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lundi 8 février 2016

FIFO 2016, le Palmarès




L’actualité de plein fouet

D’actualité le Festival International du Film Océanien ? à n’en pas douter… Le jury du FIFO s’est entendu à bon escient pour distinguer les créations documentaires qui ont illustré le mieux les préoccupations vitales de ce continent dispersé dans le Pacifique.

La sélection FIFO, comme le Prix du public se sont accordés sur : un sujet examiné en profondeur, des informations inédites et fondées, le régal des sens aussi, mais surtout une connexion de sentiments entre les personnages présentés et nous. La réussite découle de cette intensité qu’opère la sensibilité du réalisateur. Et cette 13ème session nous a comblés.

Les primés en un clin d’œil
En fait, les œuvres primées concernent toutes cette crise du vivre ensemble qui dépasse l’Océanie et affecte le monde entier. Elles sont toutes traitées en suivant un fil conducteur artistique original : du point de vue de la narration, des témoignages, du cadre audio-visuel. Elles sont actes de création et non de reportage impassible et donc superficiel.

Au-delà de l’esthétique, des issues qui parfois émergent, c’est de drames existentiels dont il s’agit. Une exception cependant, dans la catégorie court-métrage : Fixed (Australie) en est lauréat, dans le genre humour à froid. Ses 7 mn sont d’autant plus tranchantes qu’elles touchent un sujet tout aussi grave : notre libre et intempestive disposition de l’ordre naturel des mammifères dits inférieurs.

Une image de l’innocence lucide
Quelle leçon tirer de cette édition ? Elle semble résider dans ce petit bijou de film (Fixed). Le scénario nous invite à ne plus nous laisser berner par les « grands » : c’est l’image de l’innocence. Nous nous sommes tous projetés dans cette enfant, sa perspicacité à refuser les contrevérités et à le déclarer crûment. Notre monde est à revoir avec un regard neuf.

En plein contexte
Toutes les thématiques des films récompensés par le jury crient au scandale. Tels la problématique de l’intégration réelle des minorités aborigènes d’Australie (Another Country), l’équilibre indispensable entre labeur et loisir (The Ground we won), le combat pour en finir avec les blessures de la colonisation (The Price of Peace), la réhabilitation des pans occultés de l’histoire (Tupaia), l’analyse critique du monopole économique qui surexploite les travailleurs de la mer et leur environnement (Le Salaire des profondeurs), la question incontournable de l’usage abusif des animaux de compagnie (Fixed)…

Quant au public, il a attribué son mérite à une œuvre de conciliation où la démarche des Anciens rejoint les aspirations des jeunes et remporte le défi des générations.  Bien qu’il n’occulte pas cette sinistre intransigeance qui prône la verdeur, la rentabilité, le score et tenterait d’évincer les séniors de la prouesse physique, Hip-Hop-Eration est un véritable sourire dans cette compétition cinématographique. 

Alex Lee  et le défi « Hip-Hop-Eration »
Au moment même où débutaient le FIFO et la première de Totem Liberté (Nouvelle-Calédonie), le pénitencier de Nouméa vivait la double tragédie d’une mutinerie et du suicide d’un détenu. La triste réalité des conditions de détention rattrape donc le rêve d’échappée artistique que montre le documentaire. Les images du Camp Est, peaufinées d’émotion et de pudeur à la caméra ne pourront plus se dissocier des silhouettes  escamotées derrière leur ilma (totem).

L’incarcération, thème récurrent du « off » et du « in » avec Prison Songs, rebondit du nord au sud du continent océanien et résonne encore dans notre mémoire toute récente aux accents du rap de Berrimah (Australie).

La prison dont on sort la tête haute.
La captivité ne participe-t-elle pas aussi du symbole de cet enfermement insulaire ? Isolée du reste du monde, handicapée par la distance maritime qui sépare chacune des îles, l’Océanie est marquée en grande partie par cette dépendance aux monopoles du marché international. Lié au pouvoir des descendants des colons européens qui font fortune au détriment des autochtones māori ou mā'ohi, malgré ses accessions multiples à l’indépendance ou à l’autonomie, le continent océanien végète dans une misère qui le claquemure encore davantage dans son insularité.

Tour d’horizon du palmarès
Le Grand Prix (FIFO– France TV), décerné à  Another country (Australie), fonctionne sur le principe incantatoire de la voix aborigène, s’adressant aux Blancs.  Sur le rythme poétique de la voix-off du comédien David Gulpilil, s’enchaîne le panorama d’un quotidien de précarité. Plaidoyer d’un mode de vie en communion avec la nature, de valeurs communautaires, il se heurte à l’autisme des gouvernants.

The Ground we won  (Nouvelle-Zélande), qui obtient le 1er Prix spécial du jury est assez paradoxal. Plongé jusqu’au cou dans la boue du terroir et du terrain de rugby, il plaque sur la rudesse de la ruralité, du climat, de la tâche exténuante, la sublimation du fair-play et de l’honnêteté ; sur la gravelure d’une sphère exclusivement masculine, la promotion de la collectivité ; sur le déversoir obscène et aviné, la morale sauve.  De fait, la 3ème mi-temps du club de vachers-sportifs soulèvera quelques vagues de pruderie parmi les spectateurs. Une équipe si loin du rêve : autre réalité aux Samoa !

Dans la glaise qui nous fabrique
Avec The Price of Peace (Nouvelle-Zélande), qui remporte le 2ème Prix spécial du Jury, l’enjeu est tout autre. L’irréprochable Tame Iti et les membres de son mouvement, victimes d’exactions policières débusquant les familles, enfants et vieillards compris, retrace son parcours. Bras de fer de sept ans de brimades et d’emprisonnement entre une minorité Ngai Tuhoe, parquée sur une infime parcelle de l’île d’Aotearoa et la majorité blanche, issue de plus d’un siècle et demi de couronne britannique. Et même si les représentants de l’ordre sont venus demander leur pardon, « Le passé est devant nous, avec sa blessure », conclut le héros malgré lui.

Le 3ème prix spécial du jury, Tupaia  (Polynésie Française - Nouvelle-Zélande), est conçu entre des documents d’archive, des traces sur la pierre néo-zélandaise et une ébauche de reconstitution. Il dissipe les embruns d’un certain navigateur Cook, éclipsant le rôle d’un ressortissant du fenua, le prêtre et arioi (acteur) Tupaia, originaire des Îles-sous-le-Vent.

Le coût dérisoire de la vie…
La Mention spéciale du jury, Le Salaire des profondeurs (Nlle-Calédonie), nous convoie aux Fidji. Mets particulièrement apprécié de l’Asie dont la Chine, les concombres de mer sont menacés par la surpêche… Comme pour d’autres espèces marines en voie de disparition, elles font encourir des risques irréversibles aux plongeurs océaniens. Loin des mythes, ne reste que cette surexploitation, vécue comme une malédiction.

En marge, le bilan du FIFO
Le FIFO est encore loin de représenter les 16 états et les 15 territoires qui composent l’Océanie. Mais il s’en approche, par productions interposées. Ses images diffusées un peu partout en augmentent la visibilité. N’est-ce pas le rôle de l’Art que de stimuler les décisions politiques ? La COP21 en est un exemple fécond…

À l’échelle de l’amateur du 7ème Art, ne négligeons pas cet engouement des imaginations à participer de l’œuvre, aux différents stades de sa genèse. Et saluons la gagnante du « 1er Marathon d'écriture » Sophie  Blanc sur une proposition de « départ » ; ainsi que sa co-concurrente, Mireille Bindé, bardée d’une mention spéciale pour son scénario : L'abeille.

Le FIFO déserté.
Le cinéma-documentaire océanien ? Une préoccupation qui nous interpelle tous… spectateurs ou participants anonymes des Ateliers de plus en plus nombreux. Le FIFO actif, c’est un signe, tout de même !

Le Palmarès 2016, à l’image de son Président Abderrahmane Sissako, à l’égal de ses documentaristes océaniens, reflète plus que jamais sa dimension humaine : la fibre humaniste en éveil, la pudeur de la douleur et l’espoir d’un futur meilleur.

De Timbuktu aux antipodes du Pacifique, la chair sensible  dans ce monde qui se déshumanise. 


Un article de  Monak

Pour le début de cette 13ème édition, vous pouvez consulter : http://tahiti-ses-iles-et-autres-bouts-du-mo.blogspot.com/2016/02/fifo-2016-premier-episode.html
Le sujet étant inépuisable, d’autres articles suivront…

 

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