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dimanche 27 janvier 2013

Scène en crise


La Comédie crue

 

Le monde est en crise et ruine sa société. La société se cherche de nouveaux repères face à l’émergence des laissés-pour-compte. Le théâtre n’échappe pas à la crise : des coupes sombres de son budget national à la mainmise des boîtes de production tape-à-l’œil racoleuses.

Dans un contexte BCBG (bon chic bon genre) qui se targue des valeurs sûres de la bonne morale, de tous horizons surgissent des auteurs de théâtre, en butte au pouvoir établi et à ses débordements. L’Etat-providence a disparu depuis longtemps.

Catherine Vinatier… au bout de soi…
Comme à chaque période de récession, les portraits brossés de nos semblables, montrent le sordide de ce que nous pouvons révéler de nous-mêmes, à l’image de nos maîtres : profiteurs, brutaux, inhumains.

 

Une comédie des bas-fonds, pourquoi ?

Le genre comique n’est pas nouveau, dans la tradition du Théâtre. Mais il change de style avec l’apparition depuis plus d’un siècle de la comédie des «bas-fonds».

Pas seulement les bas quartiers, le sous-prolétariat mais la bassesse. Depuis Les Bas-fonds de Gorki, les œuvres se sont succédé, dans le roman aussi, adapté pour la scène.  

Une affiche suggestive…
 Si les anciennes comédies parviennent à se résoudre par une fin heureuse, les dramaturges de notre époque, ne jouent pas l’illusion et ne disposent plus des moyens de l’assurer. Ainsi nous montrent-ils un brassage de milieux généré par des comportements antisociaux. Il n’est pas que les marginaux qui soient inadaptés.

La comédie crue est-elle un genre ?

La comédie crue, n’apparaît qu’en sous-titre des productions d’un certain Hanokh Levin, dénonciateur insatiable des outrances de l’Etat d’Israël. Et la trivialité des dialogues est largement en-dessous de l’obscénité de toute dictature. La comédie crue, cependant, ne s’est donc pas encore instaurée comme genre théâtral. Et pourtant !.

La verve égrillarde existait déjà dans notre patrimoine universel avec Ubu de Jarry, Faulkner, Steinbeck, Roland Dubillard, etc., dialogues à faire frémir dans les chaumières.

Quand nous crachons sur notre humanité
Celle des situations déjà connues et établies à partir des lignées Brechtiennes, Seàn O’Casey ou John Arden… dont nous ne citerons que le rôle de Rosy Varte -petite merveille d’exacerbation et d’outrance- dans Vous vivrez comme des porcs.

Du rêche croustillant

Qu’on ne se trompe pas sur la marchandise ! La mise en scène de Laurent Gutmann au Théâtre de l’Aquarium, ce dernier trimestre 2012, ne ménage pas notre sensibilité de petits bourgeois, comme elle n’épargne pas davantage les acteurs.

          Pour La putain de l'Ohio, le décor est à même la terre. Il aurait d'ailleurs pu s'extraire de la boue si cette idée première avait été maintenue. Le compromis croûte sèche qui colle à la sueur du comédien, plus proche de la malédiction biblique : « Tu es poussière ».

          Adam et Ève, alias le Clochard et la Belle de Nuit, en toute concupiscence du plaisir charnel et, même chassés de l'Eden, ont dérangé quelques spectateurs aux chastes oreilles et vertueux regard.

Une actrice, un metteur en scène
 Mais, c’est bien de nous dont il s’agit : nos fantasmes lubriques assouvis sur plus faible que soi. Mendiants d’amour que nous sommes et les autres que nous dominons. L’image-miroir est « énôrme » (à la Ubu) et convaincante, nous ne pouvons voir en nous qu’un repoussoir.

Le rabot de la scène

 Les transgressions, le public les vit au privé et se la joue « morale » au quotidien, nourri des mythes modernes de la surpuissance et de l’impunité (pas vu, pas pris). La mise en scène est « au couperet » : elle dépouille, elle dénude, elle saccage, mais sans complaisance, sans cette complicité violente du porno.

Avec Eric Petitjean : notre image-miroir…
Quant au jeu des acteurs, il nous surprend par leur crudité d’abord, mais aussi par leur engagement. Des quidams, tout simples, métamorphosés par les rigueurs du métier et la maîtrise de rôles difficiles qui les mettent à nu.

Ainsi l’annonce le libellé de présentation : « Nous sommes confrontés aux instincts de base, le sexe, la procréation, le refus de la mort. La vision de l'humanité est tellement noire que le rire reste souvent coincé au creux de la gorge, comme empreint d'une immense tristesse. On est au final mis à mal par l'obscénité et le nihilisme, que Levin met en lumière dans nos sociétés. »


La putain de l’Ohio : extraits volés…
Peut-on parler d’une esthétique de la transgression ? Tout comme d’une esthétique de la crudité : car il s’agit de porter un texte à son paroxysme. Comédie crue, comédie du cynisme ?

 

Un article de Monak

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