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mercredi 10 décembre 2014

Manino de Raiatea



La Musique des pulsations

Le groupe Manino est à l’image de son île originelle, Raiatea : accessible et en symbiose avec une nature encore inviolée. Comme ses habitants, ses cinq membres sont restés spontanés, sincères, audacieux, énergiques et cependant réservés.

C’est que l’atmosphère raromatai (nom initial de l’archipel des Îles-sous-le-vent) protège ses valeurs de simplicité et de naturel, à l’encontre de l’île capitale, Tahiti. Les 210 kms de mer qui l’en séparent ne font qu’accentuer cette divergence. Ici, tout se joue au microcosme.

Le Quintet Manino : Taiau, Heiarii, Martial, Taaroa, Clavery
Intégrés à la vie locale de par leurs professions, nos musiciens en sont l’émanation : ils transcrivent dans leur allure comme dans leurs compositions l’esprit des lieux et les liens de bon voisinage de ceux qui les entourent. C’est avec famille et fans que vous les verrez assurer leurs prestations. Ils animent au pied levé les fêtes privées des amis bien plus qu’ils ne se produisent en concert. En cela, ils répondent à une longue tradition qui n’est pas encore perdue : une certaine solidarité sociale…

Cette cordialité les distingue mais elle ne leur assure pas le pain quotidien convoité par tout musicien de métier.

Les cinq doigts de la main
« Manino » tire son nom du tahitien et signifie « mer calme ». Mais le groupe y associe, en jouant sur les mots : Man « homme » en anglais et Ino « mauvais » en tahitien.  Bad men ou « Mauvais garçons », leur convient bien, car leurs chansons relèvent les travers socio-politiques et ne sont pas particulièrement sucrées. Ils sont tous paroliers et compositeurs.

«Fa'aitoito atu»(Courage) de Martial, un hymne
Jouons encore les symboles : ils sont cinq, comme les pétales du tiare apetahi, cette fleur unique au monde, jaillie de la terre comme une main ouverte, espèce endémique qui ne se rencontre que sur un seul des sommets de leur île et en butte à l’extinction.

Teihotu Taiau, guitariste et parfois soliste, Brander Taaroa, guitare et basse, Dangel Heiarii, guitare et basse, Terou Clavery, batterie et percussions,  et Sommer Martial, le guitariste soliste : tous choristes, ils appuient de leur polyphonie des morceaux très harmonieux. Ainsi sont-ils en plein accord avec le fond musical indigène et les accents de la pop music, du rock et du reggae à la polynésienne.

Vivre de son art, une illusion ?
Avec une population insulaire dépassant la douzaine de milliers, même avec Taha’a, la petite sœur du même lagon (cinq mille habitants) on a vite fait le tour du public. Raiatea n’est pas un pays de Cocagne : on y travaille dur pour peu de revenus. De plus, malgré les initiatives municipales ou associatives, la politique culturelle n’est pas une priorité du pays qui n’a pas su allier arts et tourisme. « Manino ne vit pas de sa musique ».

Une atmosphère mā'ohi «sensitive», chante Taiau
Plutôt minces et nerveux, ils ne peuvent renier leurs rudes conditions de vie. Ils sont artisans pêcheurs, tatoueur, restaurateur et prof de cuisine. C’est avec la même endurance, le même souci de faire sortir leur île de l’anonymat provoqué par la mondialisation et ses effets de crise que leurs compositions livrent les clés des espoirs et des angoisses d’un petit peuple voué à l’économie de survie.

C’est le poids de l’insularité dont ils tentent d’atténuer les effets en faisant voyager avec les sujets de leurs chansons, car en sortir autrement est impossible pour la plupart. Et de raconter leur île, les battements de son cœur, le dénuement des habitants et la beauté des paysages, et d’en appeler à leurs lointains auditeurs, parce qu’ils sont d’ailleurs, de venir les voir.

Aux signes écolos affiche Clavery sur son T-shirt
Ce va-et-vient est vraiment une notion qu’il faut saisir si vous voulez les comprendre. L’isolement ne les rend pas narcissiques, au contraire, leur sensibilité est captée par le vaste monde.
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Qu’est-ce qui fait chanter Manino ?
Le groupe, fondé en 2009, vous dira que « la musique est une passion, le moyen de se retrouver ensemble, de partager, de s’évader. Le trip ! ». D’un côté, ils sont envoûtés par un cadre dont la respiration avec la nature se ressent fortement, le lyrisme d’une culture qui n’en finit pas d’émouvoir, de communiquer de façon invisible ; de l’autre, avec l’instrument c’est le bouillonnement, la connivence, le dépassement.

Mer, résonnances & tātau* : la Polynésie…
Dans leur île, « radeau frêle sur l’océan » où le regard s’hyptnotise à force de fixer l’immensité étalée à perte de vue, tout geste humain prend de l’importance. Car il s’inscrit sur la force impressionnante des éléments. La musique est chez eux un mode de communication et non d’assourdissement, ni même un dérivatif ou un prétexte à s’étourdir. C’est au croisement du fond musical polynésien et des influences universelles qu’ils se situent : à l’intuition, au feeling, au cœur, à l’oreille. « La musique est généreuse, elle nous laisse tout faire » !

«Fa'atura*» à la barre des fans de Heiarii
Leur raison d’être est là : donner de soi « pour changer un peu » disent-ils modestement. En réalité, c’est le ressenti de la musique qu’ils proposent, contrant ainsi la mode des incontournables boîtes à rythme commerciales, des musiques scratchées par DJ ; évacuant la mécanique des loops rythmiques (des rythmes en boucle), ils privilégient le mélodique.

La musique se dit…
« Rien de tel que la musique pour faire passer des messages » disent-ils, petits bonheurs et angoisses. « La vie en Polynésie, l’amour, les bons comme les mauvais côtés » sans négliger le fiu : la lassitude, le désespoir de ceux qui triment en vain. Sur ce thème, Faaitoito atu (Courage …), composition du soliste Martial, lance sa clameur aux cieux qui veulent bien l’entendre !

Reggae men, Va’a* men, Bad men
Au cœur de leurs préoccupations, dans un espace que la planète folle prédestine à la montée des eaux et aux retombées atomiques, toutes les formes de pollution et leur prévention : « l’écologie, la religion, la corruption politique… Là encore, les bons et les mauvais côtés »

Et ils n’oublient pas… autant ils savent protester contre les travers de nos sociétés… autant ils savent remercier ceux qui les ont aidés. L’association culturelle et écolo Tuihana « pour les avoir lancés », le groupe musical Toa'Ura  qui « leur a offert leur première grande scène »… et puis « tous les musicos qu’on a rencontrés depuis le début, nos familles… nos fans (s'il y en a! lol) ! »

Belle déclaration d’amour !

Le cœur encore…
Chantres de la consécration de la terre dont ils sont héritiers, de leur berceau et de « la sauvegarde des sites naturels, culturels et cultuels » de l’archipel, à l’instar de Tuihana, dont la formule citée ci-dessus, vaut le détour, ils n’ont pas fini de s’exalter…

Un «bœuf» Queer* des plus étranges
Et je ne résisterai pas à vous livrer ce petit moment, exceptionnel pour nous mais courants pour eux, d’une soirée à l’Hawaïki Nui hôtel. C’était « alerte orange » au cyclone sur l’île. Les arbres menaçaient les chaussées, la mer était démontée, les routes submergées, la population conviée à se barricader chez elle en certains points de la côte. Seuls, les plus proches résidents ou les plus téméraires avaient affronté pluie et vent.

Manino, venu tôt, assurait son rendez-vous… sous la bourrasque, les coups de vent qui s’infiltraient dans le grand hall, le tambourinement entêté de la pluie sur le toit… Les bougies disposées sur les tables en cas de panne de secteur… Regardez…

Des accents Manouche, des grattes* façon Santana... c'est Manino…
« Manino », c’est cet esprit… où chacun est le bienvenu, où la parole donnée est honorée, où même les plus petits ont leur place, où chacun peut venir chanter avec eux…

Et ça ne s’oublie pas.

Un article de  Monak

Leurs titres phares* :
- Pohe ha'avare (sensitive) & Te hia'ai nei (envier) de Taiau
- Pi'i no tua (appel de l'océan)  & Faahuehue (foutre la merde) de Taaroa
- Fa'atura  (respect) & Ua ao Ua po (le jour, la nuit) de Heiarii
- Toparaa mahana (coucher de soleil) & Faaitoito atu (courage) de Martial

Un peu de ma’ohi* & autres langages :
Fa'aitoito : Courage !
Fa'atura : Honorer, exalter, respecter…
Tātau : tatoo, tatouage.
Va’a : pirogue à balancier (voir sur photo : va’a à Mahina- Tahiti)
Gratte : guitare
Bœuf : improvisations musicales entre deux groupes
Queer : étrange… avec le duo King’s Queer en tournée dans les îles


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