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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

jeudi 11 février 2021

18ème FIFO


La Culture : Enfin !

 

L’AFIFO(Association du FIFO) a réussi un coup de maître, a su mobiliser ses partenaires malgré la covid. La Culture enfin ! Et avec un grand "C" ! Celle de l’engagement et de l’authenticité. Pour sa 18ème édition, le Festival International du Film documentaire Océanien nous la sert sur un plateau ! Et pas des moindres : ce n’est pas de la tarte… Le programme n’est pas franchement rigolard. Le documentaire, c’est tout de même une incitation à réfléchir, à s’informer, à apprendre ! à vous émouvoir sur des situations plus qu’éprouvantes (hélas !).

 

           Le public polynésien, alias "fifoteurs", bien rôdé depuis les premières années du 21ème siècle et partie prenante de l’engagement des fondateurs à faire fonctionner une plateforme de visibilité internationale où se dire, exprimer sa réalité, ses aspirations, émettre par soi-même, rétablir la vérité sur les mensonges et les détournements de l’histoire géopolitique, attend avec beaucoup d’intérêt ce rendez-vous annuel de février. Curieux de découvrir ce qu’on lui cache derrière la barrière de corail, impatient de se reconnaître identitairement chez ses frères du Pacifique, de se réapproprier une image qui ne soit pas déformée, il ne s’en lasse pas. Même virtuels, malgré l’absence réelle qui crée les liens, les cinéphiles en redemandent.

        Le 5ème continent des documentaristes a répondu présent à l’initiative de Tahiti, malgré la récession, malgré les difficultés de produire. Une 18ème session exclusive sur le net où réalisations, colloques et autres prestations, sont à portée de main, au choix du click : internautes à vos claviers ! Pas de guichet fermé pour les cinéphiles : pas de déception d’audience ! Et que cette opportunité de l’accessibilité mondiale d’un festival perdu dans le Pacifique Sud puisse se proroger pour la prochaine session !

Le  OFF : du Pacifique aux Caraïbes… 

Une session qui ouvre à grand fracas international les portes de l’exceptionnel et entre à plein dans l’histoire évolutive d’un FIFO particulièrement affecté et affectionné.

 

FIFO de tous les défis

          Toujours est-il que les organisateurs se révèlent au top de leur tâche : investis depuis des mois, ils en récoltent déjà les fruits, de par l’affluence des internautes aux premières heures de la diffusion des programmes du "Off" et du "Short". À déplorer cependant, la panne réseau des abonnés de la fibre optique : elle a bien eu lieu sur l’agglomération de Papeete, en ce 1er jour de la diffusion des films "en compétition" qui ouvre avec panache le Festival. Dans le pays aux abonnements internet les plus chers du monde, la hotline peine à rétablir le contact. Ceci n’étant pas imputable au FIFO !

        à déplorer aussi les dégâts dits collatéraux de la covid qui ne font que plonger davantage le pays organisateur, le pays d’accueil, Tahiti et le continent dans la crise économique : le FIFO, manifestation de la culture vivante, de la culture en marche, celle qui se crée à partir des rencontres, accuse un déficit. Une grande partie de l’infrastructure qui fait vivre le FIFO n’a pu être mise en place, vu les restrictions sanitaires. Seuls les participants actifs de l’événement, le jury, les animateurs de colloque et les médias sont à pied d’œuvre. Adieu donc les emplois temporaires qui venaient prêter main forte au bon déroulement de l’événement. 

       à déplorer enfin & plus que jamais avec le Président « virtuel » d’un jury « virtuel », sous « la maigre peau des apparences, la victoire sans appel des plateformes* » numériques : comment tolérer encore ces plages de pub qui émaillent chaque accès au visionnage des films ? Et comme le souligne Luc Jacquet, président confiné : « Quel point de vue différent peut tolérer un média dont le seul but est de vendre de la pub au plus grand nombre ?* »

Miriama Bono : la "Force vive" de l’AFIFO

Adieu donc la convivialité, le brassage international des foules, la prodigalité des partages interculturels. La proximité avec les professionnels, la familiarisation avec le quotidien du tournage : les incidents, comme la richesse des personnalités anonymes captées à l’objectif, comme les angoisses vécues derrière la caméra. Adieu pour un temps seulement, la parenthèse du Festival qui retrouvera son espace festif dans un an. Reste donc le "live" diffusé en direct sur écrans. Parallèlement, une réduction prévisible de la visibilité des programmes en milieu scolaire, les conditions n’étant pas toujours optimales pour mener l’action pédagogique attendue. Demeurent les solutions de remplacement et les aménagements que parviendront à inventer les récipiendaires de la culture cinématographique.

 

FIFO à l'affiche

            En cette période qui ouvre l’année 2021 sur un nouveau confinement de la métropole française et la fermeture de l’espace aérien polynésien, il y a de quoi hurler à l’incompétence et à l’inconséquence des instances dirigeantes. La culture se trouve piétinée sans état d’âme, privée des moyens qui la font vivre et se trouve vouée au rôle de bouc émissaire agonisant des gestionnaires de la crise qui en agitent les pseudo résolutions en toute imposture.

           L’AFIFO par contre, et c’est tout à son honneur, a su faire preuve d’une ingéniosité sans pareille. Le 18ème FIFO a accouché dans la douleur de solutions de remplacement tronquées et fait contre vents et marée et mauvaise fortune bon cœur ! Le programme se voit amoindri quantitativement, mais non qualitativement.

Le plateau-colloque scénarisé au Petit Théâtre

          Dans l’ensemble, par dépit, humeur ou en raison du contexte global peut-être, la sélection semble affectée du critère de la contestation. Le FIFO assume donc sa part d’agitateur culturel dans la sphère pacifique et mondiale. Dans nombre de films ressort et s’exprime cette exaspération qui ébranle la planète, et particulièrement les états océaniens. Finie l’aimable politesse du dominé, le dominateur se trouve pointé du doigt sans ménagement. La colère gronde et l’âpreté réprobatrice ne ménage plus les fauteurs de trouble.

         La parole de l’image se libère et dénonce. Va-t-elle être entendue et prise en compte par ceux qui cherchent encore à la museler ? Quelles conséquences vont découler de cet état de fait ? C’est peut-être ce que révèleront l’avenir proche de la planète et la prochaine session du FIFO.

                                         ...avec Luc Jacquet : un président "décapant"

         Un premier coup de chapeau à Miriama Bono, présidente de l’AFIFO, pour avoir tenu bon, s’être saigné les veines, avoir « endossé les règles implacables* » des contraintes sanitaires, ramé à contre-courant pour réussir ce DéFI incroyable ! (p. 12. du programme : édito de Miriama Bono). Le jury, constitué de ceux qui n’ont pu passer qu’en partie au travers des mailles de cette forme d’"assignation à résidence" que prennent les confinements divers, relève du choix par défaut. Remercions tout de même les membres du jury d’avoir donné de leur personne pour faire aboutir le FIFO.

C’est donc dans une ambiance morose que démarre ce 18ème FIFO. Reconnaissons que les organisateurs se mettent en quatre pour rebondir et porter haut les couleurs de la création documentaire océanienne et des peuples concernés. Et chapeau pour ceux qui, clament les valeurs « indispensables* », « la chaleur des salles* », « l’humain* », ces cultureux « classés non-essentiels* » (sic Luc Jacquet) Merci encore et bravo !

 

Un article de  Monak & Julien Gué

 

Tous droits réservés aux auteurs. Demandez leur autorisation avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

NB – les astérisques (*) reprennent les citations de l’édito percutant signé Luc Jacquet, président du jury du 18ème FIFO. (Cf. le programme édité par l’AFIFO)

 

 

dimanche 13 décembre 2020

Coup de Soleil sous un bananier


Quand Monak se perd
dans l'envers du décor


Installée à Tahiti depuis une dizaine d'années, Monak nous livre ici son premier roman inspiré par le fenua...

 

            Il est des intrigues policières jamais résolues. 
           La douceur des îles et de leurs habitants, l’indescriptible camaïeu de bleus des lagons, l’art de la bringue lui-même ne doivent pas, ne peuvent pas occulter la violence cachée d’une société étouffée par le mutisme légendaire des Tahitiens.

           Derrière le sourire envoûtant des vahine peuvent se cacher bien des mystères et des réalités décalées. Derrière la vie réglée d’un humble et discret fonctionnaire peuvent se nouer de bien étranges intrigues…

 

Tout a commencé par...

Et puis, qui peut prétendre savoir ce qui se passe vraiment derrière ces haies chargées de fleurs odoriférantes, sous les toits en tôle de ces fare où se réfugient parfois la misère tant matérielle que morale ?

Mais que s’est-il vraiment passé dans cette vallée cachée de Papeete ? Allez savoir… Une chose est sûre : la vie est là. Le pardon aussi, souvent. Le remords : parfois. Mais surtout, surtout et toujours : l’amour et son cortège de conséquences.

Alors, bienvenue dans les coulisses du paradis !...

 

Derrière la carte postale

Depuis son arrivée en Polynésie il y a un peu moins de 10 ans, Monak a eu le temps de traverser les paysages paradisiaques vendus par les agences de voyage et, donc, de découvrir l’envers du décor. Et c’est bien de la face cachée du paradis dont il est question dans « Coup de soleil sous un bananier ».

         



Monak

Bien sûr il s’agit d’un roman policier. Mais l’intrigue ici n’est rien d’autre qu’un alibi pour nous conter les gens, eux qui ont tant touché notre écrivaine. Celles et ceux dont on ne parle jamais. Qui vivent loin des plages privatisées, dans des « fare pinex » à l’ombre des manguiers ou des banians, dans le fond des vallées. Qui sont paysans et pêcheurs dans les îles, obscurs employés de bureaux à Tahiti ou encore vivent la nuit, travestis et prostitués… Bref : les Polynésiens dont personne ne parle jamais. Pour nous conter aussi les conséquences humaines et sociétales de soixante années du clientélisme politique (avec son cortège de corruption et de malversations) imposé par la France pour protéger son programme nucléaire.

Un polar donc. Mais pas que…

 

Du réel à la plume

            Fidèle à elle-même, comme elle le fit jadis dans le sable brûlant du Sahara tunisien, notre auteure a donc trempé sa plume dans le bleu des lagons pour en extraire une encre acide, sans concession. Pour nous parler des amours hors-le-monde entre un gratte-papier et une raerae. Pour nous peindre certaines zones d’ombre d’une société polynésienne ignorées de tous hors du fenua.

 

            Avec un style qui n’appartient qu’à elle, Monak nous livre à la fois l’amour qu’elle a pour le peuple polynésien du silence et ses colères provoquées par une société d’une rare injustice.

 

Son livre…

            Ainsi donc, « Coup de soleil sous un bananier » n’est ni un polar ni un pamphlet, mais bien un fort bel hommage rendu aux obscurs et aux sans-grades d’une société terriblement corrompue. Une ode à la beauté de ceux qui survivent, la tête haute, sans jamais un mot pour se plaindre.

 

Publié chez Estelas Éditions, le livre n’est, hélas, pour l’instant disponible qu’en version numérique exclusivement. Un choix qui en interdit l’accès aux nombreux lecteurs tunisiens de Monak. Espérons donc avec eux et avec tous ceux qui, comme moi, et ils sont très nombreux, préfèrent de très loin lire un livre dans sa version papier, seront entendus rapidement…

 

 

De la même auteure, découvrez également :

Chkakel (2001), chez TheBookEdition

Marée acide (2014), chez TheBookEdition

Un article de Delphine Barrais sur Tahiti Infos :

 « Un roman policier qui révèle l’envers du paradis »

 

Un article de  Julien Gué

 

          Tous droits réservés à Julien Gué. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

 

mardi 3 mars 2020

La boutique Klima à Papeete


Un amour de librairie


Quand les libraires se nomment Manuella et Marius, qu’ils sont nés à Papeete, la petite boutique se  pare de pétulance, de sourires, de cordialité. Aux visiteurs que nous sommes, tout est grâce, légèreté… le sérieux devient plaisant. La librairie Klima dégage une âme.
 
Entrer dans une librairie de ce type, je veux dire pas un super-marché du livre mais un lieu habité, c’est suivre le papillon flegmatique Absolem et passer De l’autre côté du miroir. C’est pénétrer dans un univers où tout s’explique autrement : là où les lignes qui se suivent vous entraînent à les visualiser, à entrer en contact avec un auteur… C’est abolir le Temps, comme Alice, et retourner au Pays des Merveilles. Là où l’écriture « hurle sans bruit… L’écrit ça arrive comme le vent, c’est nu, c’est de l’encre, c’est l’écrit, et ça passe comme rien d’autre ne passe dans la vie, rien de plus, sauf elle, la vie. »
C’est suivre le Lapin Blanc au gilet bleu… et là, assis parmi les livres, sous l’affectueux et rassurant regard du couple des libraires, votre solitude se transforme au gré d’une compagnie qui vous livre le monde fantastique de son imaginaire. 

encore des histoires de lapin…
Une librairie, c’est une invitation, ça parle... Enfin, les mots se croisent et t’interpellent. Là, dans leur cadre bien rangé, ils se déploient. Sous leur titre, un portrait s’ouvre comme un visage, un paysage. Les livres ne s’ennuient pas sur les étagères… Ils t’appellent en une lettre, un nom, un bout de phrase. Ils te font discuter. Ils sont portés par une voix : écoute-les parler entre eux, ils s’envolent en duo, se glissent dans la conversation des amateurs.

Ils vivent sous les mains de ceux qui les feuillettent. Regardez comme Marius et Manuella les caressent du bout des doigts. Une longue fréquentation qui commence à l’âge de la lecture. Quelques six ans après la naissance de la librairie Klima. 1936… « ça commence comme un rêve d’enfant, on croit que c’est dimanche… »

L’espoir d’une époque… Révolue ?
Une librairie, ça vous dévisage... de ses grands yeux ovales qui s’écarquillent avec les lettres rondes des titres et des auteurs... ça remanie son look quand ça déménage. Le Quai des Bonitiers, le port, la mairie, Vaima, la cathédrale : la librairie Klima a quitté le front de mer pour le Centre ville. C’est une porte ouverte sur la vie alentour. La place du village où chacun vient partager ses découvertes et ses vœux, les senteurs du quartier, un climat vivifiant.

Un rythme qui a vogué des années-bateaux, quand la presse n’était livrée que périodiquement… à l’ère des rentrées littéraires. Quarante ans de gérance, pour Manuella et Marius, c’est imprimer une atmosphère-boutique. Chaleureuse, bien vivante, enjouée.

Klima c'est....

L’odeur du papier, son grain, l’effluve des encres chatouillant les papilles des connaisseurs : une relation sentimentale qui allie exhalaisons d’histoires enfouies dans le secret des pages aux souvenirs d’enfance. Une belle histoire d’amour qui traverse le temps et se transmet dans le sourire du couple : Manuella, Marius.

Des hôtes attentifs et prévenants
Des rencontres où venus d’autres continents, la même addiction se dispense. Certains y revivent l’atmosphère de leurs jeunes années. Quand la librairie familiale était une aire de jeux, un lieu consacré, le temple du silence…

Invitation à la plume

Klima, malgré la réalité virtuelle, poursuit son long cheminement à travers les écrits d’ici et d’ailleurs. La foule des grands jours pour les dédicaces des écrivaines d’ici : Chantal Spitz ou Nathalie Heirani Salmon-Hudry. Et bien d’autres encore… Ceux qui pimentent du sel de l’humour, la vie cachée des insulaires aux allures de polars : Patrice Guirao… et puis les universitaires, chercheurs… Les rayons dissimulent des trésors.

Un point de vue, point sur les « Îles »…
Et encore ceux qui modestement ne prétendent à rien d’autre que de poser des points sur les « îles » (pour ne pas préciser les « i ») que les guides touristiques parent de mythes et de mystères… Un certain 25 janvier 2020, jour de l’an chinois du rat de métal, Julien Gué, reçu avec beaucoup de délicatesse et de prévenance, y signait De la mer aux hommes : manifeste pour Tahiti et ses îles…

Invitation au voyage...

Alors, puisqu’il vous reste encore un peu de temps… avant que la date fatidique ne vienne clore la Librairie Klima… invitez-vous au voyage… prenez la peine de vous y arrêter. Une librairie est un port. Elle n’appartient pas qu’aux seuls habitués…

Le reflet du monde : Klima
Laissez-vous porter par l’aventure des mots… ceux que vous connaissez, ceux que vous entendez dans le calme d’une librairie où les patrons vous convient à la découverte… de ces cultures multiples qui se mélangent au gré des ouvrages, au gré des familiers qui s’acclimatent…


Un article de  Monak  et   Julien Gué

         Tous droits réservés aux auteurs. Demandez-leur l’autorisation avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.