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dimanche 8 septembre 2013

Festival International du Film Amateur de Kelibia 2013

 Le Faucon fait son cinéma

Sur fond de rupture avec l’actuel semblant de « Gouvernance » -véritable entreprise d’acculturation-,  depuis 1964, la Tunisie traite par l’image filmique amateur « des interrogations nationales (…) et du droit des peuples à décider de leurs destinées ».

La 28ème session du Festival International du Film Amateur de Kelibia (FIFAK) démarre fort avec un public scandant, à l’ouverture, le départ du maire de la ville et la libération des artistes et techniciens de l’image inculpés abusivement : le cinéaste Nasreddine Shili et le vidéaste Mourad Meherzi. Le fameux « dégage ! » qui a fait tomber la dictature tunisienne, il y a deux ans, retentit sous le ciel de la première nocturne cinématographique.

L’inauguration sans son maire
Avec une fréquentation estimée entre 1 500 et 2 000 sièges par journée, pas besoin d’autres arguments pour prouver que la culture tunisienne poursuit sa résistance et son combat, sans se départir de cet esprit frondeur qui a toujours animé les images du cinéma amateur tunisien. Le FIFAK 2013 a remporté le challenge qu’il s’était fixé.

Un Festival, un esprit
Le fonctionnement, performant, n’a été perturbé par aucun parasitage. Nous le devons à une équipe de bénévoles, malheureusement de plus en plus réduite, mais efficace. L’organisation en a été bien conçue par la Fédération Tunisienne du Cinéma Amateur (FTCA) qui l’a rendue fluide.

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FIFAK, une chaîne intergénérationnelle
A quoi donc peut-on attribuer l’esprit irréductible des cinéastes amateurs sélectionnés pour ce Festival ?

-      Du fait de la distance avec la capitale ? En effet, la centaine de kilomètres qui le sépare de Tunis, parmi vergers et vignobles, ne s’effectue pas en moins de deux heures en car…
-      Du fait d’un cinéma qui n’est pas commercialisé et lui laisse toute son indépendance ?
-      A l’ingéniosité que les créateurs ont dû mettre à contribution pour déjouer le manque de moyens, pour exister ? Mystère !
-      A l’acuité du regard qu’on accorde à l’emblème de la ville : le faucon ? Et qu’exercent les créateurs comme le public ? Peut-être…
-      A la solidarité d’une population, bercée depuis près d’un demi-siècle aux lueurs des écrans de plein-air, en plein centre-ville ?
-      A la présence des réalisateurs professionnels du cinéma tunisien qui y ont fait leur classe ; ainsi qu’à l’omniprésence des acteurs professionnels qui n’hésitent pas à donner de leur image gracieusement ?

Guitares, foule, les nocturnes des plages
Toujours est-il que la population locale adhère, que la transhumance humaine s’opère en un véritable rush, que la tradition est bien ancrée. Kelibia, ce sont les gîtes chez l’habitant, l’Ecole de Pêche investie comme un retour vers la jeunesse, la Maison des Jeunes gorgée jusqu’au seuil, la moindre terrasse bondée à coups de débats, le café du fort qui ne désemplit pas, le Borj et son écran sous les étoiles… Le petit déjeuner de poissons grillés, les nuitées sur le sable des plages…

Un Festival militant
 Avec un budget dérisoire, surtout face aux grosses machineries culturelles de l’été, une sponsorisation de l’IFT (Institut Français de Tunisie) équivalant à une journée du FIFAK, la subvention de la Municipalité de Kelibia, la sono, la lumière et le budget annuel fournis par le Ministère Tunisien de la Culture, la Fédération Tunisienne de Cinéma Amateur a assuré l’événement en toute indépendance.

La pluie aussi…
Malgré la pluie… qui n’a pas joué les handicaps sérieux et sur fond d’orage d’opinion, qui ne fait pas allégeance au pouvoir et l’a prouvé dès la séance inaugurale, le FIFAK fait son cinéma. Une sélection drastique pour assurer la qualité, une sélection choc pour perpétrer son engagement. Ne nous y trompons pas : l’accord s’est révélé majeur entre le choix des organisateurs et l’assistance présente. La Tunisie profonde c’est ça aussi : les sujets qui dérangent et font polémique.

Sélection de soixante films, répartie entre monde arabe et européen, avec un petit bout d’Afrique pour une variété de formats : des mini au moyen-métrage, un concours « Pocket Film » (IFT). Une programmation soulignée en droite ligne avec les interrogations actuelles de la Tunisie : « Le festival conserve aussi ses bonnes habitudes avec une soirée consacrée à "la Palestine", une au "cinéma de résistance", et une autre aux "coups de cœur" », peut-on lire sur le programme en ligne.

Cinoche au cœur…
Et pourquoi ne pas commencer cette éducation par l’image en « Ateliers de réalisation ». Pour les enfants une aventure, celle de la conception d’un film jusqu’à sa projection et sa réception par le public. Le sujet a été la pollution : environnementale, il est vrai ; mais il est vrai aussi qu’elle pourrait s’étendre, plus tard, quand ils seront grands, à toute forme de pollution mentale.

Un Festival insoumis
 Le palmarès international a couronné du “Faucon d’Or”, l’un de ces films contestataires qui a l’audace de relater les dégâts comportementaux générés par un régime des plus oppressifs. En illustrant chez ceux qui sont appelés à représenter la défense du pays (la soldatesque) la régression mentale, l’immaturité libidinale, l’iranien Ismaël Moncef n’a pas manqué d’écorcher le fatras éthique cher aux ayatollahs.
Libres cinéastes amateurs
Plus l’éducation est répressive et sexiste, plus elle engendre de fantasmes sexuels masculins : une jupette rouge abandonnée et c’est le délire fétichiste à l’œuvre dans le film « Sous le drapeau ». On aurait pu dire : sous le manteau ! « Film bien mené, il traite d’un tas de complexes de la société iranienne. Ce bout de tissu devient prétexte à la quête du féminin : fêté, porté sous l’uniforme, il ose rendre compte des obsessions taboues. », commente Maher Ben Khalifa, chargé de communication.

 « Du point de vue de la technique cinématographique, le niveau de la compétition internationale a ménagé d’excellentes surprises. Le film polonais « Le bruit » a remporté le « Faucon d’Argent ». Il était aussi le plus original. D’une manière très fine et même délicieuse, Prezemyslaw Adamski a su transformer les sons en images. C’était à la fois amusant et surprenant. », poursuit-il.


Le film engagé : Gaza (voir la vidéo)
 « Pour la catégorie nationale, j’opterai pour « Le fils de l’Homme » de Sabrine Naes. Succession de plans fixes en noir et blanc, avec un petit enfant pour seul acteur, il dégage une émotion forte. Son esthétique montre une grande maturité au niveau de l’image. Il aurait mérité un prix international, mais n’a eu que le prix spécial du jury. », conclut-il.


La cuvée postrévolutionnaire
 A quoi pouvait-on s’attendre après  les saisons tunisiennes 2011 et 2012, celles de « la marginalité, de la précarité et des sujets pas trop galvaudés », celles de l’explosion des possibles.

La métaphore de l’urne (Mehdi Ben Gharbia)
Le cru 2013, parmi tous les films amateurs candidats et ceux qui n’ont pas accédé à la sélection, correspond à « la période un peu perturbée que nous vivons. On n’arrive plus à raconter une histoire. La faiblesse vient certainement du scénario, mais pas seulement. Le Tunisien… a les ailes coupées », ajoute M.B Khelifa.

Le récipiendaire de la « meilleure photo », Mehdi Ben Gharbia, illustre à plein l’état d’esprit du pays. Avec « L’urne électorale », représentée par un SDF scrutant une poubelle publique de l’avenue Bourguiba à Tunis, cabas à l’effigie de Paris, c’est bien le quiproquo d’une occultation des aspirations de changement révolutionnaire qui est ainsi dévoilée.

Le scénarion clandestin, avec Walid Tayaa
En droite ligne avec le débat sur « le court-métrage tunisien sous la dictature », mené par Walid Tayaa, c’est bien par métaphores que s’exprime le cinéma amateur en cette période de non-droits.

L’avenir incertain, c’est encore cette métaphore de la résistance : L’image est mirage, le scénario clandestin…

Un article de  Monak

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