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mardi 4 novembre 2014

L’Hawaïki Nui Hôtel de Raiatea



Le Tourisme autrement

Loin des chaînes hôtelières formatées, des prestations banalisées aux quatre coins du monde ; loin des slogans accrocheurs vantant et vendant du fantasme à portée de main pour mâle en appétit de goguette exotique…
Il est des foyers de villégiature, les deux pieds dans la réalité, qui savent offrir intelligemment, en un panachage entre cœur et culture, une image non-dévoyée de la Polynésie.


Parmi les professionnels du tourisme, ceux-là même qui actent sur le terrain et assurent 24 heures/24 une hospitalité conviviale, il est des figures dynamiques qui savent à la fois susciter les attentes d’hôtes éventuels et valoriser la véritable prodigalité des habitants de Raïatea.
Le tourisme c’est maintenant, c’est aujourd’hui. Patricia Russmann-Maurin, Tahitienne, directrice générale de l’Hawaïki Nui Hôtel au sein de cette île, vous fait part de son optique.

La passe entre récif corallien et motu
Pour ma part, c’est en toute objectivité, car je l’ai vérifié à plusieurs reprises lors de mes séjours à Raiatea, que je vous livre les fruits de ma découverte et les propos enregistrés de Patricia sur panoramas de cette unité d’hébergement à dimension humaine.

Un environnement en évolution
Prôner un tourisme mixte, pour ne pas dire « fusionnel », c’est-à-dire à la fois représentatif de l’âme d’un peuple et à l’unisson avec la curiosité dénuée de préjugés de voyageurs attentionnés… Entretenir ainsi le sens du partage … Privilégier un panel de villégiatures destiné autant aux autochtones qu’aux hôtes internationaux, c’est tenir compte des nécessités et des aspirations insulaires de ce territoire d’Océanie. Car, ne l’oublions pas l’île de Raïatea est le deuxième pôle économique de Polynésie française.

Ce noyau atollien draine, avec ses activités agricoles « raisonnées » et ses productions industrielles en pleine expansion, les populations des Îles-sous-le-Vent, mais aussi des archipels proches. Il le doit à son unité hospitalière, sa capitale administrative, ses collèges et son lycée, ses essences florales uniques (le tiare apetahi), son capital halieutique, son marché lagonaire -incluant la vanille et la nacre de Taha’a- et ses sites ancestraux.

Un hôtel au ras du platier 
Comment adapter le tourisme pour qu’il soit partie intégrante des autres secteurs d’activité ? Comment répondre aux intérêts divers que sont l’emploi, les déplacements vitaux et le tourisme à vocation culturelle ? Comment intéresser le touriste à la vie locale, l’associer aux vrais enjeux, ceux qui ne soient pas dénaturés par le consumérisme ?

La quête de cet équilibre semble avoir animé, sous différentes formes, l’aventure de l’Hawaïki Nui, depuis sa création…

Il était une fois
Il était une fois… une île. L’île de Ra’iātea. Elle aurait porté le nom mā’ohi d’Hawaiki Nui ou Havai’i Nui, signifiant "l'île d'où l'on vient" ou "Le grand paradis des âmes", selon d’autres sources. Il était donc, il ya très longtemps, l’île des origines.

Il était, bien longtemps après… dans la baie de Tepua, au creux du lagon ouvert par la passe de Teavipiti et face au motu de Taoru, le premier site de bungalows hôteliers sur l’eau. Conçu par l’architecte tahitien Gérald Garnier, il émane d’un trio de Californiens, les « Bali Hai Boys » soit Hugh Kelley, Jay Carlisle et Muck McCallum. Implantés au tout début des années soixante dans l’archipel polynésien de la Société, ils « seront les vrais créateurs du tourisme des îles » : de Moorea (1961) à Huahine (1973).

Les Bali Hai Boys
A Raiatea (1966), ils  « créèrent un hôtel qui devint vite le centre social de l'île avec ses bringues tous les soirs, ses tours de l'île en truck et ses promenades sur la pirogue "Liki Tiki" (phonétiquement "tiki qui fuit" en anglais), le tout bien arrosé.», nous avise la "philosophy" du Club Bali Hai. Au menu du bain insulaire : gastronomie, danse, musique avec le chanteur musicien paumotu et ex-pêcheur de nacres, Vilivala, …

C’était l’époque où les charters déversaient de par le monde leurs lots de curieux. Depuis et aujourd’hui encore, les taxes prélevées par le fenua polynésien, grevant les Compagnies aériennes et les Tour operateurs, adieu le tourisme culturel bon marché et bonjour la raréfaction des voyageurs !

Les premiers Bungalows sur lagon du monde
Cependant, le Bali Hai Raiatea sinistré par un incendie, vendu, devenu Hawaiki Nui Hôtel, dans la seconde moitié des années quatre-vingt, se transmet le legs de « la Polynésie respectable, celle de l’âme festive, de la belle époque de la fête et de l’ambiance », précise Patricia R-M. L’héritage de la tradition familiale des veillées accompagnées de chants, la fibre conviviale bon enfant que les Bali Hai Boys avaient su comprendre et entretenir…

En toute cordialité !
L’une des particularités de L’Hawiki Nui, vu la date de sa fondation, car il figure parmi les plus vieux hôtels polynésien, reste ce lot de savoir-vivre et de raffinement allié au charme de la simplicité. Pittoresque appariement d’une fraîcheur incomparable !

Reste aussi le cachet indiscutable de ces bungalows sur lagon, conçus sur le modèle.  des fare sur pilotis, propres à l’habitat ancestral littoral polynésien. Si ce prototype de structure légère reste pionnier dans l’histoire du tourisme balnéaire mondial, imité inlassablement depuis, il a fini par « se consolider », faisant corps avec le socle corallien. Il abrite toujours les mêmes faune et flore aquatiques initiales sans dégradation. « Les auvents munis de pareu rouges sont remplacés par des baies vitrées, le plancher découpé de plexiglas, laisse voir de nombreuses espèces, frayant au-dessus du platier, cet immeuble à poissons », souligne Patricia.

Une aquarelle pour l’immortalité…
« Si la ville s’est blanchie, si les Polynésiens s’habillent en popaa, Raiatea fait preuve d’une autre mentalité, celle d’une petite sous-préfecture tropicale. L’Hawaïki Nui, ici, c’est l’hôtel des îles, l’hôtel de la gare (maritime et aérienne). Uturoa, de par sa fonction administrative, mélange locaux et touristes. » Toute l’originalité est là ! « L’accès n’est pas restreint. » A la différence des hôtels de luxe qui, craignant la promiscuité, le froissement éventuel mais improbable entre les communautés, préfèrent sauvegarder le caractère impersonnel de leur établissement.

“Joie de vivre” ?
L’Hawaïki Nui, c’est l’hôtel typique. « Le cadre que nous offrons, la dimension de notre unité hôtelière, permet le côtoiement de groupes ethniques variés. Il prend en charge, il gère la diversité de la clientèle. Il fédère les individus autour de la joie de vivre. » Pourquoi gommerait-on cette humeur communicative ? « L’ukulele ou la guitare » n’occasionnent qu’une contamination sans danger.

 Encore heureux qu’il existe des lieux où l’effusion soit admise ! Cette opportunité provient-elle exclusivement du fait que la gestion soit autochtone ? Il est vrai que « la conception du service bénéficierait à être révisée dans les grands hôtels polynésiens. Le personnel ne peut se traiter comme une entité abstraite ou anonyme. Dans leur formation les gestionnaires devraient passer par un sas : pour comprendre… qu’ils ont à faire avec de vrais gens, qui véhiculent avec eux leur façon, propre à eux, d’appréhender la vie.»

Des tempéraments aux grâces florales
« Il est un principe tout polynésien qui tempère la relation à l’emploi : les gens oublient qu’ils travaillent, ils sont là pour faire plaisir. Ils ne travaillent pas par obligation, mais parce qu’ils vous aiment. C’est la base. » Le devoir remplacé par le sentiment, c’est tout un monde !

« Aimer, c’est respecter. La démarche est réciproque. Aimer, c’est valoriser : reconnaître avant tout que nous sommes face à des êtres humains, vivants, bruts, avec leurs problèmes, et que notre tâche est de les personnifier.  
« Le travail, c’est une maison où les problèmes sont oubliés »

Un service à la polynésienne !
Privilégier le tempérament de chacun, c’est juste un peu plus complexe, mais tout aussi efficace : car fusent les prises en charge et les initiatives. C’est accorder aux employés « la libre gestion de leur temps, ce n’est pas la même logique ; mon côté cartésien s’inquiète et se tord les entrailles ; mon côté polynésien me serine qu’il faut savoir prendre patience. Tout se passe bien. »

« En quatre ans, je n’ai pas épongé de problèmes. L’hôtel est approvisionné par les maraîchers et les pêcheurs locaux. Une mama apporte chaque matin son panier de fruits de la passion. Les jus sont pressés à la demande. On sert à la polynésienne (présentation végétale), on mange polynésien. »

Côté bungalows…
L’animation fait appel quotidiennement aux artistes locaux et s’adjoint  d’autres provenances le week-end, collaborant avec les associations artistiques ou culturelles proches ou lointaines. Les inspirations et les influences se métissent. La clientèle est choyée, venant fêter un événement familial. Le bonheur, c’est communicatif.

J’ai vu : « un personnel heureux ! »

Un tourisme interactif
La démocratisation du tourisme reste-t-elle toujours entachée de relents péjoratifs et calamiteux ? Continue-t-elle à faire de l’ombre aux monopoles du tourisme mondial, auprès de qui peuvent se servir et spéculer quelque représentant des instances publiques ? Toujours est-il que le « tourisme culturel », quand il ne sert pas de panneau publicitaire électoral aux grands de ce monde, essuie quelques difficultés pour sauvegarder son intégrité.


Ambiance fare et toit de niau
Replaçons l’Hawaiki Nui dans son contexte : « Raiatea est une île de retraités ; de Polynésiens qui reviennent sur leur terre après un long séjour de labeur à Tahiti, contraints et forcés ; de retraités français aussi ; de fonctionnaires. Les jeunes partent à l’Université (Tahiti encore) ou s’ouvrir l’esprit ailleurs » Le tourisme n’y cible donc pas les jeunes.

« La baie d’Uturoa attire plutôt les plaisanciers, les amateurs d’épaves et d’histoire, les écolos : le site est protégé. L’île est spacieuse, facile à vivre, bien desservie (3 à 5 vols par jour), pourvue des commodités nécessaires, tout est à portée de main. Les motu sont aménagés et publics. »

Raiatea ne se complait pourtant pas à la somnolence de son patrimoine immémorial et de ses vestiges sous-marins…  Raiatea est une île qui bouge : sur la trace de ses ancêtres officiant sur les marae, dans le sillage des trois-mâts gisant par 25 mètres de fond, comme le Norby visité par le Club de plongée Hémisphère Sub, au large de l’Hawaïki Nui ; au son de ses musiciens vénérables ou de ses nouveaux compositeurs comme le Manino band… au swing de ses groupes locaux de danse ; à l’écume de cette course annuelle en pirogue, l’Hawaiki Nui Va’a… L’île est prolixe.

Plonger pour l’histoire et le plaisir !
Quant aux touristes : « On veut bien les aimer, à condition qu’ils soient aimables ! Ils n’ont pas à être désagréables, à faire des plaisanteries déplacées ; à nous servir le mythe occidental de la vahine, plutôt gerbant, surtout pour les jeunes couples en voyage de noces ! Cette image est totalement négative pour le tourisme. Ce n’est pas parce qu’ils ont dépensé une fortune, qu’on leur doit tout. En grosse majorité, ils ne sont pas déçus, plutôt contents. » Dépaysés d’une certaine façon, mais sacrément entourés.

« Le vrai tourisme, c’est ce brassage interactif.

Un avenir pour l’Hawaiki Nui ?  
Bien que les requins du tourisme mondialisent leur panoplie de loisirs et de résidence en assortiments de plus en plus onéreux et extravagants en Polynésie, la recette –dans tous les sens du terme- ne s’avère pas rentable ! Pire, elle pousse cette activité à végéter car les clients s’en détournent. Chicanant sur les postes budgétaires, ils se sont vu aux prises avec une grève, à Tahiti comme à Bora Bora. Les grandes chaînes hôtelières continuent à fermer certains sites et ne font pas le plein des chambres restantes !

Accueil en l’île.
L’Hawaiki Nui semble au contraire satisfaire un taux de fréquentation constant et dynamique. Malgré les tribulations financières qui touchent, pour d’autres raisons, son propriétaire actuel.  

L’Hawaiki Nui est-il réellement en danger ? Les bruits courent. Mais il serait dommageable pour un hôtel, si bien inclus au cœur de la ville, de la vie, des habitants de Raiatea, que la menace se confirme.

L’élégante dame aux pieds nus…
Toujours est-il que l’élégante dame aux pieds nus et aux multiples pareu assortis aux couleurs du temps… l’âme actuelle de l’Hawaiki Nui, poursuit sans relâche son office de vestale des lieux.
Elle y entretient la flamme de l’hospitalité sincère, de la prévenance, du goût, de l’ardeur, de l’ouverture d’esprit, de l’allégresse et de la félicité. Une véritable célébration du séjour idyllique ou du paradis sur terre, si vous préférez…

Une belle manière d’afficher sa polynésianité…

Un article de  Monak

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