Ce blog est présenté par
--- Publicité ----

mercredi 24 septembre 2014

Nidhal Guiga, Tunisienne



La fiction pour dire la liberté…

Nidhal Guiga, figure féminine de ce troisième millénaire tunisien dans le monde de l’écriture et de la scène, est d’une valeur toute particulière. De la fulgurance, elle en possède la beauté et l’éclat.

Je n’exagère en rien, je constate. Je l’ai découverte à ses interrogations initiales, en instance de se livrer, de livrer au public ses toutes premières compositions. Elle avait déjà cette attitude « d’oiseau de passage »… de quelqu’un qui traverse les moments cruciaux de son vécu sans en faire tout un plat, sans se regarder vivre, sans quêter le regard d’approbation de l’auditoire… mais en toute intensité (je veux dire la profondeur de sa vie intérieure).

Nidhal Guiga dédicace…
Nidhal Guiga est d’autant plus étonnante qu’elle est indépendante de caractère et dans sa façon de jeter un regard sur le monde environnant. Elle ne cherche ni à faire des louanges,  ni à se faire courtiser. Elle ne s’appuie pas sur l’acquiescement du milieu artistique dont elle évite les coteries. Exigeante avec elle-même, elle poursuit sa traversée.

De l’écrit au dire et vice versa…
Dans une culture où la parole est prégnante jusqu’à la logorrhée, elle comprend très tôt « qu’on pouvait ne pas avoir envie de dire des choses mais qu’on avait la possibilité de les écrire » : legs d’enfance ; plus qu’un simple épisode, elle apprend que ce qui se lit s’ancre assez pour s’en persuader, que le mot remplace la pudeur du non-dit, établit un lien de communication. Elle comprend qu’écrire est un acte.

Au moment où elle entame ses études universitaires, se développe en elle, le désir de faire. Elle hésite entre différents arts vivants dont la danse, mais choisit le théâtre, « plus expressif », dans sa complétude. Elle suit l’école dramatique du Théâtre National Tunisien (TNT) et se captive pour le métier d’actrice : « Je voulais jouer, écrire et jouer... »

Au parvis du Théâtre et de la Tunisie
Ecrire, parce que les rôles qui lui étaient proposés ne la comblaient pas. Allier écriture et action, Nidhal Guiga s’y attèle par le biais d’ateliers d’écriture dramaturgique et de stages de mise en scène. Ecriture de situations, écriture de l’espace scénique et du jeu, écriture en acte, écriture en devenir aussi. 

De l’acte à la mise en scène
Du Fou, adaptée de l'œuvre de Khalil Gibran en 2000 au Teatro, elle passe à l’écriture et à la mise en scène en duo avec Tarek Ben Chaâbane  avec  Zéro Bis puis seule avec Une heure et demie après moi (2006, au TNT). « J'ai commencé à avoir besoin de construire un discours de bout en bout et de défendre un point de vue sur le monde donc, je suis passée à la mise en scène ».

Suivent deux versions de Pronto Gagarine (2008 et 2013), toutes deux sur fond d’émeute. La première, concernant la crise socio-économique de Gafsa, ne sera pas distribuée par le TNT, bien qu’elle soit prête… Aléas des remous de la censure et de la dictature ! La seconde - Pronto Gaga ?- reprenant la révolution tunisienne de 2011, est mise en scène en Irak.

Selon Gagarine en scène
Sélectionnée dans le cadre des « (Dramaturgies arabes contemporaines), elle participe au Festival d’Avignon 2014 aux lectures publiques. Cette lecture, dirigée par Catherine Boskowitz, est interprétée par Eddie Chignara, Criss Niangouna, Marcel Mankita et Nanténé Traoré. Pour en découvrir quelques images, cliquez sur le lien du site de RFI. Dans cette pièce, un sujet d’urgence et une continuité qui revient dans l’écriture de Nidhal Guiga : « un désir de liberté ».

De la fiction et de la liberté
Ce n’est pas seulement dans les arts qu’un vent de liberté avait soufflé sur la Tunisie. Durant les quelques mois, hélas trop courts, qui avaient suivi la révolution, Radio Tunis Chaîne Internationale (RTCI)  lui proposait une chronique.  Les dix minutes s’y sont avérées denses et sans langue de bois. 

Occasion rêvée pour Nidhal de « commenter des événements culturels tunisiens en les rattachant à leur contexte socio-politique et en les comparant à d'autres occurrences culturelles ayant eu lieu ailleurs. » Occasion de parler vrai, l’émission se pimentait de « beaucoup d'humour ». L’embellie n’a duré qu’un an.

Mathilde B, un personnage, un récit épistolaire
Puis tout est retombé dans le silence. Nidhal est partie, suite à la démission en masse des directeurs et animateurs de RTCI, en proie aux pressions de la nouvelle dictature religieuse au pouvoir. La pesanteur de la réalité se faisant trop forte, ne reste-t-il plus que la fiction ?

La fiction comme mode libérateur ?
Nidhal l’affirme : « La fiction est le seul moyen de nous libérer ». Et ce n’est pas un hasard si d’autres créateurs comme Fadhel Jaziri l’ont compris. Il reprend dans une fiction cinématographique, Thalathoum (Trente), le mythe libérateur des années trente avec le couple Bourguiba-Mathilde.

Et Nidhal de commenter ainsi : « Il a fait un film d'hommes. Il y avait pratiquement tous les militants qui ont fait l'histoire de la Tunisie. Je suis, tout de même, restée un peu frustrée par rapport à ce rôle que j'ai interprété parce que je pense que Mathilde aurait pu avoir plus d'espace dans le film. Quand le tournage a été bouclé, j'ai décidé de rendre hommage à Mathilde. Le personnage ne me quittait pas, c'était affreux. Il fallait que je lui rende hommage. J'adore ce livre, c'est un dialogue entre Fadhel Jaziri et moi. » 

Une pièce de théâtre
Tout s’explique enfin : ce livre étrange que commet Nidhal : Mathilde B alias Moufida Bourguiba. Un livre fondé sur une correspondance fictive… Un style épistolaire où le destinataire est multiple, à travers un correspondant privilégié, l’aimé, Habib. Le livre de la mémoire d’une revenante. Nidhal prospecte l’histoire et le personnage de celle qui fut la « première Dame » de la Tunisie contemporaine à la lumière de l’actualité.

Un récit où le portrait se personnalise, prend voix, où le sentiment s’immisce dans la symbolique des objets et des lieux commensaux (la fenêtre, le couloir, l’orange), où la figure historique prend chair, juste en soulevant les rideaux du cœur. Le Centre tunisien de Recherches, d’Etudes, de Documentation et d’Information sur la Femme (CREDIF) ne s’y trompe pas qui lui décerne le Prix Zoubeida B’Chir 2013.

Les chemins de la fiction
Quelle que soit la réalité, Nidhal Guiga expérimente et confectionne les images qui peuvent la mouvoir, la transcender, nous émouvoir. Cinétique, vivante (théâtre), métaphorique ou couchée sur le papier : « A vrai dire, c'est la fiction qui m'intéresse, qu'elle soit sous forme de roman, de nouvelle de pièce de théâtre... j'aime bien tester les genres et travailler sur les structures narratives. Cela m'apprend beaucoup… J'ai peur de tomber dans les automatismes de l'écriture. Donc, je varie les créneaux pour pouvoir me ressourcer et retrouver de la fraîcheur entre une expérience et une autre. »

Un court-métrage Nidhal
Ne nous reste plus qu’à attendre les nouveautés et étrangetés de Nidhal car : « Le théâtre est en crise en Tunisie. J'ai donc décidé de me focaliser sur l'écriture et l'édition dans ce domaine. Je me réconcilierai avec la mise en scène quand les choses iront mieux. Sinon, je me consacre à la réalisation. Les techniques d'écriture scénaristique sont plus précises. J'aime bien travailler et comparer les méthodes. »

« En rentrant j'ai entamé l'écriture d'un nouveau texte. Il est intimement lié à mon passage à Avignon. » Vivement la prochaine édition ! ! !


Un article de  Monak

Tous droits réservés à Monak. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.


Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire

Cet article vous a fait réagir ? Partagez vos réactions ici :