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lundi 2 avril 2018

"Joey and the Leitis” au FIFO


Au-dessus de tout soupçon

Notre monde marche sur la tête. À l’intérieur d’un même pays, brusquement, s’élèvent des propos discriminatoires menant jusqu’au clash : tel est le cas du royaume indépendant des Tonga. "Joey and the Leitis", primé au 15ème FIFO avec un 2ème Prix spécial du jury, expose « une vie réussie » malgré tout.

Le propos porte sur « une personne à part entière. Il serait dommage de le réduire à une question de genre », nous avertissent les réalisateurs, Dean Hamer et Joe Wilson. Le film nous montre aussi cette distorsion entre le vécu selon les critères d’un patrimoine culturel vivace et les morales répressives venues d’ailleurs et réellement adoptées…

Des réalisateurs engagés
Joey Joleen Mataele, tongienne, parfaitement intégrée dans une communauté qui légitime traditionnellement son statut de transgenre depuis la nuit des temps, se voit contrainte de revendiquer son droit d’être. Son arme est le dialogue. Elle invite ses détracteurs à l’échange public pour créer ce consensus commun fait de respect, de compréhension et de convivialité. Le « vivre-ensemble » est à l’ordre du jour.

Le documentaire retrace ce combat pacifique du droit de vivre. Avec Joey, partie prenante de cette initiative, la parole est donnée aux Leitis, personnes dont le genre est celui d’une femme ou "fakaleiti", "like a lady", comme une lady.

Les termes d’une oppression moderne
Ce que nous ressentons au travers d’images choquantes de violences verbales et de menaces qui touchent à l’intégrité de la personne, c’est une intolérance débridée qui se permet de traiter les Leitis comme des sous-êtres, les privant de leur liberté d’agir pleinement. : à croire que les bonnes consciences détiennent de droit divin le pouvoir de les rabaisser, de les humilier et de les assujettir.

Une nouvelle forme d’asservissement sociopolitique non déclaré dans ces termes où obstructions décisionnelles, astreintes privées et contraintes vestimentaires tissent un carcan oppressif qui ne repose sur aucun argument rationnel.

Petit aperçu de "Joey and the Leitis"
« Luttant contre les préjudices », le film est courageux, et s’appuie sur l’activisme de Joey tout aussi hardi et valeureux face à un harcèlement multiforme que subissent sa personne, sa famille, son association et au-delà, bien des individualités anonymes.

Des traumatismes indéniables
En butte à un prosélytisme compulsif dans une société religieuse par essence, Joey « insiste sur sa sincérité pour faire tomber les barrières », mais que de justifications inutiles qui gâchent et encombrent l’existence ! De rares « remises au point, dans la communauté confessionnelle où elle est impliquée et qui d’une certaine façon l’a toujours protégée » ne simplifient pas une situation déjà complexe…

La ségrégation, Joey fait avec depuis son enfance. Une force de caractère qu’elle s’est forgée et qui lui fait prendre la vie du bon côté, tout en restant sur ses gardes. Mais ce n’est pas sans angoisse, ni sans cruauté : surtout quand les victimes sont ses propres enfants mineurs !

Joey Joleen Mataele
La fausse raison du plus grand nombre, la mauvaise foi l’emportent, « sans aucune forme de procès », en toute impunité. Le bouclier du droit n’existe pas en la matière. Les cibles sont les Leitis et leurs calomniateurs restent indemnes, ne sont pas condamnés, malgré leur inhumanité.

Vers une solution ?
Vivre sa vie et l’assumer pleinement, ainsi s’accomplit Joey Joleen Mataele, avec beaucoup d’humour, d’entrain et de plénitude. Fidèle à elle-même, généreuse, boute-en-train, sans arrogance, elle affiche un fond d’optimisme.

Elle est présente sur la scène publique pour se réapproprier la place qui revient légitimement aux Leitis, ainsi que pour assurer un minimum de soutien à ses congénères plus infortunées. Le film offre l’avantage de nous présenter leur point de vue sans la moindre pression. Mais il nous bouleverse et nous mobilise par l’attitude minable, l’abus de pouvoir de censeurs qui se réfèrent à un dogmatisme religieux.

Un film et un destin largement plébiscités
Convaincus que le bon sens l’emportera, nous souhaitons aux Leitis de Tonga de recouvrer les droits essentiels dont chacun jouit, qui ne sont pas des privilèges, mais tiennent de la justice la plus élémentaire.


Un article de Monak et de Julien Gué

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