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lundi 29 avril 2013

Droit à l’homosexualité



Un parfum de liberté 

Que notre siècle en soit venu à ajouter « pour tous » à « égalité » c’est le comble ! Le comble de la tautologie, du bégaiement de notre culture. Reste que depuis le vote de la loi Taubira souffle comme un vent de liberté. A fêter, sans nul conteste.

Ce soir c’est la fête au Kim Ba, tout comme dans trois arrondissements contigus de Marseille qui comptent d’autres bars Gays, Lesbiens et Trans : « Apéro de l’égalité », ça ne s’invente pas. La pression de ces dernières semaines vient de tomber. Reste la suite, qui ne sera pas plus simple à gérer.

Au quartier des artistes
Sophie Roques, responsable du groupe HeS (Homosexualités et Socialisme) Marseille, en collaboration avec la LGBT (Lesbiennes Gays Bi Trans) joue la DJ au patio et l’hôtesse entre rue et comptoir. Car il faut bien le reconnaître, l’accueil est convivial. Chacun vient à la rencontre de l’inconnu. Serait-on en terre de fraternité ?

 

Flânerie nocturne

J’aime les villes, la nuit… (Ce n’est pas de moi, si, enfin, bien sûr*, avec les réminiscences d’un ailleurs)… cet air léger, cette haleine chaude du sud flottant du sol au crépuscule. Cet après-midi, c’était t-shirt plein soleil, comme pour marquer une nouvelle ère. Une saison imprévisible, fragile : le couple homo passe la grande porte des droits.

 

Même s’il y a eu bousculade à l’entrée, ce soir on se lâche. On badine, on s’égaie.  Entre préjugés et clin d’œil, on caricature, on « galège » ! Ce n’est pas tant le « cérémonial, ni l’institution, sa musique et ses flonflons… mais ce qu’elle représente : la grande maison de la mairie qui vous reluquait de travers. Le gars à l’écharpe tricolore… » (me souffle A), il martèlera d’un grand coup de tampon encreur, les « noms paraphés au bas du parchemin* ».



 

 Marianne fête l’égalité

Ce n’est pas non plus que l’homosexualité se sente obligée d’abandonner l’amour libre… mais l’important c’est « d’avoir le choix », comme tout un chacun. « C’est aussi qu’en cas de séparation, on arrête de nous faire le coup de l’humiliation condescendante… comme si c’était une dégradation que de passer d’un mariage hétéro à un PACS homo… Beaucoup se sont vu sucrer la responsabilité (des gosses)… » confient Al et Ph. Condamnés pour non-délit, c’est comme si on accusait Marianne* de ne pas aller à la messe !

 

Impressions d’un promeneur solitaire

Du vieux port, j’ai remonté la Canebière, grimpé par le quartier Noailles vers Notre-Dame-du-Mont, accédé au Cours Julien. Un climat artiste, bohème, entre Beaux-Arts et Musique, terrasses sous les arbres, ouvertes à la nuit. Depuis hier, mais n’est-ce qu’une impression ? On aurait dit que la « clandestinité »  de ces derniers mois s’est enfin dissipée.  La tension de la haine a enfin lâché prise… juste pour une nuit ? Les voix se font à nouveau entendre, sans crainte de représailles.

 

Je les entends, un peu plus audibles dans les magasins, depuis cette fin de matinée où tout a été joué, se programmant une grande bouffée festive. C’est fou tous ces couples homosexuels que je viens de croiser… sur le chemin de « chacun sa fête ». En cette soirée historique, quelles que soient les annonces UMP  2017 de tentatives d’abrogation.

 

«Apéro de l’égalité», la coolitude…

Ce soir, Marianne accepte d’embrasser la République à pleine bouche et ce ne sera plus indécent. Ce soir, on jouera la parodie du saccage des bars Gays métropolitains de ces dernières semaines. Sans trop y croire, car Marseille, plutôt bonhomme, n’a pas connu le déferlement homophobe de ses voisines à l’Est. « Des incidents, oui, qui ne sont pas pilotés par des ligues déclarées ». Mais tout le monde connaît la dangerosité des phénomènes de groupe, surtout en matière d’agression ; combien le collectif déresponsabilise l’individu, caché derrière l’anonymat, et annihile tout sursaut de conscience.

 

L’école de la république  

Marianne s’est remise à l’école de la république où l’intégrité de la personne constitue l’un des principes fondamentaux : « L'égalité ce sont les mêmes droits pour tous, quels que soient son sexe et son orientation sexuelle, tel est le sens du 31ème des 60 engagements pour la France présentés par François Hollande. »

 

Eventail de sympathisants plutôt éclectique au Kim Ba : à l’instar de l’Association promotrice de l’événement, composés d’hétéro et d’homo. « Eh oui ! Preuve qu’on n’est pas à côté de la plaque ! », « On fait même excellent ménage ! », galège-t-on. Les membres Hes sont des individus (d’appartenances politiques ou associatives différentes ; 40 Hes Marseille / 800 pour la France). Coordonnés avec les associations homologues européennes, ils se réunissent pour résilier les discriminations. Ils y planchent depuis 1983, date de la fondation de l’association.



 

L’émotion du 23 avril avec « Hes Marseille »

« La tâche n’est pas facile. On a beaucoup galéré. A chaque fois qu’un gouvernement de gauche soulève des questions de société ou d’éducation, c’est le tollé à droite. Qu’on se souvienne des manifs pour l’école sous Mitterrand ! » explique un militant.


Echos de comptoir

Du zinc au trottoir, le courant passe. La blague du moment, c’est de lancer à la cantonade : « A quand le mariage ? », « Vive les mariés ! »… Et chacun de pouffer de rire. Car rien ne sera vraiment mis en place avant juillet. Il est long le parcours d’une loi ! Et si l’atmosphère est à la réjouissance, pour l’instant Marianne n’a que des prétendants.

 

Elle ne s’en plaint pas d’ailleurs. Toute curieuse de savoir comment vont évoluer les regards. Quelques trente ans depuis sa dépénalisation et l’Homosexualité n’a pas essuyé que de l’innocence ! Certains ne le découvraient que cette année ! Plus pesant que les mentalités, il faut vraiment chercher. « La culpabilité qu’on voudrait nous coller est vraiment tenace !», «Sans parler de la honte ! »

On admet que « ça » n’arrive pas qu’aux autres. Mais le dialogue avec les parents reste souvent impossible. « En fait, on ne le dit pas, on l’avoue ! » Et le baiser est encore entaché de répulsion : « Quand on n’a pas la beauté des dieux ou le look d’un top model on est taxé de grand dégoûtant ! »

Impressions d’égalité

« On y est venu en famille, déclare N., exprimant par-là, la reconnaissance des tendances de son jeune fils adolescent. Il n’y a pas d’âge pour se définir comme citoyen à part entière. C’est à lui de se déterminer par la suite. En toute connaissance de cause ! » « C’est tout de même plus sain que de faire semblant », déclarent-ils de concert. « Moi, je veux vivre, c’est tout ! Vivre, ça veut dire au grand jour ! »                                           


Dernier regard sous la lune  

Ma pérégrination s’achève sur les sentes d’une ville presqu’endormie posant un regard lunaire et froid sur les soubresauts d’un monde irrationnellement et inutilement divisé. Un clan appuyé par des institutions qui sacrifierait la moindre parcelle de sentiments. Une minorité soumise à leur bon vouloir. Un chaos où seraient tués ceux qui s’aiment. Un monde où ce qui est humain deviendrait étrange et étranger*. Et l’amour m’est plus qu’humain et si proche !

Peut-être avait-elle fait l’école buissonnière, Marianne, depuis 1791… Est-elle à ce point inattentive qu’il ait fallu redéfinir le mot égalité et les droits qu’il recouvre ? Quant à ses devoirs vis-à-vis de tout citoyen, soit elle les avait bâclés, soit elle avait fraudé. Corriger ses erreurs, n’est-ce pas la remédiation ?

…nuit câline « pour tous »
Au retour de ma déambulation nocturne, la ronde de nuit d’une voiture de sécurité. J’ai flashé des camionneurs en goguette, cinq SDF squattant les marches d’un édifice, trois mineurs chantant dans un bout de square, une ombre en kamis, un dromadaire en paréo. Marianne, encore longue d’inégalités, ta traversée du désert !

  

Un article de Monak

*C’est beau une ville, la nuit : livre (1988) et film (2005) de Richard Bohringer
*Brassens : La non-demande en mariage(1966) : « J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main, Ne gravons pas nos noms au bas d’un parchemin »
*Marianne : allégorie de la république

* « Rien de ce qui est humain ne m’est étranger » Térence Afer de Numidie


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