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dimanche 10 mars 2013

Le 8 mars en Tunisie



Degré zéro pour fête des femmes

 

« Révolte des femmes dans le monde arabe » est le mot d’ordre qui s’affiche en ce 8 mars, journée internationale de la femme,  dans sept capitales du pourtour méditerranéen ! Avenue du 7 novembre à Tunis, date ô combien évocatrice… Et à chaque coup de balai de régime, tout est à recommencer.

Ce fait n’est pas exclusif à la Tunisie, mais la tendance mondiale y semble plus frappante, dans tous les sens du terme. Aucun respect de l’intégrité mentale ou physique ne semble effleurer l’actuel gouvernement provisoire. Cette violence à l’égard des femmes y est permanente et sans garantie de protection légale.

La Journée des Femmes Démocrates
Pourtant, la femme se trouve doublement célébrée en Tunisie. Grâce au militantisme de l’Association des Femmes Démocrates de Tunisie (ATFD), la Journée internationale de la Femme avait été officialisée en 1988, sans que tous les points de la Convention de l’ONU n’aient été ratifiés. Elle s’ajoutait à la fête Nationale de la Femme, instaurée le 13 août 1956, avec le Code du Statut Personnel (CSP). Promulgué par Bourguiba, il ouvrait largement la porte à l’égalité des sexes.

 

La fête des Non-droits de la femme

Rien n’est acquis, tout semble en voie de disparition sous la pression d’Ennadha diffusée abondamment par la voix tonitruante des mosquées et des prosélytes intégristes tenant le haut des parvis ; sans parler du maillage des quartiers par les excités des comités de soutien (ex-défenseurs abusifs de la révolution).

La société civile fond au soleil, Les aberrations pullulent avec la multiplication des koutab (centres d’enseignement religieux pour enfants) et des écoles confessionnelles rétrogrades : être femme commencerait dès la petite enfance par le port outrancier du voile

La propagande rétrograde
Le gouvernement, constitué par l’ex-ministre de l’intérieur mystérieusement promu à en être le chef et par ailleurs impliqué dans l’assassinat du leader de gauche (Chokri Belaïd), vient de diminuer le nombre de représentantes féminines.

Par ailleurs la troïka de l’Assemblée Nationale Constituante n’a pas osé supprimer la célébration de la journée, mais n’a pas été suivie dans sa parade officielle de soi-disant festivités. La journée se bornant à « distribuer des récompenses » à quelques servantes d’Etat. Les déclarations officielles blâmant la quête d’émancipation des femmes comme une dérive calquée sur l’Occident et les entraînant à leur perte.

Vive est la résistance

On croirait rêver ! Et la fête est un vrai « leurre ». Citée comme la « Journée de la non-femme » par Martine Gozlan, son analyse semble répondre aux élucubrations d’un des Présidents par intérim, Ghannouchi : « Voyez-vous, on la fête partout, cette journée-là, y compris dans les pays où les femmes ne sont pas en odeur de sainteté mais  plutôt soupçonnées de diablerie. Bien sûr, il est logique que les plus hardies des humiliées s'en emparent, comme à Tunis, pour faire valoir leurs droits, en l'occurrence leur absence de droits ou les menaces qui pèsent sur  le maigre lot concédé naguère. »

L’égalité, c’est ce couple Belaïd, image force !
Les initiatives se succèdent mais ne semblent pas déboucher sur de véritables garanties. Du moins, elles témoignent d’une prise de conscience qui ne mâche pas ses mots dans cette campagne de « Révolte des femmes dans le monde arabe ». La fête n’est plus, reste la révolte.

 « Ces photos se lèveront, à partir de vendredi (8 mars), pour dire que le corps de la femme n’est pas tabou, pour dire non à la violence sexuelle, non aux tests de virginités, pour clamer leurs droits à donner leurs nationalités à leurs maris et enfants, pour affirmer leurs volontés de participer à la construction de leurs pays comme elles ont participé aux révolutions, pour appeler les hommes et les femmes à travailler ensemble pour libérer la femme et la société dans une atmosphère d’indépendance et de sécurité, et pour dire OUI à la révolte des  femmes dans le monde arabe. » 

 

Pas de saison pour les femmes

Les femmes sont malmenées. Comme sous la dictature précédente, les femmes d’opinion et de combat sont le jouet de diffamations sordides (montages vidéo dégradantes, accusations d’intelligence avec l’ennemi, procès pour atteinte à l’image de l’Etat). Le dernier couperet à la veille de la fête vient de tomber, avec la destitution d’une haute-fonctionnaire à Helsinki : Zohra Ladgham… La liste est longue touchant avocates, journalistes, enseignantes, bloggeuses, haut-cadre de banque comme Samira Ghribi.

 La chariâa-moulinette : pas de quartier
Mag 14 titre aujourd’hui « Menaces sur le statut de la Femme Tunisienne » et les déclarations de ce genre foisonnent intempestivement : « Sihem Badi, la ministre des affaires de la femme et de la famille, ne contribue pas à apaiser, elle non plus ces inquiétudes. Elle a ainsi déclaré, alors qu’elle donnait le coup d'envoi aux festivités marquant la célébration de la journée internationale de la femme le mercredi 6 mars, que « les acquis de la femme tunisienne sont aujourd'hui réellement menacés par des projets extrémistes ».

« Les risques d'une régression des acquis de la femme sont possibles, vue l'ambiguïté de l'article 148 du projet de Constitution qui affirme que l'Islam est la religion de l'Etat » affirme Mme Monia Ben Jemiaa, juriste, universitaire et membre de l'Association Tunisienne des Femmes Démocrates. Selon elle, « l'interprétation de cet article peut renvoyer à la chariâa comme constante de l'islam et par conséquent ouvrir peut-être la voie à la polygamie, la répudiation et la diminution de l'âge du mariage. Le texte risque d'être par conséquent en contradiction avec les acquis de la femme ».

Une fête au goût de combat

Au milieu de relents misogynes où la femme « sans voile » (safira) taxée de dévergondage se trouve conspuée, les pires contradictions cohabitent : Tunis Air affrète un avion d’un équipage exclusivement féminin ! Quelle fête, en effet !

Quel avenir pour Elle ? (Nayrouz Belaïd)
 Dans ce contexte, l’avocate Radhia Nasraoui ne cesse d’être alarmiste à juste titre. L’inconciliable se jouant entre des articles de loi antagonistes laissant place dans un pseudo-droit laïque aux pratiques d’une chariâa surannée. Autant oppose-t-elle la maturité de la Tunisienne, forte de ses acquis, autant craint-elle le retour à une certaine infantilisation ancestrale.

Tout le combat se situe dans l’audience que pourront conquérir auprès des illettrées les associations de Femmes Démocrates, de Femmes tunisiennes pour la recherche et le développement et de la Ligue tunisienne des droits de l’homme. Journées portes-ouvertes et congrès consacrés à cette égalité menacée. A la veille des élections, l’enjeu est terrible.

En attendant, miracle tunisien pour le 8 mars 2013 ? Une député d’Ennadha « s’est déchaînée »  à l’Assemblée « pour critiquer les prédicateurs qui, selon elle, n'ont rien à faire d'autre que de s'occuper des femmes, en cherchant par tout moyen à la réduire en esclavage pour la noyer définitivement dans l'obscurantisme. »

« Il est temps, a-t-elle lancé, que ces prédicateurs arrêtent de se prendre pour les tuteurs des femmes. »

« Déchaînée » Yasmina !  Les soumises se révoltent ?
«Nous, les députées d'Ennahdha et de tous les autres partis, sommes capables de conduire ensemble, et chacune de son côté, la Tunisienne vers les temps modernes et, de grâce, épargnez-nous vos réflexions et vos idées obscurantistes. Arrêtez de parler au nom de la femme, il vaut mieux vous taire car vos propos sont la marque même du sous-développement», a-t-elle martelé. »

La cage aux oiselles vient de se rouvrir. Les vieux tabous religieux seraient-ils picorés ? Va-t-on leur rogner les ailes ? Ou s’incliner à leur ramage ?

Un article de Monak

-         Henda Hendoud, la féministe Tunisienne de l’affiche « Révolte des femmes dans le monde arabe » http://blog.slateafrique.com/tawa-fi-tunis/2013/03/09/tunisie-trois-questions-a-henda-hendoud-feministe-et-fiere-de-l%E2%80%99etre/

-         Voir dans l’article ci-dessus : La Manif des Femmes Libres de Tunisie, le  9 mars à Tunis : vidéos et photos

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