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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

dimanche 21 juillet 2013

La Tunisie du Livre

La littérature brûle-t-elle ?

Depuis l’Antiquité, la terre tunisienne écrit et publie. Des  millénaires de littérature, des millions de livres ! Qu’elle se nomme Numidie, Carthage, Byzacène, Ifriqya ou Tunisie, de son nom originel recouvré. Qu’elle change de régime, qu’elle soit empire, occupée ou république.

Que savons-nous de ces auteurs qui se sont exprimés au poinçon, au stylet ou au kalam ? Que savons-nous de ces auteurs qui se sont fait entendre, ont créé dans la langue du dominateur pour être diffusés ? Que savons-nous de leur imaginaire, de leur audace ? Qu’en va-t-il de la littérature quand force œuvres ne figurent pas au patrimoine pour raisons politiques, religieuses ou éthiques ? Par ordre chronologique les alphabets tifinagh (berbère), punique, hébraïque, latin, arabe, français (latin moderne), y ont concouru. Quoi qu’invoquent les censeurs de tous bords !

Il faut bien l’admettre : dès que conquérants et envahisseurs s’installent dans un pays, l’un des premiers méfaits qui marque leur pouvoir est la volonté d’oblitérer la culture autochtone en brûlant les bibliothèques. La Tunisie n’y a pas échappé depuis que le vainqueur romain d’Hannibal a détruit Carthage par le feu et le sel. 

L’ancienne Bibliothèque Nationale de Tunis, Souk des Parfumeurs 
Même si les endoctrineurs actuels brûlent les livres déclarés impies en dehors de l’ouvrage importé de la Récitation (القرآن, al Qur'ān, Le Coran), décrètent l’origine du pays deux siècles après le début du Moyen-âge (c’est-à-dire après la conquête arabe en 697), cette négation ne tient pas face aux historiens dont les chroniques attestent depuis l’Antiquité que la Tunisie a toujours été multilingue.

Langue(s) et culture
Qu’elle soit fixée sur la pierre (écriture libyque), sur des tablettes de cire, l’alfa, les tapis, le parchemin, le web… l’écriture indique la multiplicité de mouvances culturelles qui se sont côtoyées, se sont affrontées parfois, ont fusionné dans l’identité nationale d’un pays qui s’est délimité au cours des siècles. Ainsi pouvons-nous parler de littérature tunisienne et suivre avec amusement une similitude de portraits du Tunisien depuis l’Antiquité.

L’ancêtre du premier tunisien, berbère d’allure, reposant du côté de Gafsa (Homo capsus) remonte au huitième millénaire (avant JC). Auparavant, peu d’informations sur les civilisations qui ont peuplé son territoire. La désertification du Sahara a repoussé les peuplades apparues précédemment (environ 2,5 millions d’années) vers le sud de l’Afrique, sauf que l’écriture éclot à la fin du 4ème millénaire (toujours avant JC).

Inscriptions puniques sur stèles carthaginoises
Les inscriptions les plus anciennes datent du VIe siècle avant JC (en alphabet punique). Augustin, rhéteur (avocat), théologien, mais aussi autobiographe (Confessions), mentionne au Vème après JC : « Demandez à nos paysans ce qu'ils sont. Ils vous répondront en langue punique : Chanani» (Cananéen).

L’expression littéraire se définit d’abord, pour cette population de nomades, par son oralité. On parle ici de littérature orale parce qu’elle répond à des critères esthétiques de composition. Elle est transmise aujourd’hui encore sous sa forme populaire. L’accès à la scolarisation officielle, pour toutes et tous, reste récent.

Qu’elle soit chant (de travail, de tissage, de rites…), poésie, spectacle ou conte, la tradition orale y est fortement ancrée et perdure dans ces improvisations de circonstances (الشعر الشعبي التونسي : cha’ar cha’abi tounsi, poésie populaire tunisienne) qui émaillent les fêtes familiales dans les petits villages. Telles se recommandent et proclament les maddahat (littéralement : femmes qui font les éloges).

Ibn Khaldoun, tunisois philosophe et sociologue
Les ouvrages détruits, restent les traces de cette littérature berbéro-punique précisément mentionnée par des auteurs latins tardifs du Ve et VIe siècles après JC (Salluste). Bien plus tard encore, l’historien et sociologue tunisois Ibn Khaldoun (1332-1406) en commente la prolixité et les valeurs.

Un métissage millénaire
« La culture de la Tunisie, héritage de quelques 3 000 ans d’histoire, forme une synthèse des différentes cultures amazighe, punique, romaine, juive, chrétienne, arabe, musulmane, turque et française qu’elle a intégrées à des degrés divers (…) ». Méditerranéenne, elle transcrit les différents courants religieux (paganisme, christianisme, judaïsme antiques et islam médiéval) qui l’ont traversée en des commentaires ou traités apologiques.

Dès le VIème s. av JC, le Périple d’Hannon (navigateur carthaginois : 630 ? 530 av JC ?) figure sur une stèle punique du temple de Ba’al-Hamon à Carthage, reproduite en grec dans le temple de Kronos. Au IVème s. le Traité d’agriculture écrit en punique par Magon (IIIè ? IIè s av JC ?) paraît en langue latine à Rome. Sont aussi cités, dans des travaux grecs ou latins, annales, chroniques, ouvrages de droit, d’histoire, de géographie, textes religieux, poèmes mythologiques... Le serment d’Hannibal (247-183 a. JC) est transcrit par Polybe (entre 220 et 168 av JC) et figure chez Tite-Live (59 av JC).

Magon, un cru littéraire sans conteste
Sous la romanisation, la Province d’Afrique produit des théologiens d’obédience chrétienne, citoyens ou natifs de Carthage. Tertullien, rhéteur aux arguments dialectiques jouant de l’ironie, auteur de L’Apologétique (vers 197), fonde une hérésie. Quant à Thascius Caecilius Cyprianus, ses Traités et sa correspondance s’interrompent brusquement par sa décapitation sous l’édit de Valérien (258). Augustin achève son parcours à Hippone (l’actuelle Annaba) au Vème siècle initiant le « cogito » de Descartes.

Térence (184-159 av. J.-C.) s’adonne au théâtre sous les cieux de Rome. Tout proches, les opuscules d’Apulée (en latin Apuleius, Afulay en Berbère) font fureur en Byzacène et pour cause ! Né à Madaure en Numidie (Algérie actuelle, 123/125- 170 ap JC.), formé à l’Ecole de Carthage, il lance la forme romanesque avec L’Âne d’Or ou La Métamorphose.

Mosaïques  de la synagogue du Vème siècle av JC à Kélibia
La présence des communautés juives, attestée par Tertullien au IIème siècle, n’est pas en reste. Leur implantation à Carthage daterait de sa fondation ; leur installation à Jerba, de la destruction du temple de Jérusalem, en 586 av JC. Et c’est dans la cité de Kairouan, sous les Aghlabides et les Fatimides, que se révèlent leurs talents (IXè-Xè s). Notamment dans cette littérature judéo-arabe des traités de médecine ou des récits du Kairouanais Nissim B. Ya’aqob (990-1062 : Al-Faraj ba‘d al-shidda).

Une littérature impressionniste 
Certains critiques fondent la « vraie littérature tunisienne  à l’époque du Protectorat français », sous le signe du trilinguisme : arabe, français, judéo-tunisien. Cette classification convient pour la littérature francophone.  Il semble qu’elle soit réductrice en éradiquant la période arabe médiévale.  

Le concept de “littérature tunisienne d’impression française”, dans le sens de typographie et introduit à l’université de Tunis par Habib Ben Salha, ouvre bien d’autres perspectives : la diffusion de « l’imprimerie hébraïque de Tunis » occasionne un foisonnement créatif dans tous les domaines (essai, poésie, journalisme, périodiques, chroniques, patrimoine, traductions, etc.).

Tahar Haddad, une réflexion féministe bien tunisienne
D’autre part la littérature arabophone innove et surprend dès le début du XXème siècle. Notre femme dans la charia’a et la société de Tahar Haddad (1899-1935), par son militantisme féministe, l’anticonformisme du poète Abou El Qacem Chebbi (1909-1934). Dans la catégorie contes radiophoniques, poésie, chansons populaires et théâtre, le nouvelliste Ali Douagi (1909-1949). Mais surtout, la langue tunisienne devient langue d’écriture avec une nouvelle de Béchir Khraïef (Lilet Loutya 1937) qui fit scandale pour cette raison.

Après l’Indépendance, la contestation fleurit avec la poétique de Salah Garmadi (1933-1982). Mais la part des écrivains de la diaspora (Albert Memmi, Tahar Bekri, Abdelwahab Meddeb, Habib Selmi, Fawzi Mellah) est nombreuse, l’écriture se veut autonome et le dirigisme douloureux. Il est intéressant de consulter sur le sujet l’ouvrage de Ahmed Touili -De la littérature arabe contemporaine, en Orient, en exil et en Tunisie- ou ceux de Jean Fontaine à partir de 1956, en particulier avec les auteures arabophones.

Les formes éclatent avec les dramaturges des années 70 (Mohamed Driss, Fadhel Jaïbi, Fadhel Jaziri puis Jalila Baccar), mais aussi avec les écrits politiques d’Hélé Béji, médicaux (Azza Filali), les récits (Sophie El Goulli, Alia Mabrouk…), les biographies (Alia Babou, Nine Moatti, Faouzia Zouari…).

Fadhila Chebbi, une avant-gardiste renommée, parfois estompée
Ce que j’appelle « impressionnisme » illustre ces formes combinées entre les différentes langues : pas seulement l’emprunt d’une image transposée d’une langue à l’autre, mais ces écritures qui se forgent un style indifféremment ou étonnamment dans les deux langues. Telles ces clameurs musclées, ces « éventrations » contestatrices chez Moncef Ghachem, ces incantations passionnées, ces mises à nu secrètes de la poésie symbolique de Fadhila Chebbi.

« Comme si un pays, une culture et une langue s'étaient tissés en moi à jamais, étroitement entremêlés avec ce que j'étais avant. Un mot qui vient en arabe, seulement parce qu'à un instant précis il s'impose dans sa justesse, son exactitude. » (Cécile Oumhani)

Tunisianité au passé, au présent, au futur
La littérature tunisienne ne se trouve-t-elle pas au creuset de ses cultures millénaires ? Bourguiba, s’appuyant sur l’essence d’une nation qui a toujours revendiqué sa spécificité, même sous le protectorat, l’engage dans un processus de « tunisification » face à la politique des Etats arabes.

« La langue arabe, qu’il voulut moderne, était moins liée à l’identité religieuse qu’en d’autres pays, et ceci d’autant plus que le président, loin de limiter l’identité tunisienne à l’islam, y incluait les strates antérieures : romaine et punique. Son objectif était plus de «tunisifier» que d’arabiser. »

Bourguiba, ses «Recommandations du Président, écrits et discours» de tribun
Les deux langues cohabitant depuis longtemps, « l’arabe n’avait jamais disparu de l’environnement social et culturel, du fait de la prestigieuse université la Zitouna et du collège Sadiki qui, dès le XIXe siècle, offrait, dans le cadre d’un enseignement en arabe, une large ouverture aux langues et aux disciplines modernes. Ce collège fournit à la Tunisie indépendante une élite bilingue arabo-française »

Amnésie ou devenir littéraire en Tunisie
Ce rapide survol de la littérature tunisienne est bien entendu incomplet. Surtout du point de vue des dernières parutions contemporaines (à suivre…). Mais il tente de gommer les zones d’ombres et les préjugés. Il se tient aussi à l’écoute des récentes émergences.

Le berbère (chelha) se parle, se chante, se poétise, orne les poteries et les tapis  surtout dans quelques terroirs de l’Ouest, du Centre et  du Sud tunisien. Aucune statistique estimant la part de la population tunisienne de langue berbère n’existe, excepté à Jerba. Ce n’est qu’après la révolution de 2011 que ces communautés revendiquent leur spécificité linguistique et culturelle, hors du mutisme des expositions artisanales.


Poésie populaire féminine, une tradition du Maghreb
Dans cette Tunisie, pénétrée par tant de langues, serait-il propice d’entendre la voix des écrivains eux-mêmes ? 

« Aller vers la langue de l’autre est peut-être aussi une voie qui mène vers soi dans une démarche où ipséité et altérité sont tributaires l’une de l’autre. » (Jalel El Gharbi)   



A Lire :
Ouvrage sur la littérature profane latine d’Afrique, ouvrage de Paul Monceaux :Tome 2, Les auteurs latins d'Afrique - Les païens

Remerciements à :

Un article de  Monak


Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.



lundi 15 juillet 2013

King’s Queer, musique, etc…

L’aventure continue

 

C’est en septembre 2012 que nous vous avions raconté notre rencontre (à 18 000 km de distance !) avec l’étonnant duo King’s Queer. Qu’ils en ont fait du chemin depuis, nos artistes du pick-up et des parkings de radios de province !

Effectivement : dix mois après notre article, les King’s Queer ont été vus et entendus dans toute la France, dans de nombreux pays frontaliers et jusqu’au Canada où le public les a plébiscités.

Les King’s Queer sur scène à Montréal

De retour en France, le duo est réclamé dans tous les lieux qui bougent et qui n’ont pas peur de la nouveauté crue et non fardée. D’ailleurs, pour tout savoir sur leurs pérégrinations, il vous suffit de consulter leur site en cliquant ici ou de les retrouver sur Facebook

 

Mais, ce qui est beaucoup plus intéressant, ce sont les initiatives qui naissent de leur passage, de leur musique et de leur personnalité.

 

King’s Queer Art Collection

L’une des plus intéressantes (et des plus avancées) de ces initiatives s’appelle « King’s Queer Art Collection ».

Les King’s Queer sur scène à Strasbourg
Elle est née de la profusion de contributions graphiques spontanées offertes par d’illustres inconnus (ou pas si inconnus que ça d’ailleurs !) lors des nombreux concerts de notre duo infernal. Est-ce le titre de l’album (et leitmotiv des King’s Queer) « Amours et révoltes » qui est à l’origine de cet enthousiasme ? Ou bien serait-ce le souffle novateur de leur musique et de leur manière de la proposer au public ?...

Une chose est sûre : l’idée est née. Et comme elle est bien née, elle a séduit et pris vie sans se poser de question. Aujourd’hui elle va éclore…

Concrètement, « King’s Queer Art Collection », qu’est-ce que c’est ? Une initiative dédiée à la création contemporaine et gérée par l’association « Allez viens on s’en va ».

Les King’s Queer sur scène aussi à Paris
Il s’agit de mettre en place une synergie entre le travail de King’s Queer et des créateurs venant d’horizons les plus divers… Autrement dit : créer une véritable collection aux médiums multiples…

A la base du projet, trois cents exemplaires de l’album « Amours et révoltes » édités en vinyle, numérotés et tamponnés par les artistes. Et demain : 30 exemplaires uniques de ce même vinyle, mais avec chacun une illustration de pochette originale signée par trente artistes différents qui seront vendus aux enchères (les vinyles, pas les artistes !) à la fin de la tournée. Car il va y avoir une tournée !

 

Les King’s Queer : bien au-delà de la musique

            A la base de « King’s Queer Art Collection », il y a l’envie de « (…) s’afficher autrement le temps d’une exposition en mouvement (…) De la figuration libre au Street Art en passant par l’art contemporain et réunissant des peintres, dessinateurs, photographes, graphistes, colleurs… »

 

La pochette de “Amours et révoltes” par Naiel

            Autrement dit : une « Free Party le temps d’une exposition en mouvement ». Pour reprendre les mots de King’s Queer himself : « Des images, du son, des mots, des idées (…) ».

 

            Au programme de chacune des étapes de cette tournée, une conférence de Pierre Mikailoff sur l’histoire des pochettes de disque intitulée « Cover me » ; des performances de tous les artistes exposants ; Un show case de King’s Queer avec Guest ; un catalogue avec des textes de Pierre Mikailoff et Laurent Devèze ; etc.

 

En avant première du King’s Queer Art Collection…

            Des dates sont déjà retenues comme, par exemple, en octobre à l’Isba à Besançon ou en novembre à Paris à la galerie Dufay/Bonnet. Et si l’envie de faire passer l’aventure dans votre ville vous prenait, ce n’est pas compliqué ! Il vous suffit de vous mettre en contact directement avec les maitres d’œuvre du projet en leur écrivant ici : kingsqueer.artcollection@yahoo.fr.

 

En guise de conclusion très provisoire…

Nous avions été immédiatement emballés à la découverte de « Amours et révoltes ». Puis nous avons suivi avec attention et enthousiasme les pérégrinations de notre inclassable duo, assisté avec passion (les pieds dans l’eau de nos lagons polynésiens) à la naissance de « King’s Queer Art Collection » et sommes heureux, aujourd’hui, de pouvoir vous en parler de manière concrète et aboutie.

 

Si tant est que l’on puisse parler d’aboutissement quand il s’agit des « King’s Queer » et de leur perpétuelle recherche et remise en question des acquis… Il nous a même été murmuré à l’oreille par l’alizée que d’autres projets encore plus fous pourraient bien voir le jour très prochainement…

 

C’est le noir de la nuit qui permet de bien voir les étoiles…

S’il y a bien une leçon a retenir de leur démarche atypique, c’est que les chemises à fleurs de 68 avaient raison : Il y a bien des plages sous les pavés. Il suffit de se donner la peine de les soulever pour caresser le sable et de lever la tête pour retrouver les étoiles.


Ce que les « King’s Queer » font merveilleusement bien.

 

Un article de Julien Gué


mercredi 10 juillet 2013

Tahiti en musique

Une  fête parmi les fleurs

          

          Ciel exceptionnel où la lune immense effleure nos rêves. Tout s’inonde de magie. La musique ensorcelle pentes moussues et lagons. Elle arpente sans retenue les îles polynésiennes. Nous sommes corps vibrants aux moindres pulsations qui nous inondent. Comme aux premiers matins du monde.


Au solstice d’hiver (21 juin dans cet hémisphère sud) comme dans cent dix pays éparpillés sur les cinq continents crépite la « Fête de la musique ». Serait-ce, ici, dans ce pays maillé par le Pacifique, l’éclosion d’un bouquet musical incomparable ? Tout semble se décliner à l’unisson des éléments naturels plus que cléments. Trente-et-un ans après sa genèse qu’advient-il de cette jeune tradition du « Faites de la musique » ?

Brandon Tavanae-Tavia, la relève
Plus que partout ailleurs le phénomène, du fait peut-être de l’isolement des territoires, s’appuie sur une base traditionnelle vivace et s’enrichit d’apports les plus divers. Des éléments créatifs vraiment originaux ont déjà fait le tour du monde. Car Porinetia, (Polynésie) est avant tout et au quotidien un peuple qui chante.

Une tradition qui n’en finit pas de se chanter…
Personne ne s’en lasse, tout le monde en redemande. Une véritable foire à la musique, ces grands rassemblements ? Pas tant que ça ! Car au quotidien, les mini-orchestres kaina bercent les marchés, les arcades, les bancs publics, les bittes d’amarrage et les rivages. Les anciens y célèbrent le fenua, en famille de musiciens ou en petites formations avec les instruments traditionnels.

Da Road Side Boyz cantabile à l’hawaiienne
Sur les 118 îles de Polynésie, quelques communes vont cependant renoncer à la célébration de la fibre musicale. La plupart y consacreront un espace municipal. La communauté chinoise n’y a pas ancré une musique particulière mais s’y trouve bien présente dans des orchestres résolument modernes. Ce sont aussi dans les hôtels que les rencontres orchestrales se déroulent. Un label gratuité respecté ?

Kaina sotto voce au Rétro Bar
Dans certaines Îles-Sous-Le-Vent, la composition kaina ou le concours de ukulele commencent dès le 19 juin, comme à Bora Bora ou à Raiatea. Les harmonies ancestrales ont vent en poupe avec les associations culturelles et ne manquent pas d’innover. La musique continue de vivre. A Tahiti, la baguette du chef d’orchestre se lève sur un son « Métal » au Night-Club 106, de la nuit du 20 juin à l’aube du lendemain. La musique « donne » tous azimuts.

Cinq jours de nocturnes musicales dans les îles
Pour une population un peu supérieure à celle de Strasbourg et comme elle, située au carrefour des cultures et des sonorités, la fête de la musique se programme sur cinq nuits. Un avant-goût ou un clin d’œil aux Himene tarava (chants festifs traditionnels) du Heiva (Festival) qui commence à peine treize jours plus tard sur l’île capitale.

Combo Jack, la voix gutturale
Au jour J, la ville de Papeete invite le groupe musical Topatangi de Rapa nui (l’île de Pâques) dans les jardins de la mairie. Place To’ata la musique universelle est conviée avec des groupes polynésiens. Rock, funk, folk, blues, surf music, musique kaina, world music, électro et reggae hawaiien à la polynésienne bien  sûr… : Blues Messengers, Da Road Side Boyz, Honovai group, Tikahiri band, Verua, Orohena Sons.

Blues Rock Offenders allegro
Des points d’audimats officiels, mais la ville fourmille de petits lieux de rendez-vous à la terrasse des restos, des bars, des fast-foods, des bouts de trottoirs. La traversée du tintamarre à déplorer, bien sûr, quand les décibels s’entrechoquent. Car le phénomène mondial qui nuit en quelque sorte à la musique, c’est la saturation des basses !!! Elle vous vrille le cerveau et les sens !

Tout se joue sur le peu’e
A part dans les villes à forte concentration de population et submergées par la déferlante cacophonique des terrasses contiguës où se succèdent les mini-orchestres de tous genres, les places publiques aménagent kiosque ou podium. Au bonheur des langues ma’ohi, anglaise ou françaises, la foule est bigarrée : les filles s’y rendent couronnées de fleurs ou en tenues excentriques, à l’instar du mélange des genres.

Hocus Pocus Taloo crescendo
Qu’y vient-on chercher ? Un lieu de convivialité mélodique. On passe d’un endroit à un autre, peut-être, mais surtout on s’y installe. On y vient en famille, avec son ma’a (nourriture). Ou à proximité des roulottes qui restaurent.

La fête de la musique, telle qu’elle a été initiée en 1982, fait appel à l’initiative libre. Mais elle répond ici à la culture polynésienne des musiciens de rue qui tiennent à sauvegarder tout au long de l’année leur coutume de libre disposition des espaces publics. Sauf qu’elle rassemble un public de plus en plus nombreux et fait appel à des moyens techniques de plus en plus sophistiqués pour en garantir la sécurité.


Plastik Games hard à bloc au Mac DO !
D’une part la musicalité est ce plaisir qui se goûte au jour le jour. D’autre part les jeunes musiciens, adolescents, puisent dans les ressources de leur instruments pour se lancer dans des aventures musicales fécondes, intégrant instruments classiques dans des genres hard. Avec à la clé de sol ou autre, la recherche de la qualité.

Cadre paradisiaque pour Groupes du fenua
Au crédit du Collectif Tahiti Rock, le projet d’excentrer deux soirées de concert dans des parcs de la banlieue de Papeete a offert des moments de pure communion musicale. A portée de tous, reliés à la capitale par les navettes assurées par des trucks, c’est offrir, loin du trafic urbain, deux nocturnes sous les étoiles.

Maeva des Freelanders et Gaëlle Da Capo
Renouant avec cette symbiose entre musique et nature, la beauté du cadre avivant le plaisir du mélomane, l’idée de Léo Marais (l’organisateur), c’est de privilégier l’aspect humain pour ces veillées. Sur l’herbe du Royal Tahitien à Pirae et du Tahara’a à Arue, un espace vital destiné à mille puis trois mille spectateurs, un vrai succès.

Gracioso, la fête en fleurs
Pas moins de six heures de concert grandiose, et pas moins de sept groupes se relaient la scène. Certains même l’ont partagée dans quelques duos impromptus : Maeva des Freelanders et Gwen Luna des Lolita.

Quant au déploiement de la manifestation, la sponsorisation y tient une place incontournable. On y rencontre des orchestres qui nous emmènent dans les hautes sphères de la musicalité et qui mettent leur touche bien personnelle à des répertoires connus : Combo Jack, Hocus Pocus Taloo group, Blues Rock Offenders. Seul le groupe Maruao semble vraiment inventif et mener un parcours hors des sentiers battus. Un genre bien spécial mêlant envolées vocales, guitares, harmonica, didjeridoo…


Maruao con fuoco
En commun, ils manifestent la même proximité vis-à-vis de leur public. Pas de distance, l’inconnu n’est pas anonyme. La communication est pleine d’humour, chaleureuse. Ils n’hésitent pas à prendre des risques et les performances sont largement applaudies.

La musique en Polynésie ? Un art de respirer ensemble, de s’abreuver ensemble de rythmes et de mélodies. Un art de vivre. De vivre ensemble aux mêmes refrains, de les chalouper. Une harmonie qui nous submerge.

La musique se fête aussi en Polynésie…


Lexique :
Rapa Nui : Île de Pâques
Peu’e : natte
Fenua : pays

Un article de  Monak

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