Ce blog est présenté par
--- Publicité ----

lundi 30 juin 2014

Le Sahel tunisien


Un littoral bain de soleil

Le Sahel, de l’arabe ساحل (bord, lisière), est cette zone climatique qui entoure le désert du Sahara. Le Sahel tunisien, lui, est cette bande étroite bordée par la Méditerranée à l’est et limitée à l’ouest par les contreforts de la Dorsale et les Hautes Steppes.

Il s’étend du golfe d’Hammamet à celui de Gabès. Il côtoie au nord le Cap Bon et maille la chaîne des stations balnéaires de renom. En prolongement des Basses Steppes plus arides, le Sahel est cette plaine maritime prospère, ouverte sur la mer.

Sahel, une lisière entre steppe et mer…
La Tunisie recèle des terroirs privilégiés : le Sahel en fait partie, car le début de l’été s’annonce parfois en bouffées de chaleur insufflées par le vent du désert. Le  sirocco, sehili en tunisien, peut faire grimper les températures aux alentours de 40°C.  Mieux vaut pour vous, touristes, choisir la destination « littorale » ou sahélienne.

L’air marin y fait des merveilles, rafraîchit l’atmosphère et humidifie favorablement la contrée : rosée et fin brouillard font écran à l’ardeur solaire ! Et riants d’espèces florales se parent les rivages. Vous êtes assuré d’un beau temps presque inaltérable que viennent perturber en automne les quelques orages courts et violents propres à la Méditerranée. Ainsi le déficit hydrique (350 mm de précipitation/an) est-il contrebalancé agréablement. Le tourisme balnéaire est roi !

Du tourisme et de ses avatars…
Long de cent quarante kilomètres et large de vingt à soixante kilomètres, le Sahel couvre près de 6 600 km², soit 4,02 % de la superficie totale de la Tunisie. Les plages sont entretenues, les multiples activités de plein-air (golf, sports nautiques, thalasso), les promenades agréables, le panorama d’une platitude paisible entre ocre et sable.

Au creux des collines (Kalâa Seghira).
Les villes dotées d’installations portuaires de plaisance sont accueillantes. Elles foisonnent de cafés et restaurants agrémentés de vastes terrasses où les spécialités gastronomiques sont à base de fruits de mer, de crustacés, de poissons et de poulpes aux variétés abondantes (couscous, fritures, ragouts). Qui a déjà goûté le « couscous aux poissons » de Sousse ? D’une fraîcheur et d’un goût délicat incomparables ! Poissons du jour !

Hélas ! La croissance a son revers ! Il n’est pas seulement imputable aux fluctuations en réserves d’eau ; en effet l’infrastructure hôtelière, richesse de la région, pénalise l’irrigation de l’arrière-pays agricole. De même, les seuls débouchés touristiques ne suffisent pas actuellement à fournir des emplois à une population côtière dense, d’autant que le gouvernement provisoire, d’obédience islamiste, qui se maintient après la révolution depuis plusieurs années (2011-2014)  affiche une politique des plus inconsistantes en la matière, voire hostile.

Enfin, la recrudescence de la délinquance et de la prostitution juvéniles, du fait de la corruption du régime de Ben Ali, accuse un taux de féminisation de 20% depuis 2004. Actuellement,  sous le coup d’un endoctrinement pervers, elle change de visage avec le récent phénomène de la prostitution halal et de la violence sectaire.

Gigantisme des hôtels
Cependant, l’activité hôtelière, en constante  innovation, défie toute concurrence par son rapport qualité-prix. En front de mer, elle s’adresse aux particuliers, mais aussi aux séminaires d’entreprises et aux groupes. Ce n’est pas seulement le Carnaval d’Aoussou (24 juillet), fête de l’océan chère aux phéniciens, qui fait perdurer les traditions folkloriques, mais l’inscription de la médina de Sousse au patrimoine mondial de l’UNESCO en 1988 qui promeut la région. Le tourisme est entré dans sa phase culturelle.

Dans le sillage des galions…
Le Sahel, avec sa succession de ports de pêche, de chantiers navals et de marinas maintient son héritage de « peuple de la mer » depuis l’antiquité. Mahdia, premier port de pêche tunisien, s’exalte aux pêches miraculeuses de sardines, d’anchois, de maquereaux éblouis par les lamparos… ou encore de bars, de loups, de daurades sur tous esquifs ou au surfcasting.

Mahdia se berce aux légendes de haute-mer, mais aussi aux exploits des « courses ». Avec son surnom dû aux deux baies qui l’enserrent, la « Cité aux deux croissants », la ville-forteresse,  ne cesse d’être chantée par l’un de ses fils poètes : Moncef Ghachem
« …Et j'ai vu Mahdi la nuit à la gare
Qui prenait la voie de l'exil au nord
Et tu pleurais sous les jets de phare
Mansour est en mer et Mu'îz sans or

Elle m'a quitté la maison de ma mère
Ma vieille ville n'a plus ses habitants
Ses marins sont de l'intérieur des terres
Migrants comme mulets du bon vieux temps

Mes garçons sont pêcheurs à Mazara
Sur une carcara qu'on dit rentable
C'est la vie ô ma tendre Manara
J'ai le cœur gros et je broie du sable … »

Mahdia, creuset des marins
Cité phare pour le rôle historique qu’elle a joué, son nom lui est donné par le fondateur du mouvement chi’ite : Al-Mahdi (Le Sauveur). Il se proclame calife en 910 au cap Afrique où il établit Mahdia, sa place-forte. Capitale de l’Ifriqiya, elle étend son royaume fatimide* jusqu’en Egypte.

Saccagée au 11ème siècle par les invasions hilaliennes, son devenir est tumultueux ; escale des pirates, captive du corsaire Dragut, sous l’autorité des chevaliers de Malte en 1600, elle émerge de l’oubli avec la découverte, en 1908, de l’épave d’un vaisseau grec du 1er siècle.

Le havre en pente douce de Hergla
« Au large de Mahdia, à quelques kilomètres au nord-est de cette ville prestigieuse, des pêcheurs d’éponges signalèrent en 1907 la présence d’objets antiques submergés. Le gisement contenait des colonnes, des chapiteaux ; les fouilles ont permis de constater qu’il s’agissait en fait de tout un bateau chargé d’objets d’art pour la construction d’un édifice somptueux… quelle riche cargaison ! Outre les colonnes, des chapiteaux et de superbes cratères en marbre, on a retiré des chefs d’œuvre en bronze, tels que l’Agar, l’Eros Citharède, l’Hermès de Dionysos, la Naine dansante, la Course du Satire… et des sculptures en marbre, comme ce buste d’Aphrodite d’une beauté tout à fait divine. » (Mohamed Fantar)

La « civilisation de l’olivier »
La mer, la terre : un équilibre en flux et reflux… Deux symboles illustrent cette région à fleur d’eau : le poisson pour le bonheur, l’olive pour la force.

Récolte de l’olive en mosaïque et en melia*
Noueux, tordus, maints oliviers tutélaires datent de l’époque punique et honorent glorieusement leurs trente siècles. L’arboriculture fruitière (amandiers, etc.), et notamment l’olivier, utilise encore des techniques d’irrigation antiques : ils sont 8,5 millions pour la plaine de Sousse. Dans la plaine de Sfax, par contre, les 6 millions d’arbres destinés à l’oléiculture moderne proviennent, eux, du protectorat français.

Dans l’ancienne Byzacène, province romaine du Sahel, se développait le commerce de l’huile d’olive : combustible pour le chauffage et l’éclairage d’abord, elle entre peu à peu dans l’alimentation. Le fruit y entre à part entière : un regain pour les saumures, puis les conserveries. Avec 210 000 tonnes d’huile d’olive pressée en 2010, la Tunisie se situe au 4ème rang de la production mondiale. Inaltérable, l’odeur prégnante qui vous prend aux narines à l’abord des pressoirs !


Pressoir à olive à Kalâa Kbir

Pline, dans son « Histoire naturelle », rapporte : " Ici sous des palmiers d'une taille exceptionnelle poussent des oliviers, sous les oliviers des figuiers, sous les figuiers des grenadiers et en dessous de ceux-ci des vignes. Et sous les vignes, on sème des céréales, plus tard des plantes légumineuses, et puis des légumes, tous dans la même année, et tous se nourrissant de l'ombre d'un autre. "

Des épines aux fruits rouges de la révolte
 Région animée, industrieuse, le Sahel sème, tisse, récolte, fabrique, conserve. Les méthodes ne sont pas des plus modernes. Une gamme d’artisanats y concourt : qu’il s’agisse de l’art de la terre et du feu (poteries alimentaires) comme de la constitution des flottilles les plus rudimentaires. Entre les conditions et le niveau de vie de sa population, le luxe de ses hôtels et de ses galeries marchandes : un hiatus démesuré.

Four tabouna pour pain et poterie (Takrouna)
La main d’œuvre prolifique… tenace, se surpasse mais aussi survit sans toujours se résigner. Elle n’est ni à l’abri des intempéries, ni de la sécheresse, éponge des inondations mémorables et fait face aux fléaux naturels comme l’invasion de sauterelles… Consciente que l’équilibre s’avère bien précaire dans sa lutte contre l’avancée du désert.

De Sousse (3ème ville de la Tunisie) à Sfax (2ème ville), des cités au destin fabuleux n’égrènent pas que leurs vestiges*. Berceau de grandes figures politiques séculaires, ce n’est pas un hasard si les deux premiers présidents de la république indépendante en sont issus : Monastir pour Habib Bourguiba et Hammam-Sousse pour Zine El Abidine Ben Ali.



Kalâa Kebira, الكبرى لقلعةا, ses olives, ses cactées…

Auparavant, les Sahéliens s’étaient parfois rebellés contre le pouvoir central. Le caractère bien pugnace comme leurs minuscules villages perchés aux sites imprenables avant que d’être pittoresques, ils se sont levés contre l’injustice. Ainsi Akouda se révolta contre l’impôt beylical : le soulèvement fut réprimé dans le sang.

Entre romanité de Mediccera et zaouïa*, Takrouna s’agrippe encore à son piton rocheux et arbore sa berbérité. Pour Hergla, totalement rasé par la conquête arabe, son cimetière marin, semble glisser sur la grève… On raconte qu’un marabout du 10ème siècle, Sidi Bou Mendil, serait revenu de La Mecque en tapis volant…

…des enclos barrés de hindi à Sidi El Hani
Une région qui, malgré le poids de l’histoire, continue à se battre pour son avenir, surtout depuis que les factions intégristes jouent la carte de l’épouvantail.

Une région dont le rythme bat à deux vitesses : la modernité et l’ouverture sur les fronts de mer touristiques, le poids des coutumes et le cloisonnement des espaces domestiques pour l’arrière-pays, enclos de haies de cactées.

Une région jeune à l’instar de la carte démographique de la Tunisie. Il est vrai que les teenagers y représentent près du tiers de la population !

Une région à l’image de ses figuiers de barbarie ou hindi. De leurs raquettes épineuses éclosent fleurs et fruits rouges, gorgés d’eau et de fraîcheur…


Un article de  Monak

*Fatimide : dynastie shi’ite (909-1171) fondée par El Mahdi.
*melia : tunique à carreau des sahéliennes agrafée par des fibules
*Zaouia : lieu saint de prière ou d’enseignement
*Sousse, Sfax etc… et les sites historiques : à paraître dans un prochain article
La pêche : malheureusement, nous ne disposons d’aucun chiffre…
                 Remerciements à "Takrouna origine berbère"...

Voir aussi : http://tahiti-ses-iles-et-autres-bouts-du-mo.blogspot.com/2014/07/sousse-et-ses-environs.html 


Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

Takrouna, le village aux 6 familles berbères




Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire

Cet article vous a fait réagir ? Partagez vos réactions ici :