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samedi 10 mars 2018

FIFO 2018 "Barthélémy"


Une brèche dans le paysage

Dans la catégorie Hors-compétition du FIFO, "Barthélémy" ouvre une brèche dans la culture populaire fondamentalement musicale de la Polynésie… Une approche hélas trop brève pour le "king" de la musique "kaina"… décédé prématurément.

Pour appréhender rapidement la part polynésienne de cette sélection, on pourrait la résumer de façon identitaire ainsi : la voix du fenua, l’écho de l’océan, la pugnacité… Trois éléments indissociables qui brossent trois portraits issus de différentes générations. La plus jeune dans Rame avec Alexandra de Philippe Sintes, la médiane et l’aînée…

Un chanteur populaire, le"Kaina"
Tout comme pour Michel Bourez, surfeur, du réalisateur Karim Mahdjouba, mine de rien et pour une population polynésienne si peu nombreuse, trois destins impressionnants. Pris à des moments distincts de leur parcours, mais pour chacun après l’expérience de l’adversité, ils résument à eux seuls, les trois facettes de l’identité polynésienne. L’énergie vitale d’un frénétique de la gamme, d’un lyrique de la vague, d’une enragée du bonheur : tous passionnés de la vie !

Le documentaire sur "le dernier kaina", a déjà été sélectionné en compétition pour le Festival du film documentaire 50/1. Écrit par le réalisateur Jonathan Bougard que nous avons interviewé, il capte le chanteur-compositeur au cours de sa dernière année d’existence : « Barthé, j’aurais bien aimé qu’il voie le film ! »

« Virtuose de l’impro… »
« Tourné en 2014, c’était mon premier film. Mais j’avais déjà accroché à sa personnalité atypique au cours d’un reportage photo où je le rencontrais pour la première fois : un hommage, avec Angelo, à un piroguier disparu. Il était capable de jouer et de chanter pendant des heures, voire la journée entière ! »

Jonathan Bougard, ne se sent pas vraiment à l’aise, face à un artiste qui n’avait pas encore mis la dernière note à sa composition… Se retrouver, du fait de la mort inattendue du chanteur, en tant que chroniqueur devenu nécrologue, lui pèse… Un rôle dont il se serait abstenu, d’autant qu’il le trouve « incroyable, génial même… et que son influence est très présente ». 

Un réalisateur ému : Jonathan Bougard
« Barthélémy est imposant, mais surtout, simple, cordial…, c’est dans son caractère. Indépendant… oui ; mais je ne sais pas si on pouvait le qualifier de rebelle ; en tout cas, l’appellation ne vient pas de moi. Il n’a pas composé de chansons engagées ; le nucléaire… », il n’y faisait allusion que par bravade, avec tous les sous-entendus désapprobateurs que chacun imagine, « à chaque fois qu’on évoquait les risques qu’il encourait : "…et la bombe atomique, c’est bon pour la santé ?"

Au détour des pérégrinations
Son inspiration ? « La rue : il y passait sa vie de plus en plus ; au plus près des gens ; son chez lui ; parfois il dormait dehors… » Plus simplement la vie, le monde qui l’entoure. « À peine sorti du coma, après sa tournée à Nouméa, qu’on le retrouve sur le toit de l’hôpital en train de chanter avec des musiciens sur une nouvelle composition… Il improvisait, il improvisait tout le temps ».

Alors, tu as des inédits ! « On m’a volé ma carte mémoire ! Et puis, si la bringue, c’est un peu sa façon de vivre, dans une bringue les images ne sont pas exploitables. Il avait l’habitude de claquer son cachet dans la soirée. Il se trouvait même obligé de jouer en live, pour manger. Il est un peu comme son ami, le 'ōrero Sem Manutahi, une force de la nature… sur lequel j’ai fait aussi des images. »

Sem Manutahi, « grand maître de l’art oratoire »

Le tournage c’est, pour Jonathan, une façon de livrer l’artiste dans sa vérité. « Adopté, je faisais partie de son monde d’origine, je pouvais l’approcher…  Pour un tel film, une seule caméra c’est l’idéal, plus intimiste… Malgré sa maladie, il restait proche des gens, disponible… Imposant, mais il se pliait aux contraintes du tournage, dans des cadres divers, ceux qu’il avait l’habitude de fréquenter ; sans se lasser. Jean-Philippe Joaquim, le coréalisateur qui s’appuie la partie technique, a pu le faire chanter durant des après-midis entières. » Mais pas seulement, une perception qui cible à l’image, l’artiste au cœur de son environnement et à fleur de peau…

Barthélémy, un souffle…
Il fallait pouvoir rendre compte d’un esprit, d’une mentalité, être au plus près d’un naturel polynésien que porte le chanteur dans ses prestations, comme dans ses compositions. À travers ses images, le réalisateur a réussi à nous transmettre avec sensibilité tout cet aspect à la fois festif, nostalgique et sentimental d’un artiste qui se cache derrière un gros éclat de rire.

Petite rétrospective avec Barthélémy
Barthélémy, le dernier des kaina a de l’avenir. Déjà, il tourne dans les festivals de cinéma métropolitains… Il y retrouve aussi les communautés polynésiennes qui y sont éparpillées. Il voyage dans nos mémoires et sur les ukulélés des musiciens de la rue…


Un article de Monak
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