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jeudi 25 juillet 2013

Le jardin du Cap Bon

Un parfum d’agrumes

Pas plus de 70 km de long et 40 km de large, le Cap Bon, à la pointe nord de la Tunisie, s’étire vers la Sicile. Bordé par le Golfe de Tunis (à l’ouest) et le golfe de Hammamet (à l’est), ce minuscule appendice n’en est pas moins l’une des cartes de visite de la Tunisie.

Déjà les rivages sont en odeur de brises légères et résonnent de la douce ambiance des stations phares du tourisme tunisien. Les plateaux intérieurs (culminant à quelques 600 m) se colorent du croquant des cultures maraîchères et pétillent en aromes d’agrumes, de jasmins et du nectar des vignes.

Et la terre se magnifie
Le jardin de la Tunisie jouit d’un microclimat et de paysages idylliques, bénis par les dieux de la mer depuis l’Antiquité. « Chôra » (ou terre fertile) punique, « promontoire de Mercure » pour les Romains, la région servit d’isthme aux invasions venues de la Méditerranée du nord et d’ultime refuge à l’allemande Afrikakorps, avant sa capitulation en 1943. Mais ce ne sont que minces ridules qui ont à peine égratigné la sérénité de tant de siècles !

Le verger prospère, du fait peut-être de sa situation excentrée. Ce n’est vraiment qu’au 20ème siècle que la région fait office de pont avec l’Europe, en tous points conforme aux flashs publicitaires. De mars à octobre, une saison édénique s’offre à la floraison des orangers.

Un calendrier festif
Chaque village vit au rythme de ces efflorescences. Nabeul, comme Menzel Bou Zelfa, clôt la saison des agrumes avec sa « foire des fleurs et des orangers ». Elle rassemble, au souk El Felfel en avril, des fantasias, des spectacles, des étals de poteries et de sparterie de Nabeul. Elle distille la nouvelle eau de bigaradier -zhar-, pour couronner une année de labeur. La tradition s’évente un peu mais se maintient avec moins d’éclat.

Un festival qui prône la protection des espèces
El Haouaria célèbre l’épervier en un festival qui concorde avec les pauses migratoires de ces rapaces (mai-juin). Les scènes de chasse font perdurer un patrimoine bien lointain : la caille pour l’épervier et la perdrix pour le faucon borni. Originaire de l’époque carthaginoise, ainsi que l’attestent les mosaïques locales, cette célébration prend des allures de tourisme écologique.

Qui dit verger évoque oiseaux : Hammamet est la ville des colombes (hammama), comme des bains (hammam). La proximité marine se conjugue avec l’art de la volerie. La fête du thon à Sidi Daoud (mai-juin) figure en bonne place. L’halieutique, ainsi que toute activité concernant l’environnement, fait partie des préoccupations de la Tunisie, en cette époque de disparition des espèces animales.

Le petit port, dont l’origine serait andalouse, attend inexorablement l’arrivée du banc de thons providentiel, pour s’adonner à la « matanza », entre filets et plateau continental corallien.

La « matanza » à Sidi Daoud
Hichem Ben Ammar relate cette tradition de la pêche artisanale dans le court-métrage Raïs Labhar (Ô Capitaine des Mers, 2002). L’écrivain Hedi Khelil, dans le journal La Presse le commente ainsi : «… exaltation d’un métier qui est sur le déclin. Le vieil homme, handicapé par un rhumatisme ravageur occasionné par l’eau de mer, affirme que sa destinée se dirige naturellement vers ce qu’il appelle « le cimetière des éléphants » où sont et seront enterrés les derniers guerriers de la matanza. Le jeune homme, barbu, toujours sous le charme hypnotique de la mer, récitant par cœur dans ses heures perdues, les vers des grands ténors de la poésie érotique arabe classique, dit, avec la ferveur et la surexcitation d’un hédoniste amoureux, qu’il ne mourra que dans la mer. Le film prend fin, d’ailleurs, par le plan stylisé d’un grand plongeon qu’il fait du haut de la falaise. »

Hammamet entre blancheur et ocres
A ces fêtes populaires du corps et de l’exploit inscrit à l’ordre d’une nature prégnante, s’ajoute le festival des Arts vivants de Hammamet (juillet-août). Prisé autant par les artistes tunisois que par les familles du coin, il mêle œuvres d’avant-garde et spectacles folkloriques. Toujours dans la tradition du pays et des amphithéâtres romains, la scène, construite en 1964, est de plein-air.

Au bonheur des corps et des sens
La mer, la pureté de l’eau, cette blancheur de colombe et des rivages marquent l’harmonie de la côte est. La zone hôtelière s’étend sur plus d’une vingtaine de kms entre Hammamet et Nabeul.

Elle doit sa flambée touristique à un milliardaire roumain, Sebastian, se faisant bâtir une villa avec dépendances sur un terrain littoral en 1920. Il y invite des artistes comme Gide, Roger Martin du Gard, Bernanos, Klee et F. L. Wright. Et le lieu devient foyer culturel. Il attire, dans les années 60, d’autres célébrités qui s’installent saisonnièrement à proximité. A sa mort, Sebastian lègue la propriété à l’Etat. Le domaine est aujourd’hui un Centre Culturel International.


Dar Sebastian, Centre Culturel International, fait bouger Hammamet
La ville se répartit, à partir des sites antiques de Siagu et de Pupput, entre une minuscule medina entourée de remparts pieds dans l’eau et une ville plus moderne, enserrant des monuments du XVème siècle -grande mosquée et sanctuaire-, ainsi que des galeries d’art.
A l’autre bout de la chaîne, Nabeul -anciennement Néapolis- perpétue ses poteries artisanales jaunes et vertes rehaussées de motifs géométriques et floraux. Des fabriques plus modernes se lancent dans la céramique culinaire et artistique. Le musée archéologique, lui, regroupe les mosaïques de la région. Longue continuité depuis les carrières d’argile sises de part et d’autre de la ville.

Au cœur des mutations
Ce qui caractérise le Tunisien, c’est sa mobilité : empreinte d’un atavisme nomade, sans doute. Si l’époque de l’Indépendance des différents Etats du Maghreb a fixé des frontières infranchissables et a arrimé les populations par une politique de sédentarisation, les stigmates en sont encore bien repérables.

Sources guérisseuses ou aïn cheffa
L’approvisionnement des marchés freine l’engouement des familles à venir s’approvisionner à la source, ce qui expliquerait la baisse de fréquentation des festivals populaires. Mais le déclic fonctionne encore autour des eaux florales : l’eau de rose (ma warda) pour hydrater et rééquilibrer l’épiderme et l’eau d’églantier pour le tonifier (nesri en langue tunisienne). Et, pour faire bonne mesure, le nesri parfume les gâteaux domestiques comme le ka’ak (sorte de biscuit dégusté en le trempant dans de la citronnade).

L’activité du Cap Bon se consacre aussi à d’autres formes de bien-être. Deux stations thermales regroupent une multitudes de sources chaudes, à flanc de coteau comme en bord de ce littoral ouest escarpé : Aïn Oktor et Korbous. Déjà fréquentées par les Romains, délaissées après la conquête arabe, elles sont réhabilitées par Ahmed Bey, au XIXème siècle. De tous temps (ou presque) les vertus des « sources guérisseuses » (aïn cheffa) attirent un tourisme thermal.


Les sources chaudes de Korbous, un bienfait
La région connut bien des va-et-vient et des brassages de populations avec les carrières de Ghar El Kebir. Même les pierres ont voyagé à dos d’esclaves, pour édifier les monuments de la capitale, depuis les Carthaginois.

La ville punique de Kerkouane entretient son énigme et la question reste entière de cette brutale désertion inexpliquée : pourquoi le site s’est-il vidé de ses habitants ? La vie y paraissait florissante comme semble le prouver cette baignoire, installée à une fenêtre avec vue sur mer.

Le port de Kelibia, survit, quant à lui. Sa forteresse byzantine abrite des vestiges de citernes, le tracé d’une église. Lieu magique de spectacles sous les étoiles, tout comme son vis-à-vis, sur le golfe opposé, Korba.

Au parfum de nesri (églantine)
L’orange ? Un fruit qui fait voyager. Introduit en Perse, en Egypte et au Maghreb par les Arabes, elles se distinguent en deux grandes familles : les sanguines et les blondes. Tiens ! Un parfum de réminiscence… Pas vous ?

Quant à Gisèle Halimi, elle publie en 1988, Le Lait de l’Oranger. Un mythe bien contemporain à découvrir…

Un article de  Monak

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