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vendredi 5 décembre 2014

Autonomie ou indépendance ?


Le faux débat politique polynésien

Depuis des décennies, la classe politique polynésienne occulte les vrais choix politiques en se réfugiant derrière un débat pourtant simple à clôturer.

En Polynésie française, depuis Pouvana a Oopa, le paysage politique propose deux options, et deux seulement : être pour l’autonomie ou pour l’indépendance du Pays.
L'assemblée de Polynésie à Papeete

Au-delà de ce choix effectivement fondamental, cependant, aucune des formations politiques disposant d’au moins un élu, que ce soit à l’Assemblée de Polynésie ou dans les communes, ne propose le moindre projet de société.

 

Les Polynésiens sont tous indépendantistes

Est-il un seul homme, de quelque endroit de la planète qu’il soit, qui puisse accepter l’idée que son pays soit dirigé par des gens venus d’ailleurs, avec une autre langue, un autre passé, une autre culture et un autre mode de vie ?
La mairie de Pirae (14 600 habitants)…

Bien évidemment non, et les Polynésiens ne font pas exception à la règle.

Pour preuve, le très controversé leader autonomiste Gaston Flosse (85 ans cette année, moult fois condamné, aujourd’hui inéligible mais quand même grassement rémunéré par l’Assemblée de Polynésie) a mené, de modification des statuts en modification de la Constitution française, le statut de l’autonomie polynésienne aux limites de cette fameuse indépendance. Faisant, accessoirement, de la Polynésie française un Pays qui présente toutes les caractéristiques d’une république bananière. Ceci avec la bénédiction du gouvernement central à Paris.

La vraie question est : à quoi ressemblerait une Polynésie indépendante ?

A cette question, aucune des formations politiques installées depuis 40 ans n’apporte la moindre réponse.
… et un fare comme il y en a tellement...

A ce jour, pas un seul élu n’a jamais soumis à la population la moindre proposition pour que la Polynésie retrouve ne serait-ce qu’une parcelle de cette autosuffisance qu’elle a connue jusqu’à l’installation du Centre d’expérimentation du Pacifique (CEP).

Le sujet de l’indépendance est en permanence au cœur des débats de l’Assemblée. Pourtant, jamais les élus n’ont envisagé de demander à la population, par voie de référendum, quelle serait sa réponse à cette question.

 

Les élus Polynésiens et l’économie

Depuis 1963, date d’installation du CEP, les élites polynésiennes ont été habituées à vivre sous une perfusion financière plus que généreuse de la part de la métropole française. Il faut dire que l’objectif, jusqu’en 1995 (date du dernier tir souterrain à Moruroa), était clairement de faire en sorte qu’il n’y ait aucun remous audible au-delà des îles concernées.


Les Polynésiens, eux, se sont habitués à voir tous les déficits comblés sans que jamais soit posée la moindre question. Mais lorsque la France a sifflé la fin de la récréation pour cause de restrictions budgétaires, les élus polynésiens n’ont rien voulu changer à leurs habitudes de « gestion ».
Gaston Flosse enfin définitivement condamné

Puis la crise est venue, suivie en 2004 par le Taui (changement) qui mit, provisoirement hélas, un terme au système Flosse.

Ces deux événements ajoutés à l’incompétence et à la corruption des élus de tous niveaux ont plongé le pays dans une situation dramatique. Au point que la note attribuée par l’agence Standard and Poors est passée en moins de deux ans de AAA+ à BBB-.

 

Politique et probité en Polynésie française

Sur ce plan, la situation est au moins aussi inquiétante. Aujourd’hui, près de la moitié des élus de l’Assemblée de Polynésie sont soit mis en examen, soit déjà condamnés dans des affaires de corruption, d’abus de biens sociaux et autres motifs du même genre.

S’est déroulé à Tahiti le plus grand procès de toute l’histoire judiciaire locale. L’affaire dite « des emplois fictifs », dont le principal accusé est… Gaston Flosse, met en cause pas moins de 93 prévenus ! Six d’entre eux étant décédés au cours de l’instruction, ils étaient tout de même 87 sur le banc des accusés du tribunal de Papeete.
... condamné mais toujours présent !

La corruption est présente à tous les niveaux des services publics de Polynésie. Dirigeants comme bon nombre de citoyens sont incapables de raisonner autrement qu’à travers le prisme du clientélisme.

 

Une économie profondément malade

Avant l’installation du CEP, la Polynésie française était, sur le plan alimentaire, autosuffisante à 95%. Le Pays aujourd’hui importe 80 % de ce qu’il consomme alors que son agriculture est en crise et que de nombreuses récoltes pourrissent sur les quais dans les ports des îles éloignées.
Edouard Fritch, condamné mais président de la Polynésie

Un autre poison de l’économie locale est l’indexation des salaires. Cette indexation dont bénéficient tous les fonctionnaires d’Etat (enseignement, police, armée, justice…) fait, par exemple, qu’une femme de ménage employée par un établissement scolaire peut avoir un salaire plus de trois fois supérieur à celui d’une de ses homologues dans le privé avec un « contrat local ».

Les fonctionnaires territoriaux eux, bénéficient de rémunérations calculées en fonction de leurs homologues fonctionnaires d’Etat.

           Les commerces, les entreprises et les propriétaires de logements locatifs ont établi leurs prix en fonction de ces sursalaires, plongeant le reste de la population dans une évidente pauvreté.

Le fiu* des Polynésiens

Aujourd’hui, les Polynésiens sont écœurés par les agissements du monde politique et ne se reconnaissent plus dans aucun de leurs élus.

Un profond désespoir gagne peu à peu l’ensemble de la population, faisant craindre une aggravation irréversible de la situation si aucun parti n’arrive à s’imposer avec des hommes nouveaux et un véritable projet de société. Un projet qui serait à la mesure du pays et des enjeux qu’il y a aujourd’hui à relever.

Hélas, la nouvelle loi électorale imposée par Paris par les services de la ministre Marie-Luce Penchard, avec un seuil à 12,5 % des électeurs inscrits pour accéder au 2ème tour, a sonné le glas de tout renouvellement significatif de l’Assemblée de Polynésie.
Une image beaucoup trop fréquente à Tahiti

La Polynésie française est en grand danger, et aucun signe ne permet d’espérer la moindre amélioration avant les prochaines élections.

Pour mémoire, rappelons ici que le Pays a connu huit changements de majorité en sept ans sans que la population ait été consultée une seule fois !

Le divorce entre la population et ses « représentants » est clairement consommé. Hélas pour le Pays, rien ne se met en place permettant d’espérer une évolution favorable, quelle qu’elle soit.


Lexique :
*Fiu : Etre rassasié, fatigué, las jusqu’à l’écœurement

Retrouvez toutes les données chiffrées sur le site de l'Institut de la statistique de la Polynésie française : www.ispf.pf/ISPF/Home.aspx

Un article de  Julien Gué

Tous droits réservés à Julien Gué. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet ou dans la presse traditionnelle.

1 commentaire :

  1. Leon Tautu Céran-Jérusalémy13 décembre 2014 à 21:12

    Hélas, que faire pour changer cela, si ce n'est de laisser courir jusqu'au jour où , avec espoir,
    un leader charismatique se présentera?
    En attendant il n'y a malheureusement rien à faire que de subir , ce qui me rend malade !
    Merci pour ce partage que j'approuve totalement!

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