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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

jeudi 10 avril 2014

Des îles, entre le ciel et l’eau


De la mer à la terre

Oui, les plus incroyables photos de la Polynésie sont ces clichés aériens qui nous proposent d’hallucinants camaïeux de bleus et de transparences…

            Et oui ce sont ces images là que découvrent les touristes du vingt-et-unième siècle qui ont la chance d’atterrir à Tahiti dans la journée. Pourtant…

Toute la beauté d’une île…
            Pourtant, c’est par la mer que doit s’aborder une île car c’est ainsi qu’elle se révèle dans toute sa sérénité, sa fragilité, son âpreté, sa violence et, donc, toute sa beauté.

Des voiles aux ailes…
C’est par la mer que les premiers occupants de nos îles, les ancêtres des Ma’ohi sur leurs fabuleuses pirogues à voiles de voyage, découvrirent ces terres inconnues… De très nombreux siècles plus tard c’est aussi par la mer, et après de longs mois d’une très difficile navigation, que les premiers occidentaux posèrent les yeux sur ce qu’ils n’hésitèrent pas à qualifier de « paradis terrestre »…

Les premiers avions américains arrivent à Bora Bora… par la mer !...
Les premiers avions à se poser sur les terres polynésiennes furent ceux de l’armée américaine à Bora Bora de 1942 à 1946. Avec eux naquit un océan de photographies aériennes, toutes à la gloire de nos lagons et de nos îles, toutes venant renforcer le mythe polynésien né des voyages de Cook et Bougainville (entre autres)…


Les îles polynésiennes vues par la publicité
Il n’empêche : c’est toujours par la mer que les îles polynésiennes s’offrent avec le plus de vérité au voyageur désireux de n’être pas prisonnier d’un prospectus forcément mensonger car toujours terriblement réducteur…

De la houle au récif…
Quel que soit le navire sur lequel vous êtes embarqués -paquebot, goélette (cargo mixte de Polynésie), yacht de luxe, fragile esquif ou voilier de voyage- l’approche d’une île offre toujours le même spectacle fascinant…

Du bleu, du bleu, et encore du bleu…
D’abord il y a cette infinie ligne courbe qui nous entoure totalement, séparant simplement le bleu du bleu. Quels que soient les mouvements du bateau, où que nous tournions la tête, elle est toujours là, interrompue par rien : que les nuages, les moutons d’écume et la crête des vagues…

Perdus ainsi au cœur de l’horizon, au centre même du plus grand des océans, il peut arriver que cette sensation de n’être rien et nulle part dure des jours, des nuits, et des jours encore…

Quand l’océan se maquille l’horizon…
Inéluctablement pourtant arrive cet instant hors du temps où tout marin se frotte les yeux pour être certain de n’être pas victime d’un mirage : une minuscule portion de l’horizon semble plus épaisse, comme maquillée, surlignée d’un trait brun… Tel un tiret au milieu d’une ligne bleue : c’est la Terre !

Enfin : une île…

Aux yeux du marin, la naissance d’une île…
D’heure en heure, le trait va s’épaissir, se transformer et prendre du relief. Puis il va s’affiner, s’élever, s’élargir et devenir couleurs. Lentement la Terre, elle, va prendre consistance, se réaliser, perdre son uniformité brune jaillie du bleu pour se parer de vert et d’ocre… Sous nos yeux ébahis, une île nait de la matrice de l’océan.

Au tréfonds de chacun de nous, l’excitation d’un accostage tout proche commence à agiter l’équipage. Nous ne sommes pourtant pas au bout de nos étonnements…

Née de l’eau : la silhouette du rêve
Entre l’île et nous, une étrange ligne blanche semble vouloir nous barrer la route…

Du large au lagon…
Comme un sourcil froncé à la surface de l’océan, œil de la vie à la surface du grand désert liquide, l’île nous apparaît donc maintenant comme posée sur un trait blanc…

Du bleu au bleu, les couleurs du rêve…
A se rapprocher au rythme de la houle, la ligne blanche s’épaissit et se détache de la montagne marine, dévoilant un nouvel émerveillement chromatique. « Encore du bleu ? » direz-vous… Oui, toute une palette de bleus posée là, en à-plats miroitants. Sans une ride, sans un accroc…

Entre elle et nous, l’île a dressé ses défenses. Comment franchir ce récif sans déchirer la coque de notre esquif ? Comment se fondre dans ce camaïeu de bleus pour atteindre enfin à ces plages rêvées mais encore invisibles ?

Où se trouve le portail ouvrant sur la quiétude du lagon ?
En longeant la barrière de corail, gagnés par la crainte de ne découvrir aucune faille dans ce rempart à fleur d’eau, se dévoilent des motu* solitaires, étranges radeaux coiffés de rares cocotiers… Des rêves d’îles désertes échappées des aventures de quelques Robinson Crusoe, pointillés oniriques sur la ligne bien réelle du récif.

Alors que l’espoir de pouvoir enfin atteindre la côte s’amenuise à chaque instant, une déchirure dans la ligne d’écume nous arrache à la torpeur : la barrière de corail est ouverte, une entrée nous est offerte, le lagon n’est donc plus un rêve mais un havre protégé de la houle…

La passe tant espérée…
Ne reste donc plus qu’à franchir la passe ainsi dévoilée.

S’éloigner un peu du récif, pointer l’étrave de l’embarcation vers le lagon tant espéré, repérer un piton rocheux bien dessiné sur le bleu du ciel au sommet de l’île, le prendre comme amer puis enfourcher le vent et la houle pour enfin caresser le rêve bleu…

Des bleus à n’en plus croire ses yeux…
La marée est montante, le courant rentrant nous pousse donc sans trop de remous entre les doigts de corail. Le bateau se stabilise, nous réduisons la toile et ralentissons l’allure, presque à glisser sur notre erre, émerveillés par la magie du lieu : nouvelle palette de bleus maintenant translucides. Sur les fonds sableux, formes étranges aux teintes parfois orangées, presque rouges, s’égarant jusqu’à des ombres noires… Enfin protégés, nous sommes sur le lagon…

Du lagon à la Terre…
            « Barre à tribord toute !... »

Ce hurlement chargé d’angoisse vient rompre l’émerveillement. Jusqu’à avoir posé l’ancre sur un fond de sable blanc proche de la plage, nous serons en danger : les fabuleuses masses brunes et ocres des patates de corail menacent dangereusement l’intégrité de notre coque. Il faut à tout prix les éviter.

Mais où est le chenal ?...
D’ailleurs il faut également s’éloigner le plus possible des zones d’eau les plus claires, au risque de s’échouer sur un banc de sable… Parcourir les quelques encablures qui nous séparent encore de la plage est bien plus dangereux que de glisser sur la longue et puissante houle du Pacifique…

Remettre un tout petit peu de toile, un homme à la barre et un autre à la proue avec une sonde, de bons yeux et une voix forte pour prévenir des écueils et des hauts fonds… A portée de mains, jamais pourtant la plage ne nous a paru si lointaine…

Au cœur du labyrinthe lagonaire
La limpidité de l’eau nous donne la sensation de survoler les canyons dessinés par les patates de corail. Paysage fabuleux qu’hélas la peur de couler nous empêche d’apprécier à sa juste mesure. Et chaque fois que nous osons quitter les fonds des yeux, la côte se révèle un peu plus…

A trois ou quatre dizaines de brasses de nous, l’eau devient transparente et sert de faire-valoir à une impossible plage de sable d’un blanc éclatant. Issue des délires bleus du lagon, elle se perd dans une foison de verts improbables. Cette fois ça y est : nous n’avons plus d’horizon…

Enfin arrivés…
Il est temps de jeter l’ancre.

Une fois le bateau au repos et bien sécurisé sur ses amarres, embarqués sur notre annexe nous franchissons les dernières brasses qui nous séparent encore de la terre ferme...

De la plage à la montagne
            …Eblouis par la violente blancheur du sable, il nous faut quelques temps pour retrouver ce pied terrien qui n’était plus le nôtre.

… et dans quelques instants, les premiers pas sur l’île…
Le temps d’assurer l’amarrage de notre annexe, nos yeux ébahis oublient un instant le blanc de la plage et les verts de la forêt tropicale pour retrouver les bleus dont nous sortons tout juste : ceux du lagon d’abord, ceux, plus sombres, de l’océan ensuite et enfin ceux du ciel moucheté de nuages orphelins.

A quelques dizaines de mètres à peine du lieu de notre débarquement, une rivière émerge de la forêt et traverse langoureusement la plage pour se diluer sans façon dans le bleu du lagon. Une eau douce et fraiche, presque froide, qui lèche sans vergogne les pieds de quelques mape égarés au milieu des cocotiers.

Une rivière : le chemin vers le cœur de l’île…
Pas vraiment de chemin qui longe les berges. L’envie de remonter ce cours d’eau vers l’intérieur de l’île nous oblige donc à nous déchausser…

Sur trois ou quatre centaines de mètres tout au plus, la rivière paresse et s’étale en largeur, caressant jardins et fare** noyés sous les fleurs et les arbres. Mais les choses changent bien vite…

Du bleu au vert…
Autour de nous, la vallée se resserre. Le lit de la rivière n’a plus rien d’indolent et il nous faut maintenant lever la tête pour goûter encore au bleu du ciel. La forêt tropicale gagne en hauteur, comme si elle voulait lutter contre les à-pics vertigineux qui nous dominent alors que nous ne cessons de grimper, glissant sur les pierres noires du lit du torrent.

Oublié l’univers bleu du ciel et du lagon : nous nous noyons maintenant dans un océan de verts. La chaleur ici devient étouffante, suintante, assommante. Nous avons, sans nous en rendre compte, troqué nos costumes de Robinson pour ceux d’un groupe d’Indiana Jones à la recherche d’on ne sait quel diamant insulaire…

Lentement, la canopée évince le bleu du ciel…
Au-dessus de nous la voûte forestière se referme. Nous progressons dans une moite pénombre d’où le bleu a totalement disparu. Le bruissement de l’alizée dans la canopée devient envahissant, assourdissant même.

Ce bruit n’est plus seulement celui du vent : il y a autre chose, mais quoi ?

Nous reprenons notre marche. La pente s’adoucit et la végétation change, s’éclaircit, même si le ciel nous est toujours caché par la frondaison. Nous nous trouvons maintenant dans une forêt de mape et pouvons enfin quitter le lit de la rivière : de nouveau marcher sur la terre.

Longeant la rivière, le chemin que nous suivons maintenant continue de s’élever. Dans cette atmosphère chaude et moite nous poursuivons notre avancée, engoncés dans cette sorte de grondement ininterrompu qui ne cesse de s’amplifier…

Les eaux vives, offrande de la montagne
Ici, le sentier boueux contourne un éperon rocheux couvert d’une épaisse mousse d’un étonnant vert sombre… Encore quelques pas et nous voici figés de stupeur et d’émerveillement !

De la terre à l’eau…
La forêt est derrière nous. S’offre à nos regards incrédules d’impressionnantes falaises déchirées d’eaux tumultueuses jaillissant plusieurs dizaines de mètres au-dessus de nos têtes…


Quand les montagnes pleurent la vie
Une multitude d’arcs-en-ciel naissent de ces embruns et l’eau, toute cette eau, douce et fraiche, s’effondre dans une sorte de petit lac qui semble n’attendre que notre bonne volonté pour nous soulager enfin de la fatigue et la chaleur de notre ascension.

Dans les bras irisés de l’île…
Immergés dans cette eau miraculeuse, nous levons la tête et prenons enfin conscience de ce qu’est ce lieu qui nous a ainsi pris dans ses bras.

Au-dessus de nous, découpages noirs sur le bleu du ciel, les montagnes aux pics abrupts semblent totalement inaccessibles. Sans doute le sont-elles.

Ainsi, l’île garde à jamais ses secrets…
Une chose est sûre : nous sommes au cœur de l’île…




Lexique :
*Motu : ilet, terre émergée sur la barrière de corail d’un atoll.
** Fare : maison traditionnelle de Polynésie

Un article de  Julien Gué


Tous droits réservés à Julien Gué. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet ou dans la presse traditionnelle.
 

lundi 31 mars 2014

Symbol of the beauty of the world


Wonderful humpback whales of French Polynesia

Every year from June to November, humpback whales come and stay always in Polynesian waters, became a sanctuary.

It’s nice at Tahiti this morning. A lively and fresh East wind raises a short but violent swell on the Pacific. However, it must not prevent us from boarding with Michel Fayadat for a few hours of pure happiness to meet the humpback whales…

A moment of intense emotion and unique between Tahiti and Moorea
The meeting with cetaceans is a unique moment of intense emotion really indescribable.

Today, we have the pleasure of watching the frolics of a mother and its little, and of a male looking for a mate (very rare). A little later, we cross the track of another whale with its offspring…

Humpback whales in French Polynesia
 Every year since immemorial time, humpback whales take refuge in Polynesian waters to give birth their newborn, away from the cold night of Antarctic waters.

Thus, from June to November, it’s possible to contemplate these amazing mammals close to coral reefs. If the Marquesas is the only one archipelago to be neglected by the whales, it’s doable on the other four. However, curiously, the most frequented zone by cetaceans surrounds the sister islands of Tahiti and Moorea: i.e. one that is the most populated and where boats of all kinds are circulating.

The humpback whale is an animal that doesn’t easily change its habits. Every year, it used to return in those waters where it was born to give birth to its own pups and to allow them to grow and firm up before returning to feed close to Antarctica. And it will itself come back tirelessly to the same place every year throughout its long life of whale.

A whale and its calf between Tahiti and Moorea
The number of whales, having elected the French Polynesia as resort is currently estimated to a thousand.

The reasons for the migration of humpback whales
The humpback whales live mainly in the frigid waters of the Austral Ocean because they find their food here: the krill.

Krill (Euphasia superba) is a small coldwater shrimp which is the staple diet of our whales. For the record, we should know that to grow a kilo, our cetacean must swallow hundred pounds of its favorite shrimp!

When the Antarctic area enters its long dark period, krill density decreases considerably and is no more enough to satisfy its appetite.

The tiny krill, the staple food of humpback whales
Therefore, it joins the warmer waters of the South Pacific where its energy expenditure is much less important.

It enjoys travel to give birth to pups it wears for a long gestation of eleven and a half months, and when it’s time for it to do, to conceive another…

During the four or five months when it’s staying in the warm waters, the humpback whales are feeding virtually.

Protect whales: a huge challenge
It was only since 13 May 2002 the Polynesian Assembly voted this resolution, making Polynesian waters a sanctuary for humpback whales and other marine mammals.

This essential point of the “Environnement Code in French Polynesia” (art. 121-3 A) although salutary, turns out, unfortunately, very difficult to enforce.

French Polynesia, a territory comprising one hundred eighteen islands, is the largest exclusive economic maritime zone in the region. It’s monitored by the sovereign powers of the French State, but without neither real political will nor means necessary to carry out.  

Will Polynesia remain a sanctuary for whales?...
This is known to all: number of protected sea animals, whales or sharks, continues to fill the holds of ships (Chinese and Japanese mostly). In breach of the law, they used to come into Polynesian waters, fishing protected species. Local authorities don’t have the absolute means of enforcing the law.

Besides the pollution problems also concern Polynesia and elsewhere, and perhaps even more given the fragility of islands ecosystem, the other major threat about the humpback whales is the interest they generate, both among local people and tourists. Sometimes these may have to pay a very high price for the right to get close to the whales.

The outreach activities about the whales and other marine mammals, are also highly regulated (Art. 121-35 to 121-43 A of the Code of the Environment). Unfortunately, many people don’t respect these rules, without common sense, starting with a number of those renting their services and boats to take tourists and curious to gaze whales.

How long can we look at this?
Is it just a lack of resources that the police is never present to enforce the rules, often simple common sense? Does this lack of means hide a cruel lack of political will and courage?

The question is well and truly laid, and the future of humpback whales depends.

My warmest thanks to Michel Fayadat  (Easy boat ) for his kindness, his competence and respectful love for humpback whales. http://fr-fr.facebook.com/pages/Papeete-French-Polynesia/Easy-Boat-Tahiti/190594665826?ref=ts

An article of Julien Gué
Translated from French by Monak



Copyright Julien Gué. Ask for the author’s agreement before any reproduction of the text or the images on Internet or traditional press.



jeudi 27 mars 2014

Les recettes à Lola



Le poulet fāfā

Parler de cuisine traditionnelle en Polynésie, c’est dire aussi que les recettes se transmettent de génération en génération. Dans la famille de Lola, originaire de l’Île Vanille, chacun des membres peut prendre en charge le mā'a ou repas : pas de distinction de genre.

Branches de fāfā ou épinard des îles
Le « poulet fāfā », mets bien connu et affectionné, allie volaille, feuille et fruit dans un onctueux et savoureux dosage. Energétique, il ne se concocte dans la parenté de Lola que pour les grandes occasions. Chacun ses rites culinaires !

L’incontournable noix de coco, fruit emblème des îles.
Donc, pour vous faire part de cette recette à la saveur et au fumet délicatement délicieux, nous laissons la place au savoir-faire. Cette petite série gastronomique s’intitule : « Les recettes à Lola »….

Une recette typiquement locale
Le « poulet fāfā », recette tutélaire, n’utilise que des produits locaux : poulet, fāfā et lait de coco pour l’essentiel. Voyons-en l’origine.

Le poulet aurait laissé des traces il y a plus de 3 000 ans dans les archipels du nord-ouest (Vanuatu) et à l’est du Pacifique (Tonga). Il y aurait été introduit avec les premières vagues d’immigration : mais ceci est une autre histoire… que présentent différents sites archéologiques ou universitaires.

La lignée des poulets
Quant à notre coq bankiva, l’espèce qui résiste et se développe sur la plupart des archipels de Polynésie française : il est doté de spécificités à nulles autres pareilles. L’animal vit en liberté dans les jardins, en ville et dans les forêts. Son vol est performant et il chante de jour comme de nuit ; excepté à la saison des pluies quand s’épanchent les averses.  Pour ce qui est du poulet, si vous n’avez pas la chance d’en attraper un, les supermarchés et les petites boutiques vous fourniront des produits d’élevage local ou importés d’Australie.

Pour qui ne dispose pas de fa'a'apu, le fāfā fait partie des légumes de base en Polynésie, abondant sur tous les marchés. Pour la consistance et pour le goût, il est comparable à l’épinard (légume-feuille) dont la tige fond à la cuisson. Il peut être remplacé par le taruā, autre genre de tubercules. De plus il est pourvu d’une onctuosité qui le fera utiliser dans des agrémentations bien surprenantes comme les desserts.

 
Au marché du taruā
Si vous ne faites pas partie de ces cuisinières athlétiques qui font leurs muscles en râpant la chair des noix, le lait de coco est disponible en bouteille dans toutes les petites alimentations du fenua. Avec ces trois ingrédients, dont le dernier est un fruit qui entre dans la composition des plats salés ou sucrés, vous êtes assurés de vous régaler typiquement naturel.

« La recette à Lola »
Pas la peine de vous embarrasser d’une batterie de cuisine, ni d’ustensiles sophistiqués. La recette s’adresse aux gourmets amateurs. Lola, vient de recevoir ses derniers SMS, juste pour confirmer la véracité de sa recette : ce n’est que peu à peu que nous ferons apparaître les petits secrets gourmands.

Il faut savoir avant tout que les proportions sont à adapter aux appétits. Une portion tahitienne équivaut à deux portions métropolitaines. A vous de jouer ! Pour 3 personnes, Lola fonctionne au feeling.

« Savourer : un credo ! »
La botte de fāfā

1.      Disposez sur la table, une magnifique botte aux feuilles vertes qui diffusent encore les rayons du soleil. Détachez les tiges et retirez-en la mince pellicule qui se tortille en volutes : taillez-les à la dimension d’un bout-filtre de cigarette. Tranchez les plus grandes feuilles en deux. Lavez.
2.       Plongez-les dans une cocotte d’eau bouillante. Laissez bien cuire jusqu’à ce que les feuilles se foncent : entre « vert épinard » et « vert Véronèse ». Soit une bonne demi-heure. Laissez égoutter.
3.      Remplacez par les tiges coupées en dés. Vous savez qu’elles sont cuites quand elles s’engloutissent dans le fond de la marmite. Faites égoutter aussi.
4.      Emincez en lamelles la moitié d’un gros oignon. Déjà, chatouillent vos narines, les effluves mêlées de vos végétaux…


La « Recette à Lola », c’est ça ! (montage)

Le poulet
1.      Pour ne pas y passer la matinée, même dans le cadre le plus paradisiaque des fare ouverts à toute brise, choisissez du poulet désossé de préférence. Il ne vous reste plus qu’à le couper en petits cubes approximatifs.
2.      Laissez mariner dans un mince filet de sauce de soja, colorant la viande d’un léger hâle. Salez
3.      Dans une poêle, faites rissoler avec un peu d’huile, une petite partie des oignons. Puis ajoutez les morceaux de poulet.
4.      La préparation est prête quand les lamelles d’oignon ont fondu : c’est magique ! Il est indispensable de goûter et de faire goûter autour de vous, même s’il est encore tôt, même si vous en êtes encore à l’heure du café qui accompagne votre tâche. Sinon, la cuisinière se vexe !

Le poulet rissole

Le lait de coco et le plat à dresser
1.      Dans un plat creux ou une marmite à couvercle, le principe est celui de la couche : disposez d’abord les morceaux de poulet
2.      Puis, masquez-les avec toute la verdure
3.      Ensuite, décorez avec les lamelles d’oignon.
4.      Enfin, arrosez le tout avec le tiers d’une petite bouteille de lait de coco.
5.      Couvrez ! Enfournez ! Pendant une bonne demi-heure, davantage si vous préférez une consistance un peu plus croustillante. Et n’oubliez pas de couvrir… pour que le mets garde une apparence de ragout.

Le lait de coco, un arôme !
Il va de soi, tandis que le plat mijote, que vous puissiez vaquer à d’autres occupations ou toute autre forme de loisir. C’est le moment de se plonger dans la lecture de votre  quotidien préféré.

Pardon ! Après avoir sacrifié à l’urgence de la vaisselle, car vous avez tout de même utilisé : une planche à découper, un couteau, un saladier pour le légume, un autre pour la marinade, une assiette pour l’oignon, une cocotte, une poêle, un égouttoir appelé ici « épuisette », une spatule, une écumoire, une cuiller en bois…

Mais il va de soi aussi que la plonge n’implique pas la cuisinière en chef, mais son aide conjoncturel.

Les tourments de Lola
La première préoccupation de Lola, outre l’anxiété que réclame toute offrande culinaire, car il s’agit bien de cadeau des papilles, quand on aborde cette vaste opération gastronomique, se situe au niveau des temps de cuisson et de la réaction des divers ingrédients.

Poulet fafa ?
La seconde, qui est caractéristique des feuilles de taruā, c’est qu’il faut réprimer vos envies et vous retenir de vouloir goûter les feuilles de fāfā cru. Elles seraient toxiques ! Nous n’avons pas essayé.

La troisième, qui n’est pas la moindre, est de vérifier que la bouteille de gaz ne vous lâche pas en cours de route… Nous avouons que ce léger incident ne nous a pas épargnés !

La quatrième, consiste à vider l’eau de la cocotte, ce qui s’énonce ainsi : « Il me faudrait chavirer mon eau »

L’avant-dernière, si vous ne disposez pas de couvercle pour couvrir le plat au four : c’est que la préparation risque de gratiner et que le mets s’expose à ressembler à un flan. Ce n’est pas plus mauvais. Et ce pourrait être une variante. La cuisine est toujours une alchimie !

La dernière consiste en un souhait de Lola, émis avec la plus profonde humilité : « Et bon appétit, les amis ! »


Le ballet des mains de Lola
Quant à la cuisine tahitienne, elle se pare de toute une harmonie gestuelle.

Rassurez-vous ! La recette est effectivement simple. Elle demande juste un peu d’attention.


Un article de  Monak

Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

Glossaire tiré du dictionnaire de l’Académie tahitienne :
-MĀ'A : Nourriture en général, aliment, repas.
-FĀFĀ : (Racine : FĀ = PETIOLE). Jeunes tiges de "taro" ou "taruā" destinées à être mangées comme des épinards. Le POTA est fait avec les jeunes feuilles. Cf. FĀ (2), R"'AU -
FĀFĀ PAPA'Ā = Epinards.
- POTA : 1°) Tout légume vert : chou, chou-chinois, salade, feuille de "taro", de "taruā".
2°) Plus proprement, jeunes feuilles du "taro", "taruā" et "kararū". Cf. FĀFĀ, RŪ'AU.
-FA'A'APU : Plantation. E fa'a'apu taro tāna i Papeari = Il a une plantation de "taro" à Papeari.
- FARE : Maison, case, bâtiment.
- FENUA : 1°) Ile, pays. 2°) Terre, domaine, propriété. 3°) Terre, séjour des hommes.