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lundi 27 octobre 2014

Tetiaroa, chronique d’une destruction annoncée


De l’atoll de Brando à l’hôtel Brando

Il est des histoires bien plus difficiles que d’autres à raconter. Celle qui suit en fait partie. En effet, c’est de la condamnation à mort d’un atoll magique dont il s’agit.

Nous parlons ici d’un lieu qui fut résidence royale au temps des Ma’ohi d’avant l’évangélisation ; qui fut le rêve accompli d’un certain Marlon Brando ; qui fut, jusqu’au début des années 2010, l’écrin naturel d’un véritable paradis pour les oiseaux, les poissons, les plantes et tant d’autres espèces naturelles de Polynésie…

L’accueil à l’hôtel Brando d’avant Dick Bailey

Pour avoir séjourné sur l’atoll il y a quelques années, alors que l’accueil et l’hébergement y étaient encore assurés par la famille de Marlon Brando et quelques employés locaux, je peux témoigner de ce qu’y étaient la chaleur de l’accueil, la beauté sauvage des lieux totalement préservés… Mais aussi du fait que l’endroit était ouvert à tous, sans discrimination d’aucune sorte.

Ambiance au cœur de l’hôtel Brando en 2001

Tetiaroa était, en effet, une destination privilégiée (car toute proche) et tout à fait abordable pour les habitants de Tahiti et Moorea.
                                  
La fin d’un monde
Il aura suffit de la rencontre entre des politiciens véreux, dont les intérêts restent à déterminer dans ce dossier, et d’un homme d’affaire à la réputation douteuse pour que l’atoll de Tetiaroa soit retiré sans vergogne des villégiatures accessibles aux Polynésiens et aux touristes communs afin de le réserver exclusivement à quelques hypothétiques clients milliardaires…

Dick Bailey et Gaston Flosse, les artisans du scandale écologique

Une vocation officielle qui semble bien compromise si l’on considère que, lors de l’inauguration de l’hôtel The Brando en juillet 2014, pas une seule des stars invitées et affichées à grand renfort de médias n’était présente. Une inauguration pourtant annoncée à grand tapage et étrangement disparue des calendriers sans explication aucune… L’offre ne correspondrait-elle pas du tout aux exigences de ces messieurs-dames, ou bien les nombreuses questions et l’opposition soulevées par l’existence même de cet hôtel auraient-elles incité les dites stars à se tenir éloignées de l’endroit afin de préserver leur image ?

L'hôtel Brando pour la publicité

 Ce qui est certain, c’est qu’à lui seul, le prix de la navette aérienne Tahiti-Tetiaroa et retour aurait suffit à tenir éloignés les Polynésiens désireux de se mettre au vert : jusqu’au 31 mars 2015, l’aller-retour (2 x 20 mn) vous coûte 298,50 €. Ensuite, le tarif passera à 597 € par personne pour le même trajet ! Précisons que le vol dure 15 mn, décollage et atterrissage compris…

Mais attention : pour prendre votre billet, vous devez justifier de la réservation d’une nuitée au moins. Et pour ce faire, il faut compter un minimum de 3 000 € la nuit pour 1 ou 2 personnes… Ce tarif pouvant grimper jusqu’à 9 000 € ! A cela, bien sûr, s’ajoutent tous les frais de repas, de boissons, et les diverses activités payantes qui sont proposées sur place.

Tout pour l'environnement, nous dit le promoteur

Pourtant,  là n’est  pas le plus grave ni le plus inquiétant.

L’hôtel Brando et l’environnement
            Le premier scandale lié à l’hôtel Brando, et celui qui a provoqué la colère des véritables défenseurs de l’environnement dès la naissance du projet, c’est la destruction programmée d’un atoll jusque là parfaitement préservé.

            Nous ne rentrerons pas ici dans le détail des dégâts déjà accomplis, ni de ceux inévitables. Pour avoir accès à toutes les informations pratiques et scientifiques, nous ne pouvons que vous inviter à visiter régulièrement et avec attention la page « The Brando-Apocalypse now ».

Lagon et récif détruit par les travaux

Il est toutefois indispensable de porter à la connaissance du public les quelques éléments suivants.

Pourquoi une association de soi-disant protection de l’environnement a-t-elle été créée de toutes pièces au moment où de nombreuses voix écologistes commençaient à s’élever contre ce projet ? Une association qui est, on se demande bien pourquoi, la seule habilitée par le promoteur à suivre l’évolution de la situation environnementale sur l’atoll et dont, curieusement, les membres du bureau sont tous des proches du dit promoteur ? Cette association, totalement indépendante et objective évidemment, s’appelle « Tetiaroa Society » et son fondateur (qui en est également le secrétaire) se trouve être, tout à fait par hasard et sans arrière-pensée aucune, le même promoteur de l’hôtel Brando, un certain Dick Bailey… Vous avez dit neutralité et indépendance ?


En images, la réalité quant à l’impact de l’hôtel sur l’environnement
            L’association à vocation écologiste « Tetiaroa Society » possède un site Internet qui, comme sa page Facebook, est exclusivement en anglais et la seule autre information la concernant accessible sur la toile semble se trouver au bout de ce lien : http://www.pacificbeachcomber.com/projects/tetiaroa/tetiaroa-society/.  Un lien qui mène sur le site de la société Pacific Beach Comber, autrement dit la société du promoteur… Dès lors, on est en droit d’avoir de très sérieux doutes sur l’indépendance et l’objectivité de cette association. Tout comme sur ses objectifs, d’ailleurs…

Objectif : bétonner Tétiaroa
            L’hôtel Brando a déjà bénéficié  de plusieurs milliards de francs pacifique, et oui : vous avez bien lu milliards, dans le cadre de la défiscalisation. Autrement dit, de l’argent public pour une opération privée… Mais il s’agit là d’un autre volet, tout aussi choquant, de cette affaire que nous ouvrirons bientôt dans un nouvel article.

Comment l'hôtel Brando respecte l'environnement

            Le véritable projet du promoteur est de construire une série de pavillons de très grand luxe destinés à être vendus à quelques milliardaires en quête d’isolement paradisiaque. Dans cet objectif, les travaux ont déjà commencé. Sans permis de construire ni autorisation d’aucune sorte qui soit accessible. Autrement dit : illégalement. D’autant que, souvenez-vous : le promoteur n’est pas propriétaire de ces motus mais seulement locataire…

            Là encore, tout se fait dans l’opacité la plus totale avec la complicité active des pouvoirs publics (politiques) polynésiens et des héritiers de Marlon Brando. Et bien sûr au détriment de la population, véritable propriétaire des lieux…

            Quelle sera l’apparence des ces bungalows ? Quel sera leur impact réel sur l’environnement si fragile de l’atoll à court et à long terme ? Pourquoi ce très gros projet immobilier n’apparaît-il nulle part dans les services de l’urbanisme ou du développement rural de Polynésie ? Comment les travaux ont-ils pu débuter sans étude d’impact préalable, sans que personne ne s’en inquiète ?


Images volées quelques semaines avant l’inauguration
            Là pourtant se trouve le véritable enjeu de toute cette opération financière et immobilière pour le moins douteuse menée intégralement par et pour le bénéfice de la Pacific Beach Comber Society.

Les politiques, l’argent et la loi
            La question de la propriété privée, du domaine maritime et du domaine public est à la base d’un débat récurent en Polynésie française. Les choses pourtant ne paraissent pas si compliquées si l’on s’en tient aux textes, qu’ils relèvent du droit maritime international, du droit français ou du droit polynésien.

Ainsi, dans le cas d’un atoll comme Tetiaroa, seules les terres émergées peuvent relever de la propriété privée, sachant que la ligne tracée par le point marqué de la plus haute marée connue désigne le début du domaine public. Cette règle relevant du droit maritime international laissant donc un libre accès aux récifs, aux lagons et aux plages.

Tetiaroa, la fin d’un monde

La preuve en est qu’une annexe au bail emphytéotique cédant l’usufruit de l’atoll à Marlon Brando, un document rédigé par le service de la conservation des hypothèques de Polynésie en date du 26 octobre 1966, précise en toutes lettres : « Monsieur Marlon Brando reconnaît par ailleurs formellement la domanialité publique du récif entourant l’atoll et de son lagon intérieur dont l’accès par voie de mer demeurera libre. »

On est, dès lors, en droit de se demander pourquoi cet engagement ne s’appliquerait pas à Tetiaroa aujourd’hui… Ce qui est pourtant le cas.

Les pêcheurs bannis du domaine maritime public !
En effet, les pêcheurs voient leurs droits d’accès et d’exploitation soumis au bon vouloir de la direction de la société hôtelière ! Plus grave encore : une zone du lagon a été déclarée, par l’arrêté du conseil des ministres n° 951 CM du 26 juin 2014, zone de pêche interdite sans concertation des pêcheurs. Or l’hôtel permet justement à ses clients d’y pêcher et de s’y faire prendre en photos avec leurs prises. De quel droit ?

Vous avez dit pêche interdite dans cette zone ?

Plus grave encore : un site dédié à la promotion touristique publie des photos de clients de l’hôtel Brando posant avec une énorme prise au cœur même de cette zone soi-disant protégée !

Il faut dire que la surveillance de la totalité de l’atoll, domaine privé et public, est assurée par des vigiles embauchés et rémunérés par l’hôtel… Pourquoi et, là encore, de quel droit ?

Hélas, l’essentiel n’est pas là.

Les pêcheurs d’Arue sont en colère

Dès 2009, le Syndicat des Pêcheurs de Arue montait au créneau contre l’exploitation à titre privé de l’atoll de Tetiaroa. Il fa  ut savoir que, depuis toujours, ce lagon est une réserve de pêche vitale pour les pêcheurs de la commune. Là encore, la collusion évidente des politiques et du promoteur a permis d’écarter ces gêneurs. Et là encore, par le truchement d’un arrêté du conseil des ministres, c’est-à-dire sans s’encombrer d’un débat et d’un vote de l’assemblée de Polynésie…

Il s’agit de l’arrêté n° 952 CM du 26 juin 2014. Outre les différentes règles régissant la pêche dans le lagon de Tetiaroa, ce texte officialise la création d’un « comité de gestion de l’espace maritime de l’atoll de Tetiaroa ». Ce dont, a priori, on ne pourrait que se féliciter. Sauf que…


Ici, zone de pêche strictement interdite…

Sauf que la réalité géographique est la suivante : le lagon représente 86% de la superficie totale de l’atoll de Tetiaroa. Dès lors, on comprend assez mal pourquoi les pêcheurs comptent trois représentants au sein du « comité de gestion de l’espace maritime de l’atoll de Tetiaroa » pour quatre choisis par le promoteur lui-même, alors qu’il n’est locataire que de 14% de l’ensemble. Une répartition des sièges à tel point aberrante (pour ne pas dire scandaleuse), que le représentant du collectif des pêcheurs de Arue, M. Gérald Grand, a démissionné du dit comité, ne voyant pas du tout à quoi sa présence pourrait bien y servir…


            Après tous ces éléments déjà plus que dérangeants par eux-mêmes, il nous reste à évoquer la situation très particulière d’un fort dangereux personnage menaçant très gravement la sécurité des biens et des personnes sur l’atoll de Tetiaroa, je veux parler de Teiki Pambrun…

Teiki Pambrun : redoutable pirate ou Don Quichotte des lagons ?
            Voilà environ trois années que la faune et la flore aquatiques de Tetiaroa sont terrifiées par la présence d’une pirogue traditionnelle à voile d’habitation dans le lagon de l’atoll. Une évidente agression, il suffit de regarder les photos pour s’en convaincre, pour l’environnement et l’avenir de ce paradis. Et, surtout, une gêne considérable pour les clients et les personnels de l’hôtel Brando…

La pirogue de destruction massive des lagons…

            Rappelons ici que, de par le bail qui lie le promoteur de l’hôtel aux héritiers de Marlon Brando, seule un partie de l’atoll est considérée comme privative. Rappelons également que le récif, le lagon et les terres émergées (jusqu’à la ligne de la plus haute marée connue) sont du domaine public. Public signifiant, d’après notre dictionnaire : accessible à tous… Cette règle étant clairement établie par le droit maritime international comme par le droit français et la législation polynésienne.


Teiki Pambrun, le squatteur sympathique de Tetiaora vu par Lolo Lachiparmentier
            Une règle d’ailleurs confirmée, bien que restreinte, par l’arrêté ministériel n° 952 CM du 26 juin 2014 déjà cité. Sauf que, saisi par le désormais inéligible Gaston Flosse alors qu’il était encore président du gouvernement de la Polynésie, le tribunal des référés de Papeete a décidé, le 23 septembre 2014, nominativement, que le capitaine de la pirogue citée plus haut n’avait plus le droit de s’approcher à moins de 10 km de l’hôtel Brando. Autrement dit : ce citoyen polynésien n’a plus le droit d’accéder au domaine public qu’est le lagon de Tetiaroa !

            Mais qui est donc ce pirate sanguinaire qui terrorise le pouvoir et le promoteur en assassinant, dans une zone de pêche autorisée, au moins un poisson par jour afin de nourrir sa petite famille ? Et qui est son redoutable équipage ?


Quand Teiki Pambrun fait son Grand houit
            Il s’appelle Teiki Pambrun et il navigue avec Temanu, sa fille de 12 ans et Teae sa compagne… sans oublier Lady, la terrifiante dalmatienne !

            Indécrottable pacifiste et fervent défenseur de l’environnement, il est notamment connu pour avoir créé, à Moorea, le premier lagoonarium de Polynésie, un lieu pédagogique doté d’un merveilleux sentier sous-marin particulièrement prisé des enseignants comme de leurs élèves.

Teiki Pambrun, l’écolo-terroriste qui fait trembler le promoteur

Ce sexagénaire au sourire débonnaire est également le concepteur et constructeur de Hitiura, la superbe pirogue à voile traditionnelle qui lui sert de résidence principale. Et, à propos de cette merveilleuse embarcation, il est important de signaler ici qu’elle a été conçue et construite dans le plus grand respect des normes environnementales. Ainsi, elle produit elle-même son eau douce, recycle ses déchets, produit son énergie et, ne l’oublions pas, navigue à la voile… Peut-on comparer l’impact écologique de ce navire sur l’atoll de Tetiaroa avec celui de l’hôtel Brando : destruction du récif, déforestation des motu, destruction et extraction du corail, etc ?...

Offrez-vous une pirogue d’habitation conçue par Teiki Pambrun

Soyons sérieux. Mais, hélas, que peut bien faire notre Don Quichotte des lagons face au poids de la collusion entre un promoteur à la réputation plus que douteuse et un pouvoir politique totalement corrompu, à l’image de son chef de file Gaston Flosse, condamné à de multiples reprises pour des faits de corruption et d’abus de biens sociaux ?

Il faut sauver Tetiaroa
Au risque de se faire expulser manu militari à n’importe quel moment par les forces de l’ordre, Teiki Pambrun se veut simplement être le témoin des exactions commises sur ce merveilleux endroit que fut Tetiaroa. Ainsi, par exemple, dénoncer le fait que les travaux de construction des villas pour milliardaires ont commencé, sans étude d’impact ni permis de construire, démontrant  de fait la finalité strictement immobilière de cette opération…

Lady dit : il faut sauver Tetiaroa !

Seuls, Teiki, Temanu, Teae et Lady ne peuvent rien pour l’atoll de Tetiaroa.

Mais… Imaginons un instant que nous inondions les réseaux sociaux  de messages de soutien, que la page The Brando-Apocalypse now totalise des milliers de likes, qu’une pétition sans frontière voie le jour sur Internet, que des navigateurs au grand cœur viennent mouiller à côté de Hitiura, que de grands médias internationaux se fassent enfin l’écho de ce scandale…

Tetiaroa, combien de temps encore...

            Alors on peut rêver que soit sauvé Tetiaroa, que plus aucun atoll polynésien ne subisse les outrages du profit et de la corruption, que les Polynésiens retrouvent la jouissance de leur paradis qui demande tant de travail et d’énergie pour y faire vivre simplement une famille…
           
Cela dépend de vous. 


Un article de  Julien Gué

Voir aussi :
Tetiaroa, l’île de Marlon Brando, un article de Julien Gué ;
The Brando Apocalypse now, la page Facebook qui vous dit tout sur ce qui se passe à Tetiaroa


Tous droits réservés à Julien Gué. Demandez l’autorisation de l’auteur avant toute utilisation ou reproduction du texte ou des images sur Internet, dans la presse traditionnelle ou ailleurs.


1 commentaire :

  1. Un phénomène qui une fois de plus, nous prouve que nos élus sont tous des corrompus, corrompus par l'argent, pauvre Fenua, pauvre Tetiaroa

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