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lundi 30 décembre 2013

Tunisie insolite




Couleur locale !

« Le sable, le soleil, la mer ! » Telle est la formule magique pour vous téléporter en terre tunisienne. Quant au « ciel », d’un bleu pur et intense, son éclat n’est plus à vanter ! Le slogan n’est pas mensonger mais comme tous les raccourcis, il vous invite à musarder dans la bulle des vacanciers. Comment découvrir alors le vrai visage d’un peuple, d’un mode de vie, d’une culture ?

Le tourisme est-il cette industrie qui fabrique de l’aventure sur les étendues désertiques, des mirages dans les hôtels de luxe, du mythe sur les sites archéologiques, et du rêve dans la fraîcheur des oasis et la pénombre des moucharabiehs ?

Il y a le soleil, la mer… et l’enlisement
Compte tenu du niveau de vie en Tunisie (l’€uro équivaut à 2,28 Dinars tunisiens et l’US$ à 1,65 DNT au 27.12.2013), le SMIG, qui s’élève à 301,808 dinars pour 48h hebdomadaires, correspond à environ 132,37 €. Il est vrai que le tourisme, qu’il soit culturel  ou non, n’est pas superflu. En laissant de côté l’attirail du parfait touriste pris en charge -quad, trek et montgolfière du désert, jet ski et scooter des mers-, je vous convie à rencontrer le Tunisien en personne.

Il vous faut d’abord soulever la portière de toile à rayures qui abrite les patios du dar arbi des regards curieux. Pour la petite histoire, le même mot chéhar, ِشِعَرْ, signifie rideau et cheveux. En référence à Jazia revêtue de sa seule chevelure ? Je vous laisse fantasmer sur la similitude et vous propose donc cette petite flânerie pittoresque : « la typicité du Tunisien ou comment s’adapter au jour le jour ».

Le salut vient de la mer
Les « petits boulots » tournent avec les saisons. La maintenance s’avère tâche difficile pour qui manque de moyens. Alors, le sable effectue son lent travail de sape. Combien de minuscules dars (maisons) en pisé s’enfoncent inexorablement sous les assauts du sirocco en plein cœur du Sahara ! Et combien de demeures montagnardes en Kroumirie ressemblent à ces cahutes recouvertes de branchages et pas toujours étanches ! En été, la buvette sur la plage, ce n’est pas du folklore !

L’enfant et la mer…
Qu’on se le dise pourtant, les ouvriers-carreleurs ont de qui tenir. Berbères ou Carthaginois, ils ont apporté leur savoir-faire et transpiré toute la sueur de leur corps pour embellir des sites prestigieux que vous pouvez encore visiter. Mais c’était en période de paix. Dès le Vème siècle avant J-C, les domiciles étaient dallés de minuscules dés de pierre, de marbre, de terre cuite et de pâte de verre. Les plus cossus livrent encore leur trésor, s’ils ont eu la chance d’être ensevelis et quand ils n’ont pas servi aux envahisseurs suivants. Avec la mosaïque romaine, byzantine, islamique, la technique évolue, les motifs, les coloris et les sujets se modifient.

La mer encore… : sa mythologie, mais aussi ses rapports entre  habitants aquatiques et riverains figurent déjà au fronton des mosaïques antiques. A environ 60 km de la côte nord, le site de Bulla Regia, en pleine campagne adossée à la montagne, s’égaie d’une Vénus marine comme de cette chevauchée d’un enfant sur le dos d’un dauphin. De nos jours, sur les 1300 km de littoral, la préoccupation oscille entre les rendez-vous fort prisés avec les dauphins, les tortues caouanne, les raies manta et la préservation de l’environnement.

«Fluctuat nec mergitur » : elle flotte et ne sombre pas
De la frontière algérienne à celle de la Libye,  le rivage s’échancre de baies ponctuées de marinas touristiques et de ports de pêche de poche. Mais quelle disparité entre les barques de fortune à rames, les flouka (felouques) aux voiles sombres et les esquifs à l’accastillage rutilant ! Quant aux travailleurs de la mer, ils ne sont pas exclusivement masculins. Parfois, la veuve prend la barre de feu son mari marin-pêcheur… Techniques ancestrales mais détermination farouche ! La mer engloutit hélas ses nautoniers !

Au hasard des chemins de traverse
Sur terre, les routes ne sont pas plus sûres ! Les mécaniques ne sont pas épargnées ! A l’instar des épidémies qui se répandent sans prévenir, les nids de poule ravagent le réseau. Ils n’ont d’égal que la cocasserie de multiples anecdotes, enjolivées de péripéties, quand ils ne tournent pas au drame, sous les orages violents de la zone méditerranéenne ! Ils émaillent régulièrement d’incidents les parcours les plus anodins, comme les chroniques des faits divers. Et par vent de sud, la couche de sable est parfois plus dense au-dessus du bitume qu’en-dessous !

De droite à gauche : La Tunisie, la lune, Mars…
Face à l’incurie des pouvoirs publics, mieux vaut s’en remettre à la protection de l’immanquable vœu : « inch’Allah » (à la volonté de dieu), tant elle revient pour scander les tracasseries ordinaires ! Façon comme une autre de juguler le stress : le Tunisien ne se laisse pas abattre ! Faut-il préciser que l’interprétation du code de la route fait partie de ces pratiques des plus fantaisistes ! Question de tempérament chaud !

Conduire à la tunisienne, relève de l’exploit. Car toutes sortes d’obstacles sont à contourner… sans oublier les ronds-points qui se multiplient pour ralentir la circulation et servent de repères indéfectibles pour baliser les itinéraires. En effet, dans les quartiers modernes, le nom des rues se signale par un simple numéro ! Rassurez-vous : le Tunisien est condamné à s’accommoder à perpétuité ! Il le prend même avec bonhommie : le soleil y serait-il pour quelque chose ?

Conduire : une sinécure ?
Les véhicules les plus incroyables et non-homologués font partie de ce panorama. On fait rouler toutes sortes de plateaux en fer-forgé, de carcasses de voiture réaménagées en remorque sur un châssis des plus improbables. Souvent tirés par des ânes exténués, ils se démantèlent autant qu’eux.

Reste que le « vaisseau du désert », ce noble animal des pistes et des dunes du désert, vient se frayer des trajectoires en pleine ville. Recyclage oblige : les caravanes de touristes s’urbanisent. Les dromadaires croissent dans le vacarme des klaxons ! Les troupeaux paissent entre les décharges.

Des caravanes assujetties au macadam…
Rassurez votre imaginaire : le noble métier de caravanier, continue à survivre sur maints circuits de la fournaise saharienne. Là où les traces se perdent sur les régions de roc aride, de cheminées de fée, de canyons, là où le GPS ne peut remplacer les étoiles.

« La vie en vrac »
Du nomadisme, réduit depuis l’Indépendance aux frontières du pays par des campagnes de sédentarisation, il ne reste peut-être que cette survivance à surcharger les bêtes de bât ! Les camionnettes de transport brinqueballent au moindre chaos. Les chargements débordent, s’empilent en des châteaux de cartes audacieux qui n’ont pas toujours la chance de s’éviter l’effondrement.

L’avenir est aux audacieux !
« Nul n’est à l’abri ! » Il n’est pas une ruelle, pas un pan de mur qui ne se soit lézardé aux chocs les plus invraisemblables. « Fanfaronnade méditerranéenne ! » me direz-vous ? Pas totalement, en fait ! Les mêmes catastrophes se répètent inlassablement, sans que personne ne s’attèle véritablement à en éviter le cours. Elles passent de ces petits accidents domestiques qui déciment les familles, aux nuisances publiques. Insalubrité des rues, pénurie d’eau dans toute la région sud, de ravitaillement dans les villages de montagne. La désertification gagne avec le réchauffement de la planète.

 Là, le silence devient accablant, insurmontable. Ce n’est pas que le soleil ! Malgré la tradition fortement ancrée du mutisme devant l’Ancien, le patriarche de la tribu familiale, le supérieur social ou professionnel, il semble que la jeunesse de ces dernières années ait décidé enfin de se faire entendre. « Skett ! » ou « Silence ! », comme un aboiement qui se déchaîne sur la caravane, résonne de toute la force de l’acte révolutionnaire, dans ce spectacle chorégraphié et dansé par Wajdi Gagui en 2012.


La roue de la vie et du silence : SKETT de Wajdi Gagui
Inspirée par cette période des Ottomans à la tête du pays de 1574 jusqu’à l’indépendance, l’image du derviche-tourneur est au centre de la création de Wajdi. En effet le Bey ne sera pas destitué sous le protectorat français de 1881. Il n’est pas que le sorbet ou le rince-doigt qui se conservent : l’équilibre cosmique des derviches s’y interprète autrement dans ce moment de danse contemporaine. Il s’annonce ainsi :

« La roue de la vie et de l'Histoire, son cycle à travers l'image répétitive, la mémoire à travers les jeux de l'enfance, le fil du temps à travers les images ludiques, les rouages du conditionnement et de l'esclavage : un cercle vicieux dans le parcours du quotidien.
« L'approche citoyenne de l'art, commence par une analyse du vécu social. La Danse peut la restituer sur scène. Mais elle peut aller au-delà, pressentir l'avenir : d'où son pouvoir révolutionnaire. Comme tout Art.
« SKETT est notre position du moment : le discours ne résout rien. SKETT, c'est le Silence (en arabe) : actuellement, il est prodigieusement parlant. »

« La vie en vrac » : écrit Mach
Il n’est pas que le silence qui fissure le présent. Mach, « artiste, photographe et agitateur culturel » l’exprime prodigieusement sur cette photo de pare-brise explosé. Non-seulement, il illustre, les aléas de la route… mais encore, il est à l’image de cette période bouleversée.

Il s’inscrit sur le paysage de ce mois d’août 2013 qui se lézarde politiquement et balafre les individus. Il maintient encore l’habitacle sécure, se raccroche à ces signes identitaires de cette poterie traditionnelle berbère qui figure sur le tableau de bord, à côté de ce journal d’analyse et de critique Le Maghreb.


Et puis, il regarde la mer, la capture comme sur écran, s’y épanche. Bien des portes encore s’ouvriront sur la mer…


Un article de  Monak
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