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dimanche 4 novembre 2012

L’Anthologie et moi



Le féminin nomade

 

Anthologie* sonnait tel un inventaire ! Odeur de camphre, elle m’épinglait comme un papillon (papillon, tout de même !) dans la catégorie bien cadenassée en trois termes : poète/femme/francophone.  L’épisode s’arrêterait-il là ? Enserrée dans les pages d’un volume comme fleur** séchée, parmi 155 de mes semblables ?

PAS d’ICI, PAS d’AILLEURS reste une aventure ! Il faudra bien que je m’y fasse, car déjà je suis ailleurs. Hormis le poids du «pavé» (près d’1kg !) les pages du recueil fonctionnent comme des incertitudes, questions sans réponses, échappées. Je n’y suis pas emprisonnée. Je fais partie de ces êtres inclassables, ces routardes du « nomadisme identitaire », à la lettre, comme à la ville.

De l’aréopage : Aurélie T, Sabine H, Angèle P…
          L’aréopage des collectrices s’est échafaudé un travail de Titan. Parmi les « voyageuses » de cette « libre sphère de l’écriture » (Sabine H), celle de la « quête du sens de soi» « qui déplace les évidences et les frontières » (Aurélie T), face à « l’obsédante et paralysante identité nationale » (Angèle P). Têtes de chapitres entre ondes et éphémère, balisant les échos de nos errances.

Rien n’y semble figé ! Nous sommes mouvantes et  différentes ! Pour cette raison que nous avons été choisies. Le pavé poursuit son rôle révolutionnaire. Une anthologie en marche.

L’ici et l’autrement

Se déploie, à La Lucarne des Ecrivains, la toile d’araignée filée sur le net en milliers de points par les initiatrices de ce volume. Des quatre coins de la planète prennent réalité auteures et conceptrices restées longtemps virtuelles.

Coquetterie d’anthologie, toute dédicacée
C’est Halloween… Dans la librairie où le libraire et homme ajuste son déguisement d’homme pour nous recevoir, les pendules sont remises à l’heure : il ne s’agit pas de colorer l’anthologie de féminitude. Pas d’Ici, Pas d’Ailleurs ne se targue pas de faire émerger une écriture formaliste féminine.

Pas de sectarisme, Armel Louis, le souligne dans les présentations. Pas de sexisme masculin/féminin. La seule spécificité de cette anthologie, c’est cette incompressible nécessité de partance chez les poètes. Partir de soi et faire l’expérience de l’autre et de l’autrement.

Armel Louis, virtuel hôte de La Lucarne ?

Juste en passant : en matière d’anthologie poétique ordinaire (collectant les deux sexes), le constat est amer… Les femmes y figurent en très mauvaise place ! Souvent escamotées comme quantités négligeables. Vieux relents d’un machisme survivant. L’anthologie y pourvoie.

Déraciné : un parcours

Pas d’identité culturelle dans cette anthologie bien que les auteures représentent plus du dixième des pays du monde (28 sur 231). Peu importent les pays d’origine et de destination. Pas de cocoricos ni autres ramages patriotiques dont on voulait nous engrosser.

Dans la série migrations du 21ème siècle qui agite ses vieux démons autarciques, les poètes nomadisent, par choix, en tout exercice de cause, et au contact environnemental  enrichissent leur paysage littéraire. Nous sommes apatrides de tête, de cœur, d’écriture.


Pour Maryse Hache, Anne Savelli …
Et notre liberté inclut absentes ou disparues… qu’elles participent de l’anthologie ou non. Pas de frontière, pas de limite. Moment désarticulé que ce dialogue entre le mutisme de Maryse H, ses cartes postales et Anne Savelli… en un adieu de pétales.

Le concert déconcertant

L’anthologie joue à fond sa particularité d’avoir été initialisée sur le thème de la libre disposition de soi. Pas de tradition à exhumer mais le sens de sa propre création à trouver. Etrangère à soi-même, tout est à reconstruire comme une quête sans limites.

Pas d’autre attache que d’explorer et de se créer d’autres ouvertures formelles. La langue joue à cache-sens, la ligne les petits cailloux du sentier, la forme à se remodeler.

Jamila Abitar, son papier, le poteau…
 Anthologie des créatrices : on l’aurait compris, en ce siècle de toutes les déconstructions. Des exploratrices d’images aux sarcleuses de mots, le contemporain est prise de risque.

Nomadisme identitaire ?

Des femmes sans piédestal, qui ne s’empierrent pas, ne briguent ni les rayons, ni surtout les étiquettes. Toujours en mouvance, en remise en question.

En cette soirée de signature parisienne où l’encre devient voix, pas de protocole. Elles se revêtent de l’autre, de son espace, du lointain qui s’effrite, du proche qui se répand.


Identité, MoniQ Akkari poème 
Pas à pas sur le territoire de l’autre et au détour de soi. Pas à pas elles parcourent l’exil dont on les affuble mais qu’elles revendiquent, car il est au-delà du temps, par-delà la mort. A contre-courant.

Une anthologie thématique, sans contrainte de genre, avec exclusivement des inédits, ce n’est pas seulement « tremper sa plume » au même creuset… c’est la frotter à l’épreuve du quotidien et de l’adversité, la mesurer à l’immédiat. Anodin de vouloir tricher avec le temps. Il est multiple, ils se mélangent.

Portrait entre deux eaux…
Ce qui pourrait caractériser indéniablement les femmes c’est leur capacité à pouvoir s’investir sur plusieurs fronts, s’abandonner. Mais ce n’est pas sans altération, sans épuisement, sans perte.

Une anthologie qui solde son succès par un effet boomerang. On ne se livre pas sans y laisser des plumes, sa plume ?

Alors, qui suis-je ?

 

Un article de Monak

 


* anthologie : nom féminin (grec anthos, fleur, et legein, cueillir, choisir)
** Sabine Huynh, Andrée Lacelle, Angèle Paoli, Aurélie Tourniaire : Pas d’ici, pas d’ailleurs, Anthologie poétique francophone de voix féminines contemporaines, préface de Déborah Heissler, Voix d’encre, 2012, 300 pages, 30 €.

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