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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

samedi 26 janvier 2013

David, de l'île de Taha’a



Efféminé et conseiller municipal

 

L'île vanille, la merveilleuse Taha'a, réserve bien des surprises. Ainsi, la tolérance y semble bien plus naturelle et plus grande qu'à Tahiti...

Etre différent, à Tahiti, entraine souvent ceux qui le sont dans des parcours de vie sombres et douloureux. Souvenez-vous de Heifara

Dans les îles éloignées, les choses sont toutes autres… pour le moment du moins.

Ainsi, à Taha'a, à peine plus de 5.000 habitants, le conseil municipal de la commune associée de Tiva, 518 âmes, compte deux mahu* ! A ce propos, il faut noter qu’ils ont été élus sur la même liste non affiliée à un quelconque parti.

La carte de Tahaa, l’île vanille jumelle de Raiatea
C’est avec chaleur et gentillesse que l’un d’entre eux, David Maruae, a bien voulu nous répondre.

Deux questions indiscrètes pour commencer. Quel âge as-tu et à quel âge as-tu pris conscience d’être un mahu ?
David : Vers seize ans, j’étais déjà très efféminée. C’est là que j’ai décidé d’assumer ce que je suis. Je savais que ce ne serait pas facile, mais je ne voulais pas me cacher. Aujourd’hui j’ai 29 ans.

 

Comment tes parents ont-ils réagi ?

David : Avec ma maman et ma grand-mère, il n’y a pas eu de problème. Mais avec mon papa, c’est autre chose. Il ne voulait pas que son fils soit un mahu. Tu sais, mon papa était quelqu’un de très connu : c’était un grand champion de boxe très célèbre, il ne supportait pas que son fils ne soit pas aussi un aito* comme lui. Surtout que je porte exactement le même nom que lui… Alors il me battait souvent…

David chez lui pendant l'entretien

Heureusement, il y avait ma maman et ma grand-mère pour me consoler et me protéger un peu.

Finalement, il m’a chassée de la maison. Alors je me suis réfugiée chez ma grand-mère quelques temps, puis je suis parti à Tahiti.

 

Qu’as-tu fait à Papeete ? Tu étais mineur, tu t’es prostitué ?

David : Non ! J’ai fait des petits boulots, tout ce que je pouvais trouver dans la restauration, l’hôtellerie… Et puis, en même temps, je me suis lancée dans l’animation. C’est comme ça que j’ai passé mon BAFA, et c’est ça qui m’a permis de trouver du travail dans un branche qui me plaisait.

Mais je ne voulais pas rester à Tahiti : je voulais revenir dans mon île. C’est ce que j’ai fait.

 

Comment s’est passé ton retour à Tahaa et auprès de ta famille ?

David : Je n’ai eu aucun problème pour travailler et me faire accepter. Ma maman et ma grand-mère étaient tellement heureuses de me retrouver. Par contre, avec mon papa, ça a pris beaucoup de temps.

J’ai travaillé dur, et je me suis beaucoup investie dans des actions avec les jeunes. Je n’ai eu aucune difficulté pour être acceptée comme j’étais.

Avec l’argent que j’ai gagné, j’ai pu construire une ombrière et planter de la vanille.

Le sourire malicieux du mahu éclairé d’un brillant

Ça, je l’ai fait pour que mes parents aient une bonne retraite.

Maintenant, mon papa m’accepte comme je suis et je suis heureuse de ça.

 

Pourquoi es-tu entrée en politique ?

David : C’est par hasard. Aux dernières élections (2007), des gens sont venus me chercher en disant que ce serait bien que je sois avec eux à la mairie. C’est parce que je faisais beaucoup de choses avec et pour les jeunes.

Il y avait aussi un autre mahu sur la liste. Et puis c’était sans parti politique. Juste des gens qui voulaient que les choses changent. Et on a gagné. Voilà comment j’ai été élue.

Les gens ont bien accepté qu’il y ait deux mahu à la mairie ?
David : La majorité a quand même voté pour nous ! (rires) Au début il y en a qui n’étaient pas contents. Maintenant c’est fini : ils voient le travail que nous faisons et c’est tout.

 

Si tu pouvais réaliser un rêve, ce serait quoi ?

David : Tu ne vas pas te moquer, hein...? Voilà, ça fait longtemps : je voudrais monter une entreprise de travaux publics ou tout le personnel serait des raerae* comme moi, même sur les engins ! (rires)

En vraie vahine, David couronné de fleurs

Et on irait toutes travailler habillées en femmes, et maquillées, même avec les talons aiguilles sur les engins… (rires)

 

Il y a beaucoup de raerae à Tahaa ?

David : Oui. Plus que tu ne penses. Et il y en a beaucoup qui n’osent pas le montrer, qui ont peur. Moi je suis là aussi pour les aider. Il n’y a pas de prostitution ici, et je ne veux pas que ça change.

Un article de Julien Gué

Nota bene :
C’est afin de conserver et de souligner l’ambiguïté de la personnalité de David que nous avons conservé son discours au féminin, tel qu’il se voit lui-même, et nos questions au masculin, tel qu’il s’est montré lors de cet entretien.

Lexique :
*mahu : homme efféminé
*aito : filao ou arbre de fer. Par extension, désigne les hommes ou les guerriers les plus forts et les plus glorieux
*fare : maison
*raerae : travesti

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Tous droits réservés Julien Gué. Demandez l'autorisation de l'auteur avant toute reproduction du texte ou des images sur Internet ou dans la presse traditionnelle.

vendredi 25 janvier 2013

Karima passed away


  
Everybody is responsible

On September 18th, 2012 Karima chose to leave. Nobody knows where. But everyone knows why.

Karima was killed by the overall and common stupidity. The absurdity, the wickedness, the ignorance, the intolerance and all these sorts of things which make the men (and the women) disgusting, despicable and vile now and again.

Karima was killed (and how many else?) by the same who gather in the street by thousands to protest against the same-sex marriage. The same people used to fill mosques and churches too. The same enjoyed to go to play on the battlefields of the planet to make orphans. The same who speak about world hunger, tearfully, at the end of a banquet. The same who…

Vladimir Mayakovski, murdered, overwhelm by distress…
It’s enough!

Today, I simply want to tell Karima I’m often reminded of her… of her, of Jade and of each and every one, all those who finally gave up, as her, victims of the usual easy conscience and suffering and incomprehension grab.

Here’re thus the key words occurred just as I learnt her suicide. I say suicide because we should call a spade a spade, even if these suicides look like tremendously collective lynching.


“Nearly two o’clock. You are maybe lying…"
These words above are the last ones that Vladimir Mayakovski wrote a few minutes before committing suicide in a dingy room of Moscow, on April 14th, 1930. They were intended to the love of his life, one Elsa Triolet…

                                                                        An article of Julien Gué
Translated from French by Monak

*Please note - This poem, translated from Russian after Mayakovski’s death, known, in similar versions, begins with: "Past One O' clock". We prefer “Nearly Two O’clock” that’s similar. It strengthens the idea of the imminence of the act.

So Read :


Copyright Julien Gué. Ask for the authorization of the author before any reproduction of the text or the images on the Internet or in the traditional press.


mardi 22 janvier 2013

L’Orient, quartier de la Goutte d’Or



Des métissages porteurs d’espoirs

 

Le quartier est populaire. Mythique de la paupérisation et des sous-classes depuis le 19ème siècle des grands boulevards. A partir de Zola, il fait son apparition comme cadre de ses romans naturalistes : « La Goutte d’Or ».

 

Tandis que s’exacerbent, sur le pourtour du bassin méditerranéen, les discriminations  multiformes à l’égard des femmes, de leur représentativité culturelle et sociale, de leur rôle politique, au contraire, certaines enclaves communautaires cultivent avec succès le brassage ethnique et la mixité.

 

Une cohésion urbaine

Au carrefour des cultures, les origines se rassemblent en des collectifs de création artistique. Et comment s’accorder au mieux au-delà des mots, sinon quand le langage est celui du rythme, de l’harmonie, de la créativité ?

 

Un environnement disparate

Dans le Paris du 18ème arrondissement, au contexte fortement oriental, l’image urbaine est au diapason des mentalités qui s’y côtoient : vétusté et rénovation, paupérisme et aisance, relents intégristes et modernité.

 

Bien sûr, le marché Barbès dénote une prérogative masculine sur les trottoirs. Quand il s’agit de toutes sortes d’activités mercantiles et de jeux d’agent, la  préséance est patriarcale, faisant feu de tout bois.

 


Centre Musical Barbara – Quartier Goutte d’Or

Mais dans les différents centres culturels de la périphérie nord se noue une autre dynamique. Elle se structure sur le fond commun aux arts du proche et du lointain Orient. Le rythme est à la base de la calligraphie -cette gestuelle entre art et écriture-, de la musique et de la danse.

 

Elle attire autant les publics africains, qu’européens et orientaux, au travers des pratiques diverses que sont la percussion, les arts manuels ou la danse collective. Elle mêle jeunes, adultes et seniors. Elle touche les milieux cultivés et populaires. Les clivages sont gommés par cette connivence qui s’échange sans parole dans la communion et l’esthétique des sens.

 

Un collectif artistique ouvert

À la clé du collectif qui anime l’action et l’événement, un panorama d’artistes méditerranéens et d’ailleurs incluant le Liban, la Tunisie et Manille. Les musiciens conduisent les groupes de percussionnistes amateurs. Tout en continuant de composer de nouvelles mélodies, certains même se fixent pour challenge d’expérimenter de nouveaux instruments. La musique, elle non plus, ne s’enferme pas dans les schémas anciens. 

 

Toutes origines mêlées

A la source du projet de découvertes et de loisir, la volonté des artistes, de fonctionner entre codes traditionnels et créations. Avant tout,  éviter les clichés exportés des cabarets du Caire ou l’immobilisme du folklore axé vers le passé. Ensuite, faire évoluer les pratiques, vers une appropriation contemporaine et actualisée. L’ancrer dans la sensibilité urbaine du creuset parisien.

 

L’assise de la danse orientale se situant de l’Egypte au Maghreb, l’Afrique Noire limitrophe s’y trouve aussi concernée. Et tout ce petit monde se retrouve depuis des années dans des ateliers cosmopolites et ne craint pas de faire partager sa passion en public.

 

Faire vivre son corps

Le but essentiel de ces activités repose d’abord sur une éthique et une esthétique corporelles. Loin de réduire la danse, le sens de la musique et du rythme à un marché matrimonial ou un appareil de séduction affadi par des stéréotypes, l’enseignante-chorégraphe ne manque pas d’asseoir cette pratique sur cette réappropriation du corps qui passe par une conscientisation : de soi, du mouvement, de l’espace.

 


Accordéon à l’orientale

Ainsi s’exprime Alexia à travers le collectif S.U.M.O (Collectif pour une Synthèse Urbaine du Mouvement Oriental) : la danse n’est pas une reproduction de figures figées. Elle fait appel à l’interprétation originale des exécutants. Elle se vit.

 

 Même originaire d’ailleurs, elle s’enrichit du présent, y introduit une autre symbolique, des moments qui n’appartiennent qu’à l’environnement actuel. Elle n’est ni démonstration, ni exhibitionnisme. Transposée, elle trouve son authenticité dans ce qu’elle exprime du contexte environnant. En ce sens, elle est métissage.

 

L’harmonie conquise

L’un des thèmes chorégraphiques largement usités, c’est la Melaya (Danse du voile). Mais il vole autrement et joue les dévoilements autrement qu’en préceptes d’anonymat intégral. La danse orientale est un créneau qui attire et évolue.

 

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Orient-Barbara : confluence

Bien sûr, elle se heurte à l’engouement voile intégral et autres fariboles qui permettent aux jeunes filles de jouer le jeu de la bonne morale pour accéder aux rendez-vous galants ! Et c’est en ce sens qu’elle intervient dans un contexte qui fait débat.

 

L’enjeu développé ici, c’est être bien dans son corps, ne s’embarrasser ni des poncifs de mode, ni de taille-mannequin. Ici, ce n’est pas « l’interdiction de toute pratique sportive publique pour les femmes » comme en Arabie Saoudite, au sultanat d’Oman ou autres territoires au patriarcat exacerbé.

 

Une affluence familiale

Ici, le message est entendu par une affluence familiale qui ne se voit en rien trahie. Les sources culturelles, diversement revivifiées, participent de cette soirée. Entre calligraphie et danse qui font l’objet de stages conjoints, opère cette magie des spectacles de fin d’année. L’aventure reprendra encore, dans d’autres lieux de la région parisienne pour la chorégraphe.

 

Une modernité acquise

L’Orient, ses influences, ne font pas partie des archives enfouies dans la mémoire d’ancêtres en voie d’acculturation. Il se réactive sous l’impulsion de générations ancrées à plein dans leur siècle. L’art oriental est bien vivant.

 

Quoi de plus émouvant en effet que ce morceau final d’impressions mêlées. Il vient clore en apothéose la soirée. Tannoura, solo créé par Alexia, s’inspire du mouvement soufi égyptien, dans la technique chorégraphique. Mais il porte une histoire bien particulière.

 


Tannoura, comme une offrande

Même s’il n’invoque pas une divinité, le spirituel n’en est pas exempt. Le lent tournoiement à la derviche accentue un instantané tout humain. La symbolique en est si intense qu’elle peut multiplier les interprétations.

 

Au spectateur de s’y projeter suivant son ressenti. S’agit-il, d’un nourrisson abandonné qu’on ramasse, dans les quartiers du Caire ? De l’évocation de ces petits martyrs des conflits ? D’une naissance ? De cet enfant qu’est l’avenir ?

 

Un article de MonaK