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Le nouveau roman de de Monak à lire absolument

mercredi 22 février 2023

Roti Make expo 2023 : In LOVE


"In Love" de Roti Make

 

       Boostée par Sarahina Birk, concotée pieds dans l’eau à Tahiti, la nouvelle expo picturale 2023 de Roti Make s’est essuyée les retards de reprise culturelle dus à la covid. Paix à son âme. Enfin, Papeete reçoit l’expo "In LOVE" pour une semaine à Fenua Galerie, près du Pont de l’Est.

        Un bout de temps déjà que l’artiste, originaire de Rapa, n’avait trempé son pinceau dans l’acrylique pour nous faire partager ses humeurs.

69 œuvres comme autant de bougies pour débuter l’année  ...

       « 69, année érotique», ainsi que le suggérait Gainsbourg, fut un temps  décomplexé, où la libre expression artistique avait pris son envol, partout dans le monde : ici aussi avec la révolution culturelle marquée par Hiro, Bobby Holcomb, Coco Hotahota et tant d’autres...  

 

Des visages et des corps féminins 

       Qu’elles soient seules, en portrait, en pied, en groupes, les silhouettes sont résolument féminines, excepté pour la dernière série où les vis-à-vis semblent s’ajuster en fonction des partenaires "in love", c’est-à-dire  "en amour ", enamourés, amoureux...

       Mettez-y les genres que vous voulez, vous êtes gagnants !

      Des raisons à tout ça ? Si l’enfance de Roti Make a été celle d’un "garçon  manqué", vu la rudesse de cette période où il lui a fallu  grandir et dépasser les obstacles pour s’épanouir ... elle s’est réalisée dans la couture, en particulier le stylisme et dans l’animation d’une radio culturelle qu’elle a créée...  

Du portrait à ses échos

          Vous pourrez en savoir davantage, car l’artiste vous offre chaque matin de cette semaine une visite guidée de l’expo où vous pourrez lui poser toutes vos questions indiscrètes ou pas . Les enfants sont  favorablement invités, en cette semaine de vacances scolaires : profitez-en...

         Mais si vous êtes comme moi, à vous laisser induire, suborner par l’aspect irréel des tableaux, tentures de tous formats, vous glanerez votre content au cours de la visite. Pas une toile qui ne vous emmène et vous enlève dans un monde fantastique. Peuplé de sentiments, cet univers vous transporte dans ce qui constitue nos moindres émois, la moindre trace du passage du temps.

 

Des facettes aux échos

        Qu’ils soient surlignés de noir ou de blanc, qu’ils soient constitués de puzzle de couleurs variées, qu’ils rassemblent dans la même vision deux profils en une même face, la majorité des portraits et figures exposées vous font voyager dans un monde où la parcellisation est reine...

       De la première mouture style vitrail au module composite où chaque élément corporel est  mis en relief par un motif qui le sépare du reste : il semble que l’accent soit mis la succession des moments plutôt que sur l’unité du  sujet.

     Des motifs multiples que vous voyez poindre, il en est certains qui vous font vagabonder entre tatouages, pointillisme à la manière aborigène...  visage et masque, nature et travestissement...  sans que vous vous déterminiez pour l’un ou l’autre, car l’originalité de l’artiste est préservée... Roti Make  ne participe d’aucune école... et reste elle-même...

Des portraits qui se lisent en plusieurs fois

       En fin de compte, vous êtes bluffés car  rien ne vient  vous  orienter dans votre lecture  :  rien ne vient déranger votre vision. Vous englobez le tout d’une seule pièce. Et seule l’expression  du  sujet principal importe...   et vous guide dans un monde où chaque geste retient la fuite du temps.

        Soit, vous vous laissez induire aux circonvolutions que vous font suivre les traits de l’artiste. Elles s’inscrivent comme une suite de sentiments retenus, voire mélancoliques, et «retiennent le temps, comme les rides» conclut Roti Make...C’est que la toile, comme la peau, vous font osciller aux mouvements que vous proposent toute attitude .

       Mille façons  de lire  une œuvre... Un art particulier que nous devons à son auteure... 

        ...à suivre....

      

Un article de  Monak

 

   Tous droits réservés à Monak & Julien Gué. Demandez l’autorisation des auteurs avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

mardi 21 février 2023

20ème FIFO : question de genre

 

Question de genre

      

           Prix à la clé, le 20ème Festival International du Film documentaire Océanien (FIFO) ne déroge pas à ce rôle, à travers un jury amputé de l’un de ses membres et du coup, paritaire. D’un côté la récompense attribuée aux réalisateurs des documentaires sélectionnés pour la compétition, de l’autre, l’impact au niveau du public en présentiel à Tahiti ou en ligne : ce qui occasionne bien des débats sociétaux 

          Mais la 20ème session s’est montrée exemplaire dans la mesure où le panorama a largement élargi son panel sur un contenu des plus éclectiques... Entre reconnaissance culturelle à l’international, biopics récents ou anciens, conflits coloniaux irrésolus, aux dommages très lourds et aux injustices qui courent toujours...


Une ségrégation systémique en Océanie...

       Un processus identique semble avoir imposé des choix du même genre dans l’ensemble des films présentés dans le In ou le Off. D’une part, une réhabilitation de l’histoire et des grandes figures - parfois méconnues - qui l’ont tissée. Dame Valerie Adams : More than gold, réalisé de Briar March, qui obtient 1er prix spécial du Jury et le prix du Jury Jeunesse.

D’autre part, une mise en valeur des lieux, des symboles ou des personnalités qui sont parvenues à relever le défi à la ségrégation, aux revers de santé, aux exploits sportifs ou créatifs.

Enfin et inclassable, ce qui subsiste de l’intolérance, de l’impensable, du bilan négatif des diverses cohabitations (incarceration nation, milked, et No Māori allowed, réalisé par Corinna Hunziker qui obtient le GRAND PRIX du JURY.

 

 

Destins de femmes portés par des femmes

          Serait-il significatif que la majorité des films du FIFO primés pour la 20ème session porte sur une thématique largement féminine et ait été concrétisée par des réalisatrices... ? Le fait est, mais apparemment personne ne le signale ni ne lui confère une acception particulière. Sinon qu’il révèle des différences notoires pour aborder les différents sujets. Sans parler des réactions épidermiques d’un public qui n’intègre pas toujours le sens de l’évolution des mentalités.

        La tolérance zéro concernant les autochtones dans leur propre pays, traitée par No Māori allowed en Nouvelle-Zélande, constitue un problème récurrent auparavant comme actuellement, sur la majorité des territoires dispersés sur le continent océanien, indifféremment colonisés par les systèmes britanniques ou français. 




Quand les plus faibles sont victimisées dans leur propre patrie

         D’Hawaï à la Polynésie ou à l’Australie, l’absence de droit ou de maintien du droit à l’égalité ou à l’humanité reste une réalité difficile à admettre pour qui est spectateur impuissant... des écrans du Pacifique. Le malaise est profondément culturel, reposant sur des notions d’infériorité entérinés par les colonisateurs pour s’approprier mentalement et physiquement valeurs, richesses et biens des «Habitants premiers ».

        De même, toute symbolique culturelle, éloignée de la mentalité des conquérants, est rejetée, niée, dévalorisée. Ainsi the healer stones of Kapaemahu, co-réalisé par Hinaleimoana Wong, Dean Hamer et Joe Wilson montre combien la vérité est effacée quand elle dérange : celle du 3ème genre en particulier. 4 Tahitiens MĀHŪ en visite à Hawaï, selon la chronique ancienne, reste cependant symbolisé par 4 Rochers sacrés...

 

Femme et médaillée olympique, un challenge

        Avec une recherche esthétique particulièrement soignée sur l’image, la gestuelle, le cadre sportif, ses balises essentielles, le film insiste sur l’intention de la sportive d’origine tongienne de concilier son statut de femme et sa carrière sportive.

       La maternité fait partie de ces impératifs, voire de ces obstacles qui tronquent ou mettent fin à des objectifs sportifs ou professionnels... Comment peuvent-ils se gérer quand le temps imparti à l’entraînement vous arrache à votre rôle familial ? Comment se détacher de ces poncifs sociétaux culpabilisants qui déterminent la place qui vous revient et oblitèrent celle qui vous épanouit...

 


L’avenir des jeunes générations... ?

      Qu’ils soient primés ou non, les Short documentaires montrent une étroite collaboration entre les réalisatrices et les sujets de leur investigation quand ils sont des personnes. Par exemple, dans mana over meth (NZ) la connivence qui s’instaure entre Holly Beckham, réalisatrice, et Jessica Apanui.

       De même, en Australie, le parcours de la réalisatrice de Maya Newell montre combien elle est proche des personnalités qu’elle choisit toujours dans les franges minoritaires de la population, dont Georgie Stone. The dreamlife of georgie stone, son dernier documentaire a été primé dans la catégorie des Shorts.  Preuve que le sujet captive toutes les générations.

         Alors, des changements dans l’air ?

 

        Un article de Monak

 

   Tous droits réservés à Monak & Julien Gué. Demandez l’autorisation des auteurs avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.

 

lundi 13 février 2023

20ème FIFO : le comble de l’infection ségrégationniste

Le comble de la pestilence

      Le comble de "l’infection" (sic), semble avoir contaminé atrocement l’atmosphère globale des films en compétition du FIFO 2023... Rarement un film n’avait produit cet effet en 20 ans de Festival ! Preuves et  arguments à l’appui, INCARCERATION NATION de Dean Gibson nous assène l’horreur et le désastre que les générations blanches d’Australie imposent actuellement aux Aborigènes, à travers un terrorisme systémique (Étatique).

      Rarement un documentaire sélectionné au IN du FIFO n’avait atteint un tel degré d’abjection à tous les niveaux de ses rouages : qu’il s’agisse du gouvernement, de la justice, des instances sanitaires, sociales, éducatives et sécuritaires...

           Malgré les lois égalitaires conclues constitutionnellement, aucun nouveau statut ne protège les populations originelles et un système néo-colonialiste raciste ne fait qu’entériner la spoliation initiale, l’esclavagisme, les interdits les plus basiques, les viols, les violences,  : par le biais d’internements automatiques...

Une ségrégation systémique...

          Un important stock de vidéos de surveillance montrent pléthore d’enlèvements d’enfants, nombre d’abus sexuels sur mineurs en détention, de traitements contraires aux droits internationaux et à tous les échelons des forces de l’ordre et de la justice, une totale impunité, voire immunité des contrevenants blancs.

        Il semblerait que la situation n’ait pas évolué d’un iota depuis plus de 2 siècles de conquête ; que la mentalité australienne se soit figée dans le même temps, malgré les tentatives politiques de "réconciliation" et la succession de "Commissions royales", sensées assainir une situation qui dépasse l’entendement et scandalise les mouvements humanitaires...  


À l’autre bout de la chaîne du OFF

          Sauf que, spectateurs tranquilles dans nos sièges , nous n’avons pas à faire face aux enjeux du festival, ni aux critères que s’est choisi le jury, pour être représentatif du documentaire océanien...

       Parallèlement, l’Australien John Hughes signe SENSES OF CINEMA. Un documentaire atypique dans le panorama habituel des documentaires sélectionnés. Car très technique, il analyse le mouvement artistique cinématographique des années 60. Le cinéma expérimental touche et dynamise toute une génération de réalisateurs qui n’hésitent pas à traiter des sujets tabous.

Quand le droit est bafoué... s’engager !

           Les artistes australiens n’hésitent pas à pousser les portes de la perception, à introduire des opinions révolutionnaires, d’avant-garde, à témoigner des métamorphoses de leur époque à travers les mouvements sociaux, les manifestations - concernant notamment la grève des  Aborigènes ... Mais ce qui reste original, même si l’expérience n’a pas duré plus de 30 ans, c’est d’éprouver d’autres modes collectifs d’exploitation...

          Les images qui en résultent et ont été diffusées dans les circuits commerciaux ou éducatifs un peu partout en Australie... et l’aventure vaut le coup d’être partagée.

 

Du deuil à la renaissance les SHORT 

     Tout semble s’expliquer ! En effet, l’influence est interactive entre les films océaniens et la rénovation des coutumes du Pacifique. KAVA’O AOTEARUA (N-Z) de Joshua Teariki Baker les adapte à l’époque actuelle et aux participants. Et au niveau du FIFO, la coutume du kava s’est cérémonieusement mise en place.

        Les habitudes culturelles familiales ne peuvent être effacées par un régime politique : HE OHAKI de Kararaina Rangihau (N-Z) revient aux valeurs humaines universelles que se sont permis d’éradiquer les régimes colonisateurs.

   Entre la précipitation et le savoir-faire ancestral, une contrée dévastée MOURNING COUNTRY (AUST) de Andrew Kaineder et des pratiques de jachère aquatique en voie d’expérimentation : RAHUI (PF) de Mélissa Constatinovitch.

           

Un combat des jeunes générations... ?

          Un pari pour la vie avec FAST EDDIE (NZ) de Keely Meechan : quand diminué, il opte pour le risque.

         Quand le combat est une régénération : MANA OVER METH (NZ) de Holly Beckham.

       Quand témoigner vous engage pour les autres et remporte ses victoires : TESTIMONY (NZ) d’Alice Lolohea.

           Et que la législation se trouve encore retardataire en matière de choix du genre en Australie dans THE DREAMLIFE OF GEORGIE  STONE de Maya Newell.

         Sans mésuser de l’impact réciproque entre films sélectionnés et esprit du festival et des festivaliers, il s’agirait bien d’interaction mais peut-être aussi de de symbiose.

       

Un article de  Monak

 

   Tous droits réservés à Monak & Julien Gué. Demandez l’autorisation des auteurs avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.