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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

mardi 4 février 2020

FIFO jury 2020


Jacques Vernaudon au jury

           Parmi les 7 membres du jury international, pressentis par le Comité organisateur du 17ème FIFO, figure Jacques Vernaudon, enseignant-chercheur à l’UPF (Polynésie française). Vous savez le linguiste qui avait tiré la sonnette d’alarme sur l’avenir des langues polynésiennes dans nos archipels…

            Oui, ce qu’il faut savoir, c’est qu’un théoricien des langues, s’appuie sur le vécu de la langue qu’il enregistre caméra au poing. Dans le contexte actuel de la mondialisation ou d’une langue dominante, la langue originelle est en danger. « Si les parents ne transmettent pas leur langue à leurs enfants, la langue va disparaître », précise-t-il, mais il ne les incrimine pas. « La configuration sociale de l’époque faisait que le français était prioritaire et que les parents n’avaient pas idée de l’intérêt que pouvait revêtir le bilinguisme précoce. L’idée se diffusant, va-t-elle inverser le processus ? »  

Jacques Vernaudon, interview sous la pluie…
         La question étant posée, ce n’est sans doute pas son intervention dans le documentaire de Cybèle Plichart "Te reo tumu, la langue maternelle", présenté au FIFO 2017 qui aurait pu induire son accession au jury actuel.

Sollicité  par la présidente de l’AFIFO, Jacques Vernaudon né à Tahiti, peut en imaginer les raisons : « Miriama Bono sait que, avant de travailler ici, j’ai passé une douzaine d’années en Nouvelle-Calédonie. Avant de faire des études de linguistique et de rentrer dans le cercle dynamique universitaire j’ai effectué des études en audiovisuel : j’ai donc acquis une certaine sensibilité au film documentaire »

Une immersion océanienne

         « Mes recherches m’ont conduit à explorer le Pacifique. Pas pour le folklore. Je connais les langues kanakes. Je me suis rendu à Wallis, à Futuna, à Samoa, au Vanuatu, en Australie, etc. »

          « Je peux comprendre les langues polynésiennes… j’en perçois les structures, les convergences et les divergences. Il existe plus de 1200 langues autochtones différentes parlées dans le Pacifique (dont une quarantaine de langues polynésiennes). Mon travail d’observateur, ce n’est pas pour développer des compétences de communication mais pour comprendre leur systémique. Elles nous renseignent sur certains fonctionnements culturels. »

« Le continent bleu »
           C’est ainsi que je saisis, dans le cadre de cette interview, qu’il faut rester prudent et ne pas mélanger langues et perception du réel.

Le film, outil de connaissance

         « La recherche en linguistique utilise la matière filmique, établissant des corrélations entre langage verbal et non verbal. Quand on travaille sur le terrain, on développe et on structure une base de données à partir d’enregistrements audio-visuels. À la différence du cinéma on travaille une matière brute. On travaille sur des rushes. »

         « C’est un observatoire spontané qui allie parole et attitudes. Le documentaire est  une source de savoirs essentiels. Et si je ne peux tous les voir au FIFO, je complète par la télé, les streamings… Ils nous renseignent, à travers les scènes de la vie quotidienne, sur les comportements sociaux, le positionnement réciproque des interlocuteurs »

Le film de la langue
         « Les sous-titres sont bien utiles. Ils nous évitent d’interpréter… et je suis comme tout autre spectateur. » Je dirais bien que Jacques Vernaudon ne s’avance pas sans vérifier… réflexe de chercheur, évidemment !

Au jury FIFO ?

         « Le festival est  une fenêtre sur le monde océanien et ses comportements, il nous informe aussi sur la vitalité de ses langues. En tant que membre du jury, la linguistique n’apporte rien... » Ce qu’il ne dit pas, c’est sa capacité à écouter, et à suivre le fil de ses idées.

          Car, je me dois de le préciser, cette interview, prévue initialement au village FIFO, inopinément fermé, nous a forcés à nomadiser. Les auvents de Toata se trouvant dérisoires sous la bourrasque, nous avons achevé l’entretien dans sa voiture.

Le jury FIFO 2020 au contact
Quant à la question de pouvoir acquiescer favorablement à la demande du Comité d’organisation du FIFO, quand on est maître de conférences, Jacques Vernaudon répond ainsi : « J’ai hésité à accepter de participer au jury pour des raisons de disponibilité. Les contraintes professionnelles ne me permettent pas de voir plus de 3 ou 4 films, en temps ordinaire… Tout le monde ne peut pas prendre de congé pour le FIFO ! »

Un alibi... précieux

       « Être au jury, c’est un alibi pour voir tous les films en compétition. Je suis très heureux de le pouvoir ! ». L’envers du décor c’est « de prendre des notes ; de convenir de critères avec les autres membres ; d’avoir un regard plus aiguisé et attentif dans ce contexte-là ». De l'humour, donc !

entre bourrasques…
Qu’Éric Barbier soit président du jury ? « C’est appréciable : pour la personnalité même du réalisateur et plus précisément pour la reconnaissance institutionnelle de ce festival ! C’est important que ce soient des professionnels reconnus du métier qui soient membres du jury et qui le président, ça donne une légitimité à la sélection… »


Un article de  Monak

Tous droits réservés à Monak et Julien Gué. Demandez l’autorisation des auteurs avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.


lundi 3 février 2020

FIFO, 11ème Nuit de la Fiction


Une nuit agitée !


La 11ème Nuit de la Fiction, ouverture sur l’imaginaire océanien, n’a pas manqué de surprendre, comme à son habitude. En ce 1er jour du FIFO, soumis aux turbulences météos à Tahiti, l’écran s’est montré notablement dramatique.

Séance particulière donc, où la salle du Grand Théâtre s’est partagée entre sujets brûlants d’actualité, spectateurs sous projecteurs, attentifs et bienveillants, et chute accidentelle d’une spectatrice évacuée par les secours… Nous lui souhaitons prompt rétablissement.

« Our Father »… une figure effrayante
            Signe des temps, ces courtes fictions abordent sujets sociétaux, clivages sexistes, ethniques et reconnaissances mutuelles. Ils pourraient se regrouper globalement autour de la difficulté de se réaliser : qu’il s’agisse d’enfants, d’ados, de femmes, toutes générations confondues.

La palme des participations revient à la Nouvelle-Zélande, suivie à égalité par l’Australie et Hawaï, une percée de Fidji et… une seule production de Polynésie… 

Du présent au comique...

Le présent n’est pas des plus gai : il s’affronte aux résidus du colonialisme (Liliu, Samoa-N-Z), aux impératifs de la vie moderne (Go to Bac, N-Calédonie), aux démons de l’addiction (All these creatures, Australie), à l’improbable réinsertion (Moloka’i Bound, Hawaï), à la résilience (Our Father, N-Z)… Les réalisateurs optent souvent pour un traitement psychologique, à travers les sentiments plus ou moins déclarés des jeunes…

Face à l’incompréhension des adultes ou leurs abus… Les atmosphères sont étranges, lourdes, entourées d’ombre, d’incompréhension, de secrets et de mystères… Les non-dits y prennent toute leur place. Walk a Mile (N-Z) pourrait seul détenir un peu de positivité, sinon que le contexte est celui de la rédemption après le deuil… ce qui n’est pas profondément réjouissant, avouons-le.

“All these creatures”... Où est le réel ?
           L’amour a besoin de la mort pour se déclarer, l’humour est remplacé par la dérision. Personne ne semble épargné. Sur fond d’incompréhension de couple, éternel problème, #Collapsingempire (N-Z) en est une caricature. Traitée au second degré, elle est bien l’unique fiction à se résoudre par un humour grinçant.

Du fantastique à l'anticipation...


Comme le présent ne propose pas de réelles solutions, il semble que les réalisateurs puisent dans l’ailleurs ou la projection vers un autrement, pour résoudre les problèmes comportementaux de notre humanité. Troll Bridge de Daniel Knight (Australie) joue sur les références légendaires universelles et leur réactualisation par les jeux vidéo pour nous révéler un avenir sans issue. Notre barbarie, notre sens déformé de l’héroïsme bataille avec des tas de jeux de mots (Cohen le barbare-Conan le rebelle), jeux de situations (dialogue avec le cheval…) dans un combat sans issue.

Des légendes scandinaves au troll d’internet, c’est-à-dire le polémiste… toute une suite de clins d’œil hilarants… Du point de vue technique, une petite réussite. Et n’oublions pas : « Un troll sommeille en chacun de nous »…

« Love Bytes » notre miroir ?
          Love Bytes de Sam Prebble (N-Z) ou l’impossible quadrature du cercle. N’y aurait-il que les robots qui puissent prétendre au bonheur ? Inversement, les humains n’y croient plus que de façon virtuelle ! La preuve… ils sont totalement éradiqués. Et nous ne passons pas au travers de ce portrait de nous ! Les robots sont notre portrait. Technique, effets spéciaux, astuce et humour noir assurées :  il s’agit bien de nous ! Quel autre sort pourrait encore nous être réservé ? Vous ne le saurez pas plus avec Kālewa (Hawaï)

Demain serait poétique ?

Alors, que nous reste-t-il ? Chanter avec nos ancêtres des litanies sur la soumission des femmes (You, the Choice of My parents, Fidji) ? S’accrocher à son désir d’épanouissement, malgré le handicap, forcer le destin, puiser en soi, dans les méthodes de pointe ou revenir aux fondamentaux de la culture ancestrale, de la nature, le legs affectif, avec ‘Ori (Polynésie).

Juste que Manuarii Bonnefin entre à plein dans la poétique du mutisme. Du coup, il valorise le corps et son rapport avec une conscience qui prend pied dans le ressenti. Il est vrai que son image est parlante, que les sentiments y sont intensément moteurs : c’est le genre qu’il semble affectionner tout comme la réalisatrice fidjienne, Meli Tuqota tisse le tapa de ses mots. Et puis, Ce qui nous émeut particulièrement, c’est que pour ces deux réalisateurs, nul besoin de passer par un imaginaire universel.

‘Ori… à fleur de sens
           Les fictions courtes semblent s’inscrire, pour leur majorité dans le contexte océanien. En effleurant un aspect qui pourrait passer inaperçu d’ordinaire, ils l’inscrivent dans le patrimoine audio-visuel de la région. Dommage que nous n’en sachions pas plus sur les réalisateurs.


Un article de  Monak et  Julien Gué

          Tous droits réservés à Monak et Julien Gué. Demandez l’autorisation des auteurs avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.



mercredi 29 janvier 2020

“Nauru” de Mike Leyral


Un super docu percutant !


Parfois la question reste sans réponse ! Pourquoi le 28 minutes signé Mike Leyral, "Nauru, la prison australienne" ne figure-t-il qu’une seule fois*, dans la section "Écrans Océaniens" de la 17ème édition  du FIFO ? Sorti fin 2018 sur le petit écran, le "magazine" du journaliste reporter d’images (JRI) peut se targuer d’une qualité de conception, de rythme, d’images : un sujet inter-îles qu’il fallait oser.

           Le film s’inscrit à plein dans la politique du FIFO : « Un cri pour dire que la mondialisation ne peut broyer et faire disparaître les peuples et les cultures », intervient son fondateur, Walles Kotra,  en page 17 des éditos. Ce n’est tout de même pas sa qualité de journaliste en fonction d’une chaîne télévisuelle (TNTV) concurente de la chaîne de service public coorganisatrice du festival qui pourrait l’exclure de la sélection des "films en compétition" : réalisateurs télévisuels d’autres pays y concourent.  

Camp de la misère à Nauru…
           Film bigrement bien construit, la trame générale montre un équilibre dans la succession des images :  alternance entre interviews et voix off du commentaire, portraits et environnement (centre administratif et camps, ruines modernes et bidonvilles) : elle s’étoffe de la diversité des points de vue (officiels, visiteurs, Nauruans, réfugiés), et de la disparité des espaces contigus (friches portuaire et industrielle, rivages et lagon intérieur, espace urbanisé et terres arides incultivables, clairières et décharges). Quant au format, il en est de plus courts parmi les sélectionnés. De plus, en nous référant aux déclarations des membres du comité de présélection du FIFO 2014 : « Un documentaire… doit avant tout susciter la réflexion, impulser la réaction, faire naître une émotion. »  Mission accomplie !

           Quant au vif du sujet, sur fond du 49ème Forum des îles du Pacifique localisé à Nauru, le destin « sans perspective, sans soins et sans espoir des réfugiés relégués par l’Australie sur cette minuscule république insulaire de Mélanésie » se confronte au sort d’une population Nauruane miséreuse, au chômage et malade (diabète, obésité, infections pulmonaire liées aux poussières de phosphates, etc).

Des signes avant-coureurs...

« Les ONG ne cessent de dénoncer, depuis presque 20 ans, la politique d'immigration draconienne de l'Australie » revisitée depuis 2012 et connue sous le nom de "Solution du Pacifique" : déjà Island of the Hungry Ghosts de Gabrielle Brady (prix spécial du jury au 16ème FIFO) évoquait cette réclusion off-shore sur Christmas Island…  Avec Manus (Papouasie-Nouvelle Guinée) puis Nauru, l’Australie finance cette détention à l’étranger.

Réfugiés somaliens dangereux ?
 « Les défenseurs des droits font état de conditions effroyables de détention,  d'accusations d'agressions sexuelles et d'abus physiques. Les autorités nauruanes démentent.» Sur une île plus petite que Makatea (le phosphate encore !) les réfugiés représentent 10% de la population : une manne sous-payée quand elle est embauchée ou à la merci de subventions dérisoires.

Fournaise équatoriale des camps
Une situation intenable, dans huit camps précaires de toile. Sauf que les tentes ont été remplacées par des préfabriqués pour le Forum. Quant aux correspondants, s’ils peuvent, en principe, interviewer les réfugiés dans la rue durant le forum, une journaliste néo-zélandaise s’est vu arrêter et privée momentanément de son accréditation.

Des risques mais... une opportunité

« En temps normal, les journalistes qui souhaitent obtenir un visa pour Nauru doivent payer 8000 dollars australiens… sans remboursement en cas de refus ! Cette fois, le visa est gratuit, le temps du Forum. Sont également interdites toutes les photos ou vidéos des demandeurs d’asile dans les camps »

Le problème s’est donc posé pour Mike Leyral et Brandy Tevero de pouvoir mener à bien leur projet documentaire. Le sujet est tabou. Et la censure est nette. « Malgré les démarches officielles effectuées au préalable, aucune autorisation n’a pu être obtenue. » Que risquaient-ils ? Au mieux la prison.

Une gamine suicidaire à Nauru au camp 5
             « Les rencontres se sont donc opérées secrètement : les demandeurs d’asile, impatients de se faire entendre, dans les camps, entre deux carcasses de voitures, dans une clairière… » D’où ces plans floutés, à huis-clos, ces cadrages à mi-cuisses, ces images de dos ; et les désespérés qui de face défient l’anonymat.

De l'incertitude à la détermination

           Pour Mike Leyral qui a donné le change en couvrant le Forum, Nauru, la prison australienne fait date dans l’histoire des documentaires à risques. Malgré l’adrénaline, la composition est perspicace, l’image limpide, le propos subtil et tranchant. Pas de parti pris pour un sujet poignant. Nauru est dépeinte sous tous ses aspects et couvre l’ensemble de l’île. Il ne manque pas de faire ressortir les contrastes d’une société clivée en deux, la distance et l’incompréhension mutuelle… Un documentaire bien rythmé, alerte, sans longueurs.

           Un zeste d’humour pour détailler le petit peuple nauruan, conditionné par la désinformation ambiante, raciste par défaut et qui se dit heureux de revenir à l’âge des chasseurs d’oiseaux. Et pour boucler la boucle, notifier sa présence en zone interdite, le recours au face-micro initial et final.  En bon JRI, il en est l’auteur, le commentateur, le caméraman et le monteur, mais pas le "mentor" : libre à vous de vous faire votre opinion.

Quand Nauru s’asphyxie
            Une satisfaction tout de même et elle n’est pas des moindres : le coup de projecteur sur les camps de la honte, - « ainsi que d’autres » relève Mike Leyral qui ne cultive pas le narcissisme -, a poussé l’Australie à évacuer les enfants migrants de Nauru, à assurer un traitement médical aux demandeurs d’asile… l’affaire reste à suivre.

            Comme vous pouvez le constater, après avoir visionné l’intégralité des films sélectionnés pour la compétition, je flashe sur Nauru, la prison australienne,  pas seulement pour cette dose de courage des co-réalisateurs, leur engagement déontologique ; pour le niveau formel, esthétique, le traitement impeccable d’un sujet difficile et le talent remarquable de l’auteur-commentateur dont la plume est succulente ; mais aussi pour la dimension humaine qui s’en dégage.

Mike Leyral, le devoir d’informer
            Mike Leyral, déjà présent au FIFO pour Tapati : le festival du centre du monde (2015) et autres docus… et dont les magazines se passionnent de sujets culturels ou sociétaux… vous livre un panorama de styles, chacun soigneusement adapté à la matière traitée. Et puis cette originalité d’achever le propos sur une question ouverte de ses interviewés… parce qu’il a su les mettre à l’aise, qu’il comprend leurs traumatismes : cet ado par exemple qui est incapable de prononcer correctement « future », ou « refugee » !

           Vous pourrez le rencontrer au Festival, ce mercredi 05 février 2020, sur le paepae a Hiro, à 11h 30… D’ici là, bonne projection car : je ne vous ai pas tout dit et il vous reste encore beaucoup à découvrir !


Un article de  Monak

*Attention ! Une seule projection au 17ème FIFO : mardi 04 février 2020, 18 heures, Salle Muriāvai


** pour vous faire une idée des Mag de Mike Leyral, cliquez sur ce lien :  

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Tous droits réservés à Monak et Julien Gué. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.