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samedi 7 avril 2012

Les Royaumes coutumiers de Wallis et Futuna

Les trois rois de la République française

Territoire français du Pacifique Sud, l'archipel de Wallis et Futuna vit pourtant sous l'autorité de trois monarchies avec la bénédiction de la République !

L’archipel de Wallis et Futuna a fait la une de la presse française pendant quelques jours grâce à la notoriété du cyclone Thomas qui y a fait d’important dégâts, mais heureusement pas de victimes.

Wallis et Futuna, France, c'est où ?
Cependant qui, en dehors des philatélistes et des médias en cas de catastrophe, connaît cet archipel du Pacifique-Sud ?

Géographie de Wallis et Futuna

Situées entre les îles Fidji à l’ouest, les îles Samoa à l’est et les îles Tonga au sud-est, plus de 2 000 km séparent Wallis et Futuna de la Nouvelle-Calédonie.

Ce petit archipel fait partie de ce qu’il est convenu d’appeler le triangle polynésien.

La carte des trois royaumes de Wallis et Futuna
Le T.O.M (Territoire d’Outre-Mer) de Wallis et Futuna est en réalité composé de deux archipels distincts éloignés d’environ 230 km l’un de l’autre :
·                     Les îles Wallis au nord-est, regroupant les îles de Uvea (9 000 habitants environ) et Nukuatea, ainsi qu'une dizaine d'îlets et motu, tous inhabités;
·                     Les îles Horn avec Futuna (moins de 5 000 habitants) et Alofi (1 habitant permanent !)

De formation géologique relativement récente, le plus haut sommet de l’archipel, le mont Puke, sur Futuna, culmine à 524 m contre 417 m pour le mont Kolofau, à Alofi.

L'île de Wallis vue d'avion
Avec 13 445 habitants au dernier recensement (dont environ 70 % vivent à Wallis), l’archipel connaît, pour la première fois depuis son annexion à la France, une baisse significative de sa population puisque l’on y dénombre 1 500 habitants de moins.

Histoire de Wallis et Futuna

S’il est impossible de dater précisément le moment où les premiers hommes posèrent le pied sur ces îles du Pacifique-Sud, on estime la période au courant du premier millénaire avant Jésus-Christ.

Ce sont les mêmes marins exceptionnels, à bord de leurs grandes pirogues de voyage, qui peuplèrent l’ensemble du triangle polynésien, en provenance d’Asie. Ils venaient de Tonga pour Wallis et des Samoa pour Futuna.

Louis Antoine de Bougainville
Les premiers occidentaux à y poser le pied sont les Hollandais Willem Schouten et Jacob Le Maire, qui découvrent Futuna le 22 mai 1616.

L’île de Wallis ne fut découverte que 150 ans plus tard par le Britannique Samuel Wallis, dont elle porte le nom.

Le premier Français à y aborder fut Louis Antoine de Bougainville, le 11 mai 1768.

Pourtant, il faut attendre l'implantation de missionnaires catholiques au XIXe siècle pour constater sur l’archipel une présence européenne significative.

Ce n’est qu’en 1887, à la demande de la reine Amélia, que les royaumes d'Uvéa à Wallis, d'Alo et de Sigave à Futuna signent un traité de protectorat avec la France.

Enfin, c’est en 1961 que l’archipel devient un Territoire d’Outre-mer (TOM).

Une seule richesse, la nature

Wallis et Futuna sont des îles assez pauvres, essentiellement en raison d’accès dangereux et d’un cruel manque d’eau douce. C’est d’ailleurs pour cette raison que certaines des îles (comme Alofi) restent inhabitées.

Poi, capitale du royaume de Futuna
Ces particularités ne permettent qu'une économie rurale axée sur la pêche lagonaire artisanale et une agriculture vivrière.

Au sein de cette population très pauvres, 70 % n’a pas accès à l’économie monétaire. Et sur les 2 000 emplois de l’archipel, 1 100 sont des postes de fonctionnaires.

Certaines ressources proviennent de pavillons de complaisances et de taxes annuelles forfaitaires sur des sociétés extraterritoriales n’ayant aucune activité sur le territoire de Wallis et Futuna : des sociétés offshores. Ces ressources devraient disparaître rapidement en raison de la réglementation européenne dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent.

Les trois rois de la République française

Si l’archipel de Wallis et Futuna est bien un territoire français, et à ce titre soumis aux règles de la Constitution française, il dispose d’institutions très particulières.

Ainsi, si les pouvoirs de la République sont concentrés dans la personne de l’administrateur supérieur, l’archipel est découpé en trois monarchies traditionnelles. Les royaumes d’Uvea (à Wallis), Alo et Sigave (à Futuna).

Ce sont ces trois monarques qui, avec des conseillers élus et le représentant de l’Etat, gouvernent l’archipel.

Kapeliele Faupala, nouveau roi de Wallis
Attention, il ne s’agit pas de monarchies héréditaires mais aristocratiques : ce sont les familles nobles, les Aliki, qui élisent ou destituent les rois.

Le pouvoir coutumier est important mais décentralisé : du côté de l'enclume, les rois doivent négocier avec les chefs de village et répondre aux demandes des Aliki qui les élisent et dont l'autorité morale s'appuie sur la population. Du côté du marteau, ils doivent également négocier avec le représentant de l'État pour obtenir les budgets de développement du territoire.

Afin de couvrir leurs frais, les rois disposent d'une dotation annuelle de la République qui indemnise également les ministres royaux et les chefs coutumiers de districts et de villages.

Ainsi, pour avoir guillotiné son dernier roi, la République française n’en reste pas moins attachée à une certaine idée de la monarchie.

Jour de fête dans une école de Wallis
D’ailleurs, le système monarchique de Wallis et Futuna ne paraît pas si délirant : entre un roi élu et un président de la Vème République aux pouvoirs quasi-absolus, y a-t-il une si grande différence ?

Un article de Julien Gué

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