médaille a son revers : au coup d’envoi, le village FIFO n’avait pas encore revêtu ses apparats végétaux. Retard bien vite comblé : les décoratrices à pied d’œuvre donnant fébrilement du ciseau et de la plante.

Un Banian aux grandes oreilles…
Malgré un rodage qui s’avère de plus en plus efficace, une climatisation moins agressive, une sono bien améliorée au Grand Théâtre, même si les basses ont avalé les dialogues de « Résistance »… deux tout petits incidents techniques ont émaillé le lancement des premiers jours.

Qu’est-ce qui fait courir les foules venues du monde entier, du Grand Pacifique, mais aussi des îles toute proches ? Les Polynésiens, de plus en plus nombreux chaque année ne manqueraient pour rien au monde les festivités visuelles où l’image envahit les corps.

Les confidences de Jaiyah (Samoa)
Reconnaissons-le, le public de cette année manifeste plus que jamais ses réactions à chaque séance. Scandant les rap de Hip-Hopération, sortant les mouchoirs, riant à gorge déployée, interdit par la cruauté des messages (Another World), sous le charme d’une certaine grandeur des personnages.

Une sélection dans le vent de l’histoire
S’il faut donner une couleur au FIFO 2016, il est à l’image de notre planète. Même l’Océanie est atteinte par ce fléau, du nom de communautarisme et d’apartheid. Les microcosmes s’entredéchirent, ne reconnaissent plus les leurs. À part certaines expériences positives de petits  groupes (Une équipe de rêve, Raimana World, Te Mana o te Moana, Totem Liberté…), dans le même pays, les clivages ne cessent de se creuser.


Pour une terre de Cultures
La notion d’identité nationale ne cesse d’exclure les minorités, le métissage est ressenti comme un handicap, une honte. Où sont passées les utopies universalistes ? Le syncrétisme religieux n’a pas toujours bonne audience, sur le terrain comme en salle de projection : « Pour nous, Jésus est noir » (Another Country) déchaîne les controverses. L’exercice de la justice ne parvient à son aboutissement que porté sur la scène internationale (The road to home, Putuparri and the Rainmakers, etc.).

Ce qui n’empêche pas certains réalisateurs d’avoir su effacer la mécanique de leur film pour privilégier l’aspect créatif et produire de petits objets esthétiques passant par une fiction chorégraphiée et chantée (Prison Songs). Véritable prouesse, avec le cloisonnement pénitentiaire entre quartier-hommes et quartier-femmes ! Le traitement de l’image en silhouettes habitées de forêt, de racines, du bois dont on sculpte les rêves (Totem Liberté). Anonymat des détenus oblige.


Si les racines avaient un chant…
À part de rares documentaires empreints de didactisme et d’un classicisme usé, sans relief, l’ensemble de la sélection semble évoluer vers une liberté d’inspiration, de ton et de thème (L’Île Continent, Footprints). La leçon du film océanien ne serait-elle pas celle du choc des civilisations (à l’instar du ressenti des Aborigènes d’Australie d’Another Country) : « Vous nous apportez la culture de l’ordure… Nous, nos outils, nos vêtements, nos maisons…nous les empruntons à la Nature et nous la lui rendons ».

Moments forts
Ne nous privons donc pas de saluer le choix cinématographique d’Anûû-rû âboro, avec son tour du monde sur les microsociétés, leurs relations à la culture ancestrale… qu’elles soient menacées ou en proie à une dérive sociétale mondiale.

Un ‘arioi (acteur) sort de l’oubli avec Lala Rolls
Les quatre films montrent tous l’âpreté de la mondialisation, le relâchement des liens communautaires, la soumission au trafic international et à la loi de l’argent, la lutte inégale pour la survie. Un engrenage qui, hélas, est trop bien huilé par les mafieux de la politique et de l’économie internationale. Il est un autre fait significatif non-négligeable. Quel que soit le continent exploré, le rapport à la divinité est prégnant : esprits de l’au-delà et réincarnation (Corée), esprit protecteur de l’océan (Bornéo), culpabilité de l’aveugle par rapport à la perfection sublimée (rizières du Mazandaran), fétichisme meurtrier en Tanzanie. En toutes les langues, en toutes les offrandes, il semble que le regain de la religion ne soit pas absent des réalisations. Est-ce l’imminence des dangers qui entretient ce recours au divin ?

Les danseurs de pluie avec Nicole Ma
Parmi ces documentaires-fictions, la Corée de My love, don’t cross that water, expose le décalage entre la délicatesse des jeux de l’amour à l’ancienne et la violence ou l’indifférence des jeunes couples. Brodées sur la soie d’images très poétiques, les valeurs vivaces chez ces quasi-centenaires passeront-elles dans l’oubli comme le craint la veuve éplorée ? Les plongeurs de ces tribus nomades de la mer à Bornéo, obligées de descendre de plus en plus profond, risquent leur santé et leur sécurité, au sein de ces villages-pilotis miséreux de Walking under water.

La situation n’est pas plus rose, dans les rizières de la Caspienne (Iran) où vivoter se solde par des prises de risques pour troquer le fruit de la récolte ou de la cueillette. Dans Mashti Esmaeil, le héros éponyme, ne ménage pas sa peine, malgré sa cécité, quotidiennement, sur son toit, à la cime des arbres, sur les digues étroites des cultures en terrasse. Pénurie, pauvreté, ignorance conduisent les uns à exploiter la couleur des autres. Les albinos sont traqués, mutilés, exclus dans ce film intitulé In the shadow of the sun. Des organisations criminelles sont inculpées par le combat incessant de ces « White Ghosts » (blancs fantômes), pour se réapproprier le droit de vivre.


Au coeur de l'histoire océanienne
Un panel genre « mort aux trousses » sur quatre continents… ce n’est pas pour laisser indifférent. C’est instructif… sur les différences mais avant tout sur nombre de similitudes qui émaillent la crise sociétale tous azimuts. Face à la mort inéluctable, le refuge dans les dévotions s’intensifie, parfois fait place à l’exploit. Et bravo pour cette « carte blanche Anûû-rû âboro » qui par son engagement a impressionné les spectateurs… regard voilé de larmes.

Instants éclectiques
Pour terminer sur une note à peine moins grave, la « Nuit du court océanien » a permis à chacun de se donner du souffle. Pour du court, c’est vraiment du très-court-métrage ! La Polynésie française bat le record avec trois « courts-courts » d’une minute Tahiti, Ma lettre de correspondance et Avec le Temps sur les six qu’elle présente… Vous avez, en tout, deux heures et demie pour adapter vos neurones à des univers très différents. Petite gymnastique plaisante, après tout !


Rendez-nous nos terres…
Sur 18 courts, dont les productions Australiennes (6), néo-calédoniennes (3) et néo-zélandaises (3), vous êtes assurés de jongler avec les écritures aussi variées que l’animation, l’arrêt sur image, le graphisme, le scénario dialogué, les genres aussi opposés que la comédie, le fantastique, le film catastrophe, l’anticipation, la tranche de vie, le doc en 8mn avec Tohunga et le gag…

Soirée découverte… car nous savons que bon nombre de ces petits films feront croître la notoriété de ces réalisateurs océaniens, jeunes pour la plupart…

Si l’histoire m’était contée…
Juste pour vous donner des impressions générales, nous n’irons pas plus avant dans cet aperçu des parfums de FIFO… D’autres articles suivront avec points de vue divers et variés. Car, à n’en pas douter, cette session cache encore d’autres coups d’éclat.

Fifotez, fifotez… il en restera toujours quelque chose !

Un article de  Monak

Remerciements à Vaihere et à l’équipe du FIFO

Toutes références sur le FIFO 2016, avec ce lien :  

 

Autres articles sur le sujet :
http://tahiti-ses-iles-et-autres-bouts-du-mo.blogspot.com/2016/02/fifo-2016-ateliers.html

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