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mardi 13 février 2018

Fiflash palmarès 2018

Petit aperçu pour grands prix

Le palmarès du 15ème FIFO n’a eu que l’embarras du choix. Avec une sélection riche* dans toutes les catégories du Off et du In, il récompense dans l’ensemble une brochette de réalisateurs méritants, mais laisse de côté certains petits chefs-d’œuvre de films !  Dure loi que celle des podiums !

Quant au huis-clos des délibérations, il a été soigneusement observé. Rien n’a transpiré. Si vous voulez retrouver les images, les détails et les anecdotes de cette manifestation, cliquez sur le site du FIFO, le lien de Polynésie 1ère  et ses spéciaux fifo : avec l’avantage du direct, c’est cadeau !

Coup d’œil sur le palmarès
Merci donc au jury qui semble avoir opté (qui peut le savoir ?) soit pour l’originalité du sujet, soit pour l’émergence de minuscules pays dans le monde de la visibilité, soit pour le biopic militant… Dans tous les cas avec un très grand sens de l’humain, des valeurs d’intégration ou de réhabilitation.

Reste à débattre, mais ils n’en sont pas responsables, sur la sélection qui inclut pour la seconde fois au FIFO, un documentaire polynésien sur Pouvana’a.  En effet, au FIFO 2012, L’élu du peuple - Pouvana’a te metua, produit par Tuatau production & Polynésie 1ère remportait le Prix du Public. Le cru 2018 n’apporte rien au précédent documentaire de 95 mn*., réalisé par Marie Hélène Villierme, excepté l’information sur la réouverture des archives, tombée pendant le FIFO 2012. Il faut dire que faire bouger la machinerie de l’état est un travail de Titan : Christiane Taubira, ex –garde des sceaux, l’a appris depuis 2014 ! Est-ce pour son actualité que le combat continue à être mené derrière la caméra ?

Une histoire de patriote…
Dans la série militantisme antinucléaire, Ils vont arrêter la bombe, aurait justifié d’être dans la compétition. Car l’événement, totalement méconnu ou gommé, a mobilisé des personnalités de la politique ou des médias français, un général limogé ensuite, engagés ensemble avec Pouvana’a pour la manif de 1973 contre les tirs à Pape’ete… François Reinhardt retrace la folle équipée* de cet « équipage international de 13 militants pacifistes à bord d’une vieille goélette, le Fri (Liberté en Danois) », arraisonné par les forces armées !

Reste que le verdict du jury lui appartient, que ses critères répondent à un ensemble de règles qu’il s’est défini en toute conscience… et que je prends juste le loisir d’en délibérer !

Au palmarès du jury :
Sachant que vous avez suivi à la télévision les brèves chroniques de présentation par Michèle de Chazeaux, j’en profite pour y associer mon point de vue. Making Good Men*, c’est tout de même dévoiler les horreurs de l’école des All Blacks. Fiona Apanui-Kupenga, réalise le scoop du festival : remettre en présence un rugbyman et un acteur mondialement médiatisés, au sein de leur adolescence commune tempétueuse ! Derrière l’image du haka et de la série des héros de l’extrême se profile une autre réalité ! Celle de la violence sublimée par le sport ou l’écran.

Abdul & José*, outre que le film rappelle le génocide qui a secoué le Timor est la saga d’un chef de famille qui après l’indépendance, retrouve enfin ses sources. Plus que le déracinement confessionnel, c’est le processus coutumier du retour identitaire qui est montré.  Sur fond de coupoles, ne plus être un fantôme… un voyage intérieur.

Kidnappings sur le Timor…
Joey and the Leitis*, fait encore partie de ces films où les minorités sont diabolisées. Églises mormones et méthodistes attaquent systématiquement les transgenres qui pourtant, faisant partie de la culture ancestrale, ne poursuivent que leur intégration sans faire de vagues.  Sauf que le Royaume constitutionnel de Tonga a fort à faire avec le puritanisme de confessions rigoristes majoritaires (74%).

Pas trop gai le palmarès du jury ! De profondes blessures pour toutes les figures envisagées : Norm Hewitt, Manu Benett, José-Abdul et Joey…

Au palmarès du public :  
Il semblerait donc que le public ait jeté son dévolu sur un pan plus joyeux de la programmation avec Frère des Arbres *: du point de vue du ton s’entend car le futur de la paupérisation de la Papouasie n’est pas plus rose ! Mundiya Kepanga, chef de la tribu des Hulis, charismatique « fontaine à paroles », non–violent, « descendant du casoar comme vous l’êtes des singes », poète à ses heures, il vous entraîne, comme les enfants des écoles, à la suite des papillons.

Encore la Papouasie-Nouvelle-Guinée pour la nouvelle section des courts-métrages documentaires, Fenêtre-sur-court, avec la fabrication artisanale de la pirogue ancestrale de Kanu belong Keram*. L’éloge de la solidarité silencieuse et efficace. Encore un film qui fonctionne sur cette intensité du silence que laissent découvrir d’autres films océaniens, comme le suivant qui évolue en dialogues minimalistes… et où la lumière est à la fois cadre et actrice…

Lena Regan… une empathie certaine
Et enfin pour les courts-métrages de fiction, The World in Your Window, ce récit tiré de la réalité des quartiers pauvres de Nouvelle-Zélande. Une distribution étonnante, un jeu convaincant avec les 3 acteurs bluffants*, dont le plus jeune a 8 ans : Lena Regan (transexuelle, inspiratrice de ce synopsis), Joe Folau (acteur professionnel confirmé), David Lolofakangalo Rounds (l’enfant). Déjà primé 6 fois un peu partout dans le monde, il augure d’un bel avenir pour la jeune réalisatrice Zoe McIntosh.

Les grands absents du hit-parade
  Je m’attendais à ce que le top du top de l’autodérision soit primé au 15ème FIFO. Mais faut-il croire que rire de son propre malheur et endosser soi-même les caricatures dont les autres vous affublent n’est pas au goût d’une époque qui redevient conformiste ? Occupation Native* de la réalisatrice et actrice aborigène Trisha Morton-Thomas, entre parodies et rappels historiques, revendique une identité bafouée par l’occupation anglaise en Australie. Bien sûr, le scénario est au second degré !


Ton métier ? – Indigène…

D’autres aussi ont déploré que Danse, petit chef, danse* soit absent des récompenses. Certains sont jeunes, étudiants, polynésiens, ils ne sont pas fils de chefs, mais ils se sont reconnus dans l’acteur-breaker néo-calédonien Simane : pas pour la discipline, mais pour toute expression artistique. Effectivement comment se réapproprier sa culture : la faire évoluer, ne pas la laisser stagner dans un passéisme stérile, ni l’enfermer dans des codes dépassés… 

Il en est d’autres aussi, dont j’ai déjà parlé ou dont je parlerai ultérieurement… Nous, Tikopia*, ou Pierre Gope, un dramaturge kanak*… La question que je pose encore, et que sous-tendent les films primés ou non, c’est celle de l’identité du festival… une identité en transformation, se réappropriant ses racines ou tournée vers un futur en devenir ?

*Les astérisques vous conduisent vers les bandes-annonces des films.


Un article de Monak
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