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vendredi 30 août 2013

Kelibia, en Tunisie


Un port en camaïeux

La péninsule du Cap Bon joue les atouts de la couleur : entre les fruits de la mer, les baies vernissées de la terre, les coques bigarrées de ses barques. Belle carte de visite touristique s’il fallait encore le préciser. Pimpante, la Méditerranée !

Plus la région s’effile vers le nord, plus elle se renforce de promontoires. Sa façade Est interrompt alors sa chaîne de plages de sable blanc. A l’abri du Ras Mostefa (Cap Mostefa) gîte le quatrième port de pêche de Tunisie : Kelibia.

A vol d’oiseau
Kelibia, se prononce en tunisien Klibia (قليبية). Terme arabisant l’antique Clupea (boucliers) puis Clypea, il doit son nom au relief de ses flancs incurvés formant les contreforts de cet éperon marin. Klibia caracole en crête comme une vigie entre deux criques, Klibia se baigne à quai. A l’œil nu, les côtes de Sicile.

L’ocre du fort
La forteresse ocre, comme l’éminence rocheuse, contraste avec la blancheur de la ville actuelle. Bâtie par les Puniques au Vème siècle av. JC, détruite par Rome, sa reconstruction date de Byzance (VIème siècle ap. JC). Et si la vieille ville-haute a disparu, la citadelle demeure.

Point stratégique, son importance militaire se renforce sous les Aghlabides (IX-XIème), les Hafsides (XIII-XVIème) puis les Turcs (XVI-XIXème siècle) face aux incursions espagnoles. Sous le Protectorat, un phare est ajouté. Pendant la seconde guerre mondiale les Allemands s’en servent comme blockhaus.

Klibia la Blanche, chapeautée de son borj
Le borj (citadelle) garde son apparence massive mais ses murailles épaisses, flanquées de tours imposantes n’hébergent plus que des spectacles nocturnes de plein-air dans sa cour centrale.

Rouge comme murex, ciment, piment
 A une dizaine de kilomètres par la côte, la Cité punique de Kerkouane, totalement en ruine (depuis 255 av. JC), offre les vestiges d’une ville artisanale tournée vers la fabrication et la commercialisation de la pourpre. Extraite du murex, la fructueuse production antique de cette teinture implique bien d’autres corps de métiers : du tailleur de pierre qui creuse les cuves dans la roche à la macération, à l’entretien des fourneaux, au trempage, au pêcheur de coquillages… Le tout, dans une puanteur épouvantable !

Un coquillage si pourpre !
Pas moins de 12 000 coquilles pour teindre un peplum ! Les estimations actuelles en témoignent, ainsi que l’importance des résidus amoncelés sur le site. Mais si le quotidien des teinturiers est une éprouvante patience, elle semble compensée par les bienfaits d’un certain confort. Le Punique est épicurien et le bain régénérateur n’est plus un secret depuis cinq siècles av. JC.

Bain en sabot rouge punique
De la baignoire au lavabo d’eau douce, le temps s’écoule tranquille dans les vasques cimentées de rouge, jusqu’au drame qui éradiqua totalement la petite communauté de son repaire perché au-dessus des falaises. Cruelle rivalité entre Rome et Carthage !

La chevelure des murs
Moins lucrative mais manne du pauvre, les piments rouges séchés en grappe agitent leur guirlandes au vent de l’été. Coup de fouet énergétique, ils entrent dans la composition de l’harissa. L’arrière-pays du bourg agricole de Menzel-Temime y figure en bonne place, tant pour la production maraîchère que pour son conditionnement. Menzel pourrait être l’équivalent latin de villa qui signifiait exploitation agricole.

L’or des astres
Tout aussi ancestrale et tout autant pénible, la pêche au lambara (lamparo) ponctue les ténèbres sur des flouka (felouques à rames, à voile triangulaire ou à moteur). La nuit voit des flottilles de centaines d’embarcation prendre le large, armées d’amphores et de gargoulettes : non sans risque. Mille miroitements flashent sur les eaux sombres.

Arrivée des marins pêcheurs
Tout aussi renommé, le muscat sec de Kelibia contraint les vignerons à une vendange à la main pour assurer la qualité du cru. Grappes blondes sous tonnelles, grains translucides dans les vignobles !

« Ce vin se caractérise par sa robe brillante jaune or soutenu, son nez floral très parfumé et sa bouche fruitée. Une harmonie totale pour accompagner des salades, des avocats aux crevettes, un lapin au Muscat, une entrée au jambon et au melon, un poisson. »

 Des images de jeunesse au FIFAK
L’eau à la bouche vient aussi du Festival annuel du Film Amateur de Kelibia (FIFAK). Il se tient maintenant fin août. Les écrans investissent la place durant une semaine au bonheur des jeunes créateurs. Manifestation qui n’hésite pas à innover sur des sujets tabous, à bousculer les a priori, depuis la déposition de la dictature en 2011. Emulsions à bloc sur les écrans.

La chasse au bleu en eaux limpides
A propos de photos, que pêche-t-on au lambara ? La sardine, le maquereau, l’anchois. Poissons « bleus » sous luminaires, des éclats d’écailles ruisselantes à ne pas manquer.


Petit tour vidéo en prairie de Posidonie
Parallèlement à la chasse sous-marine, les clubs de plongée se multiplient. On peut y chasser des images (appareillé) ou en apnée : un nombre impressionnant de variétés aux couleurs de l’arc-en-ciel. Les plongeurs des sports nautiques de Kelibia organisent même des opérations de
sensibilisation pour le bien-être des fonds marins.

Du poulpe, seiche, calamar aux chevrettes, en passant par le maigre, le loup, la dorade, le mérou, pajot, soriole, mulet, dorades, oursins… la chasse y est réglementée. Les pêcheurs y vendent leur récolte toute fraîche directement aux badauds sur les plages ou font le tour des restaurants des bords de mer.

Plongée à perte de plage
A la fraîche, petits matins ou fin de nuit, dégustation pieds dans l’eau, limpide à souhaits !

« Un trou de verdure »
Une légende rapporte que le premier olivier de Tunisie aurait été planté par les marins phéniciens, dans la localité d’Azmour (près du mausolée Sidi Maâouia Echeref). Il aurait été âgé de quelques 2 000 à 3 000 ans…

L’olivier millénaire défunt d’Echraf
Mais il n’a pas survécu à la décision du conseil municipal qui a décidé, à la fin des années 80 de le remplacer par un rond-point. La multiplication des ronds-points en Tunisie a alimenté pas mal de chroniques et tout autant de profiteurs. Les arbres tutélaires de toutes espèces subissent le même sort dans d’autres régions. 

Dommage ! A Midoun (Jerba), « el Zitoun el Adhom » (l’olivier aux œufs) existe encore. Mais les enfants n’y fêtent plus l’Aïd es Sghir, en échangeant des œufs colorés…



Ceci n’est pas une légende, mais Tanit à Kerkouane…

          Perdurent les légendes… et celles des pêcheurs d’épaves ne se noient pas encore dans les abysses de la Méditerranée.

Avec ses journées de la chanson populaire du terroir, son colloque des jeunes écrivains, ses journées des arts plastiques et ses fouilles archéologiques bénévoles, le tourisme culturel perce lentement à Kelibia et ses environs. Les initiatives des petites unités vont bon train. Alors, si vous voulez être plus proche de l’habitant et vivre à son rythme…


Un article de  Monak

Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.


Prenez le temps de ce petit détour panoramique  à Kelibia en suivant ce lien : https://www.facebook.com/photo.php?v=1145661686356




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